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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 14:23

Quand j'ai assisté, impuissant comme vous tous, à la mise en place et au vote de la loi 78 le premier réflexe que j'ai eu a été de me dire que la violence s'accentuerait. C'était d'une évidence et d'une logique incontournable. Je ne peux croire que ceux qui ont voté cette loi n'étaient pas conscients de cette probabilité.

 

On voit les résultats après quelques jours...Ma question: Est-ce voulu? Cette loi n'est-elle pas un autre piège qui facilitera le contrôle et la mise au ban d'idées et de points de vue par l'amalgame facile de la violence et de la contestation légitime et pacifique? On ne s'est pas gêné pour le faire dans les semaines précédentes et ça marche. 

 

La violence profite à l'élite politique et à leurs sbires, pas aux étudiants, pas à ceux qui voudraient débattre, manifester et se battre pour une plus grande justice. Dans les manifestations, c'est le nombre et la durée qui doit parler.

 

Les débordements auxquels nous assistons, cette escalade désolante de toutes les parties (civiles et policières), chacun justifiant sa violence, nous mèneront nulle part. Notre force pour des changements doit provenir de cette assurance que donne la conviction de travailler, d'appuyer dans le sens d'une plus grande justice.

 

Demain, le 22 mai, je vais marcher. 

 

Je marcherai en silence comme je marcherais pour un deuil, celui d'une certaine idée de la démocratie.

 

Vous pourrez me gazer, tirer sur moi avec vos balles, me battre, m'invectiver. 

 

Je reviendrai, nous reviendrons plus forts et plus nombreux.

 

L'eau sculpte la roche.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 23:57

La volonté de vouloir faire du savoir une marchandise s'inscrit dans un mouvement plus large, un souffle qu'on présente comme inéluctable. Beaucoup d'étudiants l'ont compris.

 

On peut voir, si notre vision n'est pas obstruée par une idéologie quelconque, que nos gouvernements ne sont plus, dans une large mesure, détenteurs du pouvoir. Ils sont devenus au fil des ans des serviteurs complaisants des pouvoirs économiques. Ils nous font croire qu'ils défendent la liberté et la démocratie en amalgamant ces idées au libre marché et au droit d'exploiter ressources et humains. Les élites politiques affirment haut et fort que le marché et la libre entreprise sont en rapport direct avec la démocratie, qu'ils ne font qu'un. Rien de plus faux.

 

Les vrais décideurs sont hors de porté, invisibles donc pratiquement intouchables et surtout, ils n'ont pas l'obligation de rendre des comptes. Ces décideurs sont coupés de la réalité, de notre réalité.

 

Il paraît évident que nous nous dirigeons vers une structure où des riches dominent outrageusement la majorité de la population, un peu comme des rois faces à leurs serfs. Nous sommes ou devenons de plus en plus la main-d'oeuvre privée de ces nouveaux maîtres.

 

Cette perte de pouvoir par le peuple est une tendance lourde. Il semble peu probable que notre voix parviendra à reprendre la place qui lui revient.

 

Il semble également de plus en plus difficile de faire entendre cette voix dans les médias dominants détenus par ceux-là mêmes qui profitent de cette perte de parole. On nous submerge de divertissements abrutissants, on laisse que très peu de place aux débats d'idées, on présente l'information comme un spectacle où nous sommes invités à n'être que des spectateurs, amorphes et passifs autant que possible, applaudissant tous les changements comme si c'était forcément un progrès. 

 

Nous évoluons vers un espèce de totalitarisme inversé. Pas de dictateur ou de despote vers qui diriger notre indignation. Il fonctionne dans l'anonymat de l'État-entreprise. C'est ce qu'affirme, entre autres, le philosophe Sheldon S. Wolin.

 

Notre système démocratique (ce qu'il en reste) fait tout ce qu'il faut pour miner cette démocratie. De plus en plus, nos dirigeants doivent rendre des comptes à ceux qui les ont $outenu lors d'élections. Nos journaux sont remplis de "scandales" comme si tout cela était nouveau et ponctuel. C'est une culture politique qui existe depuis un bon moment déjà. Avec ses hauts et ses bas. Ce à quoi on assiste avec le Parti Libéral-le gouvernement de Jean Charest en particulier- c'est une diminution de la pudeur qui accompagne ces pratiques.

 

Wolin parle ici des États-Unies. Sa parole s'applique à nous aussi. Voyez plutôt:"Sous un régime totalitaire inversé, la passivité des citoyens est entretenue par la consommation, un niveau de vie confortable et une industrie du divertissement bien développée (...) La contestation populaire est méprisée ou ignorée par les grands médias. (...) Les contestataires sont systématiquement qualifiés d'extrémistes ou alors on entend pas leur voix. L'état-entreprise dispose de moyens redoutables pour isoler la contestation et l'empêcher de se répandre".

 

Ça vous sonne pas une cloche? 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 23:39

"Rien de plus dangereux que l'injustice les armes à la main" Aristote

 

Au moment où j'écris ces lignes, une loi spéciale sera peut-être voter pour forcer les étudiants à retourner...étudier.

 

Je vis au Québec. On m'a appris dans mes cours d'histoire la grandeur de ce coins de pays. Les luttes, les privations, les injustices combattues, les victoires obtenues pour un vivre meilleur, les soins gratuits, l'éducation possible à peu de frais, programmes sociaux pour les plus vulnérables etc.

 

Nous avons mis en place une démocratie, certes loin d'être parfaite mais porteuse de changements possible, de débats d'idées qui allaient dans le sens de la recherche d'un plus juste équilibre entre les citoyens québécois.

 

Jusqu'à il n'y a pas si longtemps j'ai cru que le système politique, avec tous ses défauts, cherchait à protéger les intérêts de la majorité. Or je dois bien admettre que les choses ont bien changé.

 

Une multitude de signaux, qu'aucun citoyen de bonne foi ne peut ignorer, me font douter que cet esprit est encore à l'oeuvre.

 

Nous vivons dans l'illusion du passé. Nous restons accrochés à des idéaux qui ressemblent plus à des ombres, qui ne sont plus que des ombres de ce qui a été.

 

le Québec, comme beaucoup d'autres pays, vit dans une espèce de pensée positive qui nous fait croire que nous sommes toujours dans un espace où les valeurs qui ont fait une certaine grandeur de ce pays, qui lui ont donné un certain sens, sont encore bien vivantes. Ces valeurs sont devenues de pâles reflets de ce qu'elles étaient mais on continue, comme une voiture qui poursuit sa route alors que son moteur est éteint, de croire que nous sommes en mouvement, que ces idées sont bien vivantes.

 

Les mêmes mythes, symboles, la même parole "citoyenne". Nous vivons dans un monde d'apparence où les mots "partage", "démocratie", "solidarité", "fraternité", "justice" ont été vidé de leur sens par une élite politique, les énarques et une pourcentage minime de la population qui profitent encore (pour combien de temps?) de ces illusions sémantiques, ce glissement de sens.

 

Cette pensée positive condamne les manifestants, les dissidents, ceux qui osent critiquer et remettre en question ce nouvel ordre établi. Stigmatisés par les oligarques, ceux qui refusent de capituler, d'abandonner, de se contenter de n'être qu'un rouage de plus dans cette farce dramatique qu'on appelle société démocratique se font pointer du doigts: se sont des fauteurs de troubles.

 

On voudrait tellement nous faire croire que l'épanouissement passe par un conformisme absolu. Une société qui prône la docilité collective (même de façon "soft") prend le chemin des pays totalitaires. Un nouveau totalitarisme. Celui qui sourit, qui rentre par la porte de derrière "pour pas déranger", celui qui est politiquement correct. Totalitarisme élu...Donc légitime.

 

Dans un pays où existe et se développe une pensée positive (y'a pas de problèmes, tout est beau, de quoi tu te plains etc.) il ne peut y avoir d'injustices, d'abus de toutes sortes, de violence gratuite, de répression...Ben non!

 

Pourquoi se plaindre et le faire savoir?

 

Au Québec tout le monde est heureux! 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 03:07

Ce mot de Jean Genet vient de me sauter au visage. Il est des phrases comme ça qui vous coupe le souffle, vous amène au bord d'un précipice et vous donne le vertige. En fait elle mettent à nu ce précipice qui nous habite tous mais que l'on évite par toutes sortes de stratagèmes plus ou moins pertinents, plus ou moins porteurs.

 

Continuer à aimer dans le désespoir. Donc à faire, à agir, non pour soi mais pour affirmer ou faire éclore quelque chose comme notre humanité. Que cette vacuité, ce vide dont nous sommes fait, tout douloureux qu'il soit, reste le moteur de notre recherche de vérité, de beauté voilà certes quelque chose qui mérite qu'on s'y arrête. Prendre le temps de goûter ce parfum d'éternité.

 

La rigueur dans le désespoir. Rigoureux parce que désespérés. Un désespoir rempli de promesses et combien fertile! Un désespoir qui nous ouvre les yeux, avec des yeux qui ne craignent pas la lumière et qui voient les ombres pour ce qu'elles sont: des représentaions pâles d'un autre monde. Comme ces mots que j'utilise.

 

J'aurai toujours beaucoup de difficulté à comprendre mais aussi beaucoup de tendresse et de tristesse pour ces gens qui n'ont pas cette sensibilité à sentir l'immense gouffre qui nous entoure, qui délimite notre être et qui défini cette frontière entre le vivant et le néant. Les deux pouvant se chevaucher, s'entrecroiser, s'unir parfois dans des moments de grande lucidité. 

 

Toujours difficile pour moi de déchiffrer ces gens qui sont "plein", remplis de certitudes et en même temps je peux entrevoir que ces certitudes sont en fait une peur du vide, une peur de la vie et du changement que toute "vie vivante" appelle. La sécurité nous amène toujours un peu plus proche de la mort. Cette recherche de certitudes enterre notre désespoir et fait de nous des morts avant que d'être morts.

 

Combien devait être profond le désespoir des Kant, Beethoven, Nietzsche, Coltrane, Foucault pour ne nommer que ceux-là. Combien de douleur pour une symphonie ou une pensée. Combien d'amour pour transformer ce désespoir en richesse et beauté! 

 

Amour et rigueur. Voilà deux mots qui vont si bien ensemble.

 

Nous vivons sur une ligne et à tout moment nous pouvons basculer dans la médiocrité de nos certitudes.  

 

Vivre en mourant à chaque instant. Vivre sur une ligne verticale.

 

Vivre enfin, ni à gauche, ni à droite, sans futur ni passé.

 

Vivre finalement sur un point profond et vertigineux à la fois, les pieds sous la terre et la tête au-dessus des étoiles.

 

"À l'âge d'homme j'ai vu s'élever et grandir, sur le mur mitoyen de la vie et de la mort une échelle de plus en plus nue, investie d'un pouvoir d'évulsion (d'arrachement, de déracinement) unique: le rêve...Voici que l'obscurité s'écarte et que VIVRE devient (...) la conquête des pouvoirs extraordinaires dont nous nous sentons profusément traversés mais que nous n'exprimons qu'incomplètement faute de loyauté, de discernement cruel et de persévérance."

René Char

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 20:56

La violence. Combien de gens violents se cachent derrière leur apparent attachement à une supposée non-violence. Paisibles en apparence. Avec le droit de leur côté. Le "bon sens" en prime.   

 

La violence montre son visage dans des actions spectaculaires comme la guerre, les conflits ouverts où l'on peut aisément la montrer du doigt et la condamner. Violence physique, la plus évidente. 

 

Il existe d'autres formes de violence qui n'en portent pas le nom, plus difficiles à cerner mais qui peuvent, à la longue, faire autant de ravage que cette violence évidente au premier coup d'oeil.

 

L'injustice ou le sentiment d'injustice vécu jour après jour, forme de violence qu'on nous impose, empêche le bon fonctionnement d'une société d'autant plus si cette injustice est présentée sous forme d'évidence, de fonctionnement normale, structurelle pourrait-on dire. On cherche à la présenter (et on y arrive!) comme une valeur fondamentale de notre société. On lui donne d'autres noms, bien sûr!

 

Peut-être sans le savoir, le présentateur qui vous annonce que telle ou telle banque ou compagnie d'assurance ou pétrolière engrangent des profits de x millards, que la guerre en Afghanistan a coûtée 350 millions de dollars, que Revenu Québec investit plusieurs millions pour se faire un "lifting" (quelques exemples parmi une flopée d'autres!) et que dans le même souffle ce présentateur vous annonce que les étudiants doivent "faire leur part", ce présentateur donc, participe à cette violence. Sans le vouloir. Une violence qui n'est jamais présentée ou reconnue comme telle, bien sûr! 

 

Quand on vous "explique" qu'il est tout à fait normal de se faire voler, qui des ressources minières, qui des ressources pétrolières, de faire payer la recherche universitaire aux citoyens mais de refiler les fruits de ces recherches et leurs profits éventuels au privé, on ne trouve rien à redire, c'est normal, c'est dans l'ordre des choses.

 

On a voté pour ça, le vote étant présenté comme une possibilité de choix, de changement alors que ce choix ne se limite qu'au visage qui appliquera une idéologie identique d'une élection à l'autre, avec quelques maquillages de surface.

 

Une pensée unique, totalitaire s'est donc tout doucement infiltré dans nos sociétés et elle a pour nom "Libéralisme économique" avec sa soeur "mondialisation". On nous présente cette idéologie comme naturelles, incontournable, qu'on ne peut rien y faire-comme une plante qui pousse-c'est dans la nature (des choses). Cette idéologie provient de décisions, de choix faits (souvent en catimini) par nos décideurs qui flirtent trop souvent avec ceux qui profiteront grassement des diverses retombés qu'une telle idéologie produit. On a qu'à voir un peu la valse des ministres ou députés qui, après avoir fait oeuvre dans le publique, s'en vont récolter les fruits de leur travail dans le privé...

 

Le devoir de rentabilité, phoenix du Libéralisme Économique, s'est infiltré partout, dans les moindres interstices de nos activités: culture, éducation, santé, transports et j'en passe.

 

Ce devoir d'être rentable est en soi d'une grande violence. Il ramène finalement les êtres humains et leurs activités qu'à des rouages d'une machine qui broie ceux qui osent réfléchir, contester, agir, proposer, manifester. Ou les met de côté, tout doucement, avec violence...

 

Le totalitarisme économique a pris racine. Insidieusement.

 

Il est violence.


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Published by Yannick Rieu - dans Culture
13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 16:42

Je vis dans un village, 3000 âmes environ, à 100 kilomètres de Montréal. Un village, comme beaucoup d'autres au Québec, qui vit à son rythme. Ou absence de rythme...

 

Dans tous les restaurants on offre "le journal de Montréal" comme unique lecture et je soupçonne que c'est là l'unique source d'informations de la plupart de mes concitoyens. Avec la télévision. Ça n'augure rien de bon.

 

La bibliothèque offre un grand nombre de romans insignifiants, beaucoup de littérature religieuse, des biographies, des livres pour enfants trop souvent niais comme si on leur préparait une vie à l'image de ce qu'ils lisent...Quand ils lisent.

 

Mon village est ce qu'on pourrait appeler un "village mouroir". La moyenne d'âge est de plus de 65 ans. On peut y compter pas moins de 7 résidences pour personnes âgées.

 

On vient tout juste de finir de construire une caisse populaire en face de chez-moi. Énorme et rutilante avec des guichets automatiques du tout dernier cri entre l'église et le CLSC. Hasard? L'argent entre Dieu et la santé? Ou alors un résumé de toute une vie comme elle se passe dans ces villages? Naître, gagner sa vie et mourir, dans les bras de Dieu si on y croit.

 

Oui, j'exagère mais pas tant que ça. Mon village est une autre planète. Mon village c'est le Québec de mon enfance. C'est les années 60. Peu de culture ou alors c'est celle de Star Académie. C'est le Québec du deux-oeufs-bacons-pain-blanc-café, c'est le Québec de la sauce-brune-pour-aller-avec-les-patates. C'est aussi le Québec des gros chars-qui-beurrent-en-tabarnac le soir sur le coin de la rue, en face de l'hôtel où on commence sa journée avec une bonne bière.

 

Mon village, c'est le "royaume de la motoneige" comme l'indique la phrase qui accompagne une magnifique sculpture (ou c'est l'inverse?) à l'entrée de celui-ci. C'est le royaume du moteur. Motos, 4 et 3 roues (vous savez, ces motos qui n'en sont pas...), motos-marines et bateaux à moteur (qui ressemble plus à des moteurs à bateau) bref...Les compagnies pétrolières peuvent dormir sur leurs deux oreilles, il y a encore une "piasse" à faire. Idem pour les vendeurs de chars, de motos en tout genre, de quatre roues etc.

 

L'éducation gratuite? Ça urge! Pour tous! Mais est-ce qu'un peuple vraiment éduqué est souhaitable pour nos oligarques? N'est-il pas plus facile de vendre, de faire consommer n'importe quoi, de diriger et faire croire ce que l'on veut à un peuple ignorant? Instruit et ignorant.

 

Pourquoi les gens qui nous gouvernent donnerait-il ce pouvoir, cette capacité de réfléchir, de remettre en cause, de ne pas se soumettre à des idéologies qui prônent l'injustice comme une nouvelle justice? De quel côté se trouve ce pouvoir aujourd'hui? Poser la question c'est un peu y répondre.

 

Veut-on vraiment d'un peuple instruit et éduqué? De cette instruction qui balaie l'ignorance et non pas la soutient et l'avalise. Libre? Adulte? Responsable? La démocratie ne peut-elle fonctionner véritablement qu'avec des gens qui votent en toute connaissance de cause?

 

L'instruction est-elle suffisante? Tout dépend de la qualité de cette instruction.

 

On voit sortir de nos universités, grandes écoles etc. des gens instruits mais qui ne sont que des gestionnaires compétents. Instruits mais pas éduqués ou plutôt mal éduqués. Et quand je dis compétents, je suis gentil...Il se trouve que tout travail intellectuel, pour peu qu'il soit rigoureux, sera aujourd'hui perçu comme une menace de la part des dirigeants mêmes de ces écoles.

 

Il est clair qu'une éducation digne de ce nom contient un élément subversif intrinsèque. Une tête bien faite refusera un système qui n'a que son propre maintient pour toute raison d'être. 

 

Notre société a besoin de gens désorientés, amorphes, "frileux", obéissants voire craintifs pour continuer à répandre sa justice injuste. Ceux qui font perdurer ou qui sont directement responsables de crimes contre l'humanité (famines, génocides, guerres illégales, indifférence face à la misère, à la torture etc.) le font par l'entremise de l'éducation. On ne peut résister à ces actes sans un minimum de connaissances et réflexions. Donner un nom à ces crimes afin de soulever l'indignation et concrétiser cette indignation par des gestes concrets. Or, la plupart du temps, nous fermons les yeux devant ces atrocités, nous contentant de nous faire une place dans cette bien triste structure qu'est notre société.

 

Une éducation qui rend indifférent est suspecte. Une éducation qui mise sur le pire en nous est plus que suspecte. Une éducation qui exacerbe notre individualisme, qui exacerbe la rapacité et l'égoïsme peut-elle encore porter le nom d'éducation?

 

Pour moi, la hausse des frais de scolarité n'est que la pointe d'un iceberg qui en cache un autre. 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 02:24

En vrac...

 

Après avoir pris connaissance de l'analyse faite par Josée Legault, je me demande pourquoi ou en quoi cette proposition (qu'on présente comme une entente) est intéressante pour les étudiants. Pourquoi les représentants des étudiants ont considéré cette offre comme valable?

 

Après avoir entendu Line Beauchamps dans les médias, il me semble assez évident que cette "entente" ne tient qu'à un fil et contient trop d'aléatoires pour être considéré comme une avancé par rapport aux demandes faites par les étudiants.

 

On a demandé à la ministre Beauchamps, plusieurs fois, de s'expliquer sur le fait que son gouvernement a attendu si longtemps avant de vouloir négocier sérieusement (l'ont-ils vraiment fait?). J'ai mon idée là-dessus.

 

Beaucoup d'étudiants doivent se sentir coincés et sont aujourd'hui plus fragile qu'il y a un mois ou deux. Perdre une session pour beaucoup est catastrophique pour plein de raisons. La peur de rater cette session sera certainement un facteur important lors des votes. On a laissé traîner les choses pour cette raison. Le mouvement a des chances de s'affaiblir. Tout le monde panique en regardant le calendrier. On le sait. Ils le savent aussi.

 

On a demandé au gouvernement (madame Desjardins de la FEUQ) de ne pas trop intervenir dans les médias? Au contraire, laissez le chat sortir du sac! On peut ainsi mieux voir leur "bonne foi" s'exprimer et mieux jauger de l'ambiance et le dessein de cette proposition.

 

À mon avis, dites-moi si je me trompe, on a pas assez mis l'accent sur le fait que ces demandes concernent l'ensemble du Québec, son avenir, et non pas seulement des étudiants "qui ne veulent pas faire leur part". Ce sont deux idéologies qui s'affrontent ici...Enfin presque...La CLASSE a été plus claire dans ses revendications. L'éducation gratuite.  

 

Pas assez de débats, beaucoup de folklore, manque d'informations pour le public. Pour rallier le citoyen "ordinaire" faut lui expliquer 10, 100 fois les raisons de cette grève. Je sais, les moyens sont limités, les possibilités d'étendre au maximum le partage des idées restreintes.

 

Où sont les syndicats? Pourquoi sont-ils si peu intervenu dans ce débat? Où se situent-ils exactement? Pourquoi si peu de soutient?

 

La sauce ne prend pas. Pour toutes ces raisons et bien d'autres.

 

Les oligarques ont peur que le peuple se mêle de ses affaires. 

 

J'attends la réponse des étudiants avec impatience.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 12:35

Aimer. Ce mot qu'on utilise souvent sans trop savoir ce qu'il contient et implique. Un mot galvaudé, aplati tellement nous nous sommes couché dessus. Comme beaucoup d'autres, un mot qui a perdu de son sens et de sa profondeur, un mot qui a perdu de sa saveur, qu'on utilise à tort et à travers sans avoir réfléchi sur ce qu'il contient. 

 

Je suis toujours surpris de la méprise qui entoure ce mot, de voir l'insondable hypocrisie qui l'entoure et l'enferme. Toujours désolé de voir ceux qui l'utilise à toutes les sauces se faire une bonne conscience sur son dos. Comme si en utilisant le mot "amour" ou "je t'aime" nous auréolait d'une sainte énergie, nous plaçait automatiquement du côté des bons et des gentils.

 

Pourquoi je vous entretien de ce sujet aujourd'hui? Parce que j'ai mal. J'ai mal peut-être parce que quand on aime, on se soucie de l'autre. Je m'inquiète. "J'ai mal à nous". D'autres diraient j'ai mal à mon Québec mais non. C'est plus large que cela.

 

Qu'est-ce qui me permet de dire que j'aime? Je suis comme tout le monde. J'ai mes sursauts d'égoïsme, d'envie, mes faiblesses qu'on pourra qualifier d'humaines. Je ne me fais pas d'illusions sur moi-même. J'ai encore beaucoup de chemin et de réflexion à faire, beaucoup d'observation surtout.

 

J'ai quand même mal car il faut avouer que nous sommes assez médiocres dans l'ensemble. Parce que j'aime, j'ai le devoir de dire, même si cela m'est difficile et douloureux.

 

J'ai mal quand je vois le peu de courage qui nous habite. Je ne suis pas le seul. Loin de là. Justement.

 

Je vois bien, avec les manifestations des derniers jours (mois!) et les nombreux textes que nous pouvons lire dans les médias sociaux et ailleurs que beaucoup de gens ont mal. Et aiment.

 

J'ai évidemment mal quand je vois cet amour, cette passion, ce désir de changement, cette lucidité se faire écraser, tabasser, gazer. J'ai mal aussi quand je vois la population, le peuple rester, dans son ensemble, indifférent devant ces actes odieux. Mater de cette façon cet esprit si vivant, plein d'espoir, frais, c'est marcher sans vergogne sur une fleur qui voudrait éclore et s'épanouir. C'est par centaines de milliers que nous devrions être dans la rue. Mais non...

 

J'ai mal quand on se refuse un avenir un peu plus juste. Quand des gens se promène en Winibago ou se dorent en Floride pendant que la jeunesse peine à joindre les deux bouts. J'ai mal de nous voir devenus si insensibles, individualistes à outrance, j'ai mal de voir que, encore aujourd'hui, on se méfie des gens instruits. De la culture. La beauté? Si on peut la vendre, ok. Les idées? Si on peut les breveter, ok.

 

J'ai mal aussi de voir que nous respectons surtout la force et l'argent, dans une large mesure.

 

Je ne peux me résoudre à être complaisant et dire que nous sommes un grand peuple. Non. Aujourd'hui, nous sommes médiocres collectivement. Trop facile de se répandre dans une espèce de gloire qui nous habiterait et de nous caresser dans le sens du poil, faire notre apologie. Aimer fait mal.

 

Témoin de la violence outrancière mais surtout du "je m'en foutisme" devant celle-ci j'ai un profond sentiment de révolte et de tristesse. 

 

Parce que j'aime, je dois dire que nous sommes corrompus, "à côté de nos pompes", que nos valeurs, globalement, sont des valeurs de gens qui ont peur, nous nous flétrissons avant que d'être vieux. Le courage commence et passe par l'observation de notre manque de courage. 

 

Il y a et il y aura toujours des gens pour détester ce qui est vivant et plein d'espoir.

 

Il y a et il y aura toujours des gens pour vivre debout. Vivant.

 

Les morts détestent la vie. Et ça fait mal. 

 

Je dédie ce petit texte aux étudiants et à mes deux filles, Janne et Romie, 10 ans.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 14:34

La propagande ou désinformation est une arme utilisée depuis des lustres par les gouvernements totalitaires et à fortiori par les gouvernements démocratiques. Elle façonne l'opinion publique sans que celui-ci ne s'en rende vraiment compte. Elle permet un contrôle des "indignations", la dirige tout en lui faisant croire que celles-ci sont légitimes et proviennent d'une informations saine et objective. Il me semble de toute première importance de réaliser et de comprendre ce fait.

 

Ayant, la plupart du temps, peu de temps à consacrer à la vérification de cette information nous nous contentons de forger nos opinions sur ce que l'on nous présente. 

 

Les manifestations étudiantes et leurs comptes rendus tronqués où l'on présente des images choisies et répétées en boucle illustrent bien ce désir évident de manipuler l'opinion publique. 

 

Les dirigeants des sociétés démocratiques l'ont bien compris et depuis un bon moment déjà, qu'à défaut de diriger d'une main de fer le peuple on utilisera cette même main de fer mais dans un gant de velours. Se croyant bien informé parce qu'après tout, nous sommes convaincus-on nous a convaincus-que nous vivions dans des pays libres, nous sommes devenus les défenseurs de cette culture hypocrite qui se gargarise et se complaît dans cette pseudo-liberté.

 

Le réveil est violent pour ceux (beaucoup d'étudiants ces temps-ci) qui pensaient être bien au fait de se qui se passe ici et ailleurs.

 

Notre responsabilité est d'aller chercher ou plutôt de compléter l'information reçue par les médias dominants (TVA, Radio-Canada, La Presse, JDM, Le Devoir etc.) et de se faire une idée plus complète et peut-être plus proche de la réalité en recoupant les différents éléments d'information.

 

Avant l'arrivée du Web cette tâche était presque impossible. Il est assez aisé aujourd'hui de multiplier nos sources et d'avoir une assez bonne idée à quelle hauteur nos médias dominants nous manipulent et à quel moment.

 

Il est tellement facile de répéter les raccourcis que prennent ces médias que même des gens qui se disent ou pensent bien informés tombent dans ce panneau et deviennent ainsi les chiens de garde d'un système qui ne peut se permettre de présenter les évènements sous un éclairage trop directe et cru. 

 

Ainsi la guerre en Afghanistan, en Irak, le conflit Isrëalo-Palestinien, le printemps arabe et beaucoup d'autres sujets méritent une attention et un éclairage plus juste et appropriés que celui qu'on nous donne dans nos médias.


Sur mon blogue j'ai mis quelques adresses qui aideront à se faire une idée plus juste du monde dans lequel nous vivons. Il y en a beaucoup d'autres.

 

À nous de devenir des citoyens mieux informés et donc plus responsables.

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 19:28

Pas facile de voir toute cette beauté gaspillée par des gens qui sont mis au pouvoir par voix démocratique, c'est-à-dire nous-mêmes, collectivement. Sommes-nous si laids et inconscients? Faut croire que oui. Il faut admettre que ces gens au pouvoir sont le reflet de nous-mêmes en tant que société.

 

La majorité pense que nos dirigeants ont à coeur les intérêts de la communauté. Pourtant il est si aisé de décrypter, par leurs discours et actions, qu'ils défendent des intérêts qui ne sont pas, globalement, les nôtres.

 

Pourquoi ne voyons-nous pas? Notre nature est-elle à ce point corrompue? Je veux dire que notre bien-être et notre réussite personnelle passe à ce point avant tout? Pourquoi tant de différence entre ce que nous sommes enfants et ce que nous devenons adulte? Où s'opère cette transformation? Quand, dans notre vie, la peur s'installe au point de nous transformer en aveugles dangereux? 

 

Pourrons-nous, aurons-nous la force et le courage de se voir tel que nous sommes? Combien de temps encore avant d'ouvrir les yeux, de regarder, de sentir, d'affronter? 

 

Oui c'est douloureux, c'est pas toujours beau, ça fait mal mais c'est, ce sera nécessaire. 

 

Peut-être avons-nous déjà passé un point de non-retour, une ligne qu'il n'aurait jamais fallu dépassée. Que le mur est trop près et le choc inévitable parce que les freins trop faibles et inadéquats.

 

Les forces qui nous projettent sur ce mur sont là, bien installées et "légitimes" parce qu'élues...Une fois élu le gouvernement agit-il encore comme un gouvernement démocratique? Pour le peuple? Si la réponse est non, nous avons un gros problème. 

 

Ce système, le suffrage universel (donc nous) permet de mettre en place des gens qui ne sont pas, qui n'agisse pas ou plus-globalement- dans un esprit démocratique, pour le bien commun et ce malgré tous leurs beaux discours qui voudraient nous faire croire le contraire. 

 

Ce détournement du système démocratique, aidé en cela par une propagande bien ficelée, n'augure rien de bon.

 

Faire comprendre à des gens qui ont peur qu'un changement s'impose est des plus difficile. Je ne parle pas d'un changement de surface mais d'un changement de paradigme. Une autre culture.

 

Cette culture ne pourra se transformer que par l'éducation. En même temps, si nous sommes où nous en sommes aujourd'hui c'est à cause, en grande partie, de l'éducation! Les schémas de pensées hérités de générations en générations seraient donc à balayer! Je parle ici des valeurs fondamentales que l'éducation transmet. D'énormes mensonges sont régulièrement proférés dans nos écoles. 

 

Selon moi, il est indispensable de prendre un recul avec notre propre culture. 

 

Est-ce qu'une révolution de cette envergure peut passer par les institutions? Autrement dit, les changements doivent-ils se faire en haut de la pyramide ou en bas? Ne sommes-nous pas responsable de cette révolution, chacun de nous, face à nous-mêmes? 

 

Je crains fort que cette responsabilité soit rejetée d'emblée car elle ne fait pas partie de cet héritage. Nous voudrions changer nos dirigeants, la société, le système tout en restant dans le confort de vieilles idées qui sont, en elles-mêmes, responsables de nos maux actuels.

 

La question est: est-ce que l'éducation telle que pratiquée aujourd'hui dans nos écoles va dans ce sens, celui d'une remise en cause fondamentale?

 

La réponse est tout simplement: non.

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture