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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 23:18

J’ai toujours été fasciné par les chants. Pourquoi « les » et pas « le » ? Parce qu’à mon avis il existe deux sortes de chants. Celui « extérieur » et celui « intérieur ». Je m’explique.

Le chant « extérieur » est facile à saisir. Ce sont les notes et leur choix, l’instrument et sa maîtrise, la connaissance harmonique et rythmique et leur application dans la musique. Tous ces paramètres mis en action peuvent donner une musique appréciable, « qui s’écoute », une musique satisfaisante jusqu’à un certain point. Nombre d’artistes se contenteront de ce chant sans aller plus loin, sans mesurer précisément le degré de responsabilité que ce « métier » implique.

Le chant « intérieur » est peut-être un peu plus difficile à saisir. Il concerne et est valable tous les Arts. Vous pouvez transposer ce qui est dit ici pour la peinture, la littérature, la poésie etc.

Pau Casals, cet immense musicien, parlait de la musique qui existe entre les notes mais aussi de la qualité du silence entre celles-ci, ce qui reste quand le son s’est tu. Le chant « intérieur » c’est aussi la qualité de présence et la capacité à être dans la musique, non pas comme spectateur de nous-mêmes mais totalement absorbés par celle-ci. Le chant intérieur c’est aussi cette capacité à plonger, à prendre des risques, à sortir des chemins connus sans toujours savoir ce qui nous attend.

Prendre des risques, être à même de tutoyer la musique quitte à ce qu’elle nous renvoie une image de nous-mêmes pas toujours belle, flatteuse, idéale. Cette image, lorsque nous l’acceptons, à ceci d’intéressant : elle est vraie.

Il existe mille façons de se cacher derrière la musique, les mots, la peinture, mille façons de tricher, mille façons de se répandre, mille façons de plaire. Je n’ai rien contre le fait de plaire, il est humain de vouloir être apprécié et aimé, encore faut-il que cela soit pour de bonnes raisons. Si nous préférons les masques à l’authentique, si pour nous le maquillage passe avant ce qu’il cache nous avons un sérieux problème ou de perception ou de valeurs. Dans le pire des cas, les deux.

Les Arts, en général, n’ont pas pour mission première de « faire diversion », j’espère n’apprendre rien à personne ici, ils n’ont pas pour mission d’aguicher ou de séduire (tant mieux s’ils le font parfois) mais bien de révéler, montrer et dans certain cas, démontrer. Élever la conscience, rendre plus conscient, plus sensible, plus alerte fait certainement partie de leur mission.

Quand les chants intérieurs et extérieurs se superposent, se marient, convergent, quels que soient l’art pratiqué, un souffle naît, une vision neuve nous apparaît, quelque chose éclot devant nos yeux et/ou nos oreilles.

Cette chose nous rend plus vivant, nous informe sur nous-mêmes, aiguise nos sens.

Un Art véridique tel que je le conçoit transforme le spectateur en acteur.

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 18:33

La marche vers le progrès, la modernité ; cette lumière au bout du tunnel représenté par le passé...Qui peut être contre?

"L'Angleterre se referme comme une huître", comme si vouloir garder son indépendance voulait dire se couper du monde, comme si vouloir garder son identité voulait dire se refuser aux autres. L'Histoire nous démontre tout le contraire!

Si nous nous penchons un peu sur cette question, si nous restons simple dans nos analyses (et dieu sait si beaucoup de gens préfèrent nous présenter la chose comme complexe - voire compliquée - donc insaisissable dans son ensemble par les gens "ordinaires") nous pourrons, peut-être, y voir un peu plus claire. Partons de ce que nous connaissons le mieux, c'est-à-dire nous-mêmes.

Est-ce parce que je suis qui je suis, avec mes particularismes, mon tempérament, mes goûts, ma langue, ma façon de me vêtir, bref est-ce que parce que je suis unique, bien défini, avec mes "frontières" je suis "refermé comme une huître"? Comment s'intéresser à l'autre s'il nous ressemble en tout point? Quel est l'intérêt de rechercher constamment soi-même dans son voisin? Ne serait-ce pas là la définition du tourisme? Voyager sans risques, consommer du différent sans que cela nous change en quoi que ce soit? L'exotisme à peu de frais personnels, sans engagement? Je bouge mais rien ne bouge, je change le panorama et reste spectateur de l'autre. D'ailleurs il est assez symptomatique que le touriste type s'intéresse plus au passé des pays visités qu'à leur présent. Le tourisme dans ce sens est le refus de l'autre, de ce qu'il est aujourd'hui. Mais revenons à nos moutons...

Pourquoi notre identité serait un frein à l'ouverture? Pourquoi l'identité, plus complexe, cela va de soi, d'un pays serait-elle devenue cette frontière infranchissable et "nauséabonde"?

Et si les gens pour le Brexit étaient ceux qui refusent de devenir des "touristes", des consommateurs uniformisés, ceux qui refusent de devenir de petits "Attali" pour qui le monde est un hôtel où il fait bon passer? ceux qui refusent de devenir les touristes de leur propre vie où toute action ou idée originale serait proscrite, suspecte, non désirable et non désiré, touristes de leur propre vie parce que dépossédés d'eux-mêmes, spectateurs ad infinitum! Et si les gens qui ont voté pour une indépendance accru refusent tout simplement de devenir des marchandises échangeables, monnayables, uniformes, difformes.

Déracinés?

Je me pose la question: et si le Brexit était l'acte collectif le plus créatif à être posé depuis un moment en Occident malgré une pression extraordinaire, cette marche qu'on dit inexorable vers le "progrès".

Et si le Brexit était ce sursaut de la vie, de la réalité (ah! comme dans certains milieux cette réalité est synonyme d'obscur, de laid, de racisme, de passéisme, de xénophobisme...) dont beaucoup de nos chers politiciens ont une peur bleue, une sainte horreur?

Démocrates mais seulement quand nous pensons comme eux...

Diaboliser l'adversaire...Ce ne serait ni plis ni moins que des rebuts de société qui auraient voté pour le sortie de l'UE. Les incultes, les pauvres, les racistes, les vieux, les accrocs de la télé etc. L'enfer quoi!

L'enfer? Peut-être plus intéressant que le paradis incolore, uniforme et inodore proposé par les technocrates européistes?

Et si le Brexit était un acte rebelle?

Je me pose la question.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 04:02

Un voyage sans peurs est une perte de temps. Le risque nous rend poreux, l'éloignement de nos habitudes plus sensibles, ouverts, vulnérables. À ce moment, un miracle peut se produire.

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Se méfier du confort sous toutes ses formes. Ne pas rechercher la pauvreté pour autant. L'ascétisme et l'austérité peuvent aussi être des formes de snobisme.

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Insincère et superficiel par profondeur?

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Venise la nuit: les chats prennent le pouvoir pendant que les touristes, contents, s'en sont retournés à leurs rêves de plastique.

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Les musées sont une partie de la mémoire des hommes. Qui a dit qu'on ne devait y trouver que du beau?

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Habiter une ruelle désertée par les chats

Où ne poussent que des soupirs déracinés

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 23:40

Qu'est-il besoin de construire un Dieu ou de le brûler sur l'autel des idées?

Croire, ne pas croire sont deux formes d'inattention.

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Le soleil la fuit

Le vent murmure à l'ombre

La lune écoute

froide et sombre

Sans doute

Sans bruit

Sans nombre

Ci-git la nuit

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On écrit au passé ou au futur.

Le présent est indescriptible.

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Le passé et le futur sont des concepts identiques.

Le présent y échappe.

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Traverser la vie? Elle nous traverse! Se diriger vers la mort? Elle vient à nous! Être le centre et la périphérie tout à la fois. Pas d'hier, pas de demain. L'infini est un point que le temps a déserté.

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Vivre entre deux abîmes : hier et demain.

Celui qui ne tombe jamais est un sage.

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L'inattention c'est être hier ou demain. L'attention c'est être présent

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 15:08

L'hiver ne se reconnait plus dans la glace.

Il laissera sa place à l'éternel printemps

D'où surgiront des crétins optimistes

Nouveaux-nés de cette gauche libérale

Ou vieux cons de droite abyssale

Qui vous raconterons

Deux temps trois mouvements

Que l'avenir est radieux

Que les fleurs sentent bon

Que le ciel est bleu

Qu'il faut être progressiste

Fuir la sagesse des aïeux

Le printemps ne se reconnaît plus dans la terre.

Il laissera sa place à l'été d'où surgiront

Du haut de leurs tracteurs

des hypers agriculteurs

lacérant la terre à vous fendre le coeur

des artistes "rebels" bouffant de la subvention

des radios poubelles sous le coup d'injonctions

des démocrates hypocrites bombes à la main

des religieux pieux tirant sur tout ce qui bouge

des philosophes creux enrhumant du crétin

des revues, télés et journaux dans le rouge

des artistes poubelles en peine d'inventions

des radios "rebelles" maniant diffamations

L'été ne se reconnaît plus dans le feu.

Il laissera sa place

aux vidéastes

à l'amour revolver

Face contre terre

Un doigt sur le chien

L'autre dans la chatte

Le coït à quatre pattes

Et par derrière

Faudra vous y faire

Ici on s'éclate

...

Les bras ballants

les bras tombants

Face contre plage

un enfant

sur toutes les pages

tourne le dos.

On trépigne on rage

On s'émeut on s'indigne

Nous sommes, nous

Tellement plus sages.

L'automne, lui, fait un drôle d'air

il écoute (il a de la feuille)

il regarde le monde se défaire

il est en deuil

Il se dit qu'il n'y a plus de saison

et nous, plus de raison

À P. Muray

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 09:16

"La mauvaise conscience accompagne souvent la mauvaise foi"

Des mois que je n'avais pas vu Jean. La rédaction prenait tout mon temps et je dois avouer que ses idées avaient tendance à remettre en cause la rédaction de mon mémoire, en ce sens que mon ami me forçait à me remettre en question, moi et mon travail. Tout ce que je voulais c'est terminer ce foutu mémoire et me trouver un bon job. Dans ma famille, ce qu'il en restait, Jean était devenu persona non grata comme on dit. De nombreuses frictions à chacune de ses visites rendaient notre amitié difficile et, peut-être par faiblesse de ma part ou intransigeance de la sienne, nous avaient éloigné. D'un autre côté il ne se passait pas une journée sans qu'un texte, un article, un auteur me remette en mémoire l'une ou l'autre de ses idées ou réflexions. Pour être franc, il me manquait. Ou c'était moi qui le manquais...

La neige avait disparu. Printemps précoce. Des voiliers d'outardes avaient été vus dès février. Noël, cette fête devenue insupportable de niaiseries avec ses réunions familiales obligatoires, les remises de présents fortement recommandés par les marchands flairant la bonne affaire, les premiers dégueulis de décorations, les orgies de couleurs visibles dès octobre sur les maisons, les arbres, les rues...partout! Toute cette agitation publicitaire avait suivi celle aussi horrible, voire pire, j'ai nommé: l'halloween. Bref l'humanité avait une fois de plus survécu au mauvais goût et à l'abrutissement festif des médias. D'ailleurs a-t-elle vraiment survécu?

Comme c'est drôle...Il n'y a pas si longtemps j'aurais fait l'apologie de ces fêtes...Jean...

De l'eau partout! La neige disparaissait à vu d'oeil, comme neige au soleil. Il me tardait d'enfourcher mon vélo et goûter un peu de cette nouvelle saison. Il m'attendait. Je l'avais astiqué, huilé, réglé ses freins, vérifié la pression des pneus, graissé la chaîne, les moyeux, retendu et rééquilibré les rayons. Prêt à bondir le vélo. Souriant, pimpant, optimiste. Silencieux. Le vélo c'est un chat. Un peu le contraire de Jean...Peu souriant, mal fagoté, pessimiste le Jean. bruyant? Non...quand même...Bouillant? Oui.

Les premiers coups de pédales m'ont transporté dans le quartier où habite mon ami. Tiens donc! Est-ce que ces mois sans nouvelles ont distendu les liens d'amitié? Pas en ce qui me concerne. Je ne l'ai jamais quitté. Vous avez compris. Lui? Avec Jean on ne peut être sûr de rien! Imprévisible (ce que je comprends de lui à tout le moins) et détaché. Jean difficilement cernable, beaucoup de mes amis le trouvent...

Une voix derrière moi.

Hé! Connard!

Le temps de me retourner pour localiser cet aimable voix...

Une flaque d'eau, un nid-de-poule...La culbute...Le noir. Je flotte, j'entends un crissement de pneus, des voix...Je reviens à moi, on m'entoure. J'ai mal au genou droit, ma tête est dans mon coeur ou l'inverse. À chaque battement mes oreilles bourdonnent.

Appellez une ambulance! La police! les pompiers! Ça n'a pas d'allure des routes si mal entretenues! La ville est responsable! Il ne porte pas de casque le malheureux!

Toutes ces voix si lointaines et proches à la fois...

Je sens une paire de bras qui...

Non! Faut pas le bouger! Il est peut-être touché au dos, à la nuque! Je repart. Le noir à nouveau.

On dit le noir mais en fait c'est faux. Pas de noir ou de quoi que ce soit. Rien. Je retombe dans le rien. Et je m'y sens bien...Je m'y sens "rien" en fait...Après-coup quand j'y repense, cet état est indescriptible avec des mots. La pensée n'a pas accès au rien. Son essence même le lui interdit. La pensée implique le temps, sortir du temps c'est sortir de soi-même. Il me semble.

C'est là. C'est tout. Je ne pense plus, je ne suis plus mais "ça" est là. Comme une nuit sans rêves. "Ça" existe, sans mémoire. Pas de mémoire pas de temps. Juste une impression sans rien sur quoi s'appuyer, une impression sans l'intervention des sens. Rien d'horizontal. Un vertical vertigineux sans souvenirs. Que de la conscience impersonnelle? C'est possible ça?

Toujours ce mur quand je tente de raisonner l'état dans lequel j'étais. Ou "ça" était...Je n'y arrive pas.

Réveil pénible. Une odeur d'alcool. J'ai trois fois mon âge. Mon corps précède ma pensée. J'ai mal.

Mon vélo?

T'inquiète connard...

Il y avait dans ce "connard" beaucoup de tendresse.

Jean?

Je suis chez Jean. Manquait plus que ça.

Il sourit.

-Il va bien ton vélo! Un peu amoché comme toi mais il va survivre...Et toi? Ça va?

-D'après toi? Mais qu'est-ce qui pue comme ça?

-Toi. J'ai nettoyé ton genou. Pas grave...Une bosse sur la tête, un coude qui ressemble au genou...Ils voulaient t'envoyer à l'hôpital, rameuter les flics....Tout le bazar! Et tu t'es fait dessus.

-T'es sûr que je vais bien?

-Plutôt à toi de me dire.

-Je crois que oui...C'est donc toi qui...

-Oui. Je ne pensais pas que tu...comment dire...que tu perdrais les pédales...

-Très drôle!

Je pouffai malgré moi...Aie! Mes côtes!

-Tout va bien alors...

Je passai quelques heures chez lui le temps de me remettre de mes émotions (et de me nettoyer...). Une conversation un peu décousue vu mon état. Un thé, des nouvelles, un rendez-vous pour la semaine suivante. Jean semblait heureux de me voir. J'avais un peu forcé le destin en me rendant dans son quartier, sans doute avec l'espoir d'une rencontre fortuite. Je n'aurais jamais osé frappé à sa porte.

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 03:48

"Les mots sont des planches jetées sur un abîme avec lesquels on traverse l'espace d'une pensée qui souffrent le passage et non point la station. L'homme en vif mouvement les emprunte et se sauve mais qu'il insiste le moins du monde ce peu de temps, les rompt et tout s'en va dans les profondeurs".

Paul Valéry

On sait que le mot n'est pas la chose. Pour celui qui a faim, vaut mieux un mauvais repas qu'un excellent livre de cuisine.

Ai-je par ces mots froissé cet écrivain-philosophe à qui j'avais envoyé plusieurs de mes disques, le sachant amoureux du jazz...et des mots?

Rien de moins sûr car jamais il ne prit la peine de me répondre ni même d'accuser réception de mon travail, lui qui au cours de nombreuses entrevues radiophoniques et télévisuelles, fustigeait les gens malpolis, incapables de dire bonjour ou merci, refusant ainsi ne serait-ce que la simple existence de l'autre.

Non mon cher écrivain-philosophe, je ne t'en veux pas le moins du monde. Tu étais sans doute trop occupé à compulser tes fiches, à lire, à réfléchir, à écrire. Je sais aussi que l'abus de savoir rend mécanique et un peu froid parfois. À trop se concentrer on devient quelque peu inattentif à l'autre.

Non, le mot n'est pas la chose.

Mais à quel abîme Valéry fait-il référence? Cet abîme que des planches-mots surplombent. À quelle profondeur songeait-il? Pourquoi ces profondeurs semblaient terroriser notre poète génial à l'idée d'y sombrer? C'est pourtant dans les profondeurs que la vie foisonne, c'est dans les profondeurs que la vie-vivante, celle que les mots n'atteindront jamais, celle d'où est absent le verbe qu'elle est la plus lumineuse. Dans les profondeurs il n'y a que le silence.

Regarde la mer!

À trop vouloir nommer nous restons à la surface des choses et des êtres. C'est tout ce que nous connaissons. Les abîmes nous rendent insécures, les profondeurs nous donnent le vertige.

Il n'y a que l'insécurité qui nous pousse à nous inventer des certitudes, certitudes qui bougent, changent au fil des siècles. Le vide, l'abîme, lui, ne bouge ni ne change. Il échappe à la pensée, il échappe aux concepts, il échappe au temps.

Le manteau des mots dissimule, parfois de merveilleuse façon! Le savoir, lui, est ignorance lorsque la connaissance du moi fait défaut.

Le culte du savoir et des mots sont des formes modernes d'idolâtrie.

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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 10:53

La mort rapproche. Me suis réveillé avec cette idée cette nuit. Vraie pars vraie? En tout cas une chose est certaine, dans une majorité de cas, notre tristesse lorsque confrontée à celle-ci, ce sentiment de perte qui nous rend si désarmé, dépourvu et désemparé, ce sentiment de vide nous fait pleurer sur nous-mêmes. Et cela est inconvenant. N'est-il pas?

Tournée, manège...

Impossible de tenir un journal pendant la tournée. Pas cette fois. Trop de déplacements, de kilomètres, de fatigue. Le corps ne pense plus et s'il le fait se sont pour des choses pragmatiques.

Tellement reçu d'informations ces trois dernières semaines...Je dois laisser décanter tout cela; des odeurs, des couleurs, des sons, des situations, des mots devenus musique car entendus pour autre chose que des mots chargés de sens, des paysages, des cités, des hésitations, explications, mal-entendus, des connivences sans raisons apparentes, des regards qui en disent plus long que des phrases...

Tous ces gens qui vivent si loin et si proche; des frères et sœurs qui sont des "moi" que je ne connais pas et que je ne connaîtrai jamais ou si peu. Je suis eux sans qu'ils le sachent, ils sont moi sans que je m'en doute.

Tournée, manège...

Laisser reposer comme le bon vin, laisser respirer, oxygéner toutes ces émotions; le parfum du voyage prend corps souvent bien après le retour.

Le voyage rapproche. Il nous rapproche de notre nature, celle qui existera toujours derrière les masques de la civilisation.

Bien fait, il nous éloigne de nous-mêmes, ce que l'on croit être nous, nos habitudes, nos relations, nos certitudes, nos opinions. Un voyage bien fait casse le monde confortable de nos traditions, de nos valeurs circonstancielles.

Tout renaît, frais, nouveau, plein de sens. Le geste le plus banal devient révélateur. Un bon voyage décuple l'attention, décentre, déstabilise, "dé-range", remet en cause, interroge.

Le voyage en forme de point d'exclamation, c'est bien, celui en forme d'interrogation me semble plus intéressant. Non?

Partager, un mot-clé en Chine.

Partager, un mot-clé en Chine.

Je me demande si le choix de mon instrument ne relève pas, après tout, de sa forme interrogative...

N'y a-t-il pas quelque chose de l'ordre de l'interrogation dans sa forme?

Vous me suivez?

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 04:51

Il m'apparaît de plus en plus évident que tout est fait dans nos sociétés pour que nous chérissions notre servitude. D'autres avant moi en ont parlé, et beaucoup mieux: La Boetie, Huxley, Orwell etc.

Pourrait-on imaginer un lion aimant la cage qui lui a ôté toutes ses qualités de lion? Sa nature de lion? Il en est de même pour l'être humain comme tout être vivant: dès qu'il perd sa liberté il perd sa nature, il devient autre et cet autre est bien triste à voir.

Pour qui a déjà vécu cette désolante expérience qui est de visiter un zoo saura de quoi je parle...À moins qu'ayant perdu le goût de la liberté vous trouviez normal voire intéressant d'observer l'affligeant spectacle de la dignité perdue de nos frères les animaux.

L'humain qui jouit de sa servitude n'apprécie pas beaucoup la liberté chez autrui. Elle est suspecte et dangereuse.

Évidemment la chose n'est jamais présentée comme telle. Cette servitude, pour se faire aimer, doit prendre des visages de...liberté! Comme on fait la guerre que pour des raisons de justice ou que notre immodestie nous pousse à jouer l'humilité!

La servitude est confortable, elle donne un sentiment de sécurité, ne favorise pas la réflexion ni la prise de risque-ou alors dans des limites bien définies. La servitude déteste les remises en question et à en horreur de se voir pour ce qu'elle est. La servitude ne dit jamais son nom.

La lâcheté est son terreau.

À l'instar de la servitude dissimulée sous forme de liberté, la lâcheté assumée aura besoin d'un puissant allié pour "marcher la tête haute": l'ego, le "moi".

Celui qui désire sans arrêt, celui qui n'a de cesse de voir l'autre comme un danger pour son intégrité, l'impitoyable consommateur, le tranquille pourvoyeur d'injustice, l'indifférent...le centre de l'univers!

Nous sommes devenus tellement insensibles et centrés sur nous-mêmes que nous ne voyons plus l'état de monstrosité dans lequel nous vivons. Nous ergotons sur des pacotilles, tergiversons sur des riens, bavardons sans fin à propos de tout et de rien-surtout de rien, prenons nos aspirines pour des révolutions et nos prises de position pour des fins de monde.

Des actes aussi insensés que la guerre, qui n'est qu'une projection spectaculaire et sanglante de notre vie quotidienne, l'exploitation de l'autre, la compétition, le culte du succès sont maintenant vus comme des choses avouables, normales, acceptables, typiquement humaines et naturelles.

On a déguisé la haine en amour, la folie en bon-sens, l'hypocrisie en politesse.

On a déguisé la servitude en devoir.

Un nouveau Premier Ministre du Canada a été élu le 19 Octobre 2015.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 01:01
Longues heures de route la nuit...
Longues heures de route la nuit...

Il y a de ça peu de temps, se rendre en Chine aurait pris des semaines. En quelques heures nous sommes à l'autre bout du monde (11.000 kilomètres!), un autre continent, une autre culture. Dès la sortie de l'avion, un autobus nous attend...8 heures de routes pour nous rendre dans la province de Shandong. Le corps ne sait plus...Dois-je dormir, manger, rester éveillé? Dans le doute il fait un peu tout cela à la fois...Le corps s'affole, la tête suit. Dormi en pointillé, des rêves sans queue ni tête, couché très tard, réveillé trop tôt.

On se demande parfois ce qui nous pousse à faire ce que l'on fait. Ma réponse toute personnelle est la suivante: l'arbre qui pousse se demande-t-il pourquoi il pousse? Évidemment non! Il pousse car c'est dans sa nature de pousser, sa nature d'arbre. Si notre cerveau ne possède pas un calme suffisant, s'il est préoccupé par mille problèmes, il aura tendance à mal fonctionner et soulever des questions inutiles. L'intelligence naît de son silence.

Oui, je sais, l'arbre n'a pas de cerveau. Ça ne veut pas dire qu'il n'est pas doué d'intelligence! La nature est source d'enseignement, on la sait depuis toujours...Et on l'oublie trop souvent.

Pourquoi je fais ce que je fais? Quelle drôle de question!

Cet après-midi répétition et balance de son. Hâte de voir la salle, hâte de souffler dans mon saxo, hâte de faire de la musique avec mes collègues.

Les papillons sont là, ils ne me lâcheront pas de toute la tournée. Compagnons de voyage légers et lourds à la fois.

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