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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 15:21

Une seconde tournée en Chine en l'espace d'un mois avec un projet axé sur la chanson française. Que du bonheur! J'en suis maintenant à ma onzième tournée dans ce pays. J'ai déjà écrit plusieurs petits textes concernant la Chine et tenu 2 journaux relatant des observations "à chaud" pendant mes tournées. Comme je l'ai déjà fait observé, j'ai un accès privilégié à cette culture par le biais de ma compagne qui non seulement me traduit les conversations mais, par sa culture étendue sur l'histoire, la politique, les arts, coutumes et traditions de son pays, me permet (en plus de mes lectures) d'avoir une vision rapprochée de ce pays.

 

Ces rapports que je qualifierais d'intimes qui se sont noués au fil des ans mais surtout la grande injustice avec laquelle ce pays est traité ici, dans nos médias, par des chroniqueurs finalement peu informés, des gens de plumes et des artistes victimes de cette espèce de lavage de cerveau savamment entretenu m'obligent presque à donner un son de cloche qui semblera détonner et probablement en surprendre plus d'un.

 

Avec ses presque 1 milliards 400 millions d'habitants, la Chine est composé de 56 ethnies, chacune avec ses coutumes, sa langue, ses traditions etc. Simplement en avançant ces quelques chiffres on peut soupçonner que maintenir une certaine unité dans ce pays n'est pas une sinécure! Si on y ajoute les tentatives répétées depuis 2 siècles de l'occident de vouloir l'éclatement de ce pays, pour des raisons surtout économiques mais aussi politiques, on peut, encore une fois, imaginer la grande complexité voire le cauchemar auxquels les dirigeants de ce pays sont confrontés.

 

Je crois qu'à maints égards, si l'on compare notre histoire et les "solutions" appliquées aux problèmes du "vivre ensemble" face aux ethnies (amérindiens) qui vivent au Québec, la Chine, avec ses problèmes mille fois plus complexes, s'en sort pas si mal. Sans tomber dans l'apologisme béat et en faisant abstraction (si possible!) de notre négativisme de "bon aloi" et presque atavique face aux pays dits communistes (la Chine n'est pas et n'a jamais été communiste, tout au plus socialiste. Beaucoup de chinois d'ailleurs regrettent de ne pas avoir eu le temps de parvenir à ce communisme, c'est-à-dire le partage à peu près égal des richesses pour tous, ce qui me semble assez chrétien comme idée...) on est en droit d'affirmer que le Chine tire son épingle du jeu dans ce casse-tête sociologique.

 

Communisme. Un mot diabolisé de façon irrémédiable! Un mot qui fait peur et semble bloquer toute tentative de discussion et de compréhension mutuelle. Le travail de propagande à cet égard a été bien fait et ce de façon durable. Encore aujourd'hui il suffit de prononcer ce mot pour faire réagir, un peu comme le chien de Pavlov, toute personne se laissant dominer par la pensé...dominante. Même des gens supposés réfléchir en sont victimes!

 

Si on amalgame le mot "Chine" et le mot "communiste" alors là on a droit aux pires préjugés, à une pensée toute faite, toute prête, à des inepties formidables et des clichés qui baffouent l'intelligence dont nous sommes supposé être pourvus.

 

Démocratie. Voilà un mot magique! Un mot qui cache cependant mille méfaits, tortures, violences, guerres, invasions, détournements, exploitations sous toutes ses formes et j'en passe. Démocratie. Et nous voilà auréolés et intouchables, pourfendeurs de liberté pour les peuples, humanistes et pacifiques, chefs de file d'une véritable humanisation des "barbares" qui n'ont pas la joie de connaître cette bénédiction. 

 

Démocratie. Ce mot est sur le point de rejoindre ces autres mots sur lesquels nous nous sommes trop couchés et qui sont devenus plats: amour, fraternité, paix, respect, égalité. Il ne reste de ces mots qu'un vague sentiment de bonne conscience lorsque prononcés. Leur squelette nous indique que jadis ces mots avaient une vie et un sens profond.

 

À suivre. 

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 14:02

Et voilà! Une autre élection, un autre vote. Nous avons fait nos choix, avons utilisé nos 10 secondes de démocratie en cochant sur un bout de papier le candidat qui est, selon chacun, la personne qui nous représentera pour les quatre prochaines années.

 

En fait si je regarde les résultats, nous avons sérieusement hésité avec qui nous voudrions ne pas changer. La lutte a été chaude entre le statu quo et le statu quo, même un troisième statu quo est venu brouillé les cartes...Imaginez comme nous sommes téméraires!

 

C'est donc non pas un gérant mais une gérante qui a été élue.  À l'instar d'Obama pour les États-Unies, beaucoup de gens sont fières d'avoir élu une femme comme première ministre. Changement historique! Le Québec se modernise comme il peut et il ne peut pas beaucoup apparemment. Dites-moi ce que le sexe vient faire là-dedans? Ou la couleur de peau. On jauge une personne ni à ses idées, ni à ce qu'il ou elle dit mais à son action. Si le passé est garant du présent nous n'avons pas à nous inquiéter. La vision qui nous est proposée oblique très légèrement à gauche mais le corps continue sa route comme avant. Le regard se porte à gauche mais le voyage vers le mur poursuit sa route malgré la tempête et les vagues qui viennent nous lécher les pieds. J'allais écrire les bottes.

 

Ceux qui prônaient une action susceptible de changement réels ont récolté que peu de suffrage. Normal. On ne veut pas changer. On veut juste l'apparence du changement, une autre garde-robe plus sexy, quelques frou-frous ici et là pour satisfaire notre regard dans le miroir. On s'aime comme on est. Nous vivons dans un pays avec le meilleur système au monde dixit les livres scolaires de mes enfants de l'an passée (5ième année). Ça commence tôt l'auto-satisfaction. La persuasion et la propagande de la médiocrité est, tout le monde le sait, plus efficace chez les jeunes. Et on ne se gêne pas.

 

Un autre vent de liberté possible mais que nous nous refusons obstinément. Parce que la liberté est difficile, parce que la liberté implique des responsabilités, parce que la liberté personne n'en veut...ou presque. On préfère continuer de chatouiller nos claviers, se répandre devant nos écrans, s'éteindre tout doucement et complaisamment.

 

Nous devrions, me semble-t-il, être en mouvement, rivière ou fleuve. Nous ne sommes que marécage (dans marécage il y a le mot "cage"...) où ça grenouille (dans grenouille il y a le mot "nouille") à travers quelques filets d'eau bien insuffisants pour y voir clair. Ça stagne et commence à sentir mauvais.

 

Bercés d'illusions entretenues par nos proches, les médias, les politiciens et autres spécialistes du quoi penser, nous nous refusons la beauté de marcher la tête haute. Nos genoux commencent à faire mal mais voilà, le plie est pris, l'habitude nous étrangle, l'air se raréfie.

 

La tête sous l'eau et dans le sable tout à la fois. 

 

On meurt à petit feu en attendant la mort. 

 

La peur fait de nous de merveilleux consommateurs. Et de piètres démocrates.


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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 10:24

Dernier droit de la tournée. Nous jouons à Foshian (dernier concert) au sud de la Chine dans une petite salle (200 places). L'accueil est toujours aussi cordial et l'équipement est sans doute le meilleur de tout notre périple. Il fait une chaleur tropicale, les rues sont bordées de palmiers. Des gens nous saluent dans la rue, les visages sont ouverts et souriants.

 

Pour notre retour nous passons par Shanghaï et sommes reçu par mon beau-frère qui tient un café dans l'immense bibliothèque de Pudong, quartier de Shanghaï développé ces derniers trente ans à une allure folle. Il y a à peine trois décennies il n'y avait que des champs! Aujourd'hui ce quartier est le plus moderne de Shanghaï. Il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil à cette bibliothèque de 6 ou 7 étages (je n'ai pas compté exactement), bien fournie (section anglaise, française, chinoise bien entendu, films, documentaires, journaux divers en plusieurs langues, disques etc.) et de voir le nombre de personnes qui la consulte pour se rendre compte à quel point les chinois sont avides de connaissances de toutes sortes. 

 

Tournée générale de cafés et invitation le soir même de tout le groupe dans un restaurant. Après le souper, nous sommes invité à passer le reste de la soirée dans un salon de thé tenu par un ami. Endroit magnifique et générosité presque gênante de notre hôte. Discussions animées autour de la table, le propriétaire et ses ami(e)s parlent presque tous anglais. Traduction lorsque nécessaire.

 

Una autre tournée qui s'achève qui ne fait que renforcer les liens qui se tissent au fil des ans avec ce pays. 

 

Une seconde tournée dans moins de trois semaines avec un autre projet en trio cette fois avec Sylvain Provost à la guitare et Rémi-Jean Leblanc à la contrebasse. Le répertoire tournera autour de la chanson française. S'ajouteront des compositions originales inspirées de chansons francophones, histoire de garder un lien tout au long du concert.

 

Autres aéroports (Shanghaï, Pearson, Pierre-Eliot Trudeau) même constat. Une grande majorité des voyageurs sont "branchés". Téléphone cellulaire, Ipod, Ipad, laptop de tous genres...Énormément de gens penchées sur leur écran, communiquant probablement des informations importantes voire vitales...Nous sommes également littéralement assiégés par la télévision. Il y en a partout! Même dans les toilettes!

 

Dans l'avion un choix de films s'offre au voyageur pour tuer le temps. Je suis surpris de constater, dans la section "films classiques", une mise en garde "pour public averti seulement" avant les courts métrages de...Charlie Chaplin! La compagnie Air Canada ne prend aucun risque...Il est vrai que le personnage de Chaplin est une sorte d'anarchiste qui ne respecte pas toujours l'ordre établi et qui botte les fesses des valeureux policemen gardiens de cette ordre!

 

L'accueil à Pearson (Toronto) détonne toujours avec celui des aéroports chinois. Visages fermés, organisation mal faite pour recevoir les voyageurs, attentes longues et inutiles pour la douane et les bagages, personne pour vous renseigner sur les attentes injustifiées. On doit payer 2 dollars par chariots utilisés pour les bagages.

 

Pour finir, savez-vous que dans toutes les douanes chinoises un dispositif est prévu à chaque comptoir pour donner son impression sur l'accueil reçu? Quatre possibilités s'offrent à nous: quatre visages, du plus souriant pour montrer notre satisfaction à celui qui "fait la gueule" pour...vous avez compris...Suffit d'appuyer sur le visage correspondant à notre état d'âme...

 

Heureusement que ce système n'a pas cours dans nos aéroports...Pas besoin, tout le monde est si satisfait et heureux de vivre dans un pays libre...Ça respire le bonheur!!!

 

Trêve de cynisme...Nous avons raté notre correspondance et la compagnie nous offre une nuit d'hôtel à Toronto. J'ouvre la télévision et tombe sur une émission traitant de la campagne électorale (Radio-Canada). J'écoute deux minutes et ferme la "boîte à grimaces" aussitôt.

 

Le choc est trop violent, je préfère rester sur mes impressions des deux dernières semaines... 

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 12:11

Beaucoup de transport pour la fin de la tournée. Pas le temps d'écrire. Autobus, avion, re-autobus... Le jour 8 de la tournée porte bien son chiffre. 8 heures de bus, sound-check et concert le soir même.

 

Le théâtre est magnifique mais les employés sont comment dire...fonctionnaires de l'état. Ils font leur boulot mais aucune initiative ou un coup de main en dehors de leur stricte compétence. Xuzhou est situé sur le bord d'un lac qui communique en quelque sorte avec la mer. Beaucoup d'activités contrastées en ce sens qu'à quelques mètres de distance on peut voir évoluer une troupe de danse traditionnelle et des danseurs "break-dance". Les badeaux regardent, applaudissent les uns comme les autres. Feux d'artifices de l'autre côté du lac, ça discute, rigole...ambiance relax au possible!

 

Jour 9: lever à 4 heure du matin, 4 heures de bus, 2 heures d'avion et de nouveau 2 heures de bus pour arriver à Foshan. Concert dans une petite salle avec des espèces de loges pour les spectateurs. Les conditions sont les meilleures rencontrées lors de cette tournée. C'est le dernier concert. Un peu fatigué mais heureux de pouvoir jouer à nouveau. 

 

Il est 18:30, faut que je me rende à la salle.

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 08:09

Rendez-vous à 10:30 ce matin avec le public chinois. Une centaine de personnes, table genre conférence de presse avec micros, serviettes, thé vert et bouteilles d'eau. Un mot du directeur du théâtre et début de la rencontre.

 

On demande aux musiciens de parler un peu du rôle de leur instrument dans le groupe. Après cette introduction je parle un peu du projet "Love Story" et de la raison de mes choix musicaux. Certaines musiques de film se prête mieux que d'autres à des ré-arrangements et offrent plus de possibilités pour l'improvisation de par leur structure. Mon choix s'est porté aussi sur des musiques que le public chinois pouvait connaître, ce qui facilite leur compréhension de la musique de jazz.

 

Un saxophoniste classique interprète une pièce et demande une critique sur le vif. J'aborde le côté technique de l'instrument, en particulier le travail sur le son. Cela ne semble pas rebuter les gens même si mon intervention s'applique plus particulièrement aux saxophonistes (assez peu nombreux). Le son, que l'on soit jazzman ou non, est certainement une donnée importante concernant les instruments à vent. Chaque musicien développe un son qui lui appartient et qui caractérisera par son biais, sa façon originale d'aborder la musique. En jazz, le vocabulaire et la voix sont intimement liés.

 

Séance de photo, de signature, entrevues viendront clore cette rencontre trop brève (1 heure). Pas le temps d'aller trop loin dans nos explications. Quand même intéressant de voir l'intérêt porté au jazz et à l'improvisation. Quelques questions un peu saugrenues (est-il arrivé des accidents sur la scène?). Je récupère comme je peux et parle des accidents musicaux, les "erreurs" qui peuvent survenir dans une improvisation et l'utilisation de celles-ci comme tremplin pour aller de l'avant. La faute qui se transforme en particularité et se dilue dans le flux musical.

 

De ma fenêtre je peux apercevoir pas moins de 30 grues, des tours d'habitation en construction et d'autres toutes neuves qui sont déjà occupées. Au loin un temple construit en haut d'une petite montagne semble se perdre dans le gris du ciel.  

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 11:39

Arrivé à Huzhou, temps pluvieux et gris, la chaleur nous a quitté.

 

Nous avons donné un concert hier, salle remplie, bonne réception. Le public âgé de 3 à 40 ans apprécie beaucoup la musique. Les moments chargés d'énergie ont leur prédilection. Même si nous nous aventurons dans des improvisations parfois échevelées, harmoniquement plus "savantes" le public applaudit et semble satisfait, parfois au milieu d'un solo. J'aime cette réaction qui n'est pas régie dans un cadre particulier. Ne pas forcément savoir mais sentir les choses semble tout-à-fait sain et il me semble qu'une véritable communication s'effectue hors des balises préconçues du "comment se comporter en concert".

 

Les concerts ont une durée de 1 heure 40 minutes en moyenne, sans intermission. L'attention est là, soutenue, même de la part des enfants, ce qui me laisse toujours impressionné et étonné. 

 

Demain une rencontre avec le public est organisée. Bien hâte de répondre aux questions et surtout de connaître la nature de celles-ci. J'ai déjà partager dans un autre journal de tournée mon bonheur de voir la perspicacité des questions et aussi l'angle parfois déroutant que les chinois empruntent pour essayer de comprendre le jazz. Questions souvent d'ordre sociologique, la place de cette musique dans l'histoire occidentale, son origine, le sens qu'elle peut avoir ou contenir et son impact sur la société. J'ai déjà eu de passionnantes discussions à l'occasion de ces rencontres, c'est donc avec impatience que j'attends celle de demain.

 

J'ai été entendre un saxophoniste américain (Antonio Hart) hier soir au JZ Club, endroit reconnu à Guangzhou. Musique musclée, improvisations assez prévisibles, manque de variations dans le discours. Ce saxo ne connaît qu'un chemin mais il le connaît bien.

 

J'ai parfois l'impression que certains musiciens devraient passer un peu moins de temps à travailler leur technique et à réfléchir un peu plus. Je suis bien conscient que nous vivons dans un monde où la technique remplace à plusieurs niveaux l'humain, le sensible. Je suis conscient aussi que le public est de plus en plus difficile à émouvoir, ses sens étant constamment sollicités et de façon souvent brutale. Lui chanter une petite chanson dans le creux de l'oreille ne signifie pour beaucoup, pas grand chose! On veut du sang, de l'énergie à profusion, on zappe pour un oui ou pour un non, faut que ça bouge et vite! Dans le cas contraire on risquerait de se retrouver face à soi-même et là...

 

Le savoir, dans la musique comme pour le reste, peut devenir un mur ou une fuite devant nous-mêmes et la véritable ignorance, c'est particulièrement vrai et dramatique pour un artiste, est de ne pas se connaître.

 

Sans cette vraie connaissance, l'artiste ne fera que se conformer, parfois avec brio, à ce qui a déjà été fait, réalisé. Il ne sera alors qu'une pâle copie de ses prédécesseurs. Ou alors il sera amené à "tricher" et croire que ses élucubrations mentales sont d'ordre créatif. On tombe alors dans le n'importe quoi du moment que c'est "original" et "nouveau".

 

Dans un monde qui semble en dégénérescence, on va même encourager à coup de millions ces pseudo-créateurs...

 

On pense ainsi encourager la culture.   

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 07:34

Le groupe commence à être à l'aise avec le répertoire. Ça se sent dans la musque qui prend de l'ampleur et dans le son du groupe qui s'homogénéise, devient plus soudé. C'est lorsque l'addition de plusieurs musiciens devient autre chose que leur somme que les choses deviennent intéressantes.

 

Nous sommes maintenant à Hanghzou distant d'à peu près 300 kilomètres au sud de Shanghaï. Journée de repos avant le concert de demain.

 

Sur la route en direction de Hangzhou (nous avons voyagé par autobus) j'ai été surpris par la différence entre les constructions humaines et celles créées par la nature. Toujours dans celle-ci, une sorte d'équilibre, d'harmonie, de douceur même, rien qui choque le regard ou n'offusque les sens. Tout se tient, tout est lié. Les constructions humaines ont rarement ces qualités, sont parfois prétentieuses et semblent même souvent, en comparaison avec la nature, grotesques.

 

Être cultivé ne veut pas forcément dire raffiné. On peut ainsi "posséder" une culture, savoir des choses sur différents sujets (philosophie, arts, mathématiques, sciences etc.) mais n'être qu'une espèce de réservoir où les fiches s'accumulent dans notre esprit, l'encombrant plus que lui donnant une sensibilité nécessaire au raffinement. Le raffinement provient de la capacité de voir directement, avec un esprit frais et disponible. 

 

Ainsi, la plupart de nos savants architectes sortant des écoles, remplis de savoir et souvent immature parce que spécialisés dans un domaine, ne connaissant qu'une portion étroite de la vie, n'ayant jamais eu l'occasion de voir le phénomène de la vie dans son intégrité, imaginent des constructions à l'image de leur personnalité morcelée. Cela vaut malheureusement pour toutes les activités humaines.

 

L'éducation contemporaine forme des spécialistes qui se sont conformés, dans une large part, à leurs professeurs, aux livres qu'ils ont lus et/ou étudiés, à la discipline propre à chaque école etc. Après s'être fait dominer de la sorte, parfois sous les fallacieux concepts "d'apprendre" ou pire "d'aimer" ces spécialistes voudront, inconsciemment la plupart du temps, prolonger et faire perdurer cette héritage qui sape ni plus ni moins la créativité que l'on porte naturellement en nous.

 

C'est l'impulsion créatrice qui produit sa propre technique. L'école, la plupart des institutions procèdent à l'inverse avec les aberrations que l'on peut observer et parfois subir.

 

Une pluie vient de s'abattre sur la ville. Du haut du 8ième étage de mon hôtel, je peux voir les gens courir pour s'abriter. Le soleil revient vite et sèche en quelques minutes les rues qui sont reprises d'assaut par les réfugiés du temps pluvieux. Le temps parfois s'arrête...le temps d'une averse. 

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 03:14

Nouvelle ville, nouveau théâtre. Les tournées sont à la fois pleine de surprises mais aussi répétitives. Les mêmes gestes mais sans jamais les mêmes résultats. On bouge beaucoup mais au fond, les gens sont partout pareils. Il n'y a souvent que le paysage qui change.

 

Les sociétés que nous nous sommes construites sont à maints égards identiques. Bien sûr des différences de surfaces évidentes peuvent être observées mais le fond reste semblable.

 

Le même désir de sécurité matérielle et psychologique , de réussite, la même recherche de confort, une vie aisée sans trop de soucis. Et la brutalité qu'amène cette recherche de sécurité, le même sentiment et le "droit" de passer en premier quitte à bousculer un peu les autres, qui eux aussi...

 

Il fait 41 degrés. Une vrai fournaise. Difficile de simplement se promener. On cherche la fraîcheur par tous les moyens. 

 

En arrivant devant le théâtre nous avons la surprise de voir nos photos et la publicité qui les accompagne en format, disons, géant! Ils n'y vont pas avec le dos de la cuillère lorsqu'il s'agit de faire de la réclame! C'en est presque gênant, je dois avouer. En tout cas certainement pas habitué. D'ailleurs je ne m'y habituerai jamais. Je trouve toujours déplacé de faire la promotion de sa "gueule" ou de son nom et, en même temps, je sais que cela est nécessaire. 

 

J'ai décidément la fibre de l'artisan et non celle de la vedette...

 

Dans le train pour nous rendre à Shaoxing Keqiao, un jeune homme nous a fait goûter des crêpes qu'il avait fait pour son voyage. Crêpes croustillantes pliées en 4 avec à l'intérieur une sauce épicée dont j'aimerais bien avoir la recette. Vraiment délicieuses et pleines d'arômes ses crêpes! Petits moments de partage, sourire. Petits bonheurs.

 

J'observe depuis la fenêtre de ma chambre, il n'est pas rare de voir 3 personnes voire 4 sur un scooter. Le père, la mère, un enfant entre les deux et l'autre debout sur la plate-forme. Le concept de sécurité varie d'un pays à l'autre... Je me demande si parfois, au Québec, nous n'allons pas trop loin avec cette sacro-sainte sécurité...

 

Soundcheck dans une heure. Bien hâte de jouer!

 


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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 01:23

Journée 2 de la tournée bien remplie comme prévue. Premier concert dans la province de Shandong au théâtre de la ville de Jining.

 

Nous sommes arrivés par train (genre TGV) et j'ai pu voir une région axée sur l'agriculture (fruits en tous genres, maïs, soya), le paysage ressemble par moment au sud de la France avec ses montagnes peu élevées garnies de rochers presque blancs avec un peu de verdure ça et là. Le temps est chaud et humide.

 

La ville de Jining me fait penser un peu à ces villes du far-west américain mais en plus moderne et grand...10 millions d'habitants avec son centre ville poussiéreux, des marchands de fruits le long des rues, une circulation anarchique mais quand même fluide, une vingtaine de jeunes filles qui dansent ou font de l'exercice, je ne sais trop, sur une musique genre disco des années 80. J'entends des flûtes au loin, je m'approche. À l'entrée du théâtre où nous jouons, un groupe d'étudiants jouent tous en même temps, chacun pratiquant son morceau ou ses gammes. Cela ressemble à un attroupement d'oiseaux, c'est gai et frais comme une oasis dans le désert. Beaucoup d'animation en tout cas, de musique , de bruits, de poussières, voitures, vélos, scooters, bicyclettes.

 

Avant le concert nous avons été invité pour un repas. Délicieux et plantureux, agréable pour l'estomac et pour les yeux. Des rouge, bleu, violet, jaune, vert. Piments, fleurs, légumes multicolores, poissons (C'est la spécialité de la région), poulet, mouton, des sauces variées pour accompagner le tout. Un régal! Nous sommes de nouveau invités après le concert pour un repas plus modeste mais tout aussi convivial.

 

Concert de 1 heure et 3/4. Un peu long, va falloir couper quelques morceaux. Difficile car chaque moment musicaux s'imbriquent et ont une suite logique. À retravailler donc.

 

Le théâtre est vétuste, je dirais usé par tous les artistes qui ont dû se produire ici. La salle est pleine (800-1000 places environ) et attentive. Le matériel fourni est comme le théâtre, un peu fatigué...rendra-t-il l'âme avant la fin du concert?

 

Je sens cette curiosité mais aussi cette hésitation devant le rôle que le public pense qu'il doit tenir devant la musique que nous proposons. Applaudir ou non? quand? À la fin d'un solo, c'est ok?

 

Pour les prochains concerts, nous allons donner quelques précisions sur cette musique, le jazz, qui reste encore une musique à découvrir dans certaine parties de la Chine.

 

Content du début de cette tournée. Content aussi d'être loin de cette campagne électorale québécoise qui après seulement une semaine, me tapait déjà sur les nerfs.

 

Le voyage ne devrait pas être une fuite, bien sûr. J'admets que le hasard a bien fait les choses pour ce coup-ci. 

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 03:20

Nous sommes arrivés à Beijing après un toujours trop long voyage en avion. 14 heures à regarder un film, tenter de lire ou de dormir, assis pas tellement confortablement avec ce bruit continuel et envahissant. Il est quand même extraordinaire que tout ça se passe à 900 kilomètres à l'heure et à 10,000mètres d'altitude! Les voyages en avion sont toujours violent parce que trop rapide. On ne voit pas les choses changer tranquillement autour de nous, on a pas le temps de s'acclimater, de voir venir les choses. On embarque à Montréal et débarque à Beijing sans transition. Violent dis-je.

 

Ce soir nous jouons au Eastshore Café, un de mes endroits préférés en Chine. Sur le bord du lac HuHaï, en plein coeur de Beijing, c'est un club de jazz apprécié de la gente estudiantine (pas de prix d'entrée) doté d'une ambiance, ma foi, un peu bruyante mais bien vivante. Son gérant, monsieur Lee, nous accueille toujours de façon chaleureuse. C'est le seul endroit que je connaisse (tout pays confondus) où on nous offre systématiquement un plateau de fruit à la fin de la soirée. Chose bien appréciée des musiciens.

 

Suis bien content de retrouver l'atmosphère bon enfant qui règne dans le quartier où nous logeons. À deux pas du Eastshore, notre hôtel se trouve dans un houtong, quartier populaire où on peut acheter des fruits, de la nourriture, des vêtements etc. Beaucoup de boutique, un peu touristique mais qui a gardé tout le charme de ce genre de quartier. Des cafés, restaurants en tous genres (de bio à fastfood), de petites terrasses accueillantes et j'en passe. On y trouve même le plus petit bar au monde (c'est ce qu'affirme un affiche à l'entrée): une (minuscule) table, 2 chaises...Je ne sais pas comment le proprio arrive à faire son profit...

 

Concert ce soir donc. J'ai bien hâte de "tester" le répertoire. Essentiellement composé de musiques de film, réarrangées pour un quatuor (basse, batterie, guitare et saxophone) il m'a fallu parfois pas mal de réflexion et de travail pour donner du sens à une musique écrite à l'origine pour orchestre symphonique par exemple...Donner aussi des plages ou des espaces pour l'improvisation dans une musique pas vraiment conçu pour ce genre d'exercice est un peu risqué par moment. Garder l'équilibre entre la composition, l'écriture et l'improvisation, respecter la "saveur" original d'un morceau sans en être l'esclave non plus...Apporter éventuellement sa touche personnelle sans être toutefois envahissant. 

 

Travail de funambule par moment...

 

Demain c'est voyage en train (2 heures et demi environ), répétition et test de son en après-midi et concert le soir.  

 

 

 

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