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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 06:56

Le monde dans lequel nous vivons est complexe. Prétendre le comprendre, même en partie, sans faire la plus petite allusion à la compréhension de soi-même me paraît suspect. Ce monde, son organisation n'est rien de plus que le reflet de notre propre structure psychologique interne. C'est cette structure qui l'a mis et le met au monde jour après jour, qui le façonne et lui donne la forme que nous lui connaissons maintenant avec ses injustices, sa violence, sa compétition, sa recherche de sécurité matérielle et psychologique.

 

Dans quelle mesure une culture générale viendra aider, soutenir, faciliter cette compréhension? Compréhension qui devient urgente par les temps qui courent! L'éducation telle que conçue et pensée aujourd'hui met presque toujours l'accent sur l'aptitude à apprendre, à mémoriser, à travailler intellectuellement (si possible avec rapidité). Que devenons-nous dans cette compétition où l'examen est ce baptême bureaucratique du savoir?

 

Le but de l'éducation ne serait-il pas, après tout, de donner la possibilité (ne serait-ce qu'effleurer dans le pire des cas) de connaître la félicité de son vivant? La forme d'éducation qui est proposée, qui est de mettre l'accent sur le développement de l'intelect, néglige dans une forte proportion ce qui me paraît fondamentalement humain soit la recherche de cette félicité, cette communion avec nous-mêmes, les autres et la nature. Pour ce faire il est impératif que l'esprit, notre cerveau "baigne" dans une certaine qualité de silence, de tranquilité d'esprit-attentif- qui le rendra disponible et sensible à cette communion. 

 

il me semble assez clair que nous ne visons pas avec l'éducation contemporaine, pratiquée dans nos écoles, CEGEPS et universités cet équilibre qui ferait de nous des humains véritablement...humains!

 

Quels sont-ils ces critères qui définissent l'Homme cultivé? La possession d'une vaste érudition (artistique, technique, scientifique, littéraire etc.) tout en restant intérieurement fracturé, déchiré, en proie à des conflits sans fin, diminué par la peur et rongé par l'inquiétude? Ou alors cet Homme qui poursuit et parvient à cette plénitude, cette félicité? 

 

En ce qui me concerne la réponse est limpide. Parler de culture en omettant tout un pan de ce qui fait un Homme un Homme c'est faire courir un grave danger à toute une société, à toute une civilisation. 

 

Aujourd'hui l'Homme a plus besoin, me semble-t-il, d'être réveillé que d'être instruit. Surtout si cette instruction se résume à la glorification de la mémoire. 

 

Pour ma part, la culture générale vue comme libératrice, à un certain niveau, est une erreur, une fausse piste, une autre fuite en avant devant les problèmes fondamentaux de l'existence auxquels nous sommes confrontés.

 

Le savoir a son utilité, évidemment, mais reste qu'il n'est pas la réponse juste pour de véritables changements sociétaux. Il n'apportera pas le changement de paradigme si nécessaire à nos sociétés. 


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Published by Yannick Rieu - dans Culture
10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 14:57

Fait froid. Il fait terriblement froid par moment au Québec. Il fait seul aussi. Terriblement seul par moment. Pas cette solitude si bienfaisante et riche mais cette solitude qui rend sec. Qui rend froid. 

 

Je nous vois derrière nos ordinateurs, "facebookant", "tweetant", "bloguant", tentant de découvrir un humain derrière toute cette communication (vraiment?), une voix, un être vivant et réagissant. Une réponse?...Rien ou si peu. Le désert. Des mains tendues par centaines, par milliers qui n'arrivent pas à se rejoindre, qui ne veulent pas se rejoindre. Ou alors seulement du bout des doigts, fugitives ces mains. Des mains remplies de peurs, restant sur leur quant-à-soi, sans véritable partage. Virtuelles donc fausses. 

 

Il me tarde de retourner en Chine. Quoi!? me direz-vous! Cette dictature où la démocratie n'existe pas?! Oui. Ce pays m'a fait connaître ce que veut dire chaleur. Humaine cette chaleur. 

 

Bien sûr, ici aussi je peux sentir par moment des humains vivants et...humains. Cette chaleur si caractéristique, si québécoise sur laquelle beaucoup d'étrangers ont écrit. Chaleur éphémère comme un feu de papier journal. Brève, intense, sans braise, sans fondement ou durée. Une étincelle fugitive qui vous laisse sur votre faim. Qui vous fait rêver le temps d'un instant, qui vous emporte et porte pour un moment. Et puis plus rien. 

 

En Chine donc. J'ai vu, senti et compris. Pourtant je ne parle pas la langue. Dans ce pays sans démocratie.

 

Ah! La démocratie! Ce mot, on ne cesse de se gargariser avec, de s'en vanter, de croire que tout passe par ce credo. On juge les autres pays du haut de notre nouveau dieu, assurés que nous sommes de détenir le clé de tous leurs malheurs, à ces pauvres peuples qui en sont dépourvu. Et pourtant...

 

Je suis démocrate. C'est exactement pour cette raison que le système dans lequel nous vivons ne me plaît pas du tout. Un vrai démocrate. Le pouvoir du peuple par et pour le peuple. Nous en sommes tellement loin. Je ne veux pas entrer dans les détails ici, ce n'est pas mon propos. 

 

Je veux revenir sur cette chaleur. Celle qui fait de nous des êtres humains. Celle que des Chinois(es) m'ont démontré et me démontrent. Celle dont on ne parle jamais (ou trop peu) dans les différents articles que je peux lire ici et là sur la Chine. Le peuple. Les gens qui forment un pays.

 

Que pouvons-nous lire dans ces articles pour la plupart? Toujours et encore cet espèce de racisme, pas énoncé directement non! bien sûr... En filigrane, derrière ou entre les mots, en douceur, par la porte de derrière. On y donne des leçons.

 

On y parle de "maturité pour la démocratie", comme si nous, vivant dans une démocratie, l'étions. On y parle aussi de corruptions, comme si nous, vivant dans une démocratie, avions réglé ce problème...faut-il vous faire un dessin? On y parle aussi de totalitarisme, de dictature, des gens qu'on enferme pour leur opinion. Oui, dans une certaine mesure tout cela existe. Mais nous sommes-nous regardé? Combien de morts en Irak par exemple? Pour la démocratie? Quelle démocratie? Celle des dirigeants qui se servent de ce mot pour envahir, trucider, exploiter? Que veut-on vraiment exporter dans ces pays "immatures"? Et ce n'est qu'un exemple parmi une multitude.

 

Que faisons-nous avec notre liberté, notre démocratie? Charest? Harper? Obama? Sarkozy? Tiens, c'est 200 nouvelles bases militaires que ce prix Nobel de la paix (Obama), depuis son élection, a construit un peu partout autour du monde. Pour la liberté? La démocratie?...la paix?...Vous êtes indignés? Indignez-vous, vous êtes libres de le faire...et de vous faire ramasser dès que vous dérangez un peu trop. Toujours dans la liberté...Manifestez entouré de police...Tant que votre voix n'a pas d'importance et reste insignifiante, vous êtes libres...

 

Oui, c'est en Chine que j'ai (re)découvert la solidarité, l'amitié "avec des braises en-dessous". J'y ai cotoyé des professeurs, des étudiants, des travailleurs, des gens simples et des intellectuels, des musiciens, architectes, fonctionnaires. Comment vous faire comprendre avec des mots ce que j'y ai ressenti?

 

Un désir de s'améliorer, de s'entraider, de connaître l'autre. Des gestes, des attentions, des sourires, des regards.

 

Rien de parfait dans aucun pays. Je vous l'accorde. 

 

En dépit de tous les efforts faits ici pour la faire craindre voire détester, la Chine reste dans mon esprit cet endroit où j'ai connu ce que la chaleur humaine veut véritablement dire. 

 

Un petit conseil si vous voulez vraiment connaître ce pays. N'y allez pas en "conquérant". Oubliez ce que vous avez pu lire. Allez-y, comme dans n'importe quel autre pays, avec beaucoup d'humilité et de curiosité. Vous serez surpris.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 16:08

-Tu es allé à la bibliothèque aussi?

 

-Non, j'ai trouvé ce livre en rentrant chez moi...dans mon sac! Ce matin en partant je n'y avait mis que mes notes de cours et ma bible, j'en suis certain! Comment a-t-il atteri dans mon sac? Pourquoi je trouve deux exemplaires sur ta table? Jacques?...

 

Au moment où il fini sa phrase un grand bruit parvient de la galerie. Jean entre en coup de vent, rouge écarlate, essoufllé, paniqué. Il referme la porte violemment. On pouvait lire sur son visage de la frayeur et de l'incompréhension. 

 

-J'ai piqué un sprint...sortir bibliothèque...animaux devenus fous, féroces...des gens... 

 

Jean arrivait à peine à formuler des phrases complètes. Le pantalon en lambeau laissait apparaître les jambes tremblantes de mon ami couvertes de sang. À l'extérieur on entendait comme un roulement sourd. C'était les animaux.

 

Fermez tout! Portes, fenêtres...Pierre se mit à genoux, Jacques voulut donner un coup de fil. Ligne coupée. Le bruit sourd s'amplifiait. Dans un grand éclat de vitres brisées des chats et des chiens, mais aussi des rats, des souris, des ratons, moufettes se précipitent dans la maison. J'ai à peine le temps d'apercevoir dehors des orignaux mêlés à des renards, loups, coyotes, lièvres...Je ferme les yeux.

 

De grosses gouttes de sueur coulent sur mon front. J'ai mal au coeur, envie de vomir. Encore ce cauchemard où je me crois écrivain. Dehors il fait nuit, une grosse neige tombe, lourde. On annonce 30 centimètres pour aujourd'hui. 31 décembre. Je monte dans mon studio après m'être préparé un café. Il faut que je finisse cette histoire. Ma tête est vide. Et si je leur faisait le coup du cauchemard? Facile! Hop! Tout ça n'était que du rêve! Pfft!

 

J'ouvre la radio. Rien de vraiment intéressant. J'ouvre la télé. Rien de vraiment intéressant. Je suis rassuré. Va quand même falloir supporter les "bonne année", "santé jusqu'à la fin de vos jours" pendant quelques temps. Heureusement ça ne dure pas. 

 

Une autre putain d'année qui s'achève. 

 

Comme j'aimerais parfois n'être d'ici ou d'ailleurs, que le temps soit une invention de l'homme, que je ne connaisse ni la joie ni la douleur. N'avoir ni concepts sur les choses et moi-même. Mais il y a l'amitié, les arbres, les fleurs, la pluie, les étoiles, le rire et les pleurs, les tempêtes, les montagnes, la mer. Et il y a toi.

 

J'existe.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 07:03

-C'était quoi ça?

 

Pierre était complètement chamboulé. Je dois dire que ce dont on venait d'être témoin laissait un doute dans nos esprit. Avions-nous vraiment vu ce qu'on venait de voir? Et ce calme...Tout était arrivé si vite! Je pense que le voisinage devait être dans le même état que nous. Personne ne croyait ou ne réalisait ce qui venait de se passer. 

 

-Où sont passés les animaux? Tout en s'approchant de la table les yeux fixés sur les deux livres, Pierre nous bombardait de questions. Jacques toujours à la fenêtre coupa court au flôt des pourquoi et comment.

 

-Il y a certainement une réponse logique et raisonnable à tes questionnements vieux! Pour l'instant je propose une sortie pour voir ce que les bêtes sont devenues. Elles ne doivent pas être si loin! En attendant je nous prépare quelque chose de chaud et après l'expédition nous...

 

Le téléphone sonne.

 

-Oui? Jean! Tu as vu ce qui...Quoi!! À la bibliothèque? On arrive! Il raccrocha.

 

-Que se passe-t-il?

 

-Jean a eu la même idée que moi! Il est à la bibliothèque. Il a trouvé un exemplaire du livre...

 

-Et le bibliothécaire ne veut pas qu'il sorte le bouquin...exact?

 

-Pas vraiment...Personne ne peut sortir de la bibliothèque...les animaux bloquent la sortie...

 

-Que veux-tu dire?

 

-Pas de détails mais il m'a dit que des chats et des chiens se tenaient devant la porte, assis ou couchés, tranquilles mais dès que quelqu'un ouvre la porte...

 

-Mais je rêve ou quoi! Ils ont appelé les pompiers? la police? la société protectrice des animaux? Ou...Je ne sais pas! On se croirait dans un film de Hitchcock! Vous vous souvenez? Les oiseaux...

 

-Je te dit que je n'ai pas de détails. Probablement...

 

Pierre avait suivi le dialogue.

 

-C'est un signe! 

 

-Ah non! Ou plutôt oui mais ce n'est pas ce que tu penses! La fin des temps, la revanche de la nature et toutes les conneries de ce genre me passent à cent mètres par-dessus la tête! Il y a une explication, probablement simple. Souvenez-vous des suicides collectifs de dauphins retrouvés sur la grève, les baleines échouées par dizaines, les pluies de grenouilles en Amérique du Sud! Les scientifiques ont trouvé des réponses à tous ces mystères! Et bien d'autres!

 

-Oui, peut-être.

 

Pierre avait repris son calme et feuilletait les deux livres.

 

-Et les livres? Tu dis que Jean a trouvé une copie à la bibliothèque? Et ça? 

 

Pierre sorti de son sac une quatrième copie du livre.

 

  

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 16:03

J'arrivai chez Jacques et le trouvai attablé devant ce qui semblait une copie du livre. 

 

La maison était sans dessus-dessous. La famille n'avait aucun sens de l'ordre et on pouvait trouver des assiettes sales un peu partout, des verres oubliés depuis des lustres dans les coins les plus surprenants (J'en trouvai un un jour dans le réservoir des toilettes!) sans parler des vêtements disséminés au quatre coins de la maison. La poussière s'accumulait mais tout ce beau monde s'en foutait complètement. Il régnait dans cette famille une joie de vivre et une légèreté face aux vicissitudes de l'existence digne de mention. Rien ne semblait pouvoir entacher cette légèreté.

 

-Fais voir ton livre!

 

Jacques était rarement sérieux comme maintenant. Même dans les cours (nous étions tous les deux en science politique-déjà ce nom faisait marrer Jacques) les plus arides il faisait montre d'un humour dévastateur. Au grand dam des professeurs!

 

-Où as-tu trouvé ce livre?

 

-Complètement en bas du dernier rayon, un peu caché, dans le fond de la bibliothèque à gauche. Ton histoire a piqué ma curiosité et après notre rencontre je m'y suis directement rendu, et j'ai regardé exactement là où tu avais trouvé ton livre. Et voilà ce que je trouve!

 

-J'ai l'impression qu'on veut nous faire une farce...

 

-Je ne pense pas. J'ai déjà commencé à vérifier le papier, le genre d'écriture, la dactylographie. J'ai même eu le temps de lire quelques pages! C'est assez étrange. Écoute, je ne suis pas spécialiste toi non plus, mais il me semble que nous tenons là quelque chose...

 

-Et comment expliques-tu le fait de trouver une copie ou ce qui semble une copie, ça reste à vérifier, au même endroit? Comment as-tu fais pour sortir le livre? Le bibliothécaire t'a laissé partir avec?

 

-En fait je ne lui ai pas vraiment demandé la permission...Après ce que tu nous a dit...Je suggère de demander l'avis de gens...

 

-Et si nous commencions par le lire ce foutu livre au lieu d'imaginer...Quand même...au même endroit...Voyons voir.

 

Joignant le geste à la parole, je sors le livre de ma poche, le dépose sur la table, tire une chaise et commence la lecture.

 

-Commençons par vérifier chaque page. "Je ne suis d'ici ni d'ailleurs"...

 

-Il est de nulle part et de partout quoi! Ça y est! C'est Dieu qui s'est décidé à écrire un bouquin! C'est Pierre qui va être content!

 

-Allons Jacques! Si tu commences, ça va être long...

 

-Tiens! En parlant du loup...

 

Pierre se tenait sur la galerie en nous faisant de grands gestes pour venir le rejoindre.

 

Eh bien! Entre! cria Jacques

 

Je me lève pour voir par la fenêtre...Des dizaines de chiens et de chats couraient dans tous les sens, se heurtant parfois. C'est la première fois que j'assistais à pareille spectacle et ne savais trop quoi penser.

 

-Un feu quelque part? Demanda Jacques qui s'était approché.

 

-Je ne sais pas mais les animaux ne semblent pas fuir dans une direction précise, certains même tournent en rond!

 

Quelques minutes passèrent et tout redevint calme. Pierre entra et vit les deux livres sur la table.

 


 

 


 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 16:39

Une mince couche de neige recouvrait le sol rendant chacun de mes pas périlleux. Je n'avais que mes souliers de ville avec des semelles aussi glissantes que des skis bien fartés. J'arrivais tant bien que mal au niveau de ma rue.

 

Les énormes pères noël, bonhommes de neiges, les crèches construites dans des bulles de plastiques tranparentes (avec soufflerie pour imiter la neige qui tombe!) tentaient de donner un air de fête. En ce qui me concerne ces décorations me donnaient plutôt la nausée et affichaient le peu de goût de ses propriétaires. Restaient les lumières multicolores qui donnaient un peu de gaieté. 

 

L'année 2012 qui allait prendre fin avait été plutôt calme, sans grande surprise. Comme à chaque année on s'était souhaité bonheur, santé et tout le tralala de façon mécanique, sans vraiment y penser. L'année avait été comme nos souhaits, pas très différentes des autres années donc.

 

Toujours les guerres, les tueries au nom de la paix, de la démocratie, de la liberté. Les mêmes politiciens qui faisaient les mêmes discours, les uns sur l'indépendance les autres sur l'économie, ces discours se mélangeant parfois. Le peuple avachit devant les nombreux écrans maintenant disponibles, indifférents et silencieux. Quelques voix s'élevaient mais étaient vite récupérées par le système médiatique, savamment noyées dans un brouhaha informe et indigeste. Une année comme les autres.

 

J'entrai par la porte de derrière et donnai à manger au chat. La maison était calme, la neige avait cessé. 

 

J'aimais beaucoup l'hiver principalement à cause la neige. Elle rendait les sons plus doux et les couleurs, par temps très froid, plus crues. On dit que la neige est blanche. Rien de plus faux! La neige donne aux paysages d'infinis tons de bleu! L'hiver est propice à la lecture, à la réflexion, à la méditation.

 

Le téléphone sonne, c'est Jacques. Haletant et avec une voix fébrile me demande de lui répéter la phrase du fameux livre. Je m'exécute et je n'ai pas fini qu'il me coupe.

-J'arrive de la bibliothèque et j'ai trouvé un livre qui semble être une copie du tiens. Rejoins-moi tout de suite chez moi. Et il raccroche.

 

Je me prépare en vitesse, met le livre dans la poche de ma veste. Avant de sortir je remarque que mon chat n'a pas touché à son plat, lui si gourmand d'habitude. Il est assis au milieu de la cuisine et me regarde d'un drôle d'air, un air que je ne lui connais pas. J'avance ma main pour lui prodiguer une caresse, il gronde et s'enfuit à toute vitesse dans le salon pour se cacher sous le sofa. Je l'entends encore alors que je sors pour rejoindre mon ami.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 16:23

Sur le chemin du retour je me mis à réfléchir à cette première phrase. "le temps est une invention de l'homme". Cela me semblait tiré par les cheveux. On pouvait aisément voir que le temps n'était pas une invention sortie du cerveau humain. On pouvait voir une plante pousser, nos parents vieillir etc. Pourquoi l'auteur avait écrit une pareille sottise? Plus je réfléchissais et plus je regrettais d'avoir emprunter ce livre. Encore des âneries d'illuminé.

 

Alors que je méditais sur mon choix peu approprié je tombai sur trois amis au détour d'une rue. Après les bonjour et comment ça va d'usage, je leur fit part de ma découverte et de cette première phrase qui me semblait bizarre.

 

Avant de continuer, je dois vous présenter ces trois amis. 

 

Le premier, grand blond décharné, rigolo et vif, vivait à deux pas de chez moi. Il venait d'une famille d'intellectuels (ses parents étaient tous deux professeurs à l'université-elle en philosophie et lui en mathématiques) et étaient passionnés par la littérature. Jacques adorait lire et détestait toutes formes de sports.  

 

Mon second ami joufflu, cheveux noirs corbeaux, taciturne la plupart du temps, aimait la peinture mais seulement pour la contempler. Pierre était fasciné par Dieu. Il voyait Dieu partout et lisait la bible à tous les jours. Ce qu'il aimait par-dessus tout c'était la nature (oeuvre de Dieu comme il disait) et il parcourait des kilomètres à pieds dans la forêt située à proximité de la ville. C'était la forêt des Calés.

 

Mon troisième ami, Jean, le plus costaud des trois, sportif, sûr de lui et grande gueule contrastait avec les deux autres. On se demandait ce qu'il appréciait chez Jacques et Pierre d'ailleurs. Jean avait un visage volontaire, des machoires proéminentes, un front haut et un début de calvitie qui le faisait paraître plus vieux que son âge.

 

Toujours est-il que nous étions souvent ensemble malgré nos différences notables. Nous vivions dans le même quartier et on nous surnommait les mousquetaires. Cela faisait rire Jacques car il savait bien que, justement, les trois mousquetaires étaient en réalité...quatre! 

 

Après quelques minutes de discussion autour de la phrase nous nous séparâmes en nous promettant de lire ce livre chacun notre tour pour en discuter. Jean renaclait un peu de devoir lire cette ineptie mais se plia au jeu. Jacques avait déjà une idée de ce que pouvait contenir le livre, fit quelques blagues concernant le temps soit-disant inventé par l'homme et la calvitie de Jean, trouva le projet légèrement farfelu, donc il aimait! Pierre pris la chose très sérieusement et demanda à être le second lecteur, ce que tout le monde accepta.

 

Je repris le chemin de la maison.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 12:42

J'ai lu un livre quand j'avais autour de 20 ans qui est resté marqué dans ma mémoire. D'où je viens la bibliothèque municipale offrait un nombre réduit de bouquins mais le choix restait assez vaste pour occuper un jeune homme curieux de tout mais surtout de rien.

 

Quand tout nous intéresse c'est que dans le fond nous sommes indifférents à ce qui nous intéresse. Pas de passion véritable mais une mer d'intérêts, sans forme, sans buts précis, l'esprit constamment occupé à chercher pour chercher. Trouver pour moi n'avait aucun sens car cela aurait mis fin à mes recherches. J'explorais pour me sentir vivant et non pas pour trouver des réponses. Je crois que dans le fond, j'avais peur de trouver. Cela mettrait fin à mon rêve d'exister. Des réponses partielles me satisfaisaient. Je voguais sur cette mer de connaissance. Je vivais à l'horizontal.

 

C'est lors d'une visite à la bibliothèque que je tombai donc sur ce livre. Il était coincé tout en bas d'une étagère sur le dernier rayon presque au niveau du sol, poussiéreux et jauni. Il attira mon attention et commençai à le feuilleter. Pas de pagination, pas de nom d'auteur, édition inconnue. Le texte débutait dès la première page et finissait au verso du livre. En fait j'ai cru à ce moment que l'on avait tout simplement arraché la couverture et les pages de présentation et qu'il ne restait de ce livre que le texte. Pourtant malgré son air vieillot quelque chose me disait que ce livre n'avait jamais ou peu été lu. La reliure semblait neuve et certaine pages étaient soudées ensemble, vous savez comme ces vieux bouquins dont il faut couper certaines pages reliées entre elles.

 

J'emporte donc ce livre avec quelques autres chez moi. Je dois dire que j'ai eu quelques problèmes lors de l'enregistrement du livre car celui-ci n'était pas officiellement dans l'inventaire de la bibliothèque. Après plusieurs vérification du bibliothécaire dans ses fiches et concluant que ce bouquin ne faisait pas partie de la bibliothèque il me laissa partir avec le livre en prenant soin de noter la première phrase (il n'y avait pas de titre, ni de numéro d'enregistrement ni de pochette où mettre la date de retour et l'éventuelle carte où l'on notait les dates d'emprunt) en me faisant promettre de le ramener lorsque j'en aurais terminé la lecture. J'étais un habitué, il me faisait confiance.

 

"Je ne suis d'ici ni d'ailleurs, je ne connais ni souffrance ni joie. Le temps est une invention de l'homme. Je n'ai pas de concepts sur les choses du monde ni sur moi-même et pourtant j'existe". 

 

Cette phrase, notée sourire en coin par le bibliothècaire, avait piqué ma curiosité mais aussi ma méfiance. Combien de livres j'avais lu portant sur la spiritualité, sur les religions, les croyances et traditions, la psychologie et j'en passe! Tous ces livres m'avaient laissé comme un mauvais goût dans la bouche, une espèce de malaise. J'avais toujours l'impression qu'on essayait de me vendre quelque chose. En même temps cela faisait un peu mon affaire, je ne voulais pas trouver mais seulement chercher. Peut-être ces livres me ressemblaient trop...  

   

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 21:17

La lumière reprend ses droits, le jour s'allonge, la nuit devient plus courte. La nature suit son cours inexorablement, sagement comme elle le fait et le fera jusqu'à la fin de toujours...

 

"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil" René Char

 

Cette phrase magnifique, chargée de sens, devrait nous faire réfléchir. Qu'est-ce qui peut nous rendre lucide? Ici, je ne fait aucunement référence à ce mouvement des (autoproclamés) lucides et de leur manifeste pour le moins obscur, puérile en un sens, manquant de profondeur et de maturité. On reste à la surface des choses encore une fois avec cette pensée, qui m'étonnera toujours, qui est d'affirmer que des changements profonds et réels pourront venir avec des recettes économistes à courtes vues, sans vision autre que de préserver notre culture de l'enrichissement personnel comme porteuse d'avenir!

 

Cette douloureuse lucidité souvent doublée ou accompagnée de désespoir est peut-être ce déclic, cette base sur lequel un vrai changement pourra se bâtir. Encore faut-il avoir le courage de voir et de vivre, de comprendre et d'affronter cette douleur et ce désespoir sans vouloir s'en échapper. En évitant également les pièges du dolorisme véhiculé, entre autre, par la plupart des religions. Il n'est pas question ici de se complaire dans la douleur, on l'aura compris. Éviter, se détourner à tout prix du desespoir et de la douleur c'est se priver de quelque chose qui peut être magnifique et porteur. 

 

Notre société refuse de façon névrotique, veut ignorer cette douleur par toutes sortes de stratégies plus ou moins sophistiquées: la consommation, l'entertainment sous toutes ses formes, la course à la réussite, les pouvoirs. La lecture et la connaissance pour la connaissance, c'est-à-dire l'emmagasinement du savoir pour le simple fait de savoir (devenir des boîtes à fiches, dixit Leon Bloy) sans connection avec la connaissance de soi-même peuvent entrer dans ses stratégies. Tout ce qui nous éloigne de nous-mêmes est à mettre dans cette approche dénué d'avenir et suicidaire. Toute fuite "en avant" devient paradoxalement un boulet qui nous empêche d'avancer réellement. 

 

Je reviens sur cette idée de culture générale. Vouloir définir de quoi cette culture générale devrait être constituer me paraît intéressant mais sortir cette culture générale, la poser comme quelque chose d'autonome sans ou peu de lien avec la connaissance de nous-mêmes devient aussi cette fuite aveugle et dénuée de sens. 

 

Dans l'éducation (que je qualifie de petite à l'instar de René Barbier-directeur des sciences de l'éducation à l'université de Paris 8) nous avons coupé la connaissance de soi de la connaissance "pure". Le rapport à la connaissance de soi introduit un "trou noir" dans la région du savoir, l'empêchant de devenir totalitaire (je reprend ses paroles).

 

La transmission du savoir, si elle reste au niveau de la "reproduction" (ce qui semble être promut essentiellement dans une culture générale "autonome") retire la possibilité aux étudiants de découvrir, la plupart du temps, quoi que ce soit sur eux-mêmes. Elle devient répétition de ce qui a toujours été. De plus, ce mode de transmission enferme, englue et empêche d'être ou de rendre sensible au caractère imprévisible, spontanée, "bouleversant" de la vie.

 

Lorsque l'on parle de culture générale, si nous sommes sérieux, nous ne pouvons ignorer l'urgence de mettre cette connaissance de soi-même à la base de tout "l'édifice" que nous tenterons de construire avec les étudiants, peu importe le niveau. Elle devra faire partie intégrante de cette culture générale. Sans cette connaissance, nous devenons des spécialistes froids, sans vision, "compétents" mais coupés de la vie. Morts. 

 

L'éducateur s'appuiera d'abord sur la connaissance de lui-même, ne sera plus uniquement cet érudit, ce spécialiste du savoir-faire, du savoir tout court, cette "boîte à fiches". Il pourra alors acceuillir le savoir des autres et le faire fructifier.

 

Le livre (ou la culture) n'a de sens que lorsqu'il devient lui-même provocateur à l'expérience intérieur et qu'alors, comme disait Nietzsche "tu pourras jeter mon livre".

 

La culture générale n'a de sens que si elle éveille cette possibilité chez son détenteur "actif" d'exister autrement.

 

Le spirituel n'est pas un jeux psychologique mais un enjeux existentiel radical.

 

 

 


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Published by Yannick Rieu - dans Culture
20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 16:24

Le mot n'est pas la chose. Cette évidence est un premier pas vers une compréhension de notre façon de communiquer, du moins l'une de ses facettes.

 

Pour affirmer une telle chose il est important de saisir les obstacles créés par les mots.

 

Nous avons tous pu observer ces interminables réunions ou conférences internationales portant, par exemple, sur la paix ou le réchauffement climatique; ces réunions devant se terminer sans véritables consensus, chacun défendant son idéologie.

 

Plus près de nous, nous pouvons trop souvent constater les petites luttes mesquines qui se déroulent sur les différentes plate-formes ou médias sociaux, chacun défendant "sa" position, son point de vue, ne dérogeant que très peu ou rarement de sa pensée initiale. Nous défendons des idées comme si notre vie en dépendait, comme si notre opinion, notre "moi" prévalait sur les faits.

 

Au lieu de se pencher ensemble sur un problème et d'essayer d'y voir clair, nous partons en guerre (l'expression est à peine trop forte) pour étaler nos convictions et nos conclusions.

 

Il me semble que pour arriver à une véritable relation et non pas à ce semblant de relation que l'on constate, nous devons comprendre et donc dépasser la charge émotionelle que les mots peuvent contenir. Cet abandon de la charge psychologique reliée aux mots est une condition si ne qua non d'une saine communication.

 

Nous sommes attachés aux mots, ces mots-clichés avec leur contenu auquels notre "moi" s'identifie puisant un grand réconfort et un certain plaisir. Les mots deviennent ainsi des prisons, des conditionnants puissants dans lesquels l'esprit s'enferme.

 

Toute relation devient à ce moment impossible. Les dialogues deviennent des dialogues de sourds où toute compréhension est improbable voire impossible.

 

Les mots deviennent alors des écrans qui nous empêchent de voir la vie. Tout ce que nous voyons et entendons, c'est le bavardage superficiel de nos pensées dans un flux ininterrompu.

 

Quand cesse ce passé conditionné réagissant au présent, le mouvement de la vie prend tout son sens et peut éclore d'instant en instant. À partir de ce moment une véritable relation peut s'installer.

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture