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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 05:50

Sentir avec les yeux, voir par les oreilles, écouter avec sa peau, goûter un paysage...

Quand nous ressortîmes du Jazzclub, vers minuit, le ciel était dégagé. La lune gibbeuse éclairait faiblement la ruelle que nous avions ré-emprûnté pour le retour. Le vent s'était, si je puis dire, envolé; plus rien ne bougeait, tout s'était tu.

Un chat, à quelques mètres de nous, traverse un petit jardin. Jean me fait signe d'arrêter. Nous observons.

Un deuxième chat. On arrive à distinguer ses taches grises sur sa robe blanche immaculée. Il porte un collier. C'est le maître des lieux et fixe l'intrus en mouvement. Celui-ci l'aperçoit au dernier moment, ou a-t-il senti qu'il était observé? Toujours est-il que son attitude se métamorphose, elle passe de désinvolte à quelque chose se rapprochant de la précaution: ses mouvements ont ralenti, il évite maintenant le regard appuyé de son hôte imprévu, sa queue est basse, il continue d'avancer mais ventre à terre. On peut maintenant distinguer son pelage long, ses poils hirsutes, sa grosse tête ronde ornée de deux oreilles trop petites légèrement abaissées. Le chat blanc s'est accroupi. On entend, à peine audible d'où nous sommes, un grondement sourd, c'est un avertissement: tu n'es pas chez toi, c'est chez-moi ici et tu n'es pas le bienvenue. Le matou saltimbanque, poils en bataille probablement infestés de puces, en a vu d'autres. Il feint d'ignorer l'avertissement et poursuit son chemin, toujours au ralenti cependant. Il passe et s'éloigne. Le chat blanc se redresse, passe sa langue sur son museau, lève la tête pour mieux sentir l'odeur de l'envahisseur, jette un dernier regard de son côté et s'en retourne lentement à ses affaires.

Nous reprenons notre marche.

-Intéressant comment l'intrus à réagi face à la menace du chat blanc. Son attitude était claire: je ne fais que passer! T'as vu la beauté de ses mouvements?

-J'ai surtout vu un sac à puces sale et probablement affamé! Répondis-je

-Tu as raison mais n'empêche qu'ils étaient plein de grâce. Si j'étais danseur, je ferais une étude exhaustive sur la gestuelle animale.

-D'autres y ont pensé avant toi!

-Probablement.

Dans un revirement typique à Jean, il me proposa de continuer sur la rue principale encore bourdonnante d'activités malgré l'heure avancée.

Des gens fumaient à l'extérieur d'un bar vomissant une musique techno. Elle se déversait d'abord sur le trottoir pour aller se répandre jusque dans la rue. Il était par moments difficile de distinguer son "chant" des crissements de pneus, des gémissements des moteurs, des klaxons bienheureux ou agressifs et des radios plein volume. Le beau temps (même frais) avait fait ressortir toute la splendeur de la faune urbaine.

-Cette musique à une odeur de fuel, tu trouves pas? Une odeur d'essence et de solitude non assumée. Elle dit quelque chose cette musique!

-Si les musiques traduisent, dans leur ensemble, l'état général d'une société...

-...Alors on est en droit de s'inquiéter!

-Mmm...

-Quand j'écoute du baroque, de la musique de la Renaissance, romantique, moderne ou même, dans certains cas, contemporaine, j'y décèle une capacité des compositeurs à la contemplation, une hauteur, une profondeur et une largeur. Ce sont des musiques à trois dimensions si tu veux! Et peut-être plus!

-Et le jazz?

-Énergique, urbain, solaire, tendre parfois. C'est un cri, mais pas ce cri qui dit: "Regardez-moi!" mais plutôt celui de l'humain qui a mal aux autres.

J'essayais de saisir ce que Jean tentait de me faire comprendre.

Mon téléphone sonne. C'est Pierrot.

-Ouais! T'es où?

-Je suis avec Jean...Non, tu ne le connais pas...Ce soir? Non, c'est trop tard, une autre fois...Ok! Bye!

-Tu réponds toujours quand on t'appelle?

-Hé! C'est pas la peine d'avoir un cellulaire si c'est pour ne pas répondre! Pas toi?

-J'en ai pas. J'suis pas un domestique qui accourt à la moindre sonnerie, non plus qu'un chien qui vient chaque fois qu'on l'appelle. C'est peut-être pour ça que j'ai une tendresse particulière pour les chats et que les chiens me désespèrent. D'ailleurs il y a quelque chose qui relève de la servitude volontaire dans tout cela! La Boétie, tu connais?

-Bien sûr! Mais ça n'a pas de rapport!

-Tu crois? La servitude sauce technologique avec accompagnement de vocabulaire où il serait question de liberté, de communication, d'indépendance...Jamais dans l'Histoire les peuples n'ont fait l'apologie à ce point de leur esclavage! Je te le dis, on leur a fait aimer et il l'aime leur servitude!

Même si j'avais de la difficulté à l'admettre, c'était pas complètement faux.

Devant le bar, les trois quart des fumeurs et des gens qui étaient venus prendre un peu d'air, ou se dégourdir les oreilles, avaient le nez collé à leur cell, la tête penchée vers celui-ci. On aurait pu croire à un signe de repentance généralisé ou mieux, à un signe d'abdication. Inconscient, bien sûr.

Une jeune fille passe tout près de nous.

Sa robe rouge sang est si serrée qu'elle l'oblige à faire de tout petits pas. Ses chaussures à talons hauts lui donnent une démarche peu assurée et à chaque pas qu'elle fait, elle doit corriger son équilibre pour ne pas se renverser un pied. Elle avance cambrée, les seins avant-coureurs, ses fesses se balançant dangereusement d'un bord à l'autre, mettant à chaque fois au défi les lois de la pesanteur et du même coup celle de l'attraction ou de la répulsion, c'est selon...Son visage, ou ce qu'il en reste, est enfoui sous un épais maquillage que bien des clowns lui aurait sans doute envié. Elle doit sortir tout droit de sa coiffeuse, sans doute la même qui fit les coiffures des femmes de la fameuse émission "Dallas". Elle affiche avec assurance son mauvais goût.

Jean n'avait pas tort, ce matou plein de puces avait beaucoup de grâce.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 18:35

Je me nomme Pierre-Alexandre David Simard Côté Lévesque Godin. Mes amis (les filles aussi) m'appellent PA (prononcez à l'anglaise PI-É). C'est plus court. Mes parents et grands-parents ont toujours été pour l'égalité. C'est lourd mais ce n'est que justice. L'égalité est parfois ridicule vous me direz! Chacun ses opinions.

"Savoir écouter est un art"

Epictète

La pluie tombe maintenant à grosses gouttes serrées. Nous sommes complètement trempés et c'est au pas de course que nous terminons le trajet pour nous rendre au "JazzClub". Le nom n'est pas original mais il dit bien ce qu'il veut dire: ici on présente du jazz et rien d'autre.

L'endroit était modeste, on pouvait y tenir à 50 ou 60 à tout casser. Le prix d'entrée et des boissons raisonnable. La scène minuscule où trônait un piano arrivait à accueillir quatre musiciens (pianiste compris!) qui devaient se tenir tranquille pour ne pas se gêner les uns les autres.

Le concert avait commencé alors que nous bavardions dans la ruelle et, s'approchant du club, on pouvait déjà entendre un saxophone s'étrangler sous les coups d'une batterie hargneuse. Nous arrivions en plein duel.

Jean connaissais naturellement tout le monde ou presque. Après moultes salutations, de nombreux "ça va?", poignées de main et tapes dans le dos, nous prîmes place à une table.

Le patron vient nous voir

-Alors Jean, tu nous amène une nouvelle tête?

-Oui! Je te présente PA. Il n'aime pas le jazz.

-Ah oui? Qu'est-ce qui vient foutre ici?

-Des efforts...

-Très bien! Comme d'habitude?

-Pour moi oui...PA?

-Une blanche bien froide sera parfait.

Je n'appréciais pas la façon cavalière d'avoir été présenté. "Il n'aime pas le jazz". J'étais donc en partant coupable, "étranger", hors secte. Un bleu quoi! Dehors c'est Jean qui semblait mal adapté, ici c'était moi. On apporte les boissons.

J'écoute la musique, Jean est absorbé.

Le saxo, dans ce qui semble être une prise de bras, fait grimacer le batteur par une pression de plus en plus forte. Celui-ci se dégage et frappe vivement son adversaire au ventre qui riposte avec un direct sur le nez. Le batteur saigne, les cymbales aussi. Pas vaincu pour autant, c'est à coups de grosse caisse qu'il étourdit l'ennemi. Arquebouté, le saxo groggy lance tout de même un dernier cri, celui, peut-être, de l'agonie. Le bassiste et le pianiste lui viennent en aide en le soutenant pour le thème final.

-Alors?

-Oui...quoi?

-Tu commences à saisir ce qui se passe?

-C'est la guerre! Violent!

-Tu veux dire énergique peut-être...

-J'avais de drôles d'images qui me venaient!

-Bien! Au moins tu n'es pas indifférent!

Le pianiste entame en solo l'introduction du morceau suivant. Je crois le reconnaître...

-dis donc, c'est pas...

-La ferme!

Je prends une gorgé de blanche.

C'était bien...Je fouillais dans ma mémoire, passant en revue la musique que Jean me faisait écouter. Je connaissais cet air. Bon Dieu! Pas moyen de me souvenir!

Depuis quelques temps, mon ami mélomane s'était mis en tête de faire mon éducation musicale. Je me rendais régulièrement chez lui, deux ou trois fois par semaine, pour suivre ses conseils.

Pas plus tard qu'avant hier, il s'excitait à propos d'un musicien, un certain Chester Young, et d'une chanteuse dont je ne me souviens déjà plus le nom...Cindy...Enfin peu importe.

-Ce musicien a changé bien des choses tu sais.

-Ça sonne un peu vieillot ton truc!

-Mais ferme-la donc et écoute!

J'obtempérai. À Rome fait comme les Romains...

C'est dans ces moments que Jean montrait, sans le savoir, son côté lumineux. Tout chez lui s'allumait, s'animait: ses yeux, ses gestes, même sa peau semblait irradier! Ses pieds marquaient le tempo, ses mains dessinaient les pauses, suivaient les nuances, il devenait chef d'orchestre qui, au lieu de diriger, façonner une interprétation, se faisait porter par celle-ci. Les rythmes, les sons, les voix devenaient les fils invisibles de la marionnette qu'il était devenu.

Jean récepteur de fréquences. Transformant, transformé, naissant et vivant à travers les ondes sonores.

Un chef-d'oeuvre! T'en dis quoi?

-Écoute, je dois t'avouer...je pensais à autre chose...J'ai décroché comme on dit.

-Bon Dieu! PA! Si tu n'écoutes même pas...

-C'est pas facile!

-Je sais. Tu es habitué aux musiques qui n'ont pas vraiment besoin d'être écouté. C'est elles qui viennent à toi avec leurs gros sabots, fardées, dévoilant tout dès la première rencontre! Ce sont des musiques-putassières! Elles se vendent et s'achètent et rien ne se passe!

Là, au contraire, c'est toi qui doit aller vers la musique, elle demande un "effort" qui n'a rien avoir avec la volonté. Cet "effort" porte mal son nom en fait.

-Je ne suis pas sûr de te suivre.

-C'est Renoir Père qui...

-Qui?

-Renoir, le peintre! Dis-moi que ce nom ne t'es pas inconnu!

Je fis une mou qui indiquait ce que Jean redoutais.

-Bravo l'éducation! Combien d'années d'études? Passons...Renoir parlait de la technique du bouchon. Tu suis le mouvement, le courant. Tu te laisse porter. Et que se passe-t-il quand tu suis le courant?

-Tu descends la rivière.

-Oui, mais si le bouchon avait des yeux et des oreilles, ce qui chez toi reste à prouver, tu aurais le sentiment que plus rien ne bouge. Tu fais un avec la rivière.

-Un avec la musique...Je vois!

Je cherchais toujours le nom de cette mélodie...J'ai trouvé! Strange Fruit!

Satisfait, je termine ma bière.

Le piano égrène les dernières notes dans les applaudissements. J'avais pas écouté une note, trop concentré que j'étais à me remémorer des instants passé avec Jean et a trouver le nom du morceau.

Jean me regardais d'un drôle d'air.

-Alors? Encore à lutter contre le courant?

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 17:33

Je me nomme Pierre-Alexandre David Simard Côté Lévesque Godin. Mes amis (les filles aussi) m'appellent PA (prononcez à l'anglaise PI-É). C'est plus court. Mes parents et grands-parents ont toujours été pour l'égalité. C'est lourd mais ce n'est que justice. L'égalité est parfois ridicule vous me direz! Chacun ses opinions.

On était en septembre mais il faisait novembre. La rue que nous empruntâmes était étroite, le vent soufflait dru. Il avait plu et la lumière glauque des lampadaires se reflétait dans les flaques d'eau parsemées sur notre parcours. Le soleil était couché depuis un moment déjà. On sentait dans l'atmosphère quelque chose de nostalgique, un été trop vite passé?

Une vie à peine vécus...Je pensais à mes vieux, surpris que leur existence s'achevait déjà, maudissant doucement le temps que grignote lentement un espoir tardif, prenant conscience tout-à-coup que la mort est entré de plain-pied dans leur vie.

C'est cette maudite rue qui me mettait dans cet état. Plus lugubre que nostalgique finalement! Le vent, la pluie, les arbres menaçants (pourquoi menaçants?), la lumière blafarde...Jean!

Il marchait en silence à mes côtés, légèrement en retrait, les mains dans les poches de son blouson miteux.

-Pourquoi, au lieu de prendre les rues plus achalandées, tu tiens à passer par ce chemin? En plus d'être plus long, de faire des détours inutiles, on a l'impression de marcher dans un cimetière! C'est triste ici!

-Peut-être parce que c'est plus vrai. Tu préfèrerais marcher sur une plus grande artère avec des boutiques, des bagnoles, des gens qui somnanbulent d'un magasin à l'autre?

-Au moins il y a de la vie!

-Rien de moins sûr mon ami! Les morts, les fantômes, les ombres, les inexistants, tu les trouves en pleine lumière, attablés dans un macdo ou au volant de leur BMW espérant rattraper le temps qu'ils n'ont plus à marcher dans une rue comme celle-ci. Les ectoplasmes ne se cachent plus et se croient vivants!

-J'aurais du me la fermer...

Nous poursuivâmes notre chemin, silencieux.

Jean, selon toutes les apparences, n'aimait pas le monde dans lequel il vivait. Il prétendait (j'avais un sérieux doute!) ne pas comprendre les gens qui arrivaient à bien s'adapter dans une société malade. Était-ce un signe de santé ou une forme de psychose?

Moi je me sens plutôt bien...(tiens! Une phrase "moije" comme Jean les appelle) J'ai des amis (des filles aussi), des parents affectueux que j'aime, une vie assez bien remplie: mes vieux, mes études, mes sorties. Il ne semble pas que je sois atteint de délire, de psychose ou je ne sais quoi!

Avait-il deviné mes pensées...?

-Toi qui étudies en communication, peux-tu me dire, en général, de quoi tu parles?

-Quand, avec qui?

-N'importe, avec tes amis, tes parents, tes profs.

-Je ne sais pas...De tout et de rien...Question bien large!

-De tout et de rien, qu'est-ce que tu veux dire?

-On parle boulot, politique, des nouvelles qu'on a lu ou vu, des autres...Je sais pas moi...du sport...

-De la mort, de l'amour, de l'intelligence, de la pensée, du silence, vous n'en parlez jamais?

-Non...pas de ça...C'est des sujets...

-...Trop importants pour qu'on en parle? C'est ça?

-Non...Ça nous vient pas à l'esprit! c'est tout! Et toute façon...

-Quoi de toute façon?

-C'est des sujets pas marrants ça...

-Pas marrants, pas marrants...Ton sujet de maîtrise il est marrant lui? Ce sont de vrais sujets!

-En philo, oui, on a parlé de la mort et du reste...

-Vous en parliez vraiment ou vous vous penchiez seulement sur ce que d'autres en pensaient?

-Non...Oui...On étudiait surtout la pensée des philosophes. C'est très intéressant tu sais!

-Je n'en doute pas un seul instant! Vous n'en parliez pas si je comprends bien!

-Si, quand même un peu...

-Mais pas trop...

-En effet...Pour être honnête, je n'ai aucune idée de ce que mon prof pensait!

-Il ne faisait que "passer la matière", c'est ça?

-Oui, il nous avait averti au début du cours qu'il ne prendrait pas position, que ce n'était pas son rôle.

-Étrange comme posture...Tu ne trouves pas?

-Je ne vois pas en quoi. Il était là pour nous enseigner, pas pour...

-...Apprendre?

-Que veux-tu dire?

-Sa position est celle d'un ordinateur, il restitue ce qu'il a emmagasiné dans sa mémoire. Il peut le faire de manière vivante, intéressante mais cela revient à ça!

-J'ai beaucoup appris...

-...sur ce que les philosophes ou penseurs pensaient de leur vivant! Encore une fois, je confirme, cela est hautement intéressant! Mais ne penses-tu pas que communiquer, si on se réfère à son sens premier, qui est de mettre en commun, a perdu de son sens? Si ton prof s'exclut en quelque sorte de la communication, y a-t-il communication ou seulement de l'information qui passe de "A" vers "B"?

-Je n'avais pas vu cela sous cet angle!

-Toi, par exemple, qu'est-ce que le mot "silence" t'inspire? Il évoque quoi pour toi?

-...Le silence...Bien j'ai lu...

-Non! Pas selon machin ou machine! Toi! C'est à toi que je parle maintenant! Pas à machin ou machine!

-Écoute...Je sais pas...Au fond, je doit t'avouer que je n'y ai pas vraiment réfléchi!

-Mais tu pourrais me dire ce qu'en pense "X" ou "Y"!

-En gros c'est ça...Mes connaissances sont...

-...Mécaniques? De secondes mains?

-Oui, peut-être. Je ne l'aurais pas dit comme ça.

-Mais c'est un peu beaucoup ça...Non?

-Oui, si tu veux...

-Pour parler du silence, il faut l'avoir rencontré, vécu, senti. Sinon, ça ne vaut pas un pet!

-Et la mort? Il faut l'avoir vécu pour avoir une opinion, un avis sur elle?

-Il ne s'agit pas d'avoir un avis ou une opinion, mais d'aller voir! Connaitre n'est pas savoir!

Vaut mieux, quand tu as faim, un mauvais repas qu'un bon livre de cuisine!

Jean avait le don de, un: finir mes phrases à ma place et deux: finir une conversation.

-Marchons! dis-je

-Mais dis donc! Tu deviens sage mon PA!

Je ne relevai pas son sarcasme et me dis en moi-même, avec un soupçon de revanche à la clé, qu'il faudrait bien qu'il m'explique comment on pouvait vivre la mort...de son vivant! Monsieur je-sais-tout n'avait qu'à bien se tenir!

Une fine pluie tombait maintenant. On pouvait voir de gros nuages bas éclairés par les lumières de la ville filer à toute vitesse vers le sud. Couleur de souffre, jaunâtres, ils paraissaient sales à force de se frotter aux cités qu'ils survolaient. On aurait dit des moutons voulant fuir au plus vite ces éclairages qui les montraient sous un mauvais jour.

Le vent redoublait d'ardeur. Nous nous engageâmes dans une ruelle à peine éclairée par les ampoules extérieures que les habitants laissaient brûler par sécurité. On entendait le souffle du vent dans les feuilles, le bruissement caractéristique des quelques arbres ponctuant notre route.

Une porte claquait sur notre gauche, des gobelets de café roulaient dans tous les sens, des sacs de plastique virevoltaient. Les fils électriques s'étaient mis à siffler sous la vélocité accru du vent. Des clochettes, de celles que l'on suspend et qui tintinnabulent au moindre souffle faisant entendre de douce mélodies, semblaient maintenant prises de folie et s'entrechoquaient dans une lutte à finir.

En dépit de tout, on pouvait dire que c'était silencieux.

Une idée, fulgurante, s'impose à moi:

-En fait, il me semble que le silence, le nôtre, soit toujours présent et qu'il suffit d'arrêter de lutter contre le bruit pour l'entendre.

Jean s'arrêta net. Il répéta mes mots.

-Arrêter de lutter, entendre notre silence toujours présent.

Son large sourire illumina la ruelle.

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 17:07

Je me nomme Pierre-Alexandre David Simard Côté Lévesque Godin. Mes amis (les filles aussi) m'appellent PA (prononcez à l'anglaise PI-É). C'est plus court. Mes parents et grands-parents ont toujours été pour l'égalité. C'est lourd mais ce n'est que justice. L'égalité est parfois ridicule vous me direz! Chacun ses opinions.

"Actuellement notre prétendue éducation détruit impitoyablement l’intelligence créatrice."

J. Krishnamurti

Après ce coup de téléphone et la fin plutôt sèche de notre entretien, je fus encore moins apte à poursuivre mon travail. Jean m'avait un peu choqué (mais pas surpris) avec sa position extrémiste concernant les artistes et leur soi-disant disparition. À l'instar des animaux en voie d'extinction, allait-on, dans le futur, créer des parcs à leur intention? Quand cette idée me traversa l'esprit j'esquissai involontairement un sourire.

Quelques jours plus tard, Jean passa chez-moi pour m'inviter au concert d'un groupe, fameux selon ses dires, au Théâtre du Nouveau Rideau Rouge. Ce fanatique de jazz, comme tous les fanatiques, voulait absolument que j'épouse sa cause. C'est donc sans répit qu'il me conviait à partager ses soirées où cette musique faisait vibrer les coeurs et parfois les murs.

Malgré son bon vouloir, ses explications, nos écoutes sélectives et actives, prêts de livres sur son histoire, son évolution, je restais de marbre face au jazz et plutôt dubitatif quant à sa passion. Je me demandais ce qui pouvait bien toucher à ce point mon ami.

Je le dis bien candidement, cette musique restait incompréhensible, je n'arrivais pas à trouver les clés qui m'auraient ouvert les portes de ce monde: désordonnée, partant dans tous les sens, ésotérique, réservée à une élite qui partageait certains code (lesquels?), élitiste donc, intellectuelle et sauvage à la fois, brouillonne. Après réflexion je pensai qu'au final cette musique ressemblait étrangement à mon ami!

Je confiai à Jean mes sentiments et fût surpris de voir mon ami partager mes doutes, pas tous, concernant cette musique.

Tu sais PA, dans le jazz comme ailleurs, beaucoup de ceux qui le pratique ne le font pas pour les bonnes raisons. Bien sûr, il est humain de vouloir briller, exister, être reconnu par l'autre et tout le tralala, mais certains dépassent des bornes qu'il ne vaudrait mieux ne pas dépasser. Il abandonnent, quand ils vont trop loin, une dignité et par le fait même toute crédibilité. Leur travail devient alors objet de consommation et l'intérêt premier de cet objet est de le vendre.

N'as-tu jamais remarqué? Qui invite-t-on le plus souvent dans la plupart des émissions culturelles? De qui parle-t-on dans les revues, les journaux? Dans 95% des cas, de ceux qui vendent! Pourquoi? Parce qu'un journaliste ne pourra pas inviter une personne qui ne le fera pas briller! Quand tu invites une vedette, c'est un peu de sa popularité, de son "aura" qui déteint sur toi!

À mon sens, poursuivait Jean, nous vivons dans une société où d'un côté, l'individu est devenu et le point de départ et le centre et le point d'arrivée, sorte de serpent se mordant la queue en y prenant un plaisir fou et de l'autre côté, c'est qu'il n'y a plus d'individu!

-Tu vas me refaire le coup du "il n'y a plus d'artistes" persiflai-je

-C'est lié. Plus d'individus mais quelque chose se rapprochant du clonage. Des individus mais de moins en moins "différenciables". Faits sur le même moule, sortants de la même matrice. Propagandés, lavés, programmés sur le même logiciel: l'école, le système éducatif. Ne vois-tu pas qu'on se dirige vers une sorte d'indifférenciation générale?

Mozart et Madonna, Proust et Beigbeider, Molière et Matte, Brel et Céline (la chanteuse!), Platon et BHL. Tout à tendance à s'équivaloir dans la tête des gens et finir par des questions d'opinions. Moi je (ah! combien de phrase commence par "moi je") préfère ceci à cela, cela à ceci, "c'est mon opinion" et autres "les goûts ça ne se discute pas"! Non! Mais ça s'éduque, le goût...

-Tu ne trouves pas ton discours un peu élitiste?

-Je m'attendais bien évidemment à cela! C'est même le premier argument (et le plus facile) que la plupart des gens avanceront. Et ceux qui avanceront ce mol argument seront souvent ceux qui ne ferons jamais de véritables efforts pour dépasser leur opinion.

Je peux te poser une question?

-Essaye toujours...

-Est-ce que toutes les opinions se valent?

-Chacun ses...

-Opinions...Tu fais partie, mon pauvre ami, des ces gens qui répètent les mêmes phrases toute faites sans réfléchir...L'indifférenciation...

-Je te remercie beaucoup...

-En plus, tu ne réponds pas à ma question! Est-ce que toutes les opinions se valent? Sont équivalentes en qualité?

J'étais bien obligé de répondre par la négative...Un plombier aura un avis plus sûr sur un problème de plomberie que le meilleur des musiciens, cela va de soi. Mais peut-être il en allait autrement avec les arts...Est-ce qu'un musicien pouvait avoir un avis plus sûr concernant la musique que le meilleur des plombier? Ou n'était-ce qu'une question de goût?

Je fis part de ma réflexion à Jean.

Évidemment PA, tout le monde peut en effet préférer ceci à cela mais on doit aussi admettre que placer sur le même plan les "Concertos Brandebourgeois" et "Twist and Shout" n'est pas raisonnable. Il y a une différence de qualité, tout en étant tous les deux pertinents.

La qualité de réflexion d'abord, la recherche d'équilibre, la passion du mot ou de la note juste, le développement des idées, de leur imbrication et leur révélation les unes par rapport aux autres...Et bien d'autres choses!

-J'en reviens à l'élitisme mon vieux. Tu es élitiste sans le savoir...ou en le sachant très bien!

-Non. J'aime Bach et les Beatles mais je suis conscient de leur degré respectif.

Cela me paraissait raisonnable.

Bon, reprit Jean, tu admets donc qu'il y a des degrés de qualité dans l'opinion. Pour les raisons évoquées tout-à-l'heure, en bref: l'expérience, un certain savoir, des connaissances mais surtout, pour que tout cela prenne un sens, du relief, à savoir: la sensibilité! Ou cette fameuse individualité, en d'autres termes, qui semble disparaitre!

La question suivante me parait évidente!

-Ah bon?

-Oui! Comment développe-t-on cette sensibilité?

-C'est en effet une bonne question...

-Par plus de savoir? Plus d'étude? En accumulant plus d'informations? Ce qu'on désigne aujourd'hui par la culture? Qui n'est en fait qu'un ramassis de données sur divers sujets!

-Aucune idée...Peut-être...

-Tsss...On pourrait se demander par moment à quoi servent toutes tes années d'études...Les ordinateurs peuvent accumuler beaucoup plus d'informations qu'un humain ne pourra jamais faire, sont-ils sensibles pour autant?

-Oui, bon, alors?

-Qu'est-ce qu'un ordinateur ne pourra jamais faire?

-...

-Prendre de la distance par rapport à lui-même, observer sans qu'il y ait d'observateur. Autrement dit "fonctionner" sans être là! Pure observation sans jugement, sans nommer, sans parole, sans point de vue!

-Et tu crois que cela peut rendre sensible? Mmmm...

-Qu'est-ce que la sensibilité si ce n'est la capacité de voir, dans son ensemble et dans le détail ce qui nous entoure, dans sa globalité et dans l'instant? On accumule de l'information en étant concentré mais on (se) rend sensible en étant attentif. L'attention englobe, la concentration exclut.

-Quel rapport avec la perte d'individualité? Au fait, comme tu dis, qu'il n'y aurait plus d'individus?

-Mais parce qu'il y a une perte incroyable de sensibilité!

-Là je ne te suis plus...

-C'est pourtant simple! Si une personne ne "sent" plus les choses, elle devra se raccrocher à des opinions qui souvent d'ailleurs ne seront même pas les siennes mais celles qu'on lui aura "suggérées", imposées serait plus juste, depuis son enfance. Perte de sensibilité, perte d'individualité, perte de créativité.

C'était tiré par les cheveux son truc...

Mais pourquoi donc j'aimais ce type qui aimait une musique que je ne pouvais souffrir? Cette personne qui prétendait qu'il n'y avait plus d'artistes, et maintenant plus d'individus?

Pour dire vrai, vous mesurerez l'angoisse que ses paroles avaient sur moi...

J'avais presque hâte qu'on parte pour le concert!

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 06:06

Un journal imaginaire, un portrait imaginaire. Il vous fera (j'espère!) rire et parfois (j'espère!) grincer des dents. Tiré de situations réelles. La vérité, ya qu'ça de drôle.

Je me nomme Pierre-Alexandre David Simard Côté Lévesque Godin. Mes amis (les filles aussi) m'appellent PA (prononcez à l'anglaise PI-É). C'est plus court. Mes parents et grands-parents ont toujours été pour l'égalité. C'est lourd mais ce n'est que justice. L'égalité est parfois ridicule vous me direz! Chacun ses opinions.

"Que la culture universelle de l'école vise à l'apprentissage de la liberté, non la soumission: être libre, voilà la vraie voie" M. Stirner

Pas moyen de me concentrer sur mon texte de maîtrise. Les mots de Jean me reviennent constamment à l'esprit. Comme les chevaux d'un carrousel, ils passent et repassent, tournent et retournent, réapparaissent continuellement avec le même éclairage, blafard celui-là: "Il n'y a plus d'artistes"

Me semble, au contraire, qu'il n'y en a jamais eu tant! Ça chante, ça joue, ça souffle, ça frotte, ça filme, peint, sculpte, danse! On a jamais eu autant de produits culturels à consommer!

Des émissions comme "Le Gosier" ou encore "Larynx en Folie" nous ont fait découvrir de nouveaux talents! Elles fortifient notre nation, démontrent notre savoir faire, donnent la chance de se faire une place dans l'industrie culturelle!

"il n'y a plus d'artistes"...Mon pauvre Jean débloquait encore une fois!

Je ne vous l'ai pas encore présenté. Tout un personnage! On se connait depuis qu'on sait marcher. Lui, il a quitté l'école assez tôt. "J'ai commencé mes vraies études quand j'ai arrêté leur éducation" se plaît-il à dire.

Je me souviens, on était en quatrième secondaire (il a quitté avant la fin de son cinquième secondaire) et, déjà, il me semble que plus d'une fois il mit le prof dans l'embarras avec ses questions. Un exemple? Tiens! Dans un cours d'histoire portant sur la deuxième guerre mondiale, levant la main, nonchalamment:

-Monsieur, qu'est-ce qui a gagné en 45?

-Le prof: "Mais se sont les alliés! Les Anglais, les Américains, les Fran.."

-Non! Pas qui mais quoi! La démocratie? L'argent?

L'enseignant, bien sûr, répondait: "la démocratie!"

Jean arborait alors un petit sourire narquois indiquant que le prof était tombé dans son piège.

-Vous êtes certain?

Jean n'était pas tellement apprécié des autres élèves. Ils le trouvaient arrogants, trop sûr de lui. La plupart gardaient leurs distances, ce qui ne lui déplaisait pas forcément. Jean faisait peur. Pour moi son "arrogance" semblait naturelle, je veux dire qu'il occupait l'espace qui semblait lui revenir et il en menait large! Jean prenait de la place. Il n'était pas fait pour l'école. Il posait trop de questions. Il était brillant, je ne parle pas de cette brillance toute académique mais de celle qui dérange, déconcerte, surprend. Bref, Jean était ce qu'on appelle un atypique.

Je bûchais toujours sur mon texte. Ça le faisait rigoler le sujet de ma maîtrise: "Stratégie de communication inter-culturelle dans la dynamique contemporaine" C'est ronflant, je l'admets. Ya pire!

Ils t'ont bien bourré le crâne les salauds! arrivait-il à articuler entre deux fous-rire.

-Tu veux quoi? Devenir diplomate? Psychologue industriel tant qu'à faire! Un nouveau Freud pour calmer les angoisses des employés de Wall-Mart! Pardon! Les associés! Tiens!...sûrement une stratégie de communication ça...intra-culturelle en attendant l'inter!

Plus d'artiste, plus d'artistes...Je n'y tiens plus, je lui téléphone.

-C'est PA! Ça va?

-Mmmm...

-J'ai repensé à notre discussion...

-Le futur diplomate sèche sur son travail?

-Ça va Jean..

-Alors! Qu'est-ce que je peux...

-Sur les artistes...

-C'est fini...enfin presque.

-Ah! Quand même! Il en reste quelques-uns qui ont grâce à tes yeux!

-Ils sont rares...la plupart prêtent serment d'allégeance au politique et aux fonctionnaires! T'as vu récemment? 303 artistes, sans qu'on leur demande rien (à ma connaissance) appuient, enfin reconnaissent, ce qui est une forme d'appuie, l'apport d'un député à la culture. Futur chef de parti en plus! Ce sont des rebelles mais proches du pouvoir! Tu vois le genre? On se croirait dans l'Ancien Régime!

-Bon, ça y est! Tu voudrais quoi? Qu'ils lui crachent à la gueule? Tu ne trouves pas que tu dépasses les..

-...Bornes? Rien du tout! Je ne dépasse rien du tout! C'est plutôt eux qui dépassent quelque chose! Ou plutôt l'inverse! Ils abdiquent quelque chose comme...leur dignité! Alors, selon toi, qu'est-ce que ça signifie?

-Ils sont justes reconnaissants.

-Reconnassants! J'hallucine! La queue entre les jambes? À plat-ventre? À genoux?

-Mais non...

-Si les artistes vont dans le sens du pouvoir, et ils y vont, que restera-t-il du poids de leurs mots, de leur film, de leur musique...et le reste? Que reste t-il de leur liberté? Un artiste qui sent le devoir de pencher la tête vers celui qui le nourrit, celui-là est fini! Il aura l'aspect, il agira comme un créateur mais il n'en sera que l'ombre!

-Non mais...

-...et cela semble suffisant pour la plupart des gens.

-Cela n'enlève rien à leur travail...

-Au contraire! Ça enlève tout! Ça enlève tout ce qui fait qu'on peut appeler un artiste, "artiste"! Ils viennent de montrer leur vrai visage, celui de leur soumission au pouvoir!

-Tu es trop intransigeant.

-C'est le futur diplomate qui parle?

-Te fous pas de moi encore...

-Ne leur tourne jamais le dos.

Et il raccrocha.

Jean! Jean! Jean! Te comprendrai-je un jour?

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 17:10

Un journal imaginaire, un portrait imaginaire. Il vous fera (j'espère!) rire et parfois (j'espère!) grincer des dents. Tiré de situations réelles. La vérité, ya qu'ça de drôle.

Je me nomme Pierre-Alexandre David Simard Côté Lévesque Godin. Mes amis (les filles aussi) m'appellent PA (prononcez à l'anglaise PI-É). C'est plus court. Mes parents et grands-parents ont toujours été pour l'égalité. C'est lourd mais ce n'est que justice. L'égalité est parfois ridicule vous me direz! Chacun ses opinions.

"Ils font de nous des déambulants approbatifs" P. Muray

Avec quelques amis (des filles aussi) nous sommes allés voir un spectacle de danse contemporaine. C'était magnifique!

Les mouvements dans la lenteur, les costumes (en fait de costume les danseurs ne portaient que des masques blancs. Ils dansaient nus-les filles aussi-, les poils pubiens étaient ou rasés ou teints en blanc), l'éclairage (blanc exclusivement). Tout était parfait! Même le texte de présentation ressemblait à de la poésie! Je ne peux m'empêcher d'en recopier une partie:

"Des corps disloqués dans une marée minimum de gestes qui s'envolent vers des intelligences crépusculaires. L'âme pure torturée se décline par poussés spéculatives, redondantes et primaires. Je dessine les gestes comme Bach pouvait le faire en son temps. J'exprime ma solitude intérieure par des prismes téléscopiques exposant et explosant les conventions. J'illustre le malaise qui nous habite tous, le mal de vivre par le pure mouvement éphémère. Je crée. Je proteste. Je suis un iconoclaste."

C'est pas beau ça? Bon, je ne comprends pas tout mais je peux ressentir le créateur derrière les mots, derrière la chorégraphie. J'imagine de toute façon que c'est pas pour rien si le gouvernement lui donne de confortables subventions. Il a même un théâtre à lui pour sa compagnie. Il peut ainsi créer en toute sécurité, tranquille. C'est chouette!

Mon ami fan de jazz, Jean (celui qui n'a pas l'esprit de groupe mais que j'aime quand même), me dit que le gouvernement aide dans la mesure où il peut se donner du crédit, construire et parfaire son image à l'étranger.

-Plus les gens ont du succès plus ils reçoivent de l'aide. Tu trouves ça logique?

C'est vrai, la salle était pleine. Tant mieux! Comme si le succès était anti-artistique! J'ai bien aimé le spectacle. J'ai un peu mal à la tête. La musique (musique genre techno industrielle mais créative) était forte. J'ai apprécié le message des corps nus exprimant la pureté, la virginité (c'est écrit dans le texte de présentation).

Pour faire plaisir à notre ami Jean, nous sommes allé terminer la soirée dans son club de jazz préféré. Heureusement nous sommes arrivés à la pause. Une petite discussion s'amorce autour du spectacle que l'on vient de voir.

-J'ai des doutes, commence Jean

-À propos de...?

-Sur tout ça...

-Le chorégraphe?

-Oui, lui, son spectacle, son texte, ses idées...son honnêteté!

-Tu n'exagère pas un peu là...Son honnêteté? Tu y vas fort! Si je ne te connaissais pas je dirais que tu es un peu...prétentieux!

-T'as compris quelque chose toi?

-Tu sais, on est pas obligé de "comprendre" mais juste...

-...Ressentir, oui, je sais. Justement, ce que j'ai ressenti c'est un malaise...

-Oh! toi, quand c'est pas du jazz...

-Rien à voir!

-Quoi! Tu ne trouves pas l'ensemble original, créatif? Les corps nus, les mouvements tout en lenteur...

-T'es bien naïf mon PA! Ça fait plus de vingt ans qu'on nous bassine ces idées! Et je suis gentil!

-Et le blanc? Démonstration de pu...

- ...De pureté oui! Ça aussi on nous l'a déjà fait!

- Qu'est-ce qui te dérange, que tu ne comprends pas?

-Le texte par exemple

-Quoi Le texte?

-Tu comprends quelque chose toi?

-Je crois...L'artiste veut...est...Il pense que...Il s'exprime quoi! C'est ça! Il dit qu'il veut s'exprimer!

-En ce qui me concerne, c'est surtout sa confusion qu'il arrive à exprimer...

-Toi...Tu es tellement négatif...

-Il n'y a plus d'artistes...On crève de trop de positivité! L'Artiste humanitariste m'emmerde! Les bons sentiments font toujours de la mauvaise littérature! Tu crois que le jazz est né par pure générosité? Et la peinture? Dans les marécages du positivisme à outrance? Les optimistes sont des gens dangereux, ce sont eux qui enterre l'art, qui l'asphyxie, je te le dis! et laisse-moi rajouter ceci...

J'en pouvais plus. Il commençait à me fatiguer avec son indignation narcissique.

Les musiciens montent sur scène. Je fini ma bière vite fait, j'ai ma thèse à travailler...

-Hé! PA, au fait...

-Quoi?

-Bach était musicien, pas peintre

-Évidemment!

Jean me fait un clin d'oeil. La musique commençait. Il fallait que je parte.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 22:34

Un journal imaginaire, un portrait imaginaire. Il vous fera (j'espère!) rire et parfois (j'espère!) grincer des dents. Tiré de situations réelles. La vérité, ya qu'ça de drôle.

"Et toute la vie des sociétés modernes s'annonce comme une immense accumulation de puérilisme" P.Muray

Je me nomme Pierre-Alexandre David Simard Côté Lévesque Godin. Mes amis (les filles aussi) m'appellent PA (prononcez à l'anglaise PI-É). C'est plus court. Mes parents et grands-parents ont toujours été pour l'égalité. C'est lourd mais ce n'est que justice. L'égalité est parfois ridicule vous me direz! Chacun ses opinions.

Avec des amis (des filles aussi) nous sommes allés à la Fierté Gay. Celle année elle est sponsorisé par Viagra. Je trouve important que des compagnies privées s'impliquent dans notre société.

La parade était très colorée, tout cela débordait de joie et de fierté: des paillettes, de la couleur, du mouvement, des costumes, beaucoup de plumes, des fesses, du muscle, des sexes, des ventres, des femmes à barbe, des hommes à seins, un sentiment d'exaltation, des gens heureux et une orgie de musique techno! Toute cette communion dans l'allégresse! On est resté deux heures sans pouvoir se parler. La musique était trop forte. Des voisins se sont plaints. J'avais mal à la tête. Il y a toujours des rabats-joie, des gens qui n'ont aucun sens de la fête. Des gens peu fiers quoi!

Ensuite on est allé prendre une bière dans un petit club de jazz. J'ai jamais rien compris à cette musique. Pourtant j'ai un ami fan de jazz! Il a bien essayé de m'initier...C'est celui qui faisait un peu la gueule à la parade. Je dois avouer que je le trouve bizarre. Il n'a pas tellement l'esprit de groupe. Un futur rabat-joie? Je l'aime bien quand même.

On va bientôt reprendre les cours. Je me suis encore inscrit à un cours de philo. Juste pour le plaisir. J'espère avoir le même prof qu'il y a deux ans. On apprend tellement de choses avec lui! C'est une vraie encyclopédie vivante! Comme il a dit: "Je lis tellement que je n'ai pas le temps de penser". Ça a beaucoup fait rire la classe. Au fond c'est vrai, on a jamais su ce qu'il pensait. En tout cas au moins on sait ce que pensait Platon.

J'ai visité pour une dernière fois mes vieux comme je les appelle. Ils vont me manquer. Je me sens vivant quand je suis à leurs côtés. Vivant et utile. La vieillesse devrait être interdite. Je dis ça parce que j'avais le projet de les amener voir la parade. La direction du centre n'a pas voulu. Les vieux non plus d'ailleurs. Sauf quelques-uns. Il y a encore de l'espoir! J'ai alors décider, pour fêter mon départ, de faire venir un clown, histoire de les dérider un peu.

J'avais un frère, il travaillait dans l'humanitaire. Il était sergent dans l'armée. Il a fait beaucoup de missions à l'étranger. Je suis fier de lui! Il m'a bien fait comprendre que l'ingérence était un droit et une responsabilité.

"Notre devoir est de partager nos privilèges: la liberté, la démocratie, les droits de l'homme; tous les peuples y ont droit" disait-il.

C'est si décourageant de voir tous ces gens se faire mener par le bout du nez! C'est peut-être pour ça que mon frère était revenu de sa dernière mission un peu déprimé.

"Lâche pas frérot, y comprendrons de gré ou de force!" Pourquoi il éclata en sanglots? Moi qui pensait faire un bon mot...

Peu de temps après, mon frère s'est jeté du haut du pont Jacques-Cartier. Je l'appelle maintenant Pas-de-Quartier. J'aime bien les jeux de mots.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 02:35

Un journal imaginaire, un portrait imaginaire. Il vous fera (j'espère!) rire et parfois (j'espère!) grincer des dents. Tiré de situations réelles. La vérité, ya qu'ça de drôle.

"Le drame de notre temps, c'est que la bêtise se soit mise à penser" J.Cocteau

Je me nomme Pierre-Alexandre David Simard Côté Lévesque Godin. Mes amis (les filles aussi) m'appellent PA (prononcez à l'anglaise PI-É). C'est plus court. Mes parents et grands-parents ont toujours été pour l'égalité. C'est lourd mais ce n'est que justice. L'égalité est parfois ridicule vous me direz! Chacun ses opinions.

Je suis hétéro la plupart du temps. J'aime la liberté. J'aime voyager. Je suis ouvert sur le monde. Ce que j'aime moins c'est les touristes. Tenez par exemple, lors d'un voyage à Paris avec mon école (ça remonte un peu loin!) j'essayai en vain de prendre la tour Eiffel en photo. Pas moyens! Il y avait toujours un touriste imbécile dans mon objectif! Pas grave...J'ai photoshopé ma photo de cette tour qui, ma foi, est en peu vieillotte en vrai. J'y ai rajouté plein de couleur, ça fait plus beau. J'aimais bien quand elle clignotait, ça donnait un air de fête.

J'étudie à l'université. Je termine une maîtrise en communication publique. J'adore les gens, je suis curieux de tout. Je crois qu'on ne se parle pas assez. J'ai pas mal d'expérience en communication.

À chaque été je travaille comme animateur dans un centre pour personne âgées. J'ai le tour avec eux même si ce n'est pas toujours facile. Il y a toujours des récalcitrants! Les pires sont ceux qui vous racontent leur vie. Ça va 10 minutes mais après ça devient lassant! J'ai des obligations, un travail à faire! C'est dans mon contrat. Quelques blagues et je les mets dans ma poche! Ensuite on fait des jeux, j'essaie de leur faire oublier qu'ils sont vieux. Leurs sourires me nourrissent tellement!

J'aimerais faire une carrière en politique. Je vous l'ai dit, j'aime les gens. Notre société est tellement triste, je pense que je pourrais la faire bouger, la faire avancer; il y a tellement d'injustices et de choses à faire!

J'ai un appartement, je suis indépendant. Mes parents m'aide beaucoup en ce sens. Ils louent à des étudiants une chambre dans leur grande maison. Comme ils disent, ils se sentent moins seuls.

Faut que je vous raconte...Le dernier étudiant était une étudiante. Elle venait de Chine. Quand elle faisait la cuisine (elle est accessible-c'est dans le contrat) elle empestait-selon ma mère-toute la maison avec de drôles d'odeurs vraiment étranges. Maman a vite mis un frein à tout cela. Ils étaient, mes parents, pas habitués! Solange (c'est le nom de ma mère) achetait presque exclusivement du surgelé, genre plats cuisinés, repas tout fait. Plus pratique et moins long (et moins nauséabond!). Hop! Un coup de micro-onde et on en parle plus! Elle avait plus de temps pour elle et ses activités. De toute façon maman ne savait pas cuisiner. L'étudiante est partie peu de temps après malgré les explications de Solange sur le fait qu'elle salissait trop la cuisine, que cela n'était pas hygiénique et qu'elle ne supportait pas les odeurs étranges que ses plats dégageaient. Ma mère et moi n'avons jamais compris pourquoi l'étudiante était morte de rire. Les Chinois sont curieux quand même. Ils rient tout le temps.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 19:22

Ce texte est une réponse (plus ou moins) à un texte de Marie Ayotte (que je ne connais pas). Voici le lien pour son texte:

Ma chère Marie,

Je ne suis pas insensible à ton cri du cœur même si celui-ci me paraît bien naïf et maladroit. Les artistes ou tous corps de métier ne sont pas des ensembles monolithiques de gens qui pensent tous de la même façon avec la même vision des choses ou les mêmes valeurs. Tu ne peux donc pas t’adresser à l'"artiste" comme tu le fais. Déjà ce fait montre que tu ne saisis pas très bien la complexité et/ou la nature de ce qui t’entoure.

Je passe rapidement sur les clichés mille fois rabâchés sur l’artiste subventionné qui attend des sous du gouvernement pour faire quelque chose ou sur le fait qu’il faudrait « se déniaiser » avant qu’il ne soit trop tard ou encore que l’artiste est seul avec son égo, confortable. C’est tellement loin de la réalité ! À mon tour de te demander d’ouvrir les yeux...et le bon !

Permets-moi de te donner ma vision des choses. Il va sans dire qu’elle diffère légèrement de la tienne mais aussi de beaucoup de gens qui pensent être dans l’action alors qu’ils ne sont que dans la réaction.

Tu veux faire la révolution ? Soit ! Impliqué pas impliqué, qu’est-ce qu’on entend par là ?

Est-ce que le manifestant qui sort dans la rue avec une pancarte pour quelques heures, criant slogans, exigeant ceci ou cela ou mieux, ceci et cela et, après avoir fait en quelque sorte « la fête » au pouvoir, retournant à sa vie « normale » c’est-à-dire le plus souvent égoïste, étriquée, compétitive, auto-satisfait de lui-même, est une personne impliquée ?

Être en réaction c’est être dans la même logique que ceux que nous sommes censé combattre. J’irai même plus loin en affirmant que cela les aide à justifier leur pouvoir et le fortifier. De nombreux exemples illustrent ce que j’affirme, on a qu’à penser aux manifestations étudiantes de 2012 ou plus loin, plus tragique, plus violent, plus extrême pour reprendre un mot à la mode, ce qui se passe maintenant à Baltimore, à la tuerie de Charlie ou aux World Trade Center. Le pouvoir se sert de ces « manifestations » pour faire ressortir que nous vivons dans un monde peu sécuritaire et passer des lois qui vont limiter encore plus nos libertés...au nom de la liberté. Oui, je sais, c’est pervers mais c’est la réalité.

Là où je te rejoins c’est concernant les tactiques qu’il faudrait changer pour améliorer ce monde. En fait je vais plus loin en suggérant de sortir de cette façon de voir. Pas de tactique, quelque chose de plus profond, de plus vrai et dans un sens plus local. Moins spectaculaire.

Changer sa vision. Se changer soi d’abord. Sortir ou plutôt prendre du recul, de la hauteur par rapport à soi et au rapport que l’on entretient avec les gens, avec ce qui nous entoure. À chaque instant, à chaque seconde. Cela demande une grande énergie, une grande modestie et un courage immense. De cela naîtra de vrais changements, autrement que ceux, superficiels, auxquels nous avons droit depuis des siècles. À moins que tu ne penses, à l’instar de la grande majorité des gens, que les changements nécessaires ne sont que les plus visibles, les plus choquants et évidents.

Vivons-nous en paix ? Je ne parle pas de cette paix entre deux guerres ou entre deux révolutions mais de cette paix durable, profondes et vraies. Non, bien sûr que non...Pourquoi ?

Parce que nous sommes ignorants et l’ignorant est celui qui ne se connaît pas. Nous vivons dans une société qui, depuis des siècles, fait l’apologie de la mémoire. Elle est nécessaire bien évidemment, mais c’est aussi elle qui érige des barrières, des frontières quand nous nous identifions à elle. C’est elle qui me fait dire que je suis québécois, musulman, catholique, capitaliste, et dieu sait quoi !

La pensée est en constante recherche de sécurité. Elle l'a trouve dans le communautarisme, la tribu, la nation, les corps de métiers, la race, son orientation sexuelle, la famille etc. Elle recherche tellement la sécurité qu'elle est prête à faire la guerre en son nom! Petite ou grande. Diable! On est pas sorti du bois!

Se regarder, s’observer...bien sûr ce n’est pas spectaculaire ! Vois-tu je me méfie des gens qui veulent changer le monde et qui sont incapable de se remettre en cause, de remettre leur vie en cause, de remettre en question cette poursuite d'un idéal, à savoir si cette quête serait la bonne façon d'entreprendre des changements. Ce manque d'imagination, cette peur de l'inconnu véritable on les rencontre partout. Ils sont même intériorisés, presque culturels.

J’ai trop rencontré dans ma vie des « révolutionnaires bourgeois », à la limite schizophrènes, menant de front des « combats » et vivant, très à l’aise, dans les limites étroites et mesquines de leurs pensées et refusant, au fond, tout ce qui sort de leur catéchisme révolutionnaire. Leur conception de la liberté se limite à leur définition de la liberté étant persuadés d’être du côté du Bien. Ils n’hésitent pas condamner ce qui pourrait être différent. Ils ont de la « largeur » (j’entends par là un savoir, des connaissances) mais pas de hauteur.

Le droit d’ingérence, les guerres « humanitaires » font parties de cette nouvelle conception de la liberté. On la retrouve aussi dans le quotidien, malheureusement. Aboyant qu’ils sont là pour notre Bien, il est difficile de les contrer. Cela sous-entendrait que l’on combat le Bien et que nous serions du côté du mal ! Pervers je te dis.

Pour moi les vraies révolutions sont silencieuses, discrètes, non « festives », locales. C’est à la racine qu’il faut s’attaquer et nous sommes la racine. Mon implication est dans mes gestes quotidiens, dans mon métier même, à savoir musicien. Ma révolution est à l’intérieur, pas à l’extérieur. C’est elle qui donnera des fruits mais je te le dis en toute franchise, cela ne me concerne pas. Pas plus que le pommier est préoccupé de ses pommes. Tu vois ? Je ne veux rien changer, pas d'idéal à atteindre. Si changement il y a, encore une fois je répète que ces changements ne me concerne en rien, ce sera par la force des choses si je peux m'exprimer ainsi.

Je sais ce n'est pas nécessairement facile à saisir. Peut-être que cela passera pour de l'indifférence et pourra même choquer les âmes trop peu sensibles, constamment occupées à réagir. Rien de plus faux!

Vouloir tout changer c’est vouloir ne rien changer. Médite un peu là-dessus. Si tu veux.

Au lieu de descendre dans la rue, je te propose de descendre en toi-même. Tu verras, il y a du boulot.

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 05:31

Permettez que je proteste avec énergie

Que je haïsse celle-ci

Quand la science met au point

Les engins qui serviront

La haine au poing

À massacrer celui qu'on dit

Mon ennemi

Mais qui est donc ce savant cultivé?

Est-il vraiment la gloire de la société?

Il connait les lois quantiques

Fait des mathématiques

S'est probablement frotté à Shakespeare

Lu les philosophes grecs et antiques

...

Pendant ce temps on expire

Sous les bombes

Qu'il aura mis au monde!

Pourquoi donc malgré tout son savoir

Il reste au service de ces pouvoirs?

Peut-être, même avec ses connaissances

Demeure-t-il ignare de son essence?

Serait-il temps qu'il s'y mette?

Car sait-on jamais

C'est son enfant

La mine défaite

Qui fera les frais

Du fait qu'il est ignorant!

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