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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 19:52

Mais que croyez-vous? Que pratiquer un art, vouloir le faire honnêtement, véritablement, c'est-à-dire avec toute l'énergie mise à notre disposition, avec toute notre intelligence, notre coeur, nos muscles, nos nerfs, notre temps, notre pensée, notre volonté, notre réflexion est une partie de plaisir? Que se remettre en question constamment, de revenir mille fois sur une phrase, un mot, un geste, une couleur, un son, que douter, tourner en rond pour approfondir comme le dit si bien Cioran n'est pas se faire violence? 

Combien de fois je suis sorti d'un concert complètement démoralisé, abattu, mon esprit en lambeaux parce que j'avais conscience d'avoir en quelque sorte trahi la musique, d'avoir été insuffisant. Combien de fois il m'a fallu regarder ma médiocrité en face, la reconnaître? Combien de fois recommencer, refaire, remarcher alors que j'étais sur les genoux? Tomber, rechuter, se relever, retomber...chaque jour, à longueur d'années. Que croyez-vous? Que tout cela ne relève pas d'une violence, d'un combat? Le pire des combats! Celui qu'on livre à soi-même!

Vouloir se dépasser c'est un peu vouloir se perdre de vue, s'absenter à soi-même et atteindre, parfois, ces moments qu'on dit magiques mais qui ne sont au fond qu'une réponse à notre capacité à disparaître. Et cela exige violence à soi-même, ce "moi" qui veut à tout prix briller, exister.   

En art "je" n'exprime rien.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
9 novembre 2017 4 09 /11 /novembre /2017 12:24

"le conservatisme, pris au sens de conservation, est l'essence même de l'éducation"

Hannah Arendt

Au fil des siècles la langue française a évolué ou plutôt subi des changements devrait-on dire car si elle n'a pas toujours reflété les mentalités qui oeuvraient au sein de la société elle s'est néanmoins transformée et ce de façon notoire. On l'accuse aujourd'hui d'être machiste - la formule bien connue "le masculin l'emporte sur le féminin" servant de point de départ pour illustrer souverainement le peu d'espace laissé aux femmes dans notre société -. Les choses étant souvent plus compliquées qu'elles n'y paraissent, j'aimerais soulever quelques points qui, je l'espère, mettrons en perspective cette accusation qui, sans pour autant être totalement fausse, me semble quelque peu précipitée.  

Je dois avouer que ma petite recherche trouve également son origine dans la lecture inconfortable de textes du fait de leur féminisation, ces ajouts de "e" ou "es" ou de "-e" ou "-es" à la fin de certains mots cassant leur rythmique ou leur flot. L'oeil accroche, la pensée suit. J'y vois là aussi une certaine forme de féminisme mondain qui ne va pas sans quelquefois m'agacer. 

Vouloir changer une langue de manière volontaire me semble provenir d'une fausse lecture de la représentation des rapports entre celle-ci et la réalité sociale. La société changera-t-elle par la lourdeur des textes féminisées ou alors la langue se trouvera transformée par l'évolution de nos mentalités? Et encore! Celle-ci le fera souvent avec du retard et même, parfois, elle contredira l'évolution des mentalités. Ainsi, dans l'histoire de la langue française, on notera un arrêt des créations de nouvelles formes féminines dans les années 20, période où plusieurs contraintes ont été rejetées par les femmes. Regardons tout cela d'un peu plus près.

Quelques comparaisons

L'arbitraire

Le soleil et la mort n'ont pas de sexe. Respectivement masculin et féminin en français, ceux-ci deviennent féminin et masculin en allemand. Le pou, le grillon ou le homard ne sont pas forcément des mâles comme la girafe, la panthère ou une hirondelle ne sont des toujours des femelles. Un homme peut être une victime et une femme un témoinUn homme, une canaille et une femme un exemple à suivre ou un parangon de vertu. 

Il est cependant vrai qu'il existe un plus grand nombre de mots masculins pour désigner des êtres de sexes féminins. Signe d'une société machiste? Possible et sans doute probable mais cela n'explique pas tout.

Une langue est le reflet des pratiques sociales des individus qui la parlent. Par exemple, on trouvera chez les inuits des dizaines de façons de décrire la glace et la neige ou encore des centaines de qualificatifs pour distinguer les chameaux dans la langue arabe. Ce n'est pas le cas du français. Il me parait évident que la langue illustrera le caractère d'une société, le traitement et la place qu'elle donne aux individus et aux choses qui la composent.

Dans le temps et ailleurs

Il semble bien qu'au Moyen Âge la féminisation des mots se faisait plus fréquemment. Ainsi, pour n'en nommer que quelques-uns, Vainqueresse, jugesse, miresse (médecin), bourelle (féminin de bourreau), charlatane, tyranne, librairesse, chasseresse, (j'arrête là, mon correcteur s'affole!). On en trouvera encore des centaines...Qu'est-ce à dire? Que le Moyen Âge, période historique vue comme celui où les femmes (selon nos préjugés?) n'avaient aucune place ni aucun droits serait plus féministe ou moins sexiste que la nôtre? Nous parlons pourtant souvent de la mentalité "moyenâgeuse" des phallocrates et des machistes...La langue est-elle vraiment et toujours le reflet d'une société? Il semblerait à tout le moins que la langue populaire s'accommode plus facilement des féminins que la langue académique. Rappelons que l'académie française a vu le jour le 22 février 1635. Est-ce à dire qu'on retrouve moins de préjugés et de stéréotypes sexistes dans les classes populaires que du côté des élites?   

Dirigeons-nous vers l'Espagne. Ce pays utilise la terminaison en "a" pour féminiser les métiers et ce de façon systématique. On le voit, le français éprouve plus de difficultés à faire de même. La société espagnole est-elle pour autant plus égalitaire et moins sexiste que son voisin? Ou sa voisine...? Langue miroir...déformant?

Le masculin ne l'emporte pas toujours

Cette formule donne pas mal d'urticaire à beaucoup de féministes: "le masculin l'emporte sur le féminin". Le français serait cette langue sexiste et inégalitaire, source de beaucoup de maux (sans jeu de mots), reflet d'une société machiste. Voyons ailleurs.

Dans la langue allemande le masculin ne l'emporte pas toujours sur le féminin. Les déterminants, pour employer le vocabulaire contemporain (les déterminatifs si vous voulez), der, kein, dieser, jener, welcher prennent au pluriel la forme du féminin et le pronom er (il) se féminise en sie au pluriel. Une fois traduit nous aurions en français des phrases du type "Ce garçon et cette fille sont amoureux, elles s'embrassent". Chez les Hongrois on ne fait pas de distinction de genre pour le pronom à la troisième personne: ö signifie il/lui/elle et ök ils/eux/elles. En iroquois c'est le féminin qui fait office de générique. Toutefois les femmes sont classées dans les...inanimées. Mêmes athées et matérialistes, personnes ne se réjouira du fait d'être défini comme "sans âme". Toutes ces langues sont-elles le reflets de sociétés où les femmes auraient le même statu que les hommes? On peut certes en douter. 

Plusieurs féministes proposent de remplacer la règle d'accord qui veut qu'au pluriel le masculin l'emporte sur le féminin par une règle dite de voisinage ou de proximité selon laquelle l'adjectif s'accorderait en genre et en nombre avec le mot plus proche. Pourquoi pas? D'ailleurs cette règle a déjà existé en latin et en...français. On dira en latin Bonus pater et mater (bon père et mère) et Bona mater et pater (bonne mère et père). En français c'est jusqu'au 17ème siècle que cet accord subsiste. On peut lire chez Corneille: "sa bonté, son pouvoir, sa justice est immense" et chez Racine: "Armez-vous d'un courage et d'une foi nouvelle". C'était parfois mieux avant?

On l'a vu, la langue peut être un reflet d'une société mais ce concept est à prendre avec précaution. Encore une fois l'histoire nous démontre que les choses ne sont jamais simples et que faire table rase du passé avec des phrases creuses comme "parce que nous sommes en 2017" tend à démontrer, au final, une ignorance et une prétention abyssale, dans certains milieux, bien contemporaine.

Source: André Perrin, Scènes de la Vie Intellectuelle en France : l'intimidation contre le débat, Ed. l'Artilleur. Préface de Jean-Claude Michéa

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 12:42

Ce n'est pas la richesse qui manque dans le monde, c'est le partage.
Proverbe chinois
 

De retour de ma tournée en Chine. Comme à l'habitude mes deux chats m'ont laissé savoir leur mécontentement face à mon absence de presque trois semaines en laissant des marques odorantes et non moins visuelles à quelques endroits bien choisis. Non plus ils ne cachent leur joie en me suivant partout, observant mes moindres mouvements, me collant aux basques jusqu'à rendre certaines activités presque impossible, un peu à la manière de l'épisode du sparadrap et du capitaine haddock dans L'affaire Tournesol. Je n'ai pas besoin de spécialistes pour me faire comprendre que mes chats sont animés de sentiments. 

Après un solide ménage de la maison, le lavage et rangement de mes affaires de tournée, la lecture du courrier accumulé, la mise au jour de tout ce qui fait le quotidien (course, paiement de facture etc.) c'est le retour à la "normale". C'est à ce moment que je peux mettre à plat mes sentiments ou si vous préférez prendre un peu de hauteur face à ce que je ressens concernant ce retour. Je fais le point.

Ma première impression est celle d'un malaise. La société dans laquelle je vis me semble perturbée, intranquille pour reprendre un mot de Pesoa. Et cette intranquillité n'est pas source de changement. Elle me semble plus tenir de la névrose que d'une colère saine qui apporte des modifications, qui fait avancer...vous savez, cette colère généreuse qui rend créatif et actif. Non, je sens un embourbement, une lutte sans fin avec de vieux démons qui reviennent sans cesse hanter la psyché collective. Je la sens étrangement vieille cette psyché, fatiguée, incapable de se (re)dresser, préoccupée, angoissée. Je sens comme un sentiment constant de revanche. Une inassouvissable demande de droits justifiée par des frustrations longtemps réprimées? C'est un projet de société, ça? Cette culture de l'individualisme, que je trouve pour ma part insupportable et pour tout dire suicidaire, fait qu'il est normal de recevoir mais bien difficile de donner ou rendre - ce qui parait être le b.a.-ba de toute relation humaine-. Ce qui fait que lorsque nous nous retrouvons dans une culture qui pratique cet échange basique comme en Chine, nous nous apercevons (pour ceux qui peuvent prendre un peu de hauteur vis-à-vis d'eux-mêmes) que nous sommes des handicapés sociaux, des produits d'une culture où, la plupart du temps, l'égoïsme sert de base à nos relations.     

Le retour
Le retour
Le retour

Ce sentiment de malaise est d'autant plus fort que je reviens d'un pays - La Chine - où on s'attendrait, selon le peu qu'on en sait, à trouver cette morosité, cette insatisfaction, cette colère sourde, cette noirceur des sentiments. Mais il n'en est rien! À chaque fois je retrouve cette joie de vivre, cette tranquillité, ce désir de prendre soin de l'autre, de voir à son bien être. En même temps que cette affabilité et cette douceur je peux sentir à chaque séjour que je fais des changements inouïs par leur qualité et leur rapidité. Ce qui ressort de la Chine c'est de l'optimisme et cette propension à mieux vivre, à développer le pays pour le bien général. Comme le disait un de mes amis chinois: "nous sommes une grande famille". Et il m'incluait dans cette famille.  

La Chine fait face, comme tous les pays, à des problèmes plus ou moins graves. N'empêche que je la sens prête et suffisamment forte pour affronter ces problèmes, suffisamment en bonne santé morale pour affronter les défis qui se présentent à elle. 

Je ne suis pas absolument certain que je puisse en dire autant pour nous.

Mes chats ronronnent auprès du feu. Ils sont calmes et paisibles. Pour eux, c'est le retour à la normale. Pour moi aussi c'est le retour. Un dur retour.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 17:25

"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément."

Nicolas Boileau-DesPréaux

Depuis quelques jours j'écoute avec intérêt les nombreuses entrevues données par la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, concernant l'entente conclue avec Netflix. Je ne reviendrai pas sur le "deal" proprement dit, je crois que tout le monde aura compris que le gouvernement s'est fait passer un sapin - c'est le sentiment partagé par une vaste majorité d'intervenants pour ne pas dire tous...mis à part l'équipe Trudeau - en toute bonne conscience, je dirais même avec enthousiasme, ce qui est d'autant plus inquiétant mais pas surprenant si on se fie à leur capacité et à l'idéologie auquel ce gouvernement se soumet. Parce qu'il s'agit de soumission. Attachez vos tuques! Un Canada "post-national" est en train de naître sous vos yeux!     

Pour en revenir à la ministre Joly, je reste consterné par la pauvreté du langage (des fautes qu'une enfant de 10 ou 11 ans peut faire!) et l'absence d'idées. Je vous rappelle que madame Joly est avocate, elle devrait donc en principe, et je l'espère pour ses clients futurs, manier la langue et les concepts avec brio. À cela ajoutez une certaine arrogance (avocate, je l'ai déjà dit?) et une sûreté dans le ton (je ne sais pas d'où peut bien provenir cet aplomb...) et vous aurez ce qu'on appelle une sotte. Éduquée et (mais?) ignorante. Mon propos n'est pas de jeter la pierre à cette pauvre femme. Oui, elle me fait pitié. Et la pitié n'est certes pas un sentiment dont nous devrions être saisis de prime abord face à ces gens en position de responsabilité. Elle me fait un peu peur aussi. Son ton assuré ne me dit rien qui vaille...pas de traces de doute et pas l'ombre d'une écoute aux critiques. Elle me fait l'effet d'une machine. Mal huilée. Je ne sais si c'est son ambition ou sa position qui la rend sourde...Non, si elle était vraiment ambitieuse elle ferait au moins semblant...Ou alors elle se croit au-dessus de tout. Cela s'est déjà vu, cela se voit...Ce type de personnalité se retrouve soit en prison ou finit par occuper de très hauts postes...Pour l'instant elle a opté pour la deuxième possibilité. Mais là n'est pas le plus inquiétant.

Ce qui m'inquiète au plus haut point c'est que madame Joly ait été élue. On ne parle pas d'une personne avec des moyens et un talent limités, cela nous ne pouvons le lui reprocher, mais d'un ensemble de gens qui ont pu donner du pouvoir à une personne avec si peu d'envergure. Notre système d'éducation permet donc cela? On ne parlera plus à ce moment de problèmes dans notre système éducatif mais d'un lamentable échouage, d'un dangereux fiasco qui met à mal la démocratie en la rendant inopérante ou l'injustice les armes à la main si vous préférez.

La Ministre Joly et des milliers d'électeurs semblent être , à l'instar de Justin Trudeau, représentatifs de ce que nos écoles peuvent produire aujourd'hui. En principe on parle d'une majorité de citoyens...Éduqués et ignorants. 

Et ça c'est vraiment inquiétant.

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Published by Yannick Rieu
23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 15:42

Le propre des fous est de juger les autres d'après eux-mêmes.
Fernando de Rojas ; La Célestine - XVIe siècle.
 

Quelle triste époque!

Prétentieuse

En toc

Brailleuse

Qui sur son perchoir

Hautement juchée

Se permet de juger

L'Histoire!

Toute cette armée

Petits juges affamés 

Chroniqueur, journaliste

Artiste somnifère

Sa soeur, son frère 

Tous descendants de Jocrisse

En mal de judiciaire

Petits flics de la cuisse

Avec les yeux d'aujourd'hui

Voudraient nettoyer

Pain béni!

Le passé?

Au nom du progrès

En toute bonne inconscience

Tels des chiens en arrêt 

Au nom du Bien immense!

Flairent la moindre résistance 

Traitent de populiste

Le peuple qui leur échappe 

Montrent du doigt

Ce qui dérape 

Ce qui ne cadre pas

Avec leur catéchisme

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 16:42

Les humains sont comme les chiens

Quand ils ont faim

Quand ils ont peur

Dans le malheur

Ils deviennent souvent

Méchants

 

---

-J'ai froid...j'ai faim...je viens de loin!

-Viens chez moi...Viens! J'insiste!

-Je ne suis pas seul...la famille...les cousins...

-Pas plus de vingt, je n'ai pas les moyens...

-Xénophobe! Raciste!

-...

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Published by Yannick Rieu
8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 16:20

Dans ce conglomérat adipeux on retrouve de tout et son contraire. L'informe,  le nébuleux, cet espèce de flou qui se veut artistique ramène du monde, des millions, des articles de journaux, des comptes rendus, des concours, des gagnants et des perdants, des mangeur de hot-dogs, de fins gourmets, des critiques et journalistes pointus, des ignares et des génies, des mélomanes et des badauds, des profits et des subventions, des coups de coeur et des coups de pieds au cul, d'incultes programmateurs et d'autres passionnés, véritables encyclopédies vivantes. De la pluie et du soleil, de la magie et des horreurs. On applaudit assis ou debout mais on applaudit. Un festival génère beaucoup de bruit mais se veut aussi écolo. C'est un espace de liberté ou l'on se fait fouiller en entrant, sécurité oblige. On a droit à des spectacles gratuits et des "pas donnés", des musiques festives (pour un festival c'est plutôt bienvenue!) et d'autres plutôt intellos, bref de tout et son contraire. On s’y excite ou s’emmerde, tout dépend.

 

On mesurera son succès en fonction des recettes, du nombre de "clients" passés, des foules attirées par les évènements, de l'impact sur les commerces avoisinants, le tourisme accru, le crédit et la visibilité dans le monde. Des chiffres encore des chiffres. Le culte de la rentabilité qui bientôt, si ce n'est déjà fait, pointera son nez dans les écoles, les universités. Pour ce qui est de la culture, de l'art, cette passion pour l'efficience et la rentabilité à tout prix a depuis un moment déjà démontré les ravages qu'elle pouvait engendrer.

 

Un gros festival c'est un supermarché où tu trouveras du congelé et du caviar, des fruits frais ou en conserve. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. C'est un concentré de quelques valeurs qui dominent et animent notre monde. L'efficacité, l'offre abondante, le profit, l'anonyme, le centralisé, le convergent. Small was beautiful...  

 

Il y a aussi les petites boutiques, l'artisanal, le fait main, l'amour du travail bien fait, soigné, l'original, le fait sur mesure, ce qui fait sens, l'attention portée aux détails, la sensation de l'humain derrière ce qu'on propose, une voix, un œil, un geste, une intention, un désir, une proximité, une identité.

 

Si je me rends dans les grandes surfaces c'est dans un but précis et j'en sort aussitôt avoir fini mes achats; et j'en veux pour mon argent. Le proprio ou la caissière n'ont pas le temps de prendre le temps. Dans un supermarché on est client, consommateur. On prend, on paye et on s'en va. Notre identité se limite à celle de notre portefeuille. Il s'agit ici d'une entreprise qui se doit d'être rentable à tous les niveaux. De toute façon, personne de sain d'esprit ne va au supermarché pour y faire des rencontres...à moins d'être socialement désœuvré.

 

Justement, notre système produit "du désœuvré" à la pelle, de l’éduqué inculte.

 

Dans mon village existent encore quelques boutiques. Réminiscences d’un passé écrasé sous le rouleau compresseur de la modernité, du progrès, elles suffoquent et meurent, incapables de rivaliser avec l’abondance et le faste des gros distributeurs/diffuseurs.

 

Je ne suis pas contre le progrès. Encore que je ne suis pas certain que tout le monde s’accorde sur ce que ce progrès implique et même en soit toujours un.

 

Tout cela fait partie de l'héritage d'un système qu'on appelle néo-libéral. Et il n'a pas fini de faire des petits.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 17:28

Vous avez sûrement remarqué plus vous prenez de la distance avec les choses plus elles paraissent se déplacer lentement.

 

Lorsque nous roulons en voiture, la chaîne de montagne au loin semble presque immobile alors que les arbres qui bordent la route défilent à grande vitesse. De même les événements.

 

Voir se dérouler le fil des événements de trop proche donne le vertige, tout semble se bousculer, tout va très vite, une histoire n'attend pas l'autre : politique, guerres, élections, mouvements, déclarations, jugements, manifestations, faits divers, découvertes, accidents, prouesses, etc. etc. Commenter ces événements sans prendre de distance relève de la folie et les résultats sont toujours médiocres voire pire.

 

Prendre du recul, prendre son temps, garder une distance, voir l'ensemble, abandonner les détails, temporairement ou non, donne un point de vue plus sensé, moins hystérique, plus posé. Quand j'écoute ou lis (cela m'arrive de plus en plus rarement) des chroniqueurs tenter de cerner l'actualité et finalement patauger dans une sorte de soupe où pas grand chose de limpide ne ressort je me dis que la vue de loin est nécessaire mais pas toujours possible...C’est sans parler des commentaires hâtifs-donc sans intérêts-sur Facebook. Je rajouterais qu'une bonne observation se fait toujours dans le silence.

 

L'actualité est anxiogène. Au lieu de perdre la tête, ce qui semble devenu la normalité dans les médias, sociaux ou non, simplement faire un pas ou deux, prendre de la distance, s’éloigner un peu donne une perspective au tableau. Tout va moins vite et prend son sens.

 

Vu avec un peu de distance le monde est moins tragique, plus vivable et pour tout dire assez comique par moment.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 15:54

Atmosphère

 

Quelque chose de gras colle aux parois

De cerveaux exsangues

Dans les landes où la langue désespère

Un parfum délétère courbe l'atmosphère

 

Le doute tangue et fait naufrage

Céleste voûte d'un autre âge

Dans la banque des âmes tourmentées

Scintillent des reflets de miroirs brisés

 

Définition?

 

La poésie :

Affaire légale

Distance polie

Nécessaire comme le mal

Afin d'accéder

À la liberté

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 15:42

Le jazz c'est...

 

Un petit bout de vie

La faim de nos envies

Un chemin

Un parcours sans traces

Le contour de tes ennuies

Du soleil de la pluie

Une fureur qui décrasse

Des morceaux de sagesse

Ton nombril qui se casse

Un vent qui décoiffe

Un enfant qui s'esclaffe

Un nuage se déleste

Du mouvement sans gestes

 

Une lumière au bout d'un tunnel

Une ampoule à ton plafond

C'est la mer après la plage

C'est ton visage sans Rimmel

Du son

À tire d'aile

Plumes sans pareilles

C'est l'oiseau sans bretelles

Icare sans soleil

 

Du "Beethov" quand il jouait

Sourd à toute prétention

Du Mozart sans perruque

Un cul perdu

Sans manche à balais

C’est le mur du con

L’hiver sans tuque

Cru comme du Rabelais

 

Le jazz c'est...

 

Un cadeau mal ficelé

Le malheur qui se terre

Une main qui donne

Un chien qui espère

Des caresses en espèces

Un os à ronger

 

ou...

 

Un soir d'automne

Quand il n'y a plus personne

Une étrangère égarée

Des pas qui résonnent

Une ruelle abandonnée

Un tambour qui tonne

 

Le jazz sait...

 

Qu'il est trop tard pour changer

Qu'au bout de la nuit il y a le jour

Qu'au bout du jour il y a la vie

De l'amitié à donner

D'amours à partager

De larmes dans un whisky

Qu'n sourire esquissé

Des mots de trop

N'auront jamais

Cela nous plaît

Point trop s’en faut

Raison de lui

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