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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 17:16

Sans liberté, pas d'art.

Le loup et le chien (Jean de la Fontaine)

Un Loup n'avait que les os et la peau, 
Tant les chiens faisaient bonne garde. 
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau, 
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde. 
L'attaquer, le mettre en quartiers, 
Sire Loup l'eût fait volontiers ; 
Mais il fallait livrer bataille, 
Et le Mâtin était de taille 
A se défendre hardiment. 
Le Loup donc l'aborde humblement, 
Entre en propos, et lui fait compliment 
Sur son embonpoint, qu'il admire. 
"Il ne tiendra qu'à vous beau sire, 
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien. 
Quittez les bois, vous ferez bien : 
Vos pareils y sont misérables, 
Cancres, haires, et pauvres diables, 
Dont la condition est de mourir de faim. 
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée : 
Tout à la pointe de l'épée. 
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. " 
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ? 
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens 
Portants bâtons, et mendiants ; 
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire : 
Moyennant quoi votre salaire 
Sera force reliefs de toutes les façons : 
Os de poulets, os de pigeons, 
Sans parler de mainte caresse. " 
Le Loup déjà se forge une félicité 
Qui le fait pleurer de tendresse. 
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé. 
"Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose. 
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché 
De ce que vous voyez est peut-être la cause. 
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas 
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ? 
- Il importe si bien, que de tous vos repas 
Je ne veux en aucune sorte, 
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. " 
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

 

Le prix de la liberté, ce qu'on est prêt à payer pour la perdre...ou la garder! Combien de musiciens j'ai vu au cours de mes trente ans de vie artistique perdre cette liberté pour satisfaire une ambition, un désir de "percer", avoir du succès dans le sens quantitatif du terme.

 

Comme le loup de Jean de la Fontaine, je préfère, et de loin, me sentir totalement libre sans avoir à "porter un collier". Ce collier peut prendre beaucoup de forme et plus souvent qu'autrement, nous nous le passons nous-mêmes. Nous sommes notre propre laisse.

 

Le collier le plus fréquent est certainement celui de l'ambition personnelle, cette ambition qui nous fait courber le dos devant des décideurs, des gens que l'on sait qu'ils pourront nous donner ce coup de pouce (parfois) salutaire, des gens qui sont prêts à "investir des sous pour encourager notre talent", talent qu'ils mesureront au nombre d'entrées que l'ont fera éventuellement, au nombre de disques que l'on vendra, à notre impact économique sur notre milieu. Peu de ces "investisseurs" sont prêts à prendre de réels risques et ne voient que trop souvent que le côté économique des arts.

 

Des décisions sont ainsi prises par des artistes aveuglés par cette poudre aux yeux que représente le succès personnel. Nous mettons de côté très rapidement notre capacité à réfléchir sainement et créer quelque chose qui soit vraiment original...Pour cela il faut être et rester à l'écoute, de façon tout-à-fait honnête, à ce que l'on est au plus profond de soi-même sans tomber dans la mode, sans être influencé par ceux qui mettent des sous pour nous lancer...souvent comme une marque de savon, comme un bon cheval qui sortira gagnant de la course au palmarès.

 

Il m'apparaît évident qu'il y a beaucoup d'hypocrisie venant de la part des artistes qui acceptent de jouer ce jeu. Ce sont ces mêmes artistes, et souvent les premiers, qui vous parlerons de créativité, de collaboration fantastique avec tel ou tel confrère (souvent connu lui aussi et..."gagnant"), on tient des discours qui endormiront le public sur les réels enjeux en cours qui sont celui de vendre, d'arriver, de se faire "une place au soleil" parce qu'au fond, faut que cette démarche soit rentable pour ces bonnes âmes qui ont cru en nous...et satisfaisante pour notre ambition personnelle.

 

C'est le début de la fin d'une course toute mercantile, à mille lieux de ce qu'un artiste doit être pour mériter cette appellation. C'est le début d'une course jamais admise, reconnue pour telle. On se tient en forme, on fait attention à sa santé, on mange bio, on fait du yoga, on apprend à bien parler anglais, espagnol éventuellement...on ne sait jamais...On peaufine cette machine pour qu'elle soit efficiente, présentable, on s'entraîne, prend des cours de diction bref on prépare le cheval pour une course qu'il faudra gagner. Nous devenons ainsi le centre de nous-mêmes, tout tourne autour de nous, tout revient à nous. 

 

Comme le chien de la fable de monsieur de la Fontaine, on peut, avec un peu d'acuité, voir les traces sur le "cou" de ces pauvres gens qui ont donné, pardon vendu, leur liberté pour un succès qui ne les rendra que plus malheureux car plus loin de ce qu'ils sont en vérité.

 

J'aime tous les animaux, mais ma préférence va à ceux qui restent indépendants face à l'Homme. Comme les chats...ou les loups. Quant aux requins...on en reparlera...

 


 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 23:55

Revoilà dans le portrait la vieille bataille des valeurs respectives de la gauche et de la droite. Sempiternel débat sans grand intérêt et stérile, chacun restant sur ses positions, bien entendu. Je ne reprendrai pas ici les caractéristiques de chacun mais leur point commun. Ces visions du monde-gauche, droite-s’appuient sur « ce qui devrait être » plutôt sur « ce qui est ». C’est dans ce que nous sommes, chacun de nous, maintenant, que l’avenir s’inscrit. Les projections, les plans et stratégies « pour un futur meilleur » n’ont jamais donnés, à ce qu’il me semble, de grands résultats. Voyez l’Histoire !..Et voyez où nous en sommes aujourd'hui!

 

Ne vivons-nous pas toujours dans un monde sans paix ? Sans sécurité physique ou psychologique ? Dans un monde toujours entre deux guerres dans le meilleur des cas ? Est-ce que la droite ou la gauche avec leurs partisans nous ont donné une société juste et paisible ? Bien sûr que non.

 

Et l’on continue de se déchirer à propos des vertus de chaque camp, de leur idéologie, de leur politique. Combien d’énergie perdue à défendre nos idées et idéaux, nos opinions et positions ! J’ai un sérieux doute sur notre volonté à voir les faits et travailler sur ceux-ci dans un véritable esprit de communion. Mais nous sommes tellement isolés, enfermés en nous-mêmes, emmurés dans nos opinions politiques et sectaires.

 

Débats de sourds qui, chacun dans leur coin, veulent faire pencher la balance de leur côté, faire croire qu’ils ont la bonne façon de faire, de projeter un avenir bon pour tous.  Pendant qu’ils discutent sur leurs valeurs respectives et respectables, on s’éloigne du fond, de l’essentiel. On ignore ou feint d’ignorer que les problèmes se règlerons ou seront en passe de se régler quand nous cesserons de nous battre entre nous, de nous voir comme séparés les uns des autres. Comme si les idées étaient plus importantes que les faits.

 

Ainsi nous trouvons normale cette façon de faire qui est de constamment voir les partis politique s’attaquer, se contredire, affirmer être « la solution » à tous nos problèmes. Une grande perte d’énergie que tout ce fatras, ces empoignades et tirage de couverture vers soi ! Les quotidiens en sont remplis jours après jours.

 

Tout ceci nous montre, finalement, le peu de sérieux de tous ces gens. Et le peu de sérieux que nous avons à jouer le jeu. Leur jeu.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:31

Nous aimons les anecdotes, en sommes friands. Les petites histoires qui nous montrent des évènements ou des situations particulières, typiques, souvent sans conséquences. Je veux dire qu’elles ne portent pas à réflexion la plupart du temps à moins d’être d’une extrême vigilance. Leur intérêt est dans le détail, on reste collé à l’information que contient l’anecdote car c’est sa raison d’être. S’en contenter est, à mon avis, risqué.

 

Tout agréable qu’elle peut être, l’anecdote reste, la plupart du temps, sans grande portée car elle ne supporte pas une vision large des choses de la vie. C’est l’arbre qui cache la forêt. Elle est l’apanage, si on reste constamment à ce niveau d’information, si c’est notre façon coutumière  de communiquer, d’esprits compliqués, superficiels voire mesquins. On insistera sur des sujets, on multipliera ad infinitum les histoires en pensant que c’est là que se trouve la richesse et l’intérêts de notre existence. Nous sommes alors dans la quantité au lieu de se pencher sur la profondeur et la signification de la vie. Nos sommes dans l’horizontalité au détriment de la verticalité.

 

Les journaux et les médias en général (je ne parle pas des réseaux sociaux…) sont remplis d’anecdotes. On nous amène à penser que d’être informé c’est savoir ce que pense ou fait tel personnage, homme politique, ce que pense ce parti, leur position face à tel ou tel sujet. On suivra avec intérêt  les tribulations et décisions de nos ministres, dirigeants, hommes et femmes d’affaire etc. On prendra position, convaincus que nous sommes de participer ainsi à la vie citoyenne, convaincus que nous sommes ainsi responsables et actifs dans la cité.

 

L’esprit anecdotique discourra-un exemple bien contemporain- sur les valeurs de la gauche et de la droite sans remettre en question cette façon de voir bien puérile à mon sens. L’esprit anecdotique parlera de la religion de tel ou tel politicien américain au lieu de se pencher sur le phénomène de la croyance chez l’Homme, les raisons de son existence et de sa popularité. L’esprit anecdotique multipliera les occasions de montrer la vie comme on pourrait la voir dans un microscope, le nez penché sur un monde bien petit. Nous sommes alors cette grenouille au fond du puit qui pense que le ciel se résume à la vision du fond de son trou.

 

On s’attache aux détails et on oublie le fond. Cela permet de multiplier ad nauseam les articles, de vendre de la copie tout en prétextant  une richesse d’informations, une multiplicité de points de vue et d’opinions.

 

Cette façon de voir débouche rapidement sur la démonstration, les cancans et autres conciergeries qui peuplent nos médias.

 

Il y a pire que de ne pas être informé, c’est de penser que nous le sommes. 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 17:05

L'érudition pour l'érudition. Le savoir pour le savoir. Le plaisir d'apprendre. Apprendre quoi? Que veut dire apprendre? Est-ce remplir sa mémoire d'informations comme on le ferait pour un ordinateur? Est-ce que l'accumulation de données nous a jamais donné la sagesse et l'équilibre? La tranquilité et le bonheur? La paix et la félicité? Des décisions catastrophiques pour l'humanité n'ont-elles pas été prises par des gens soit-disant cultivés et éduqués? Que manquait-il donc à ces gens pour que leur savoir ou culture reste inutile et sans effet sur leurs décisions? Que manquait-il à leur érudition? Cette passion d'apprendre pour apprendre ne serait-elle pas en quelque sorte une fuite de nous-mêmes donc notre propre négation en tant qu'individu, de ce qui fait ce que nous sommes?  

 

Il me semble plus avisé de se pencher sur le "comment" penser plutôt que sur le "quoi" penser. On se préoccupe de la technicité de la culture générale avec des listes de savoirs qui ferait de nous des êtres cultivés. Mais la culture générale n'est-elle pas le résultat d'une curiosité naturelle que l'on possède pendant l'enfance? N'est-ce pas, en quelque sorte, mettre la charrue avant les boeufs?

 

Lorsqu'un enfant veut peindre il peint. Il ne se préoccupe pas de la technique. Son geste est naturel et sans but. Il peint. Les problèmes techniques seront résolus au fur et à mesure de sa démarche. Voilà où se trouve la véritable création. Il ne vise pas de but, il n'a pas d'idéal, il peint pour peindre. Malheureusement nous perdons cette qualité en grandissant. L'éducation ne serait-elle pas responsable de ce fait?

 

Cette éducation qui fait de nous des êtres compétitifs et préoccupés des résultats, des examens à passer et des notations sur notre travail? Cette éducation ne nous remplit-elle pas de peurs et d'appréhension face à nos camarades de classe vus maintenant comme compétiteurs? On compare, on quantifie notre savoir et nos connaissances par des concours, on juge et sélectionne les plus aptes. Aptes à quoi? Aptes à poursuivre, de façon brutale comme on nous a appris à l'école, notre chemin dans la vie? À voir celle-ci comme une compétition sans fin et dénuée de sens? Voyons-nous essentiellement les enfants (et les grands...) comme des êtres à peu près vides qu'il faut "remplir" de connaissances afin qu'ils soient efficients et cultivés? Voilà une bien triste façon de voir l'être humain, dénuée d'amour et de compréhension!

 

Ainsi, au lieu de rendre libre, l'éducation enferme les étudiants dans une course vers des idéaux qui les détournent de ce qui est et de ce qu'ils sont. Cette éducation tend à rendre "conforme" et tue toute forme de pensée créatrice.

 

Dans ces conditions, l'acquisition de connaissances et de savoirs deviennent une fuite en avant avec un idéal au bout, un désir de résultats que l'on appelera culture générale. On technicise le savoir en le quantifiant, le qualifiant, lui donnant un contenu ou en suggérant des pistes de contenu qui devrait le définir, le "baliser". On en fait quelque chose de séparé de nous-mêmes. Comme nous sommes loin de l'enfant qui peint pour peindre!

 

L'idéal n'a aucune place dans l'éducation car il nous rend incapable de voir le présent. C'est une forme de paresse d'esprit qui détourne de "ce qui est" et par ce fait même nie la liberté à l'individu de se voir tel qu'il est et de (se) construire à partir de cette réalité.

  

Je terminerai ce texte par une citation tirée du livre "De l'éducation" du philosophe Jidhu Krishnamurti: "L'ignorant n'est pas celui qui manque d'érudition, mais celui qui ne se connaît pas lui-même et l'érudit est un sot lorsqu'il cherche l'entendement dans des livres, dans des connaissances, auprès d'autorités. L'entendement ne vient qu'à celui qui se connaît lui-même, c'est-à-dire qui a la perception de la totalité de son propre processus psychologique. Ainsi l'instruction, dans le vrai sens de ce mot, est la compréhension de soi, car c'est en chacun de nous que l'existence entière est ramassée."

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 12:53

Écrire n'est pas facile. Je veux dire quand on veut vraiment écrire. Ce que l'on sent, ce que l'on pense sans travestir quoi que ce soit, en étant transparent ou pur comme le cristal. Montaigne, Rousseau et beaucoup d'autres ont tenté l'expérience. Ont-ils réussi? de toute façon nous ne serons jamais dans leur tête. Écrire en étant parfaitement honnête? Avec nos erreurs de jugement? Nos pensées parfois peu amènes? Écriture source d'injustices car celle-ci ne sera toujours que subjective?

 

La vision de celui qui écrit, à moins que celui-ci ne soit parfait, que sa pensée, ses gestes, ses intentions, ses valeurs soient pures à un degré telles qu'on pourrait les qualifier d'irréprochables à tous points de vue, cette vision ne sera toujours que partielle et partiale. Parce que toute vision découle de la pensée et la que pensée est limitée. 

 

Combien d'écrivain se sont réfugiés dans la fiction (roman, poésie, conte etc.) par lâcheté? Parce qu'écrire son imperfection, y faire face demande beaucoup plus de courage qu'on pourrait imaginer. Se mettre nu devant le lecteur exige une conscience aiguë de soi-même et en même temps le désir de tuer ce soi-même, de le rendre vulnérable au plus haut degré. 

 

À ce moment, écrire est un acte d'amour suicidaire en quelque sorte. Une confiance absolue dans le regard de l'autre. Parler de soi c'est aussi parler des autres car notre pensée, sa structure et sa qualité ne nous sont pas propre. La pensée est commune à tout le genre humain et il y a de grandes chances que la majorité des gens se retrouvent dans cette pensée. Et que ces mêmes gens refuseront simplement de voir, de se voir à travers cette écriture. Par lâcheté. Par peur que l'autre ne les découvre dans toute leur faiblesse, leur mesquinerie, leur manque de générosité.

 

N'est-ce pas une grande chose que d'avouer ses faiblesses? Ne faut-il pas une grande force? N'est-ce pas là une ultime façon de dire "je t'aime" au reste du monde? N'est-ce pas aussi une façon de vouloir être aimer pour ce que nous sommes? Sans tricher? Mais qui ne triche pas en amour? Et dans la vie de tous les jours?

 

Tous ces jeux auxquels nous nous prêtons, nos mensonges (petits et grands), nos causes qui nous paraissent toujours si juste et derrière lesquelles nous nous cachons. Ces causes si pratiques pour éviter que notre regard ne se pose sur nous-mêmes. Parce qu'à la vérité, nous sommes responsable de ces guerres, ces inimitiés, ces luttes "sans fin qui n'en finissent pas".

 

La structure même de notre pensée est source de tous ces conflits. Alors nous trouvons toutes sortes de stratagèmes pour nous fuir, la pensée trouve toutes sortes de stratagèmes pour se fuir, éviter à tous prix de se remettre en question. Et cette remise en question passe obligatoirement par le silence. L'opposé du savoir, de la connaissance livresque.

 

Une remise en question sérieuse passe par l'abandon de cette construction si confortable que nous nous sommes donnés. Abandon temporaire, nous avons bien entendu besoin de ce savoir pour fonctionner en société, mais crucial.

 

Pour moi, voilà le véritable courage. Aller contre. Contre cette culture du bruit. Contre cette course à la connaissance qui cache une grande misère, une grande pauvreté d'esprit et une peur maladive du silence et de l'instant présent.

 

Car le silence se cache dans le présent. Écrire devient alors quelque chose de sacré comme tout ce qui vient du silence. L'écriture est ce parfum que la fleur offre au saint comme au brigand.


 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 11:22

Communiquer: être en relation, mettre en commun.

 

Notre cerveau fonctionne à la façon d'un ordinateur. Il accumule. Sensations, émotions, odeurs, couleurs; images et informations de toutes sortes; concepts, mots, languages, idées etc. De toute cette information il pourra faire des relations, des "chemins" entre toutes ces données pour finalement aboutir à une espèce de synthèse qu'on pourra appeller "notre vision du monde" ou "le monde tel que je le conçois". Nous aurons construit une image de nous-mêmes et de ce monde grâce à cette accumulation de connaissance. Inutile de dire que cette vision a grandement changée depuis notre apparition sur terre et changera encore dans l'avenir. Elle se diversifiera aussi.

 

Nous sommes donc un peu (beaucoup...) le produit de nos expériences, bonnes et mauvaises, agréables ou désagréables. Notre conception du monde et de nous-mêmes se trouve tributaire de celles-ci et peut changer au gré de nouvelles données qui seront programmées dans notre cerveau. Nous sommes le produit de nos expériences en tant que groupe (les humains) mais aussi en tant que personne, individualité.

 

Toutes ces informations se nomme le savoir et est d'ordre mécanique. Nous agissons-et plus souvent qu'autrement réagissons-donc de façon mécanique, prenant pour référence la somme des expériences que nous avons vécu et accumulé pour entrer en relation avec l'autre et le monde en général. Nous appréhendons le monde avec l'image que nous nous sommes construit de nous-même. Image-mémoire.

 

En relation? D'une certaine façon oui. Mais quelle est la qualité d'une relation de deux être vivants qui est mécanique? Si nous branchons deux ordinateurs en parallèle, ils pourront certes échanger des informations, des données mais y aura-t-il pour autant communication? Je répète: Quelle sera la qualité de cette relation? En ce qui concerne l'humain, quelle peut être la qualité de la rencontre de deux "construction" (l'humain se construit parait-il), de deux images, de deux concept?

 

Prenons un exemple tout bête.

Il est de bon ton lorsque nous rencontrons une personne de la saluer: bonjour, comment ça va? Notre réponse, dans 99% des cas sera d'ordre mécanique: bien! 

 

Il n'y a pas de véritable relation. Elle reste d'ordre mécanique, sorte de réflexe où l'on utilise des mots qui n'ont pas de sens profond, qui ne correspondent à rien de réel ou de vrai. Celui qui pose la question ne veut pas vraiment savoir si vous allez bien et votre réponse ne veut pas dire que vous voulez réellement informer votre interlocuteur de votre situation réelle.

 

Tout ceci nous semble normal. Cet exemple n'est qu'une illustration du mode de fonctionnement de la plupart de nos dialogues ou communications dans la vie de tous les jours. Ce fonctionnement "sans danger" est le plus courant car il ne remet rien question, ne force pas à vraiment réfléchir, si ce n'est -encore une fois- que de façon mécanique. Nous utilisons des mots qui sont vidés de leur sens profond, qui ne correspondent plus à grand chose. Mots devenus, eux aussi, mécaniques. 

 

Ainsi nous tomberons dans ce piège qui nous fera admirer ces personnages qui, par exemple, utiliseront à profusion les mots "amour", "fraternité", "liberté", "tolérance", "non-violence" et qui ne sont que trop souvent de fieffés coquins! 

 

Ce mode de fonctionnement mécanique est aussi tragique lorsqu'il s'applique à la musique. Si le discours musical d'un musicien n'est plus en relation avec lui-même, si ce discours reste à la surface des notes, comme on reste à la surface des mots, il n'est et ne restera que du bruit organisé. Parfois avec certaine intelligence, avec beaucoup de technique et d'habileté mais sans racines et donc à la merci du moindre souffle, insignifiant-sans signification-et authenticité.

 

Je suis persuadé qu'une grande partie du travail de musicien doit s'accomplir "en dehors de la musique", sur un terrain où peuvent se rencontrer des gens qui ont soif de véracité, d'honnêteté, de simplicité.

 

Qu'on les appelle artistes, travailleurs, professeurs, ouvriers ou que sais-je! C'est ce terrain qui m'intéresse.

 

Ce que l'on fait importe peu, mais comment...Le "comment" parle toujours plus que le "quoi"!  

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 16:51

"Les journées sont de plus en plus courtes et la nuit s'installe pour une longue période de presque 6 mois. L'après-midi s'achève dans une demi-obscurité et le froid pénètre tout maintenant. Kugagu (nom fictif) rentre chez elle fourbue après une autre difficile journée à la recherche d'un travail. 

 

Chez elle? Kugagu demeure en fait dans une sorte d'entrepôt en tôle avec 70 ou 80 autres personnes. Cet entrepôt n'a ni chauffage (nous sommes au nord du canada!), ni électricité, ni eau courante. Ils ont fait appel au gouvernement mais sans résultat. Ils se sont alors tourné vers la Croix-Rouge qui leur a fait parvenir en toute urgence couvertures, appareils de chauffage et vêtements d'hiver.

 

Chaque année, ils sont des dizaines et des dizaines à se suicider. Pas ou peu d'éducation, un taux de décrochage alarmant, pas de minimum décent pour vivre, la drogue, l'alcool, le chômage endémique, la violence. Il n'y a pas d'avenir pour ces peuples autochtones."

 

Glauque n'est-ce pas? 

 

Sans avoir menti, je n'ai pas dit toute la vérité et ainsi brossé un tableau des "Amérindiens du Canada" à côté de la réalité. J'ai déformé, sans mentir (ce point est important pour la suite), une réalité pour vous faire croire, vous amener à penser dans une certaine direction. Après cette présentation vous serez outrés et penserez que le Canada est un pays vraiment affreux!

 

On appelle cela de la propagande. Cette propagande peut prendre différents visages et même parfois se faire de façon inconsciente par les auteurs ou journalistes qui écrivent et nous renseignent.

 

Ainsi je viens de visionner cette entrevue avec Michel Cormier sur le site du Cérium (vous avez l'adresse plus bas) réalisée par Jean-François Lisée. On a ici un exemple comme je viens de faire en introduction. Ce journaliste de Radio-Canada, qui a passé 5 ans en Chine comme correspondant, brosse à sa façon une réalité qui, sans être fausse, n'en est pas pour autant vraie.

 

Des raccourcis, des omissions, un ton qui, tout au long de l'entrevue, frise la condescendance, de petits sourires plein de sous-entendus. Et voilà le travail!

 

Quand on parle au début de l'entrevue de la tentative de Sun Yat Sen de réaliser des élections au début du siècle passé, élections qui ont échoués à cause des seigneurs ou chefs de guerre, on "omet" de dire que ces chefs étaient soutenus dans une large mesure par des pays occidentaux (démocratiques..) qui voyaient d'un très mauvais oeil le fait que les Chinois puissent contrôler leur pays. On a ainsi armé et soutenu par divers moyens ces seigneurs de guerre pour qu'ils puissent s'entre-tuer, gardant le pays morcelé donc "contrôlable".

 

Ce que je veux souligner ici est cette espèce de vision partielle, non point fausse, que l'on veut donner de la Chine, comme je l'ai fait pour le Canada au début de mon texte, qui laisse à penser que ce pays est terrible voire horrible.

 

Ne pourrions-nous pas en dire autant de notre pays en prenant un angle bien choisi comme je l'ai fait (il y en a plein d'autres!)? Cela semble évident! Que cache cette vision tronquée, ce désir de démoniser cette partie de la planète? Manque de jugement, racisme larvé, prétention de démocrate, "programmation" culturelle de la supériorité occidentale?

 

Une petite anecdote pour finir.

 

Dans les parcs, lorsque Shanghaï était sous le contrôle français, on pouvait y lire à l'entrée: interdit aux chiens et aux Chinois.

 

La France, pays des droits de l'Homme et démocratique... 

 

L'entrevue:  http://www.cerium.ca/Que-reste-t-il-du-reve


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Published by Yannick Rieu - dans Culture
18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 04:38

Une des questions (elles sont nombreuses) que je me pose depuis longtemps mais que la lecture du livre de Normand Baillargeon "Liliane est au lycée" a rendu plus aiguë est la suivante: De quoi avons-nous le plus besoin pour sortir de cette impasse collective dans laquelle nous sommes? Pour cela il faut bien entendu être conscient que nous sommes dans une grave impasse et que l'avenir dépend de la qualité des questions que nous nous poserons (ce qui semble être de toute première importance) et des solutions (probablement multiples) que nous apporterons à ces questions pour en sortir. S'il vous semble que les problèmes sociétaux que nous vivons ne sont que des problèmes passagers ou mineurs, vous pouvez arrêter tout de suite la lecture de ce petit texte, il ne vous concerne pas.

 

D'abord se poser la ou les bonnes questions ou celles qui semblent le plus appropriées à notre situation catastrophique. Nous sommes tous à même de constater la grande confusion qui règne dans nos sociétés d'aujourd'hui. Nous cherchons désespérément des modèles, des chefs, des idéaux auxquels se raccrocher. Notre recherche va dans tous les sens, nos opinions changent, varient (ce qui est le propre des opinions...) ou alors deviennent rigides tout en sachant qu'elles n'apportent que le réconfort bien mince de nous "définir". Est-ce que le vivant peut se contenter d'opinions "arrêtées"? Ce qui change et bouge sans cesse peut être défini et fini? Ne nous cachons-nous pas derrière ces opinions simplement par crainte, par réconfort voire paresse intellectuelle, psychologique? Les opinions peuvent changer, elles ne sont donc pas de la plus haute importance.  

 

Il semble admis par beaucoup que les changements nécessaires seront liés ou viendront de l'éducation que nous donnons aux jeunes en général. Comme il est admis que les problèmes que nous connaissons viennent des manquements à cette même éducation. Cette éducation, ne l'avons-nous pas presque complètement délégué aux institutions? Que devient le rôle des parents dans tout cela? Ne sommes-nous pas responsables, après tout, de ce que sont devenues nos écoles? Comme pour la politique, nous ne pouvons et devons laisser uniquement à des spécialistes le soin de s'occuper de l'éducation de nos enfants, petits et grands.

 

Si nous aimons vraiment nos enfants ne devons-nous pas être catastrophés par la qualité de cette éducation? Je ne parle pas uniquement de l'aspect "technique" à savoir bien écrire, compter, lire, mais aussi des valeurs que véhicule l'ensemble du système éducationnel. Une bonne éducation aujourd'hui ne devrait-elle pas produire des rebelles? Des gens qui ont la possibilité de dire non? Dit plus simplement: d'aimer?

 

Que sous-entend ce mot si galvaudé: aimer. Quel sens lui donne-t-on aujourd'hui? Que renferme-t-il? Qu'implique ce mot? Aime-t-on nos enfants quand nous les envoyons à la guerre? Aime-t-on nos enfants lorsqu'on les prépare à se fondre, à s'adapter à cette société aux valeurs plus que discutables? 

 

L'éducation aujourd'hui vise-t-elle "l'éducation" c'est-à-dire rendre les personnes libres, équilibrées, autonomes, sensibles, créatives ou la conformité? On peut se poser la question! Et poser la question ne serait-ce pas déjà y répondre?... Et les parents avec tout leur amour(?) ne sont-ils pas complices de ce fait, rendre conforme? Éduque-t-on nos enfants pour qu'ils se trouvent un bon travail, une bonne situation, qu'ils réussissent, aillent voter tous les quatre ans, se contentant d'accepter et de suivre le modèle de société qu'on leur propose? Modèle médiocre et hypocrite sous bien des angles. 

 

Les rendrons-nous sensibles du fait que les hommes politiques ne sont souvent là que pour nous faire croire que nous avons le choix? Sensibles également à la monstrueuse hypocrisie qui anime, la plupart du temps, nos relations? Sensibles à la nature, aux animaux? Sensibles à l'incroyable beauté qui nous entoure, que ce soit le brin d'herbe ou l'immensité du cosmos! Cette sensibilité qui ne passe pas par la connaissance mais par un rapport directe aux autres, aux choses et à soi. Au contraire, si nous ne sommes pas vigilants, ce savoir ne nous donnera que cette fausse assurance, cet espèce de confort qui nous donne l'impression que nous connaissons ce que nous voyons et sentons en lui plaquant des mots et des définitions toute faite sans aller au-delà.

 

Lorsque je parle de sensibilité je ne parle pas de sensiblerie. Avec la sensibilité vient la justice alors qu'avec la sensiblerie vient la charité. La sensibilité implique la clairvoyance avec toute sa souffrance et sa joie. Nous avons malheureusement tendance à penser que cette souffrance n'est que négative alors qu'elle est une porte qui ouvre sur des changements profonds. Cette souffrance est en lien directe avec le degré de passion qui nous habite. Je ne parle pas de cette passion "personnelle" qui nous anime en général mais de cette passion qui englobe tout, la passion pour la vie et tout ce qu'elle renferme. 

 

Qu'elles sont donc les questions les plus pertinentes qui devraient nous habiter? Cultivé, pas cultivé? Pour qui voter? Pour ou contre ceci ou cela? Pour ou contre... Et nous avons tous ces spécialistes qui répondent pour nous! Des millons de réponses pour des millions de questions! La vraie liberté ne se manifeste-t-elle pas quand la réponse à un fait se fait sans choix?  Autrement dit le choix face à une situation existe-t-il parce que, dans le fond, nous sommes confus, perdus?

 

En fait, si nous aimions véritablement nos enfants, la nature, les gens, nous n'aurions pas besoin de se poser toutes ces questions. Elles ne se poseraient même pas! Elles seraient d'un tout autre ordre.

 

Mais voilà, nous n'aimons pas.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 18:54

C'est l'histoire de Piere Jean Jacques. Ils étaient deux. Deux amis. L'un éminent professeur de littérature et l'autre chercheur en fission nucléaire. Ils passaient de longues et belles soirées à discuter de leur passion respective (tous les deux avaient reçu de nombreux prix et étaient chargés de diplômes attestant de leur immense savoir. Le chercheur était même presenti pour recevoir le prix Nobel en science). 

 

Pas une journée ne se passait sans qu'ils ne discutâsses qui de la théorie selon Berger à propos de la nature des sentiments amoureux dans le contexte contemporain ou alors de la nécessité de construire sa pensée selon les préceptes de Huyigard, grand philosophe Danois ou encore de la beauté des équations incluses dans le théorème de Platford sur la qualification sub-quantique des énergies potentiellement incluses.

 

Or, ces deux amis étaient toujours insatisfaits, malheureux, rongés par une angoisse qui ne les quittait pas. Cette angoisse faisait qu'ils se plongeaient encore plus dans leurs livres voulant ainsi comprendre, entre autres, l'origine de cette anxiété. Et ils lisaient, lisaient, lisaient...

 

Plus ils s'enfermaient dans leur monde et plus l'angoisse était aiguë. Croyant s'ouvrir ils se refermaient en fait sur leur larges croyances et savoirs, leurs connaissances étendues, leurs conceptions habiles et complexes, leurs réflexions sinueuses non dénuées d'intérêt. On les invitait souvent à parler lors de conférences, de réunions, de colloques. Toujours avec succès. Pourquoi? Parce que les gens ne voulait pas voir leur souffrance en face. Ils préféraient qu'on leur raconte des histoires, qu'on leur raconte la vie dans les moindres détails. Ils étaient atteints de cette même maladie que les conférenciers.  Ces derniers pouvaient tenir le public en haleine pendant des heures en brossant un éventail des dernières découvertes scientifiques ou disserter sur tel ou tel auteur de la fin du siècle passé.

 

Pierre Jean Jacques vivaient une vie de seconde main. Incapable de taire, ne serait-ce que pour quelques instants, le flôt continue de leur pensée ils vivaient constamment dans le passé. Passé riche peuplé de concepts sur ce que devrait être la vie mais incapable de vivre cette vie, incapable de voir le présent.

 

Pour eux le présent était pauvre, ils s'y sentaient prisonniers car conditionnés à penser que la vie était ailleurs, dans les livres. Une vie horizontale qui fuyait devant eux. Un long chemin où l'horizon reculait au fur et à mesure que leur savoir de seconde main leur donnait l'illusion d'avancer. Inatteignable, glissant et s'éloignant d'autant plus loin qu'ils "pressaient" sur cette vie, comme un poisson que l'on veut retenir dans ses mains.

 

Pour ces deux érudits, un coucher de soleil était une structure chimique en mouvance, un chat était un carnivore de la famille des félidés, la jalousie ou l'amour étaient abordés selon tel ou tel philosophe ou psychologue. Ils étaient prompts à se délecter de dialectique.

 

Pierre Jean Jacques avaient perdu la faculté de voir. Directement. Sans passer par les autres. De s'émou-voir. La poésie restait pour eux que des mots sur une page. Écrite par d'autres. Théorique. 

 

Pierre Jean Jacques avaient perdu le contact.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 17:35

Le monde des sons et des rythmes me fascine depuis très longtemps. Je me souviens, j'avais peut-être 10 ou 11 ans, je traînais avec moi ma flûte à bec dans ma poche. J'en jouais un peu partout et composais même de petits airs que je notais dans un cahier. Je dessinais moi-même les portées. Les mélodies avaient un parfum "moyennageux". Petites ritournelles tonales. Je prenais un grand plaisir à entrer dans ce monde, je m'y sentais chez moi, confortable, ayant l'impression de visiter un ami et de dialoguer avec un mystère. 

 

Mes études au conservatoire m'ont fait un peu perdre de cette fraîcheur et de cet enthousiasme. Pourquoi? Peut-être l'étude théorique, les lois à connaître et à suivre, les horaires strictes. Peut-être aussi cette compétition entre les élèves, les examens où l'on compare les notes, les rendements. 1er, 2ième, 3ième...Je n'étais certes pas préparé à tout cela! La musique était une amie, pas un sujet pour faire valoir mon petit talent! Inconsciemment peut-être, je sentais que l'on profanait quelque chose de fragile, que l'on instrumentalisait tout un monde pour hiérarchiser ceux qui pratiquaient cette musique.

 

Trop idéaliste sans doute! Le choc fût néanmoins terrible. Je serrais les dents et continuais mon cursus mais je dois dire que j'allais aux cours souvent à reculons.

 

J'ai retrouvé ma liberté en musique lorsque je quittai les institutions. Ce n'étais pas sans avoir essayé...Cegep, université, plusieurs conservatoires...Je ne regrette rien. J'ai quand même appris plein de choses qui me sont encore utiles aujourd'hui. J'ai dû m'adapter, comprendre et naviguer dans ces mondes. J'y ai fait des rencontres et développé des amitiés. 

 

C'est vers l'âge de 20 ans que je décidai de me prendre en charge et de parfaire mon éducation musicale en autodidacte. Je retrouvai alors toute les raisons pour lesquelles j'aimais la musique. Le dialogue, sans avoir été totalement coupé, reprit de plus belle et je m'enfonçai dans les sons avec délectation. C'est aussi à cette époque que je découvris la musique de Coltrane. Autre choc. L'union entre un homme et son instrument, un homme et sa musique à un tel niveau m'a laissé et me laisse encore sans voix. Pureté, force, énergie, intelligence, passion. Tout cela en équilibre presque parfait! Quelle leçon! Je me noyais des heures et des heures dans ses solos, repiquant (copiant) les moindres inflexions, les phrasés, la couleur etc.

 

Pendant ces quatres années je naviguai dans un bonheur total assurant ma subsistance en donnant quelques cours de saxophone dans les écoles de musique de la région. Vint ensuite "le grand saut". Je décidai de me rendre à Montréal.

 

Pour un musicien de région, Montréal est "la place" où tout se passe. Ce l'était pour moi. Je connaissais déjà quelques noms et j'avais des rêves...et des ambitions. Marques laissés par mes passages dans les institutions? Tiraillé entre ces rêves et cette ambition je me posais des questions sur la validité de cette envie de "percer", le pourquoi de cette espèce de maladie qui rend les gens envieux, jaloux, dures, séparés, coupés les uns des autres bref compétitifs. 

 

Combien d'heures de réflexions sans réponse. Combien de fois je suis tombé dans ce panneau et combien de fois je me suis senti stupide, arrogant, prétentieux! Combien de fois j'ai regretté mon attitude et mon manque de courage pour dire que je regrettais. Je voyais le mal qui pouvait être fait mais ma timidité m'empêcha plus d'une fois de parler directement aux personnes que j'avais sûrement blessé.

 

Beaucoup de chemin parcouru depuis ce temps. Beaucoup d'erreurs commises, beaucoup de bonheur partagé aussi.

 

J'aime la musique. Elle est un outil fabuleux pour comprendre soi et les autres. Encore faut-il rester honnête avec sa passion, dixit Brel.

 


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Published by Yannick Rieu - dans Culture