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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 15:50

Bientôt nous allons voter. Nos maîtres seront désignés. Après cette mascarade de démocratie ils n'auront que peu de compte à rendre. C'est un fait.

Comment changer les choses alors?

À moins que ce monde nous aille, nous pouvons continuer de voter et poursuivre notre chemin en ayant adopté des valeurs qui ne nous correspondent pas.

Si ce monde ne nous plaît pas, il faut le changer. Pas par le haut (élections) mais par le bas, c'est-à-dire nous-mêmes.

Autrement dit: vivre dans le monde sans en faire partie.

Que veut dire faire partie du monde?

C'est d'abord croire que la pensée va régler nos problèmes alors qu'il est facile d'observer les ravages qu'elle cause tout le long de l'histoire.

Faire partie du monde c'est mal se connaître, refuser de voir la vérité: notre suffisance, notre manque de générosité, nos combats futiles et puériles pour se faire une place dans un monde...qui ne nous plaît pas!

Faire partie du monde c'est notre état de guerre permanent pour arriver à nos fins. C'est se croire pacifiste et être violent dans nos actes de tous les jours. La violence de l'ambition, de la compétition, de la performance, de l'idéalisme, du nationalisme, des croyances de toutes sortes.

Faire partie du monde c'est dire "je t'aime" sans y penser vraiment. C'est porter un masque et se croire à l'abris, c'est porter un masque et y croire!

Se mentir à soi-même.

Faire partie du monde c'est abdiquer, abandonner, reculer, se coucher, oublier, accepter, s'aplatir, renoncer.

Faire partie du monde c'est encore croire que les élections vont changer les choses. C'est accepter qu'on nous rende médiocre dans nos gestes.

Parce qu'être médiocre est plus facile, plus confortable, moins fatiguant, moins engageant, plus sympathique.

Faire partie du monde c'est baser nos relations sur le calcul.

Faire partie du monde c'est se mentir constamment à soi-même, se croire flamme alors qu'on est de mèche...

Les convictions molles font de bons électeurs.

Voter c'est valider un système qui maintient notre impuissance.

Vivre dans le monde sans en faire partie.

Tout un défi.

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 23:52

Voilà un mot que l'on rencontre souvent!

Liberté.

Sommes-nous libre? Qu'y a-t-il derrière ce mot, qu'est-ce qu'il contient?

Avons-nous vraiment réfléchi sur ce qu'est la liberté? Un être humain libre peut-il avoir des conclusions? Des opinions arrêtées? Des traditions? Une nationalité? Des croyances, religieuses ou politiques? Des idéaux?

La liberté peut-elle être de seconde main?

La pensée peut-elle être libre? Peut-on parler de liberté si celle-ci ne peut s'épanouir qu'à l'intérieur de schèmes bien définis dictés par la pensée?

L'horizontalité de la pensée nous interdit l'accès au présent. Celui-ci est inaccessible tant que la pensée opère. Elle prend sa source dans la mémoire, celle-ci étant constituée de souvenirs, de savoirs, de connaissances etc.

Celui ou celle qui vit continuellement dans ses pensées est un être du passé. Il ne connaît pas la beauté du présent et ira (la pensée ne tolère ni ne conçoit son propre silence) jusqu'à affirmer que le présent est chose pauvre, dénué d'intérêt. La pensée ne veut pas mourir!

Attention! Je ne dis pas qu'elle est inutile (évidemment!) mais elle n'est efficace que dans un mince champs d'action. Le problème est qu'elle prend toute la place, avec les ravages que l'on connaît. Nos sociétés, depuis longtemps, ne connaissent que cet outil pour affronter la vie et ses milles problèmes. Nous ne connaissons rien d'autre et sommes, cela est troublant, incapables d'entendre ces voix qui nous ont questionné sur la pertinence ou l'impertinence de la pensée dans certains champs. Nous sommes pour ainsi dire à genoux devant elle.

L'endoctrinement peut prendre beaucoup de formes, plus ou moins subtiles. La "beauté" de certaines formes d'endoctrinements si je puis dire, qui ont cours dans nos sociétés dites libres, s'appuient justement sur des valeurs qui nous font penser ou croire que nous vivons, pensons librement alors qu'il n'en est rien. Notre liberté n'est au fond qu'une habitude, un pli, une tradition qui serait trop périlleux de remettre en cause. Nous préférons, et de loin, notre confort et notre sécurité psychologique à une remise en cause profonde et sincère.

Ainsi sans vouloir aller à la racine des problèmes nous continuons à élaborer des concepts, nous nous penchons sur ce qui devrait être au lieu de voir ce qui est.

Nous sommes des idéalistes parfois fort sophistiqués, avec des réflexions habiles, complexes voire compliquées.

Des milliers de livres écrits. Intéressants et inutiles.

Des milliers d'idées. Charmantes, désarmantes, subtiles, volatiles.

Je pense donc je suis?

La pensée s'arrête et cela est.

Confort et médiocrité vont de pairs.

Au fond nous ne voulons pas changer.

En toute bonne foi.

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 19:33

Je suis musicien. Jouer avec les sons et les rythmes me fascine depuis mon tout jeune âge.

Pour qui se contente de voir les choses en surface, cela peut sembler puéril...Faire de la musique!.. Alors que tant de gens souffrent? Que les politiques nous mènent en bateau en toute conscience ou inconscience? Alors qu'un mouvement de peur semble étreindre la planète entière? Qu'un repli sur soi paraît, pour un nombre de plus en plus important de citoyens, comme une réponse adéquate aux problèmes qui surgissent! La misère physique, morale et...et...

Pour ma part, la racine de la majorité de nos problèmes, pour ne pas dire tous, se trouve dans notre conditionnement, notre culture dite humaine qui fait que nous nous pensons séparés les uns des autres. Depuis tout petit cette idée nous est transmise de mainte façons à l'école, dans les médias, dans nos familles. À tous les niveaux! C'est l'idée maîtresse et elle est rarement remise en question. Elle domine notre savoir, nos actions. Elle façonne l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes.

Sartre affirmait que l'enfer c'est l'autre. L'autre c'est moi lui rétorquerais-je et ce moi est une illusion!

L'égo n'a pas plus de réalité que ces personnages qui évoluent sur un écran de cinéma. Le problème c'est de croire dans cette illusion...Ce n'est pas la seule! C'est dans l'ordre des choses de la pensée que de créer des illusions. Notre culture accepte et trouve normal de se définir à partir de fantômes. Et nous payons le prix.

Nous sommes un. Il ne s'agit pas d'opiner du bonnet et voir cela comme une idée intéressante, un autre concept intellectuel que l'on remisera dans notre mémoire avec tout le reste. Il s'agit de vivre ce fait, ce qui est une toute autre histoire.

Une faible partie de l'humanité aura compris que nous sommes "un". Pas besoin de vous dire que cette minorité ne fait pas les premières pages des journaux, que ces gens ne font pas le "buz". On ne les entend pas parce que nous ne voulons pas les entendre. Nous préférons nos habitudes. Nous préférons notre confort (physique, intellectuel et moral) même si ce confort rend des millions de gens malheureux.

Cette petite idée (qui n'a aucune valeur si elle reste intellectuelle) par trop révolutionnaire demande un trop grand effort pour être populaire. La perspective qu'elle sous-tend donne le vertige. Vivante, elle rendrait complètement caduque les bases de nos sociétés, bases sur lesquelles se fondent le colonialisme, l'impérialisme ou toutes autres formes de domination pratiquées au jour le jour, dans les plus petites choses.

Que faire avec tout cela? Cette violence inouïe, cette injustice innommable, cette brutalité hallucinante, ce dangereux aveuglement si caractéristique de notre culture? Aveuglement entretenue par notre lâcheté, notre profonde indifférence qui profite à beaucoup de gens et en tout premier lieu à chacun de nous.

Ma goutte d'eau, mon minuscule grain de sable se nomme Da Li. C'est ma façon de dire qu'au-delà des différences, les humains vivent tous les mêmes choses. Le bonheur, la joie, la tristesse, la souffrance n'ont pas de couleurs ni de géographie particulière.

Da Li c'est ma voix. Elle exprime, après plus d'une douzaine de séjours en Chine, ce sentiment d'union que ces voyages m'ont permis de vivre.

C'est un chant, un bruissement à peine audible, un frémissement imperceptible.

Ce n'est pas l'espoir qui m'anime. Je n'ai pas de but.

Il fallait que cela soit fait. C'est tout.

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 22:24

Celui qui vit la réalité d'instant en instant n'a aucun moyen de communiquer cette réalité.

Krishnamurti

Nous n'avons aucune preuve raisonnable, tangible, scientifique, rationnelle que Cela existe.

On en parle beaucoup sans l'avoir connu, on se tait et semble l'avoir rencontré.

Pour lui on a souffert, prié, tué, pleuré, dansé.

On s'est fait écrivain, musicien, peintre, poète pour mieux le célébrer.

On a aussi beaucoup exploité en son nom.

Pour lui on a construit des splendeurs.

On est mort pour lui.

Dieu? L'Amour?

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 21:22

Le souffle des pantoufles est aussi assourdissant que le claquement des bottes: ils trahissent une même servilité, une même surdité.

La musique se tait, s'éteint. Son teint? Blafard.

Du bruit; tesson qu'une gorge juvénile prend pour une mélodie.

Quand on dit: "Regarde!"

Écoute!

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 03:29

D'élection en élection nous sommes conviés à prendre part à cette grande fête de la démocratie. Pendant ces 11 semaines nous allons atteindre des sommets, des hauteurs-je le sens- où l'air raréfiée ne nous permettra de respirer qu'une fois sur deux, remplissant nos poumons de ce vide si caractéristique de la politique politicienne.

Pendant 11 longues semaines les protagonistes de cette aventure prévisible, de cette farce qui ne fera probablement sourire personne, feront semblant de s'opposer, de s'affronter dans des débats insipides, de s'engluer dans des comédies d'échanges de vues.

11 semaines pour faire le tour de ce que l'on connaît déjà. À moins de vivre sur une autre planète. Les médias jubilent, piaffent, s'ébrouent, s'affairent, se mobilisent: des experts vont nous faire croire qu'il y a de la substance à analyser sur 11 semaines!

Théâtre. Mauvais théâtre. Comédie triste jouée par des acteurs de troisième ordre qui n'entendent pas à rire. C'est leur gagne-pain...J'attends une tarte à la crème qui ne viendra pas.

Cinéma. Histoire dont le dénouement est déjà écrit. Quel que soit l'heureux élu...élu!

Aucun changement à attendre de ce côté. Ce qui me fascine le plus c'est de voir tous ces gens qui y croient encore! Insondable naïveté.

Pas de changements donc. Ou alors chirurgicaux, microbiens, moléculaires, atomiques! L'aspirine pour un cancer, le verre d'eau au lieu de l'amputation!

77 jours pour faire du surplace.

1848 heures à vivre sur une balloune.

11 semaines à nous promener...

Tiens, je vais me relire Jules Verne, ça va me dépayser.

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 19:38

"Ceux qui déclarent que l'art ne doit professer aucune doctrine entendent ordinairement par là aucune doctrine opposée à la leur"

Borgès

Les artistes sont rares. Ils l'ont toujours été. L'époque contemporaine a ceci, entre autres, de particulier qu'elle a vu se multiplier des artistes d'un nouveau genre: des professionnels de l'art.

Une fois mise de côté l'activité à laquelle se consacre ces "artistes" (musique, peinture, littérature etc.) plus rien ne les distingue: une fois retiré l'habit d'artiste, apparaît le vulgaire, le plat, le morne, le sans intérêt, le commun. L'inattention dans ce qu'elle a de plus normale.

(Ils font des choses extraordinaires de façon ordinaire alors qu'il me semble plus intéressant de faire des choses ordinaires de façon extraordinaire.)

Ces grands spécialistes du camouflage feront l'affaire de bien du monde en fait. Adepte de la bien-pensance, jamais à contre-courant (ou alors professionnels du contre-courant en tant que "pose"), subtilement adaptés aux valeurs de nos sociétés fascisantes dans la mollesse d'une rectitude morale débilitante, ils ne sont en aucun cas "dangereux".

Ils seront les promoteurs (inconscients dans le meilleur de cas) d'un statu-quo. Sortes d'épouvantails subventionnés s'intégrant parfaitement au paysage, amis des oiseaux de mauvais augure, marionnettes complaisantes des quelques fonctionnaires repus de pensée unique tirant les ficelles de la création et de la nouveauté dans la mesure où celles-ci ne seront pas hostiles à leurs intérêts et leur crédibilité.

Quand la contemporanéité est devenue la seule voie "royale", l'unique chemin menant à Rome, la seule route pertinente et tolérée (totalitaire), celle par laquelle on décidera de la validité d'une oeuvre, l'artiste se doit, il me semble, d'être "anti-contemporain" en endossant pleinement son rôle: celui d'anticorps ou de révélateur.

Celui qui combattra les éléments pathogènes.

Celui qui fera apparaître l'image qui est proposée.

Imposée.

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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 01:12

Ce que tu es maintenant n'est pas ce que tu étais il y a un instant. Ce qui est vivant bouge, se transforme continuellement.

La vie est insaisissable. Comme le feu. On ne peut comprendre la vie. Elle est. Et plus tu voudras la saisir plus elle s'éloignera. La vie est un poisson.

Elle s'évanouit, se fige à la moindre inattention. Le temps d'écrire un mot et te voilà transformée. Le temps de nommer et la voilà partie.

La continuité réside dans la mémoire. Le moi est la mémoire et la pensée s'en nourrit. Penser au futur c'est encore penser avec hier. Penser au présent c'est penser avec il y a un instant.

Le penseur et la pensée ne sont pas séparés. L'un est l'autre.

Derrière tout cela? Le vide. L'origine. La racine et le faîte à la fois. Sans intention, intelligent, au-delà bien et mal. Ce vide qui donne un parfum aux fleurs et des crocs aux carnivores.

Infini devant, infini derrière. En-haut, en-bas, infini. Dans toutes les directions puisqu'il n'y a pas de direction.

Entre l'infini et l'infini?

Un spasme.

Merveilleux spasme qui a le bon goût de ne pas s'éterniser.

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 16:35

Cher John,

La vie est merveilleuse et la mort fascinante.

Ce sont souvent les grandes tensions qui font les grands artistes. Comme tu as dû souffrir! Je suis heureux que tu aies vécu et heureux que ton calvaire soit terminé. Aujourd'hui est l'anniversaire de ta délivrance, je ne peux que me réjouir.

C'est un peu égoïstement que je te reprocherais d'être trop tôt parti...ou c'est peut-être moi qui suis né trop tard!

À mes yeux tu es encore, six pieds sous terre, bien plus vivant que bien des vivants de mon époque. On a jamais fait autant de films sur les vampires et les zombies, ça doit sûrement dire quelque chose!

Mon époque...Si tu la voyais...Si tu la vivais...Quoi? La tienne était pas mal aussi? La guerre mondiale, Hiroshima, le Vietnam, la guerre froide...Oui, c'est vrai, tu as vécu tout cela...Tu as connu ces horreurs...

Tu voulais la paix, ils faisaient la guerre, tu jouais la vie, ils semaient la mort.

Je vais te dire, leur semence a fait des petits, tout ça a pris racine! Faut dire que le terrain est propice...L'ignorance et la peur sont des soeurs qui s'engendrent!

Tu vois, on a des images claires de Pluton depuis peu mais de nous-mêmes...On ne voit pas grand chose! On pense encore que le bonheur est à des milliards de kilomètres! Notre regard porte beaucoup trop loin si je puis dire!

Je te l'ai dit, le terrain est propice!

Oui John, la vie est fascinante et la mort merveilleuse!

Bises!

Yannick

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 20:05

Tout d’abord et à l’instar de Normand, je serai obligé de convenir d’une idée, celle qu’éduquer est de rendre l’humain libre. Nous allons supposer que l’ensemble de la profession comprend et souhaite cela.

Constat

Notre époque est bruyante. Nous sommes bruyants à « l’intérieur » comme à l’extérieur. Nos cerveaux s’affolent, notre parole perd en qualité ce qu’elle a gagné en quantité. Collectivement nous sommes confus, perdus, brouillons, impuissants, hésitants, éparpillés. Le vide, le calme, la lenteur, le silence sont devenus des spectres qu’il faut à tout prix éviter, des pièges dans lesquels s’il fallait s’y prendre trop fermement, feraient de nous, aux yeux de la plupart de nos contemporains, des sous-humains, des humains ratés, dépassés, non performants, ringards, anachroniques.

Écouter - le goût du silence

Pour répondre à cette hystérie collective je crois que, dans un premier temps, il serait sage de réapprendre à écouter, redonner le goût du silence. À mon avis ce serait une première étape à franchir, une base sur laquelle tout le cursus scolaire pourrait s’appuyer. Le cours de musique deviendrait un moyen d’aborder l’écoute avec la conscience qu’elle est un outil qu’il faut redécouvrir et affuter constamment. De plus, l’art d’écouter-car c’en est un-, servira pour toutes les matières et pour toute la vie, dans toutes les circonstances.

Durant un séjour en Chine où j’enseignais la musique j’ai tenté une petite expérience. J’ai demandé aux étudiants de prendre en note tout ce qu’ils entendaient au cours d’une marche que nous prenions ensemble. Les résultats furent intéressants. Là où des dizaines de sons pouvaient être perçus, seulement 7 ou 8, en moyenne, étaient notés.

Or étudier et/ou faire de la musique c’est d’abord écouter. Attentivement.

Entendre c’est subir, écouter c’est agir

Écouter c’est s’arrêter, se taire, prendre le temps, se fondre, suspendre la pensée, celle qui juge, jauge, évalue, analyse, compare, mesure. Que de choses doivent mourir pour parvenir à cet état de réception ! Écouter c’est observer et il n’y a d’observation totale que quand le « moi » est absent. Qu’on me comprenne bien ici, il n’est pas question de pseudo-ésotérisme et son fatras mais bien d’un état que beaucoup de musiciens, entre autres, connaissent : la disponibilité.

Écouter c’est aussi aller vers l’autre, sortir de soi ; que ce soit la musique, les paroles de quelqu’un, les sons et bruits qui nous environnent. Écouter c’est être attentif, présent au monde dans lequel nous évoluons. De cette écoute totale, fille de l’attention, naît l’intelligence. Et cette intelligence opérera dans toutes les sphères de notre vie.

Quand nous aurons bien fait sentir, comprendre ce qu’écouter signifie, suppose et engendre, nous pourrons alors aborder l’enseignement de la musique à proprement parler ou tout autre matière avec un regard (une oreille ?) neuf.

Choix et liberté

À supposer qu’une majorité de décideurs, d’éducateurs et autres spécialistes auront porté l ‘écoute au niveau d’un art, les réponses quant au comment enseigner la musique ne seront plus des choix mais des évidences nées de cette intelligence issue de l’attention.

Nous pensons, à tort, que pratiquer des choix est le résultat de la liberté en action. Si notre perception est pure, que nous sommes lucides, il n’y a pas de choix. Ce n’est que dans le doute et l’incertitude que nous commençons à choisir. La liberté ne peut coexister avec la confusion.

L’angle choisi pour enseigner une matière dépend de ce que l’on souhaite réaliser à travers cet enseignement.

S’il s’agit de montrer quoi penser on penchera vers une éducation axée sur des connaissances théoriques. S’il s’agit de montrer comment penser on ira vers plus de créativité, d’expérimentation, de développement de la sensibilité etc. Les deux enseignements pouvant cohabiter.

Une éducation qui formerait des gens sachant vraiment écouter accoucherait dans le même temps de rebelles, parce qu’intelligents, donc sensitifs et pacifiques. Libres.

Et cela est hors de question, n’est-ce pas ?

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