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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 02:55

Notre époque ne tolère guère la vérité

Parce que la vérité fait mal

Elle est lumineuse et sombre

Propre et sale 

Tout à la fois

Ainsi veut-on ignorer

En toute bonne foi

Sa part d’ombre

La changer

Selon nos vœux

Ou pire

L’ignorer

La proscrire

On se voudrait lumineux

Tolérants et sans armes

Là est le drame

Insignifiants et heureux

Plus fiers qu’amoureux

 

Le Bien totalitaire

Est affreux 

Délétère 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
1 août 2019 4 01 /08 /août /2019 16:12

Ça brassait pas mal dans l’hémicycle. Les projets de loi proposés par la présidente ne faisaient vraiment pas l’affaire de l’opposition virtuelle. Cela n’avait finalement que peu d’importance car il y a longtemps que la véritable opposition était interdite. On en avait gardé que les rituels, que l’image. On ne vociférait que par principe. Tout le monde savait bien que toute organisation qui se structurerait véritablement et aurait un impact sur les citoyens était proscrite, interdite, détruite, dissoute; elle, ses dirigeants et ses adeptes.

La nouvelle présidente proclamée avait 14 ans. Son projet de loi (projet de loi appelé Vanasse en l’honneur de son concepteur et que de méchantes langues nommaient vinasse) ramenait l’âge interdit à 35 ans. On trouvait (par principe) qu’elle allait trop loin. Aujourd’hui l’âge interdit se situait très exactement à 50 ans. Arrivé à ce seuil on vous retirait le droit de vote, le droit de travailler et toute communication publique vous était interdite. Un peu partout on avait installé des suicidaires qui leur était réservé, sorte de cabine où, pour quelques dollars, on pouvait mettre fin à ses jours proprement et sans douleurs. Il suffisait de prouver que l’on avait l’âge interdit, l’âge de disparition. La population mondiale avait beaucoup chuté depuis l’avènement du gouvernement unique...

Les changements climatiques avaient eu raison de la démocratie. On avait interdit les transports comme l’avion, les bateaux (ou alors ils fallait qu’ils fussent à voile), la voiture à essence ou électrique. Les fumeurs étaient emprisonnés et rééduqués. Les relations hétérosexuelles étaient pratiquement interdites et l’homosexualité fortement recommandée. Les robots s’occupaient de la reproduction. Faire un bébé en dehors des couveuses pouvait vous coûter fort cher. Toute personne surprise à acheter ou manger (le marché noir était florissant!) de la viande était abattu sur le champs. Pour montrer l’exemple. Ces carnivores méritaient la mort puisqu’ils s’en nourrissaient. Les écoles (on les nommait aujourd’hui centre de rééducation) se chargeaient de rendre ces meurtres et cette absence presque totale de liberté comme bons et inéluctables, comme une marque de progrès. On avait fini par accepter l’idée qu’une vie humaine ne valait pas plus que la vie d’un ver de terre ou celle d’un céleri.

Les citoyens avaient renoncé peu à peu à leur liberté. Ils lui préféraient l’air pur.

Noël approchait. L’air était en effet pur et doux. C’était le printemps.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 16:30

Ça avait été horrible. Cette nuit de folie resterait marquée dans la mémoire de l’humanité; ce qu’il en restait. Cela avait commencé bien avant mais le 11 août tout avait basculé, tout s’était précipité. Trop vite, trop tard, trop violent, trop humain. Désespérément humain.

Tous ces gens rendus malades par la nourriture vendue légalement dans les hypermarchés, atteints de cancers ou de maladies dégénératives, tous ceux encore capables de marcher, de se mouvoir, d’agir quittèrent simultanément les hôpitaux où ils étaient assignés et prirent d’assaut, attaquèrent, trucidèrent tout ce qu’ils leurs paraissait relever du pouvoir ou s’en rapprocher. Les femmes et hommes politiques en premier lieu mais aussi les dirigeants d’hôpitaux de mèche avec les gouvernements (les hôpitaux, à ce moment, pratiquaient très librement, très aléatoirement et très largement l’euthanasie) mais aussi les chefs d’entreprises, les directeurs, les président, les professeurs (devenus des propagandistes à la solde du gouvernement) bref tous ceux qui, de près ou de loin, exerçaient un pouvoir sur autrui. Ça faisait beaucoup de monde...

Tout aurait pu changer pour le mieux il y a longtemps mais personne ne l’avait vraiment souhaité. On avait préféré une mort certaine, douce et secure au changement, à l’aventure, au risque.

La nature avait doté l’homme d’un cerveau mais sans manuel d’instruction. Elle avait essayé la conscience,  la conscience d’être conscient, le recul. Après cette nuit elle se rabattrait probablement sur du solide qui avait fait ses preuves. L’instinct, l’intuition.

Pourquoi cette nuit? La veille, St-Ange, un journaliste au chômage, avait réussi à faire paraître sur la toile des informations qui n’auraient pas dû être disponibles au peuple. Ces informations divulguaient les stratégies du nouveau gouvernement mondial qui comportaient, entre autres mais prioritairement, l’extinction contrôlée d’une partie de la population mondiale par le biais de la nourriture produite.

D’après ce programme il fallait à tout prix produire des politiques suffisamment subtiles pour que la population se réjouisse des conditions dans lesquelles elle vivait et même qu’elle aille jusqu’à défendre becs et ongles son malheur, son ignorance et son suicide.

Le petit peuple avait toujours payé pour qu’une minorité puisse vivre dans l’aisance, le luxe, l’abondance mais depuis et grâce à la révolution française on avait grandement amélioré les techniques de soumission. Apprendre au peuple à aimer sa prison et sa mort au lieu de le contraindre par la force. Une solution brillante se fit jour, on appèlerait cela « démocratie ». Faire croire au peuple qu’il serait maître de son destin. Bien entendu on le ferait voter « dans le bon sens ».

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
26 février 2018 1 26 /02 /février /2018 16:35

"Si vous m'aimez, fermez vos gueules" Brel

Il aimait l'action et détestait les atermoiements. Déjà 40 ans qu'il est mort ce con. Quelle drôle d'idée... À 3 paquets de cigarettes par jour, plus de 300 concerts par an, les épuisantes tournées, les soirées (très) bien arrosées, acteur, pilote, marin sur le tard, de démesure en démesure, on ne s'étonnera malheureusement pas qu'il soit parti si jeune. À peine 50 ans. Homme d'excès, homme éternellement insatisfait.

Il y a des hommes “fusées”, comme ça, qui vivent tellement intensément qu'il nous semble presque normal de les voir prendre congé si jeune de la vie. Ils épuisent le montant d'énergie allouée par leur constitution en très peu de temps, plein gaz, toutes voiles dehors. Brel pour moi c'est un peu le Coltrane de la chanson. Tous deux ont réalisé en quelques années ce que d'autres ne feront jamais dans une longue vie. Le talent? Non, le travail. C'est bien Brel qui disait que "le talent ça n'existe pas. Le talent c'est l'envie de faire quelque chose." Brel a eu très envie.

Il est des artistes qui vivent à une vitesse supérieure comme s'ils voulaient rattraper du temps, saisir du futur, remplir un vide, exorciser une angoisse permanente. Ce sont de grands malades; la sérénité n'est pas leur tasse de thé alors ils s'agitent, font des plans et les réalisent, ils bousculent, cherchent, s'occupent, gueulent, travaillent, s'étourdissent dans leur manège devenue toupie.

---

Mon cher Jacques, si tu voyais, si tu vivais le monde aujourd'hui, tu n'en reviendrais pas. Tu ne sais plus la chance que tu as eu de vivre à ton époque. Malgré la guerre. Je sais, on est jamais satisfait de notre temps, l'herbe d'hier ou de demain semble toujours plus verte...Nous ne sommes que rarement sages! Toi-même tu rêvais, tu as beaucoup rêvé mais vécu à la hauteur de tes rêves. C'est probablement ce qui t'as tué. Tu gueulais contre les "attentistes". Figure-toi que rien n'a changé sauf que maintenant ils semblent plus nombreux que dans ton temps. Les rues sont jonchés de cadavres déambulant; la technologie a réussi à tuer le peu de vie dont ils étaient pourvus. On commence même à voir les vivants d'un mauvais oeil, c'est pour dire! Toi mort, tu restes plus vivant que beaucoup de ces pendus.

Je fais court. Je ne m'éterniserai pas. C'était simplement pour te dire que je pense à toi et que toi aussi, 6 pieds sous terre, tu Brel encore.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
21 février 2018 3 21 /02 /février /2018 12:04

Pas de plan 

Pas le temps

Pas de trêves

Pas de rêves

D’enfants

 

---

 

L’artiste indigné

Pléonasme fatigué 

Revient nous hanter

De ses miasmes

 

Outré, choqué 

Moderne ectoplasme 

Il se plaint

Il souffre!

De quoi de quoi?

On ose dire

Le critiquer?

Il déchire sa chemise

Pour un plan « B »

Fait sa crise

Pour un fantasme

 

Beaucoup de bruit pour rien

De coups de reins dans l’eau

De mots et de chagrin

Trop de gros sabots

De susceptibles idiots

De Ruquier et d’Angot

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 20:41

Aux imbéciles graciles

Aux néo-fachos en jupon

L'indignation facile

Des bonnes et des bons

Ces nouveaux censeurs

Toujours pour votre bien

Comme on a fait la guerre

Au nom de la liberté

Tuant frères et soeurs

Dans un souci de propreté

Ce mouvement castrateur

Héroïco-hystérique

Odieux et chimérique

Devant cette peste

On n'oserait une parole

Un geste

Face à cette farandole

Indigeste?

Aux chiens en laisse

Qui n'ont d'humain 

Que leur faiblesse

Aux trouffions

Et aux pions

Je le dis

Et dans le fond

Je m'en cogne

Rien ne ressemble plus à un con

Qu'une conne

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 19:52

Mais que croyez-vous? Que pratiquer un art, vouloir le faire honnêtement, véritablement, c'est-à-dire avec toute l'énergie mise à notre disposition, avec toute notre intelligence, notre coeur, nos muscles, nos nerfs, notre temps, notre pensée, notre volonté, notre réflexion est une partie de plaisir? Que se remettre en question constamment, de revenir mille fois sur une phrase, un mot, un geste, une couleur, un son, que douter, tourner en rond pour approfondir comme le dit si bien Cioran n'est pas se faire violence? 

Combien de fois je suis sorti d'un concert complètement démoralisé, abattu, mon esprit en lambeaux parce que j'avais conscience d'avoir en quelque sorte trahi la musique, d'avoir été insuffisant. Combien de fois il m'a fallu regarder ma médiocrité en face, la reconnaître? Combien de fois recommencer, refaire, remarcher alors que j'étais sur les genoux? Tomber, rechuter, se relever, retomber...chaque jour, à longueur d'années. Que croyez-vous? Que tout cela ne relève pas d'une violence, d'un combat? Le pire des combats! Celui qu'on livre à soi-même!

Vouloir se dépasser c'est un peu vouloir se perdre de vue, s'absenter à soi-même et atteindre, parfois, ces moments qu'on dit magiques mais qui ne sont au fond qu'une réponse à notre capacité à disparaître. Et cela exige violence à soi-même, ce "moi" qui veut à tout prix briller, exister.   

En art "je" n'exprime rien.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
9 novembre 2017 4 09 /11 /novembre /2017 12:24

"le conservatisme, pris au sens de conservation, est l'essence même de l'éducation"

Hannah Arendt

Au fil des siècles la langue française a évolué ou plutôt subi des changements devrait-on dire car si elle n'a pas toujours reflété les mentalités qui oeuvraient au sein de la société elle s'est néanmoins transformée et ce de façon notoire. On l'accuse aujourd'hui d'être machiste - la formule bien connue "le masculin l'emporte sur le féminin" servant de point de départ pour illustrer souverainement le peu d'espace laissé aux femmes dans notre société -. Les choses étant souvent plus compliquées qu'elles n'y paraissent, j'aimerais soulever quelques points qui, je l'espère, mettrons en perspective cette accusation qui, sans pour autant être totalement fausse, me semble quelque peu précipitée.  

Je dois avouer que ma petite recherche trouve également son origine dans la lecture inconfortable de textes du fait de leur féminisation, ces ajouts de "e" ou "es" ou de "-e" ou "-es" à la fin de certains mots cassant leur rythmique ou leur flot. L'oeil accroche, la pensée suit. J'y vois là aussi une certaine forme de féminisme mondain qui ne va pas sans quelquefois m'agacer. 

Vouloir changer une langue de manière volontaire me semble provenir d'une fausse lecture de la représentation des rapports entre celle-ci et la réalité sociale. La société changera-t-elle par la lourdeur des textes féminisées ou alors la langue se trouvera transformée par l'évolution de nos mentalités? Et encore! Celle-ci le fera souvent avec du retard et même, parfois, elle contredira l'évolution des mentalités. Ainsi, dans l'histoire de la langue française, on notera un arrêt des créations de nouvelles formes féminines dans les années 20, période où plusieurs contraintes ont été rejetées par les femmes. Regardons tout cela d'un peu plus près.

Quelques comparaisons

L'arbitraire

Le soleil et la mort n'ont pas de sexe. Respectivement masculin et féminin en français, ceux-ci deviennent féminin et masculin en allemand. Le pou, le grillon ou le homard ne sont pas forcément des mâles comme la girafe, la panthère ou une hirondelle ne sont des toujours des femelles. Un homme peut être une victime et une femme un témoinUn homme, une canaille et une femme un exemple à suivre ou un parangon de vertu. 

Il est cependant vrai qu'il existe un plus grand nombre de mots masculins pour désigner des êtres de sexes féminins. Signe d'une société machiste? Possible et sans doute probable mais cela n'explique pas tout.

Une langue est le reflet des pratiques sociales des individus qui la parlent. Par exemple, on trouvera chez les inuits des dizaines de façons de décrire la glace et la neige ou encore des centaines de qualificatifs pour distinguer les chameaux dans la langue arabe. Ce n'est pas le cas du français. Il me parait évident que la langue illustrera le caractère d'une société, le traitement et la place qu'elle donne aux individus et aux choses qui la composent.

Dans le temps et ailleurs

Il semble bien qu'au Moyen Âge la féminisation des mots se faisait plus fréquemment. Ainsi, pour n'en nommer que quelques-uns, Vainqueresse, jugesse, miresse (médecin), bourelle (féminin de bourreau), charlatane, tyranne, librairesse, chasseresse, (j'arrête là, mon correcteur s'affole!). On en trouvera encore des centaines...Qu'est-ce à dire? Que le Moyen Âge, période historique vue comme celui où les femmes (selon nos préjugés?) n'avaient aucune place ni aucun droits serait plus féministe ou moins sexiste que la nôtre? Nous parlons pourtant souvent de la mentalité "moyenâgeuse" des phallocrates et des machistes...La langue est-elle vraiment et toujours le reflet d'une société? Il semblerait à tout le moins que la langue populaire s'accommode plus facilement des féminins que la langue académique. Rappelons que l'académie française a vu le jour le 22 février 1635. Est-ce à dire qu'on retrouve moins de préjugés et de stéréotypes sexistes dans les classes populaires que du côté des élites?   

Dirigeons-nous vers l'Espagne. Ce pays utilise la terminaison en "a" pour féminiser les métiers et ce de façon systématique. On le voit, le français éprouve plus de difficultés à faire de même. La société espagnole est-elle pour autant plus égalitaire et moins sexiste que son voisin? Ou sa voisine...? Langue miroir...déformant?

Le masculin ne l'emporte pas toujours

Cette formule donne pas mal d'urticaire à beaucoup de féministes: "le masculin l'emporte sur le féminin". Le français serait cette langue sexiste et inégalitaire, source de beaucoup de maux (sans jeu de mots), reflet d'une société machiste. Voyons ailleurs.

Dans la langue allemande le masculin ne l'emporte pas toujours sur le féminin. Les déterminants, pour employer le vocabulaire contemporain (les déterminatifs si vous voulez), der, kein, dieser, jener, welcher prennent au pluriel la forme du féminin et le pronom er (il) se féminise en sie au pluriel. Une fois traduit nous aurions en français des phrases du type "Ce garçon et cette fille sont amoureux, elles s'embrassent". Chez les Hongrois on ne fait pas de distinction de genre pour le pronom à la troisième personne: ö signifie il/lui/elle et ök ils/eux/elles. En iroquois c'est le féminin qui fait office de générique. Toutefois les femmes sont classées dans les...inanimées. Mêmes athées et matérialistes, personnes ne se réjouira du fait d'être défini comme "sans âme". Toutes ces langues sont-elles le reflets de sociétés où les femmes auraient le même statu que les hommes? On peut certes en douter. 

Plusieurs féministes proposent de remplacer la règle d'accord qui veut qu'au pluriel le masculin l'emporte sur le féminin par une règle dite de voisinage ou de proximité selon laquelle l'adjectif s'accorderait en genre et en nombre avec le mot plus proche. Pourquoi pas? D'ailleurs cette règle a déjà existé en latin et en...français. On dira en latin Bonus pater et mater (bon père et mère) et Bona mater et pater (bonne mère et père). En français c'est jusqu'au 17ème siècle que cet accord subsiste. On peut lire chez Corneille: "sa bonté, son pouvoir, sa justice est immense" et chez Racine: "Armez-vous d'un courage et d'une foi nouvelle". C'était parfois mieux avant?

On l'a vu, la langue peut être un reflet d'une société mais ce concept est à prendre avec précaution. Encore une fois l'histoire nous démontre que les choses ne sont jamais simples et que faire table rase du passé avec des phrases creuses comme "parce que nous sommes en 2017" tend à démontrer, au final, une ignorance et une prétention abyssale, dans certains milieux, bien contemporaine.

Source: André Perrin, Scènes de la Vie Intellectuelle en France : l'intimidation contre le débat, Ed. l'Artilleur. Préface de Jean-Claude Michéa

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 12:42

Ce n'est pas la richesse qui manque dans le monde, c'est le partage.
Proverbe chinois
 

De retour de ma tournée en Chine. Comme à l'habitude mes deux chats m'ont laissé savoir leur mécontentement face à mon absence de presque trois semaines en laissant des marques odorantes et non moins visuelles à quelques endroits bien choisis. Non plus ils ne cachent leur joie en me suivant partout, observant mes moindres mouvements, me collant aux basques jusqu'à rendre certaines activités presque impossible, un peu à la manière de l'épisode du sparadrap et du capitaine haddock dans L'affaire Tournesol. Je n'ai pas besoin de spécialistes pour me faire comprendre que mes chats sont animés de sentiments. 

Après un solide ménage de la maison, le lavage et rangement de mes affaires de tournée, la lecture du courrier accumulé, la mise au jour de tout ce qui fait le quotidien (course, paiement de facture etc.) c'est le retour à la "normale". C'est à ce moment que je peux mettre à plat mes sentiments ou si vous préférez prendre un peu de hauteur face à ce que je ressens concernant ce retour. Je fais le point.

Ma première impression est celle d'un malaise. La société dans laquelle je vis me semble perturbée, intranquille pour reprendre un mot de Pesoa. Et cette intranquillité n'est pas source de changement. Elle me semble plus tenir de la névrose que d'une colère saine qui apporte des modifications, qui fait avancer...vous savez, cette colère généreuse qui rend créatif et actif. Non, je sens un embourbement, une lutte sans fin avec de vieux démons qui reviennent sans cesse hanter la psyché collective. Je la sens étrangement vieille cette psyché, fatiguée, incapable de se (re)dresser, préoccupée, angoissée. Je sens comme un sentiment constant de revanche. Une inassouvissable demande de droits justifiée par des frustrations longtemps réprimées? C'est un projet de société, ça? Cette culture de l'individualisme, que je trouve pour ma part insupportable et pour tout dire suicidaire, fait qu'il est normal de recevoir mais bien difficile de donner ou rendre - ce qui parait être le b.a.-ba de toute relation humaine-. Ce qui fait que lorsque nous nous retrouvons dans une culture qui pratique cet échange basique comme en Chine, nous nous apercevons (pour ceux qui peuvent prendre un peu de hauteur vis-à-vis d'eux-mêmes) que nous sommes des handicapés sociaux, des produits d'une culture où, la plupart du temps, l'égoïsme sert de base à nos relations.     

Le retour
Le retour
Le retour

Ce sentiment de malaise est d'autant plus fort que je reviens d'un pays - La Chine - où on s'attendrait, selon le peu qu'on en sait, à trouver cette morosité, cette insatisfaction, cette colère sourde, cette noirceur des sentiments. Mais il n'en est rien! À chaque fois je retrouve cette joie de vivre, cette tranquillité, ce désir de prendre soin de l'autre, de voir à son bien être. En même temps que cette affabilité et cette douceur je peux sentir à chaque séjour que je fais des changements inouïs par leur qualité et leur rapidité. Ce qui ressort de la Chine c'est de l'optimisme et cette propension à mieux vivre, à développer le pays pour le bien général. Comme le disait un de mes amis chinois: "nous sommes une grande famille". Et il m'incluait dans cette famille.  

La Chine fait face, comme tous les pays, à des problèmes plus ou moins graves. N'empêche que je la sens prête et suffisamment forte pour affronter ces problèmes, suffisamment en bonne santé morale pour affronter les défis qui se présentent à elle. 

Je ne suis pas absolument certain que je puisse en dire autant pour nous.

Mes chats ronronnent auprès du feu. Ils sont calmes et paisibles. Pour eux, c'est le retour à la normale. Pour moi aussi c'est le retour. Un dur retour.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 15:42

Le propre des fous est de juger les autres d'après eux-mêmes.
Fernando de Rojas ; La Célestine - XVIe siècle.
 

Quelle triste époque!

Prétentieuse

En toc

Brailleuse

Qui sur son perchoir

Hautement juchée

Se permet de juger

L'Histoire!

Toute cette armée

Petits juges affamés 

Chroniqueur, journaliste

Artiste somnifère

Sa soeur, son frère 

Tous descendants de Jocrisse

En mal de judiciaire

Petits flics de la cuisse

Avec les yeux d'aujourd'hui

Voudraient nettoyer

Pain béni!

Le passé?

Au nom du progrès

En toute bonne inconscience

Tels des chiens en arrêt 

Au nom du Bien immense!

Flairent la moindre résistance 

Traitent de populiste

Le peuple qui leur échappe 

Montrent du doigt

Ce qui dérape 

Ce qui ne cadre pas

Avec leur catéchisme

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