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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 08:18

Dans nos sociétés être constamment occupé à quelque chose, n'avoir pas une minute à soi, donne une impression d'être actif et de réaliser beaucoup de choses. Cette expression-n'avoir pas une minute à soi-est bien souvent trompeuse car toute cette activité tourne principalement autour de soi, elle est son point de départ et d'arrivé.

 

Nous trouvons toutes sortes de prétextes pour cacher le fait que tout tourne autour de ce centre et que le but de toute cette activité fébrile est le désir d'expansion du moi. De l'homme (ou femme) politique au simple travailleur, de l'artiste au prêtre, du réformateur célèbre au travailleur social s'épuisant à la tâche, tous se servent qui du pays, des pauvres, de son art, de Dieu pour accomplir leurs idées, leurs idéaux, utopies, espoirs etc., le plus important dans tout cela étant toujours ce centre ramassant au passage gloire, pouvoir (petit ou grand) au nom de justes ou moins justes causes.

 

Toutes ces formes d'actions ne font qu'ajouter du chaos au chaos. L'exercice d'un pouvoir procure un grand plaisir et donne même un sens à nos vies qui en sont souvent dépourvues.  Nous cherchons donc le succès, une reconnaissance venant de la part des autres afin de nous sécuriser et apporter un peu de confort psychologique mais aussi une confirmation d'être sur un bon chemin, conforme aux attentes et aux valeurs de nos sociétés.

 

Or si les valeurs d'une société sont immorales, dénuées de bases solides et valables, que vaudra cette reconnaissance ou ce succès? Pas grand chose...À mes yeux il sera même suspect.

 

Cette recherche constante de succès par le biais du faire empêche souvent en fait une véritable coopération de s'établir entre les différents intervenants au sein des organisations, qu'elles soient politiques, religieuse, artistiques ou sociales. 

 

La possibilité qu'offre la musique, au moment où elle se déroule, d'être en totale symbiose avec l'autre est probablement une des principales raisons qui explique mon amour pour celle-ci.

 

Une fois que chaque membre s'est oublié, a mis de côté son centre sans effort de volonté (ce qui relèverait encore du moi) et devient l'instrument de quelque chose qui le dépasse, ce moment particulier où l'amour pour ce que l'on fait dépasse celui que nous nous portons, une grande union s'opère à cet instant pour donner des résultats toujours étonnants et enthousiasmants. 

 

Malheureusement ces moments sont bien éphémères et les habitudes reprennent le dessus dès les sorties de scène.

 

Ces moments permettent néanmoins de percevoir ce que toute une société dans cet état d'esprit pourrait donner et qui n'a rien à voir avec ce que l'on connaît maintenant.

 

Serait-ce une des bonnes raisons à l'Art d'exister? 

 


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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 08:14

L'amour. Combien de misère cache ce mot. Combien de mensonges et de malentendus. Quelle charge émotionelle ne contient-il pas! Un mot utilisé à tort et à travers et sur lequel nous nous sommes tellement couchés sans prendre le temps de savoir de quoi il est question au juste.

 

L'amour n'est certes pas le désir. Il en est presque l'opposé si j'ose dire, le désir étant en relation directe avec l'égo, le moi. L'amour véritable pulvérise le concept du moi. C'est pour cette raison qu'on ne peut découvrir ce qu'est l'amour que par la négation. On ne peut approcher l'amour avec une définition positive: on n'aborde pas le neuf avec du passé, l'amour n'existe que dans le présent, se renouvellant constamment. L'amour n'est pas une idée. De même que la compassion sa soeur jumelle. 

 

Où il y a l'égo, l'amour n'est pas. Où il y a possession l'amour n'est pas. Où il y a jalousie l'amour n'est pas. Là où il y a compétition, contrôle, ambition, peurs de toutes sortes, l'amour n'est pas. L'amour existe au-delà de la pensée et du savoir.

 

L'amour ne demande rien en retour. Il est. Comme la passion, il n'a pas d'objet. C'est un état. On ne peut aimer sélectivement, cela s'appelle du désir et le désir n'est pas l'amour.

 

Comment en sommes-nous arrivés à confondre l'amour et la tyrannie?  L'amour et l'arrangement sordide, le contrat? L'amour et la tolérance? L'amour et la pitié? 

 

Comment nos coeurs se sont-ils asséchés à ce point?

 

Mais surtout, comment nous refusons de voir la vérité en face? Combien de détournements de regard, de "biaisages", de palabres pour justifier notre manque de courage?

 

Une révolution est nécessaire mais pas celle dont nous sommes "accoutumés". 

 

Révolution intérieur.

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 19:40

On trouve toutes sortes d'occasions et d'opportunités pour se définir, se distinguer, sortir du lot, se caractériser. On se veut unique et indépendant, particulier dans notre démarche, original et, finalement, isolé.

 

C'est un réflexe culturel que de mettre beaucoup de temps et d'énergie à construire des murs, des remparts (qui ne sont pas considérés comme tels) autour de notre personne et en même temps ce même réflexe culturel nous fait palabrer sur l'importance de s'unir, d'être ensemble, de collaborer, d'édifier une société soudée. 

 

C'est donc tout "naturellement" que nous mettons un fort accent sur notre moi, le développement de celui-ci, la misère et les conflits incessants pouvant être observés comme résultats reliés directement à cette culture du moi. 

 

Nous trouvons toutes sortes de raisons pour justifier une telle approche (qualifiée de raisonnable et inéluctable par beaucoup) malgré la faillite de plus en plus perceptible et évidente de nos sociétés.

 

Nous parlons de l'importance d'avoir une culture générale, c'est-à-dire un ensemble d'informations touchant un large éventail de nos savoirs concernant tel ou tel domaine malgré le fait évident et observable que cette culture générale est axé sur la mémoire. Sur le passé. 

 

Il me semble que la connaissance de soi-même, l'ensemble de nos relations avec l'autre ne peut passer par un savoir qui provient du passé. Ou alors nous ne ferons qu'appliquer des recettes élaborées par d'autres, des idées et des concepts qui ne tiennent jamais compte du présent. Autrement dit "ce qui devrait être" (projection d'un idéal dans le futur) ou "ce qui a été" (tout ce qui concerne la mémoire) est plus important que ce qui "est". L'idéal comme but à atteindre devient un masque et une espèce de refuge bien confortable. Nous évacuons ainsi toute la richesse du moment présent pour se réfugier dans des idéaux plus ou moins nobles.

 

Rarement nous nous penchons sur le "comment penser". Nous préférons, par confort, peur ou peut-être paresse, parler du "quoi penser". Cette culture générale si importante aux yeux de beaucoup de gens, le "quoi penser", n'apporte pas de solutions sur le "comment penser". Je dirais même qu'elle évacue cette question la plupart du temps. Le savoir ne saurait être un refuge et il l'est quand presque toute l'éducation s'appuie sur la mémoire.

 

Nous formons des individus "programmés", habiles voire rusés, capables de se sortir du lot, trouvant éventuellement du travail, sortant leur épingle du jeu, s'adaptant à une société immorale et injuste, brutale, violente où la paix n'est qu'un idéal, quelque chose de lointain et, selon certains, inatteignable, utopique.

 

Nous (dé)formons nos enfants afin qu'ils s'adaptent à quelque chose de bien laid dans son ensemble. Nous leur apprenons que l'isolement et l'égoïsme sont dans l'ordre des choses et que la compétition peut-être saine.

 

Nous trouvons cela tout naturel...

 

Nous faire prendre conscience de nos conditionnements me paraît être la première tâche de l'éducation. Pour le moment elle forme, dans son ensemble, des gens voulant se conformer, conditionnés à vouloir réussir et survivre dans un monde chaotique.

 

La réussite, à ce moment, est une défaite. 

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 15:26

Je me demande pourquoi nous avons cette habitude et cette propension à classifier les genres de musiques. Mettre en boîte, définir, compartimenter, comparer. Ce faisant il me semble que le pas suivant, et il est souvent franchi, est d'exclure ce que les autres tentent de faire et/ou de proposer. L'homme, vivant toujours en mode tribal (famille, nation, communauté), tend à exclure ceux qui ne font pas parti de sa "famille", quelle qu'elle soit.

 

La musique digne de ce nom, justement, ne va-t-elle pas au-delà de ces tentatives, souvent malhabiles, de vouloir tout définir et séparer? Ne propose-t-elle pas autre chose? N'ouvre-t-elle pas sur un autre possible, sur d'autres possibles? 

 

Vous pardonnerez, j'espère, le fait que je parle un peu de moi ici.

 

J'évite de m'auto-cataloguer ou me définir dans un genre ou style particulier. Les autres le font à ma place. Je suis ainsi étiqueté "jazzman". 

 

Pour certains je suis trop moderne, pour d'autres je fait une musique qui ne m'appartient pas (le jazz étant une musique essentiellement "américaine", selon les gens dotées d'un jugement sectaire). Pour ma part je ne sais pas.

 

Si le jazz se résume au fameux concept du "swing", d'un balancement rythmique typique à cette musique, je ne suis pas un jazzman. Mes propositions ne visent pas et ne vont pas toujours dans ce sens. Je ne cherche pas non plus l'abstraction harmonique où la tierce majeure ou la quinte sont proscrites d'emblée-la consonance- et où la neuvième bémol et la quinte augmentée-la dissonance- sont pour ainsi dire "morales" dans un monde où l'étrange et le bizarre tiennent lieu de créations originales.

 

Pour moi, décider de m'investir dans un genre de musique ou l'autre proviendrait d'une sorte de snobisme sectaire où l'aventure est finalement absente voire proscrite. D'un autre côté, le nouveau pour le nouveau n'est certainement pas gage de pertinence et reste somme toute quelque chose de puérile. L'honnêteté et la transparence me semble être le fil devant relier les différentes approches possible en musique.   

 

Rien de plus fâcheux que de voir des jazzmen, musiciens pratiquant une musique dite actuelle ou encore ceux qui se qualifient de spécialistes de la musique contemporaine ou classique (que des dinosaures appellent encore "sérieuse") bref, tous ces qualificatifs que l'on donne aux sons et rythmes selon des critères préétablis, voir donc tous ces gens s'enfermer et s'auto-étiqueter, le tout ne servant qu'à se distinguer les uns par rapport aux autres. On qualifie de raciste l'étiquetage et le jugement d'êtres humains par leur couleur de peau, pourquoi fait-on une différence lorsqu'il s'agit de musique? N'est-ce pas tout aussi dénué de sens?

 

Comprendre la musique, tout comme un Homme, c'est rendre sensible à ce qui fait sa valeur. Dépasser la surface pour quérir la richesse. Dépasser les clivages. Déceler dans des oeuvres aussi différentes que par exemple, Haëndel, Hendrix, Webern, Debussy, Coltrane, Dutilleux, Bach, Zappa, toute la richesse que ces musiques renferment, au-delà du style, c'est faire preuve d'une capacité d'analyse ne se limitant pas à ces barrières futiles qui nous sont proposées et dans certains cas imposées.  

 

La musique rassemble. Malheureusement, même dans ce domaine, les Hommes veulent à tout prix séparer, quantifier, jauger, nommer, hiérarchiser, cataloguer.  

 

On ne fait pas de musique par réaction à ce qui existe déjà ou à ce qui s'est fait. On ne pratique pas un genre de musique en réaction à ce qui nous entoure, on élabore pas un style avec des concepts préétablis. Pour moi cela n'a aucun sens et paraît même suspect à maints égards.

 

Le style n'est pas une pose. Le style c'est moi, ce que je suis, et comme je suis vivant et donc mouvant mon style sera de même. À la rigueur on pourra dégager un style (des styles?) à la fin de mon parcours...

 

En attendant je refuse les catégories et les boîtes dans lequel quiconque voudra m'insérer. 

 

À l'instar de mon passeport, je peux à la limite accepter des définitions temporaires, figées et réductrices de moi-même et de ce que je fais, mais seulement pour des raisons pratiques.

 

En fait, tout cela ne me concerne pas.

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 18:52

Voilà. C'est fait. Obama réélu pour un deuxième mandat à la tête des États-Unies. 6 milliards de dollars, au bas mot, pour une campagne électorale, une démocratie en mouvement, à l'oeuvre. J'espère que ceux qui pensaient que de grands changements se profileraient avec l'aide de ce candidat qu'on dit cultivé, excellent orateur et débatteur voient un peu plus clairement le rôle d'un président américain, les limites de son pouvoir et de son vouloir. 

 

Plusieurs milliards pour faire une campagne...ça fait beaucoup de retours d'ascenseur à honorer. Depuis 2010 on a décidé de retirer les plafonds pour les donations aux partis politique. C'est la valse des dollars pour la plus grande joie des médias, en particulier la télévision, qui profitent un maximum de ces "retombés démocratiques".

 

Ici, on présente cette campagne électorale réservée aux riches et/ou aux personnes les plus influentes, capable d'aller chercher du pognon à la pelle, comme normale, dans la nature des choses, correcte. Pas ou très peu de questionnement sur le rapport entre une démocratie et l'argent. Entre le sur-financement et une démocratie saine et authentique.

 

Cette déroute de tout un système pris en otage par les oligarques devrait éveiller chez toute personne un temps soit peu sensible des doutes profonds et sincères. C'est un retour en quelque sorte, en ce qui me concerne, à la barbarie mais avec des gants de velours, avec un masque avenant et souriant, une espèce de courtoisie, à un droit de parole tant que celle-ci reste insignifiante et sans poids.

 

Collectivement, je nous trouve bien aveugles. Mais veut-on vraiment voir? Ne sommes-nous pas, finalement, satisfaits avec nos cellulaires, nos écrans plats, nos belles voitures, notre train de vie au-dessus de nos moyens? Voulons-nous seulement une vraie démocratie? J'en doute. 

 

Tout comme la liberté. En voulons-nous vraiment? Avec toutes les responsabilités que cela implique? J'en doute. Il est beaucoup plus facile de suivre le troupeau, sans trop se poser de questions. De faire comme si...

 

Tout ce que nous voulons, dans une grande majorité, c'est notre derrière (J'allais écrire "cul" mais je suis un garçon bien élevé...) bien au chaud et notre tête bien profond dans le sable. 

                                                                                 ----  

Entendu à la radio cette semaine une publicité concernant une vente de voitures: "nous vous ferons crédit même si vous n'en avez pas les moyens". 

 

Pas mal...hein? 

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 13:26

L'art d'écouter. Certainement l'art le plus important avec celui de vivre. Les autres viennent loin derrière. La musique, la peinture, l'écriture (etc.) dépendent en fait de notre capacité à transformer en quelque chose de sublime le simple fait d'écouter, d'observer, d'être attentif.

 

Écouter, ouvrir les portes, être présent à ce qui nous entoure, à l'autre. L'art d'écouter est certainement relié à la capacité de s'oublier pour laisser place à autre chose que soi-même. L'analyse, le jugement, l'opinion, autrement dit notre centre et tout le processus de la pensée doivent s'effacer pour que l'écoute devienne Art.

 

Les grands artistes-on peut être artiste sans pratiquer un art!- sont ceux qui ont cette qualité de présence, cette espèce de transparence requise pour être véritablement à l'écoute.

 

En musique, il est évidemment nécessaire d'écouter, de rentrer totalement dans la musique, de faire un avec elle. Pas de séparation entre les sons et le musicien. La musique, particulièrement dans l'improvisation, dirige la musique. C'est elle qui montre le chemin, chaque note étant la flèche, le tremplin pour la note suivante et ainsi de suite. Alors seulement la musique devient une aventure, une route qui se déploie au fur et à mesure devant nous.

 

L'écoute dans la vie de tous les jours devrait atteindre ce sublime qui permet alors d'apprendre, de rendre à chaque instant la richesse qu'il renferme. Autrement, le présent devient terne et vide, une sorte de prison d'où nous nous échappons par le réflexe de la mémoire, de la connaissance et de l'image que nous nous sommes forgé des gens et des choses. Nous vivons alors constamment dans le passé. Nous refusons le déploiement du présent et trouvons une grande sécurité dans la fixité de nos opinions, de nos jugements, de nos idées.

 

L'art d'écouter permet à la vie de prendre tout son sens. La mémoire avec les connaissances qu'elle contient prend alors sa juste place et n'est plus ce réflexe d'évasion devant l'inconnu, cette fuite devant le vivant.

 

Ce qui est vivant est toujours imprévisible, toujours en mouvement.

 

Le présent est mouvement. Vouloir appréhender le présent avec le passé c'est le conflit garantie.

 

N'est-ce pas ce que l'on peut observer quotidiennement autour de nous?

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 11:40

Je suis de plus en plus convaincu que de nombreux problèmes auxquels la société québécoise est confrontée proviennent en fait dans le genre ou la direction que prend l'éducation de nos enfants et ce, dès leur plus jeune âge.

 

Ce problème m'intéresse au plus au point étant père de deux enfants, je vis la situation de garde partagée, ne voyant mes filles qu'une fin de semaine sur deux, dans le meilleur des cas. Mon horaire de musicien étant plutôt anarchique et les concerts souvent donnés les week-end, tout cela ne faisant que compliquer la venue de mes enfants sur une base régulière.

 

Je caresse un projet depuis un moment déjà, celui de partager ma situation qui, j'en suis certain, est vécu par un grand nombre de pères dans notre société.  Les séparations sont monnaie courante mais peu de parents partagent (surtout les pères!) les nombreuses difficultés qui se dressent devant leur état. Peu de littérature, pas grand chose à se mettre sous la dent ormis les spécialistes avec leur jargon pédagogique finalement assez loin de la réalité. De la mienne en tout cas et de plusieurs d'entre vous, j'en suis convaincu. Ce projet d'écriture et de partage porte un titre. Il m'est venu presque au début de ma réflexion et m'apparaît comme la source de mon désir de faire part de mon expérience: Le Silence

 

Silence. Pour moi, cela résume bien ce qu'on voudrait de la part de beaucoup de pères au Québec...Silencieux. On les voudrait silencieux, comme si l'éducation des enfants était une chose réservée aux femmes, une chasse gardée. Je me demande jusqu'à quel point ce n'est pas un prétexte pour justifier une certaine tyranie, un pouvoir exercé sur le "mâle" pour l'exclure des décisions qui pourraient changer le destin de leur progéniture. On nous a souvent rabâché les oreilles avec l'importance de découvrir notre côté féminin, de le cultiver. Encore faut-il nous donner l'occasion de le mettre en valeur...Mais la société est-elle prête pour cela? Le mouvement féministe a, dieu soit loué, permis certaines avancés pour les femmes (il reste encore beaucoup de choses à réaliser) avec des réactions de défenses de la part de beaucoup d'hommes mais on entend peu parler de l'inverse il faut dire!   

 

Le sentiment d'insécurité des d'hommes (pas tous!) face au mouvement féministe, ce sentiment de perte d'identité serait-il également à l'oeuvre dans le cas contraire? La volonté de plusieurs hommes de vouloir prendre en main (en partie) l'éducation de leurs enfants, de s'investir, si ce n'est en temps du moins en qualité, serait-elle encore et après tout pas vraiment accepté et même suspecte à plusieurs égards?

 

C'est donc avec ce projet de longue haleine, Le Silence, que je tenterai de mettre au jour différentes facettes, problèmes, blessures, joies, rapports de force, auxquels plusieurs d'entre nous font face quotidiennement dans cette aventure qu'est l'éducation dans un contexte de garde partagée (qui devrait être vu comme un projet commun, ce qui n'est pas souvent le cas).

 

Je me donne plusieurs années pour compléter mes observations. Celles-ci ont commencé il y a maintenant 4 ans (+ ou -) suite à un "clash" (j'y reviendrai) qui m'a ouvert les yeux sur une situation vécue qui mérite mieux que ce silence dans lequel on voudrait nous tenir et qui fait l'affaire de beaucoup trop de gens. Dans le meilleur des cas, un livre sera édité lorsque mes enfants auront 18 ans. Elles en ont 11 maintenant. Projet de longue haleine vous dis-je.

 

Pourquoi en parler maintenant?

 

Suite à un appel d'un ami me brossant sa situation similaire à la mienne et devinant sa souffrance au travers de son silence, de non-dits, j'ai décidé de mettre mon projet, mon intention, publique. Voilà, c'est fait.

 

Non, tu n'es pas seul mon ami.

 

Ce silence qui s'accompagne de souffrance, je l'ai trop vu dans ma jeunesse où des hommes en apparence aphones, pris pour des banques ou uniquement pour des pourvoyeurs n'avaient pas droit ou étaient mal venus (et souvent cela faisait leur affaire peut-être...mais pas sûr!) d'interférer dans la merveilleuse tâche de rendre leurs enfants libres. Bien éduqués quoi.

 

On ne construit pas une société sur du silence, surtout si celui-ci renferme une part de souffrance. 


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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 13:39

Est-ce que les expériences que nous faisons au cours de notre vie sont aptes à nous apprendre quelque chose sur le comment vivre? 

 

Lorsque je parle d'expériences on classe presque immédiatement celles-ci en deux catégories: les positives et les négatives. Qu'en est-il? Ce réflexe est-il le bon? Pourquoi qualifier de telle sorte ce qui nous arrive?  

 

Les expériences ne nous amènent-elles pas à développer des réflexes de défenses, des murs qui ne sont pas toujours adéquats face à la vie? Vivre avec le passé pour appréhender le présent? Voir avec les yeux du passé pour comprendre le maintenant? Est-ce vraiment raisonnable?

 

Il n'est pas évident de se débarrasser du passé, d'être neuf à chaque instant. Cela demande une grande quantité d'énergie et cette sorte de courage qui est d'abandonner ce qui nous structure et ce qui fait de nous ce que nous sommes, ce "moi" qui expérimente et se veut le centre et le lien discontinue entre hier, aujourd'hui et demain.

 

La mémoire gardant les nombreuses images que nous avons de nous-mêmes, des autres et de ce qui nous entoure, est l'élément principal qui nous donne l'illusion d'un noyau au travers duquel tout passe. Cette fonction, utile pour l'apprentissage d'un métier, d'une langue, de tout un savoir technique indispensable pour vivre devient un piège dans certains cas.

 

La mémoire devient un piège lorsqu'il s'agit d'appréhender le présent. Seuls des yeux complètement neufs peuvent voir ce qui se passe dans l'instant, ce qui est vivant, ce qui survient maintenant en nous-mêmes et à l'extérieur de nous-mêmes. Voir avec les yeux du passé nous éloigne des choses et des êtres qui nous entourent, devenues (avec la mémoire) des images, des représentations fabriquées de toute pièce par l'expérience, les traces que laissent en nous ces expériences. 

 

N'y a-t-il pas une grande beauté dans le fait d'être vulnérable? Ces murs que nous nous sommes construits ne sont-ils pas une source de souffrance et de douleur? Cette image construite, parfois avec une grande habileté (elle sera d'autant plus monstrueuse par le nombre de calculs, de fausses représentations répétées) n'est-elle finalement qu'un mur derrière lequel nous cherchons la sécurité? 

 

Nous croyons être à l'abri derrière ce mur alors qu'il est la source même de notre malheur, de notre insensibilité, de notre indifférence. Il est la source de cette opacité que nous prenons, que nous voulons prendre pour de la transparence. Ce mur devenant enceinte au fil des ans et des expériences ainsi accumulées doit être défendue par toutes les "attaques" de la vie, par ce qui est nouveau et (forcément) déstabilisateur. 

 

Derrière ce mur, nous percevrons tout ce qui est vivant comme une menace à notre intégrité. Nous pataugerons ainsi dans une mare sans oxygène considérant la moindre source rafraîchissante comme une tentative de percer ce mur si réconfortant. Le beau, le bien, le raisonnable, bref les questionnements qui ne vont pas dans le sens de notre image, devenant ennemis éventuels.

 

Nous devenons ainsi des tyrans "fonctionnels", ouverts en apparence...

 

Gare à celui qui ne pense pas et ne vit pas comme nous! 

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 19:44

L'improvisation est un phénomène qui m'a toujours intéressé voire intrigué. En musique comme dans d'autres formes d'art probablement, il est presque coutume de confondre l'improvisation avec une forme de "sur-préparation", un vocabulaire appris et régurgité ne présentant qu'un semblant d'improvisation alors que tout est (presque) prévu sans l'ombre de surprises ou de réelle acceptation du moment présent comme seul point de départ et d'arrivée possible.

 

L'improvisation ne supporte pas la réflexion, beaucoup trop lente, et ne s'accommode que d'une espèce de "lâcher prise" avec soi-même, de notre pensée (également trop lente) ou toute forme de dualité engendrée par notre "moi". Dans l,improvisation, il n'y a plus d'observateur et d'observé mais uniquement le fait de percevoir.

 

C'est probablement pour cette raison que l'improvisation est une forme de méditation, une coupure avec notre mode ou façon d'être "régulière". Le centre n'est plus "moi" mais uniquement le fait de percevoir, l'action de percevoir. Perception directe sans jugement, pensée, évaluation, calcul, comparaison etc. Tous ces critères font partie de notre mode de fonctionnement au jour le jour, dans notre quotidien...avec son lot d'illusions et de souffrance!

 

Faisons un parallèle avec la poésie. Imaginez un instant qu'un poète s'exercerait pendant des heures, chaque jour, à trouver des formules poétiques, un vocabulaire précieux et particulier qu'il insérerait dans ses poèmes de façon régulière, redondante. On aurait tôt fait de le qualifier de malhonnête et de mécanique. Sa prose et ses vers ne nous toucherait que dans une très petite mesure me semble-t-il. Or il s'avère que cette pratique est monnaie courante chez les musiciens dits improvisateurs. 

 

Il va sans dire que l'apprentissage d'un instrument est incontournable mais le problème survient quand cet apprentissage devient uniquement mécanique et qu'un certain vocabulaire devient automatique. Les nombreuses méthodes d'improvisation proposées sur le marché aujourd'hui ne soulèvent jamais ou très rarement ce problème: celui de la qualité de présence et/ou d'être à ce que l'on fait.

 

Le noeud du problème, selon moi, est là. Le paradoxe réside dans le fait que notre présence, notre capacité à être dans le présent exclus justement le moi, l'égo, la personnalité et toute cette construction édifiée au cours des années. Nous sommes totalement présent quand nous n'y sommes plus! 

 

La musique devient alors autre chose que ce produit à consommer. Elle devient quelque chose de vivant, éphémère sans autre raison d'exister que le simple fait qu'elle "est". Transparente. Sans jeux ou poses.

 

La beauté est toujours innocente et il y a longtemps que nous ne le sommes plus. Avoir l'audace de disparaître derrière la musique...oui, l'audace par les temps qui courent...Audacieux car dans notre société on admire plus (trop souvent à tout le moins) que les "personnalités" et autres énergumènes "remplis d'eux-mêmes". S'effacer et laisser place à ce qui nous dépasse. Voilà certainement quelque chose d'audacieux dans notre monde contemporain.

 

Fragile et forte, sans traces ni buts, riche de par sa volatilité et cependant infinie et profondément enracinée.

 

Le moment présent quoi...

 

 

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 01:27

Le carriériste en musique

 

Voila bien une sorte de gens qui ne me plait guère, je dois l’avouer. Pour en avoir rencontré plusieurs au cours des maintenant nombreuses années de pratique de mon métier, j’ai pu donc en côtoyer quelque uns, toujours d’assez loin quand c’était en mon pouvoir.

 

Le carriériste, comme son nom l’indique, se sert de son talent et de celui des autres pour arriver à ses fins. Quelles sont ces fins? On peut avancer sans trop se tromper que le carriériste vise essentiellement à faire prendre de l’expansion à sa petite personne, son nom, son image et à tout ce qui le concerne en général. La musique devient un moyen de vendre sa personne (ou la louer…), d’en faire la promotion comme on fera pour du savon ou du dentifrice. La musique c’est le bonus qui vient avec…

 

On doit craindre le pire en ce qui concerne cette personne constamment préoccupé par elle-même et son image. C’est pour cette raison qu’on doit l’observer de loin quand cela est possible.

 

En effet, le carriériste est prêt à faire toutes les petites (et parfois grandes…) saloperies qu’on lui demandera de faire ou qu’il pensera nécessaire à l’avancement de sa carrière. Cela peut aller de la sympathie feinte pour les gens qui sont en mesure de faire fructifier son ascension: le carriériste développe ses “amitiés” en fonction de ce qu’elles lui rapporteront. Gare à toi si un jour tu ne lui rapporte plus grand chose…Tu seras écarté de sa route aussi facilement que ces genoux que la prostitué ouvre pour se faire quelques deniers.

 

De la sympathie feinte, donc, et si nécessaire, à la perfidie, à la calomnie et autres variations du plantage de couteaux dans le dos. Il faut toujours rester fort avec le carriériste et ne jamais tourner le dos, montrer quelques faiblesses que ce soit. Il aime et respecte la notoriété, il aime qu’on parle de lui et lui-même parle souvent de ses grands projets et de ses collaborations brillantes, toujours avec des “personnalités” qui font ou qui ont fait leurs marques dans le haut milieu des “arrivés” (toujours selon lui), des gens représentant pour lui l’image qu’il aimerait projeter dans un futur pas trop lointain (le carriériste est toujours pressé…).

 

Le carriériste aime se frotter à ceux qui ont réussi selon les critères qui lui ont été imposés par notre société moderne, pardon contemporaine…

 

Parmi ces critères auxquels notre bon carriériste se plie avec complaisance se trouvent, entre autres, la présence médiatique, la bonne performance au niveau des ventes de disques (très important pour les médias et donc pour lui aussi!). Le discours qui n’engage à rien est en usage presque constant chez le carriériste. Espèce de magnanimité qui fait que la parole ne sert plus qu’à donner du “positif”. Le carriériste évitera les sujets chauds…car au fond, notre carriériste est un personnage faible qui a besoin de l’image de la force que les autres lui renvoie pour se sécuriser et véritablement exister à ses propres yeux.

 

Le carriériste peut aussi être un flatteur quand cela lui est utile. Il saura manier le verbe et encenser au moment où il le faut et à l'endroit où il faut (souvent dans les médias). Il pourra alors dire tout le bien (qu'il ne pense pas) d'une personne afin de s'accorder ses éventuelles faveurs. Ce discours est toujours apprécié par la plupart des gens qui, eux aussi, ont une carrière...

 

À défaut d'intelligence, le carriériste possède souvent du talent, ce qui lui permet d'entrevoir un futur glorieux dans une société comme la nôtre qui adore les gagnants. Cette société est prête à fermer les yeux sur beaucoup de bassesses, considérées comme des dommages collatéraux, (pour utiliser une expression bien connue!) nécessaires pour qui veut réussir. On qualifiera même de courageux des gestes qui, à une autre époque, aurait probablement passés pour ignobles et inqualifiables. 

 

Non, le carriériste se croit dans son bon droit. Il n'a pas vraiment tort dans un sens étant donné que les valeurs auxquelles il croit sont celles que l'on nous présente, dans une large, très large mesure, tous les jours à la télévision, dans les journaux, à la radio, dans nos cercles d'amis etc. Le doute ne fait pas partie de la personnalité de l'arriviste. Il ne fait que suivre l'air du temps. Il se laisse porter.

 

Être un peu perdu, transportant avec lui des valeurs qui, souvent, ne sont pas les siennes mais auxquels il croît dur comme fer, servant les pouvoirs établis, quels qu’ils soient, le carriériste est un peu cette feuille emportée par le vent.

 

On ne verra jamais une feuille remonter le vent.

 

Le carriériste est, finalement, esclave de lui-même

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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