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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 21:17

La lumière reprend ses droits, le jour s'allonge, la nuit devient plus courte. La nature suit son cours inexorablement, sagement comme elle le fait et le fera jusqu'à la fin de toujours...

 

"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil" René Char

 

Cette phrase magnifique, chargée de sens, devrait nous faire réfléchir. Qu'est-ce qui peut nous rendre lucide? Ici, je ne fait aucunement référence à ce mouvement des (autoproclamés) lucides et de leur manifeste pour le moins obscur, puérile en un sens, manquant de profondeur et de maturité. On reste à la surface des choses encore une fois avec cette pensée, qui m'étonnera toujours, qui est d'affirmer que des changements profonds et réels pourront venir avec des recettes économistes à courtes vues, sans vision autre que de préserver notre culture de l'enrichissement personnel comme porteuse d'avenir!

 

Cette douloureuse lucidité souvent doublée ou accompagnée de désespoir est peut-être ce déclic, cette base sur lequel un vrai changement pourra se bâtir. Encore faut-il avoir le courage de voir et de vivre, de comprendre et d'affronter cette douleur et ce désespoir sans vouloir s'en échapper. En évitant également les pièges du dolorisme véhiculé, entre autre, par la plupart des religions. Il n'est pas question ici de se complaire dans la douleur, on l'aura compris. Éviter, se détourner à tout prix du desespoir et de la douleur c'est se priver de quelque chose qui peut être magnifique et porteur. 

 

Notre société refuse de façon névrotique, veut ignorer cette douleur par toutes sortes de stratégies plus ou moins sophistiquées: la consommation, l'entertainment sous toutes ses formes, la course à la réussite, les pouvoirs. La lecture et la connaissance pour la connaissance, c'est-à-dire l'emmagasinement du savoir pour le simple fait de savoir (devenir des boîtes à fiches, dixit Leon Bloy) sans connection avec la connaissance de soi-même peuvent entrer dans ses stratégies. Tout ce qui nous éloigne de nous-mêmes est à mettre dans cette approche dénué d'avenir et suicidaire. Toute fuite "en avant" devient paradoxalement un boulet qui nous empêche d'avancer réellement. 

 

Je reviens sur cette idée de culture générale. Vouloir définir de quoi cette culture générale devrait être constituer me paraît intéressant mais sortir cette culture générale, la poser comme quelque chose d'autonome sans ou peu de lien avec la connaissance de nous-mêmes devient aussi cette fuite aveugle et dénuée de sens. 

 

Dans l'éducation (que je qualifie de petite à l'instar de René Barbier-directeur des sciences de l'éducation à l'université de Paris 8) nous avons coupé la connaissance de soi de la connaissance "pure". Le rapport à la connaissance de soi introduit un "trou noir" dans la région du savoir, l'empêchant de devenir totalitaire (je reprend ses paroles).

 

La transmission du savoir, si elle reste au niveau de la "reproduction" (ce qui semble être promut essentiellement dans une culture générale "autonome") retire la possibilité aux étudiants de découvrir, la plupart du temps, quoi que ce soit sur eux-mêmes. Elle devient répétition de ce qui a toujours été. De plus, ce mode de transmission enferme, englue et empêche d'être ou de rendre sensible au caractère imprévisible, spontanée, "bouleversant" de la vie.

 

Lorsque l'on parle de culture générale, si nous sommes sérieux, nous ne pouvons ignorer l'urgence de mettre cette connaissance de soi-même à la base de tout "l'édifice" que nous tenterons de construire avec les étudiants, peu importe le niveau. Elle devra faire partie intégrante de cette culture générale. Sans cette connaissance, nous devenons des spécialistes froids, sans vision, "compétents" mais coupés de la vie. Morts. 

 

L'éducateur s'appuiera d'abord sur la connaissance de lui-même, ne sera plus uniquement cet érudit, ce spécialiste du savoir-faire, du savoir tout court, cette "boîte à fiches". Il pourra alors acceuillir le savoir des autres et le faire fructifier.

 

Le livre (ou la culture) n'a de sens que lorsqu'il devient lui-même provocateur à l'expérience intérieur et qu'alors, comme disait Nietzsche "tu pourras jeter mon livre".

 

La culture générale n'a de sens que si elle éveille cette possibilité chez son détenteur "actif" d'exister autrement.

 

Le spirituel n'est pas un jeux psychologique mais un enjeux existentiel radical.

 

 

 


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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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