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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 15:20

Le vert des montagnes s'harmonise magnifiquement avec le gris du ciel. La légère brume qui enveloppe le paysage nous donne un subtil rappel des nuages. En fait, c'est comme s'il n'y avait pas de nuages. Le ciel est uniformément gris comme un ciel peut être bleu. De grands oiseaux tracent des cercles dans les airs pendant de longues minutes profitant des quelques courants chauds et du vent. À peine s'ils esquissent quelques battements d'ailes. Comme ces oiseaux qui ornent les fils électriques qui longent la routes, par centaines, ils donnent l'impression de tenir un dernier conciliabule avant de quitter le Québec vers des contrés moins froides. Ainsi, chaque année, irrémédiablement, le cycle continue. Les saisons passent.

 

Elle faisait de grands efforts pour paraître. Toute son énergie passait en calculs, le moindre mot qui sortait de sa bouche était soupesé, analysé avant d'être émis. L'impact que pouvait avoir son discours ou ses gestes étaient savamment dosés pour donner une impression de politesse, de bonne éducation, de savoir vivre, d'adulte responsable et sympathique. Le masque de bonté qu'elle portait depuis toute petite était devenu une seconde peau, un second visage. Elle avait été éduquée dans ce sens. Ne rien laisser paraître. Cacher. Ne pas voir. Éviter, contourner, refuser, trouver des refuges confortables, sans danger pour l'image qu'elle s'était forgée au cours de toutes ces années. C'était devenu une seconde nature, je veux dire qu'elle était devenu une seconde personne. Celle du dehors et celle du dedans. 

 

Heureusement pour elle, elle vivait dans une société qui fonctionnait de même. La société du dehors, avenante, tolérante, bon enfant, acceuillante cachait en elle des élans qui aurait fait frémir toutes personnes un peu observatrices et perspicaces. La jalousie, l'envie, les ambitions secrètes non dévoilées et coupables, le manque de courage de voir et dire, tout ça formait une espèce de magma souterrain, un sable mouvant qui engloutissait toute personne qui aurait voulu taper trop fort du pied. La charité qui masque une forme de pouvoir sur l'autre était perçu comme la marque des hautes âmes, des gens qui ont réussi et qui partagent, qui ont une (mauvaise?) conscience. Chacun avait ses pauvres comme on a un chien.

 

Les quelques personnes qui osaient parler franchement étaient taxées de "chialeuses" ou violentes. On les écoutait d'une oreille compatissante, un peu comme ce prêtre qui vous écoute lors de la confession, mais de haut.

 

-Quoi? Comment? Non...Vous exagérez...Vous êtes négatif, je ne veux pas vous cotoyer.

-Mais enfin...Regardons-nous! Nous sommes misérables! Médiocres et si sûrs de nous, de notre façon de vivre...Nous acceptons des choses normalement innaceptables! L'injustice pernicieuse qu'on nous explique avec des chiffres, calmement, cravaté, les horreurs qu'on regarde le soir aux nouvelles en sirotant une bière...

-Ah!...C'est vrai que chez les autres, c'est horrible...Comment font-ils pour vivre et supporter toutes ces misères...Moi, si j'étais eux...

-Mais vous êtes eux! Nous sommes eux! Comment osez-vous prétendre être heureux pendant qu'eux subissent toutes ces...Pourquoi sommes-nous devenus si insensibles? De quoi sommes-nous si fiers? Pourquoi ce contentement si mesquin et, au fond, criminel?

-Vraiment, vous êtes infréquentable...Devrais-je sacrifier mon confort pour venir en aide à des gens que je ne connais même pas?

-On pourrait peut-être commencer par les écouter...Je ne sais pas...On devrait peut-être commencer par se regarder...

 

Je me réveille avec un mauvais goût dans la bouche. Quel cauchemard...C'est fou ce que le cerveau peut nous faire dire en rêve lorsqu'on s'oublie...Allez! Un bon café et la journée commence!

 

Le vert des montagnes s'harmonise magnifiquement avec le gris du ciel. La légère brume qui enveloppe le paysage nous donne un subtil rappel...

 

 

 

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 12:49

J'entend le vent qui glisse sur le toit et fait frémir la maison. Elle frissonne comme moi. Des oiseaux tentent de remonter ce souffle pour se diriger vers le lac et font du surplace dans les airs, battent des ailes presque avec rage. Ils ne chantent pas, trop occupés qu'ils sont à contrer ce vent froid. Le vent du nord. Tout à coup, quelques oiseaux font volte face et disparaissent à une allure folle, emporter par le noroît. Le reste suit. En quelques secondes le ciel est déserté, vide. Ne reste que la plainte des arbres qui ploient sous le vent. Le ciel est bleu tacheté de nuage gris hauts et presque immobiles. Parfois je me sens comme ces oiseaux qui cherchent à remonter ce vent.

 

On lutte, on espère, on se bat, crie, pleure, perdu dans la tourmente. On se fixe des buts, des objectifs, on rêve d'un futur qui fuit devant nous, inatteignable et improbable. Et on souffre parce que le présent est rarement à la hauteur de ce futur imaginé. Puis, un jour, on cesse de lutter, on se laisse emporter par ce vent et tout redevient calme. Calme car avec le tumultueux souffle, dans le même sens. Tout semble s'arrêter et nous filons, nous devenons le vent, faisons corps avec lui. Le combat cesse et tout s'accélère. Nous cheminons, sans laisser de traces.

 

Vendredi. Pendant la pause qui suit le teste de son (soundcheck), vers 18:00 heures, je décide de prendre une marche dans le centre ville de Montréal, à deux pas du Gésù. Un vendredi comme les autres avec ses voitures, ses marchands et boutiques d'où une musique tonitruante vous invite à venir consommer. Dépanneurs, magasins et vitrines remplies de tee-shirts et gadgets pour touristes happent les piétons dans un brouhaha indescriptible. Des musiciens gueulent et grattent leurs guitares, tapent désespérement sur leurs tambours dans ce fouilli, apparemment insensibles et indifférents à l'indifférence des passants.

 

Dans cette tempête de sons et de bruits j'entends une douce mélodie au loin, un carillon, timide, jouant de petits airs classiques. Je m'approche et cherche à savoir d'où ces sons peuvent bien provenir. La St-James United Church, coincé entre deux molosses, deux immeubles qui semblent vouloir accompagner cet église comme des policiers accompagnents un voleur après son forfait se tient debout un peu en retrait de la rue, s'excusant presque d'exister encore. Perdues et d'un autre temps. Anachronique par son architecture et sa musique, sorte de chant, de plainte presque craintive que son carillon nous donne à entendre. J'ai comme un élan de compassion et de tristesse devant cette voix que plus personne n'écoute. Cette voix, je la connais. C'est celle des exclus, des perdants, des mendiants, c'est la voix qu'on ne veut pas entendre parce qu'elle pourrait être la nôtre. On devient sourd devant le malheur de nos frères et soeurs, trop occupés à remonter ce vent qui souffle de plus en plus fort.

 

Le rouleau compresseur de la modernité fait son chemin, écrase tout sous lui, ne laissant sur son passage que de faibles plaintes agonisantes. 

 

Le vent s'est calmé, le ciel est gris et bas maintenant. Une pluie fine arrose doucement la terre. Les feuilles esquissent un pas de danses en tombant, virevoltent et viennent toucher le sol délicatement. L'hiver approche. 

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 13:57

Lu dans le journal de Montréal du 27 septembre...Génocide naturel en Somalie! Nos humoristes ont un grand coeur mais s'ils veulent vraiment aider la Somalie, il faudra commencer par s'intéresser vraiment à ce qui s'y passe au lieu de répéter bêtement les stupidités onusiennes. Ceci dit, une partie (combien?) de l'argent amassé lors du spectacle-bénéfice de mardi passé animé par Louis-José Houde apportera une aide à ce pays dévasté. 

 

Encore une fois, les bons sentiments ne remplaceront jamais la justice. Comprendre pour mieux aider...

 

La famine qui sévit actuellement en Somalie a des causes pas seulement "naturelles", comme le souligne l'ONU mais aussi causée par la politique de balkanisation que pratique les États-Unies depuis plus de 20 ans maintenant dans ce pays.

 

Cette pratique utilisée dans plusieurs autres pays vise à les maintenir faibles et non organisés afin de pouvoir plus facilement tirer les ficelles... 

 

La Somalie, victime de la première "ingérence humanitaire" en 1992 (Restore hope), qui était en fait une invasion militaire pour contrôler le pays riche en pétrole, résista tant et si bien que les Américains durent se replier. Depuis ce temps, il n'y a pas de véritable gouvernement en Somalie si ce n'est un gouvernement fantoche, évidemment pro-Américain, qui n'a pas un véritable soutien du peuple somalien. 

 

Ce que vise pour l'instant les États-Unies et les puissances occidentales n'est pas l'exploitation du pétrole mais un ralentissement et un affaiblissement du pouvoir de négocier de ce pays avec d'autres pays comme la Chine ou l'Inde. Au moment où il était président du gouvernement de transition (pourtant soutenu par les USA), Abdulah Yusuf, fit un voyage en Chine afin de leur vendre le pétrole Somalien. Ce voyage provoqua tout un émoi aux États-Unies et en Europe. 

 

Des raisons stratégiques expliquent aussi le maintien de la Somalie dans le chaos. Sous prétexte de combattre la piraterie, l'OTAN maintient une force navale qui contrôle une grande partie de l'océan Indien. Une Somalie forte et unie pourrait développer des relations économiques avec l'Inde et la Chine, ce que les USA et l'Europe ne souhaitent pas...Nelson Mandela, lorsqu'il était président de l'Afrique de Sud, avait évoqué la nécéssité d'un changement de paradigme dans l'Océan Indien (Kenya, Madagascar, Tanzanie, Zanzibar) afin que ceux-ci puissent développer des relations économiques fructueuses avec les pays asiatiques.



Source : Wikipedia

De plus, du fait de la faiblesse de la Somalie, plusieurs compagnies viennent déverser leur produits toxiques au large des côtes somaliennes (3,300 kms!), créant une pollution qui a détruit une grande partie des revenus des pêcheurs et cause des maladies aux gens qui vivent sur le littoral. La piraterie est une réaction à ce problème mais ça, on ne nous le dit pas...

 

Imaginez deux minutes qu'on viennent déverser des produits toxiques dans le St-Laurent, que la population commence à tomber malade, que nos crevettes de Matane ou notre homard des Îles-de-la-Madeleine soient impropres à la consommation...Quelle serait notre réaction?

 

Une famine effroyable sévit en Somalie, la pire depuis 20 ans. Causée par la sécheresse mais aussi et surtout par la politique désastreuse et criminelle qu'on y pratique. 

 

Il est évidemment tout à l'honneur de nos humoristes d'apporter leur soutien à ce peuple mais ce n'est pas l'unique (et peut-être la meilleure) façon de le faire.

 

"Tout ce qu'on peut faire, affirme Louis José Houde, c'est ammaser des sous et leur envoyer". Pas d'accord. On peut essayer de comprendre. Mais pour ça, il faut investir du temps et ne pas se contenter d'apaiser notre conscience avec des soirées-bénéfices qui ne régleront pas les problèmes de fond.

La charité est certainement utile à court terme. La justice vise le long terme.

 


 


 


 

 

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 12:30

Conférence donnée par Bill Gates dans une école. Résumé et extraits de quelques points, suivi de mes commentaires sur ces points.

 

Les bons sentiments et enseignements politiquement corrects créent une génération de jeunes avec aucun concept de la réalité (la réalité selon Bill Gates...). Ces concept les prédisposent à l'échec dans un monde réel (ce monde peut et doit être changé). 

La vraie vie selon Bill:

Règlement 1 : La vie est injuste, habituez vous!

Règlement 2 : Le monde se fout de votre amour-propre. Le monde s'attendra à ce que vous accomplissiez quelque chose AVANT que vous ne vous félicitiez vous-même.

Règlement 3 : Vous ne gagnerez pas $60,000 l'an en sortant de l'école. Vous ne serez pas vice-président avec cellulaire fourni avant d'avoir gagné ces deux privilèges.

Règlement 4: Si vous croyez que votre professeur est dur avec vous, attendez d'avoir un patron.

Règlement 5 : Travailler, par exemple, dans une friterie n'est pas s'abaisser, vos grands-parents avaient un mot différent pour ça : ils appelaient ça une opportunité.

Règlement 6: Si vous gaffez, CE N'EST PAS LA FAUTE DE VOS PARENTS, arrêtez de chialer et apprenez de vos erreurs.

Règlement 7 : Avant que vous naissiez, vos parents n'étaient pas aussi ennuyants qu'ils le sont maintenant, ils sont devenus comme ça en payant vos factures, en nettoyant vos vêtements et à vous entendre raconter comment bons et cool vous vous croyez. Ainsi, avant de sauver les forêts tropicales des parasites de la génération de vos parents, commencez donc par faire le ménage dans la garde-robe de votre propre chambre.

Règlement 8 : Votre école s'est peut-être débarrassée du système gagnant-perdant, mais PAS LA VIE. Dans certaines écoles, on a aboli les notes de passage et on vous donne autant de chances que vous voulez d'obtenir la bonne réponse. Ceci ne ressemble d'aucune façon à la vraie vie.

Règlement 9 : La vie n'est pas divisée en semestres. L'été n'est pas une période de congé et très peu d'employeurs sont disposés à vous aider à VOUS TROUVER, faites ça sur votre propre temps.

Règlement 10 : La télévision n'est pas la vraie vie. Dans la vraie vie, les gens quittent le café et vont travailler.

 

Mes Commentaires (attention! de l'humour s'est glissé parfois dans ce texte...)

1-Le premier point commence plutôt mal. Il y a deux sortes d'injustices: celle de la nature et celle des hommes. Celle de la nature, nous devons, en effet, nous habituer. Naître avec plus ou moins d'intelligence, de facultés, quelles qu'elles soient est injuste et inéluctable, nous devons faire avec ce dont mère-nature nous a pourvu. Celle des hommes est à combattre jusqu'à la dernière énergie. Monsieur Gates voudrait que l'on accepte et s'habitue à nos conditions de vie plus ou moins misérables, l'effroyable injustice causée par la rapacité d'une nouvelle caste de financiers qui ruinent notre avenir collectif. Non Monsieur Gates, jamais nous nous habituerons à cette injustice.

 

2-Le monde se fout de votre amour-propre. Le monde se fout du monde devrait-il dire. L'indifférence générale envers nos voisins, nos compagnons et compagnes, nos collègues de travail, "l'autre" en général, sert beaucoup les gens qui nous dirigent, patrons et gouvernements. Il est beaucoup plus facile de contrôler des individus isolés que des groupes organisés. Séparer pour régner est vieux comme le monde! Notre société est bâti autour de projets individuels nourris par l'ambition, l'individualisme et l'égoïsme à la plus grande joie des dirigeants.

 

3-Si votre but dans la vie est de gagner $60,000 par an avec cellulaire fourni par le patron ou devenir président de je ne sais quel business vous êtes déjà mort. La vie est mille fois plus excitante et riche que cela!

 

4-Arrangez-vous pour être votre propre patron. Si votre patron est dur, ambitieux et prêt à beaucoup de choses pour "arriver" dites-vous bien qu'il est un pauvre diable qui n'a rien compris à la vie. Offrez-lui un verre...Et parlez-lui du ciel, des arbres, de la douceur de vivre, de la couleur de la pluie et du vent...Faites-en un humain...Rendez-le sensible...

 

5-Travailler dans une friterie...Bien sûr, quelle opportunité...pour le patron. Quand Bill Gates parle de friterie, il parle de Mcdonald, Harveys et autres multinationales. Voilà de belles opportunités qui vous apprennent un vrai métier, de vraies valeurs comme comment vivre et rester pauvres pendant que la compagnie réalise des millions en profit. D'ailleurs, elle gagne ces faramineux profits parce que vous êtes exploités...mais ça...il faut s'habituer...

 

6-Si vous avez eu une bonne ou mauvaise éducation, c'est la faute de vos parents. Si vous n'apprenez pas de vos erreurs c'est qu'ils n'ont pas appris des leurs.

 

7-Vos parents étaient probablement aussi ennuyants avant que vous naissiez et pas assez responsables pour se protéger alors qu'ils faisaient l'amour. Si vous sentez que vous êtes un fardeaux pour vos parents c'est qu'il sont perdus, tout comme vous. Offrez-leurs un verre et...

 

8-Gagnant-perdant...Qui perd quoi et qui gagne quoi? L'argent, le pouvoir, la réussite personnelle? Quand on perd c'est la société qui perd. Gagner de même. Quelle affreux concept: gagner pour soi. Perdre pour soi.

 

9-Après avoir passé toute la journée à vendre des frites vous pouvez vous trouver...Merci Bill!

 

10-Là, je suis d'accord avec notre philosophe milliardaire. La télévision n'est pas la vraie vie. Mais ce que propose Bill Gates ne l'est pas non plus.

 

L'organisation de notre société est faite de choix et peut être changée. Ce n'est pas une chose qui est "naturelle" et inéluctable.

 


 

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 16:17

Le ciel rougeoit. Des nuages gris courent, se sauvent avant que le soleil ne les rattrape. Quelques oiseaux chantent dans la cîme de l'arbre qui pousse près de la maison. Un camion passe, les oiseaux se taisent mais reprennent leurs chants aussitôt le mastodonte passé. Nous sommes parfois ce camion qui passe, indifférents, bruyants, rapides et efficaces. Lourds.

 

Être Québécois, Canadien, Italien ou Américain, Catholique, Protestant, Hindouiste, Communiste. S'identifier avec quelque chose de plus grand ou large que nous nous donne une certaine satisfaction, un sentiment de sécurité. Appartenir à un groupe, une idéologie, un parti politique ou quelques organisations que ce soit sont pourtant la cause de beaucoup de malheurs et de guerres, de conflits et de mésententes. Nous sommes responsables de ce fait par notre désir de nous regrouper, de vouloir posséder, de nous identifier à nos idées et nos avoirs. Tôt ou tard nous aurons à défendre toutes ces choses et ces idées car nous sommes convaincus qu'elles sont nôtres, qu'elles nous définissent.

 

Or, nous ne sommes que de passage sur cette planète. Nous en sommes responsables mais n'en sommes pas propriétaires, tout comme nos enfants. Le problème n'est pas de ne rien avoir (on a tous besoin d'un toit!) mais de s'identifier avec nos avoirs. Être détaché de tout, amis, maisons, métier que l'on pratique, idées que l'on a etc. ne signifie pas être indifférent ou ne pas avoir d'idées! Cela signifie que l'on a rien à défendre. Tenir à ses idées, sa pensée comme à ce que l'on possède est absurde. On emporte avec soi ni maison ni idée. Par contre comprendre (qui n'est pas accumulation de savoir) reste la clé d'une vie. Garder la passion et la capacité de vouloir comprendre les gens, les choses, les relations et tout ce qui fait la vie permet de rester vigilant. Perdre cette capacité de s'abandonner fait de nous des adultes...dans le mauvais sens du terme. Calculateur, froid, souvent rempli de cette prétention, cette fausse supériorité que donne l'accumulation de savoir, sûr de lui, cachant ses doutes parce que pour lui faiblesses...

 

Si, pour moi, être Québécois, par exemple, est quelque chose auquel je crois et m'identifie, je devrai défendre ce pays, cette idée, et je me sentirai différents des autres parce que convaincu que ce mur (le fait de se penser Québécois) est réel. Les différences culturelles qui font que nous voyons les choses de tel ou tel façon suivant que l'on provient de tel ou tel pays sont superficielles par rapport au fait que nous sommes d'abord humains. Le fond reste identique. J'aime, je souffre en tant qu'humain et non en tant que Japonais ou Grec ou que sais-je. La joie et la peine sont identiques partout. La jalousie, l'envie, le rire, l'intelligence de même. Et beaucoup d'autres choses.

 

Prendre conscience de ce fait donne beaucoup de liberté et rend caduque cette vision qu'il y a quelque chose qui fait de nous des êtres "à part", coupés et différents des autres. Nous sommes unis et uniques! Différents sous certains aspects mais identiques sous d'autres et j'ai cette forte impression que ce qui nous unit est essentiel, constitue la base de l'humain. En nous concentrants et identifiants avec nos différences nous construisons un monde qui devient invivables. Il suffit d'observer un peu autour de nous pour voir ce fait. 

 

C'est tout un choeur (coeur?) d'oiseaux qui égaie maintenant la cour. Sur le toit d'une maison voisine des pigeons en rang d'oignons attendent que le soleil réchauffe leurs corps avant de prendre leur envol. 

 

 

 

 

 

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 17:17

Nous sommes dans l'ère du "faux" exhibitionisme. Se montrer. Mais pas n'importe quoi! Nous vivons dans l'ère du faux. La surface, le superficiel sont devenus plus importants que le fond. Cacher et dans un même temps montrer sont devenus le sport national. Cacher avec virtuosité, dans l'élégance. Éviter. Vivre de non-dits parce que dire, regarder et voir est trop douloureux. Nous nous sommes bâtis des images de nous-mêmes, belles, recevables, "politiquement correct". Il y a longtemps que le miroir a été cassé ou déformé par notre peur du vrai. 

 

En même temps, existe un exhibitionisme, un désir de montrer à quel point nous sommes "libres", avec une tolérance (mot qui cache finalement notre incapacité à réelement partager des points de vues différents: on accepte pas la différence mais on la "tolère"), une ouverture sur l'autre idéales, qui méritent l'admiration des autres etc. Dans le fond tout ceci est bien misérable et empêche l'évolution de notre société...Pas besoin, nous sommes si exemplaires...

Comme par exemple, montrer son corps, ses fesses, poser nu...la grande mode!

 

Nous sommes imbus de nous-mêmes. Voilà le fond.

 

-Miroir, dis-moi qui est la plus belle?

-Tu me poses la question en exigeant une réponse qui confirmera ta vanité! Et si je réponds que tu n'es pas la plus belle, tu me casseras...

Voilà, globalement où nous en sommes. Une société qui ferme les yeux sur elle-même ne peut évoluer. Ou qui regarde dans une direction qui n'engage qu'à peu de chose, l'épiderme des problèmes. Une personne qui ferme les yeux sur elle-même ne peut évoluer. Ou alors trouver un entourage complaisant qui, lui aussi aveugle par faiblesse, confirmera continuellement sa grande valeur. Bien sûr, les qualités sont là. Personne n'est complètement mauvais ou bon, nous avons des côtés positifs en tant que groupe et individu. 

 

Imaginez un automobiliste qui fait une crevaison, s'arrête sur le bas-côté, sort de sa voiture et au lieu de voir le problème, fait l'apologie des trois roues encore valides...On le prendrait pour un imbécile! On se gausserait de son incapacité à voir la réalité! Le résultat est évident: tant qu'il ne regardera et corrigera son problème, il fera du surplace. Il n'avancera pas.

 

Cettte pauvreté de vision, ce désir maladif de ne voir que ce qui nous arrange, cette propension à ne pas vouloir réellement communiquer (c'est-à-dire mettre en commun), aboutissent à former une société basée sur l'hypocrisie.

 

Combien de fois nous avons dû "subir" ces sourires faux, ces discussions qui cachent un abîme, qui évitent la réalité, tournant autour du pot, sinueuses à rendre malade. Si par malheur vous rentrez dans le vif du sujet, on vous traite de personne dure voire violente, on exhibe et se cache derrière ces épouvantails, montrant à quel point on est tolérant et pacifique...

 

Ou alors on vous fait un "beau" sourire et vous ignore...

 

Ce que j'écris, je le fait parce que je vois mes filles qui, déjà à 10 ans, utilisent parfois ces stratagèmes. Je vois toute la pression et le poids des mauvaises habitudes qu'une société, nos familles et gens proches peuvent faire peser sur nos enfants. Je pèserai de toutes mes forces, mettrai mon poids et ma conviction à leurs (mes filles...et les autres) faire voir et comprendre que cette façon de faire n'a pas d'avenir.

 

La cécité volontaire et organisée.

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 14:01

Levé avec le soleil ce matin. Un jour qui commence avec toute sa fraîcheur. Tout est nouveau à chaque matin, comme si la nuit avait lavé, nettoyé le jour d'avant. Le monde commence tous les matins. C'est le premier jour et le dernier, le seul. Il passe et jamais plus ne reviendra. Il y a une grande beauté dans tout ceci.

 

Les corbeaux se réunissent par centaines au bord du lac depuis quelques temps, à tous les soirs. Le matin, ils repartent dans la forêt pas très loin d'ici. J'entends leurs craillements qui enveloppent la douceur matinale. Pour être bruyants, ces sons ne sont pas ceux que les machines émettent, ils font corps avec la nature, ils sont la nature. J'aimerais pouvoir faire une musique qui fasse partie de cette nature, comme j'en suis loin.

 

Le jazz, musique urbaine. Musique qui parfois, se veut revendicatrice, c'est son origine, elle est née pour cette raison. Sa mère c'est la misère, l'étouffement, la castration d'une race sur une autre et le désir de crier cette injustice, c'est la voix de l'homme qui ne peut être contenu. Voilà les origines de cette musique. Un cri. Un appel. Ce n'est pas un style, c'est le réflexe de l'humain devant la chape qu'on lui impose, quelle qu'elle soit. C'est l'animal qui se cogne aux barreaux de sa cage jusqu'à se blesser. Vivre libre ou mourir. Le jazz, c'était ça. La douleur mis en musique. La liberté mis en musique.

 

Bien sûr, aujourd'hui le jazz se consomme (qu'elle mot affreux lorsque appliqué à la musique...ou à la culture en général!) assis confortablement ou avec un hot-dog dans les mains. La plupart des musiciens de jazz sont devenus des entrepreneurs qui s'occupent de leur propre propagande, de leur publicité, techniciens habiles se frottant aux donneurs de subventions, aux programmateurs, diplomates, souriants...Tellement cools! Spécialistes et insignifiants, plein de savoir-faire et virtuoses du je-ne-veux-pas-le-savoir-si-c'est-pas-bon-pour-ma-carrière. Un bon toutou qui aime sa laisse, qui mange ce qu'on lui donne sans jamais se plaindre. Le bon jazzman est celui qui ne revendique pas. Comme les temps changent.

 

Le jazz s'est embourgeoisé. Attention! De magnifiques réalisations sont encore possibles et il s'en fait! Quand je parle de revendiquer, je ne parle pas forcément de sortir dans la rue avec pancartes ou vociférer inutilement, je parle de résistance. Résister c'est être debout, faire savoir qu'on peut jouer le jeu mais que ce n'est qu'un jeu et que ce jeu est pris pour ce qu'il est:un jeu! Brassens, ce doux anarchiste, racontait qu'il traversait la rue aux endroits où la loi le permettait pour ne pas avoir à faire avec la police...Voyez ce que je veux dire?...Affirmer doucement, comme l'eau contourne la pierre et la sculpte au fil du temps. La force de l'apparente faiblesse, c'est le temps.

 

Le vent sculpte les montagnes.

Le chêne et le roseau, vous souvenez-vous?

 

Les corbeaux croassent et passent par groupes au-dessus du village.    

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 15:47

Le grand danger, lorsqu'on écrit, c'est de se noyer dans les mots. On peut facilement se regarder écrire comme on peut s'écouter parler. Le lyrisme en écriture, comme en musique, doit s'appuyer sur une véritable émotion. Vient la discipline qui est inhérente à cette sensibilité, qui n'est pas affectation. Manquer de sincérité dans ces domaines (écriture, musique) donne des musiciens verbeux ou des écrivains "prolifiques" mais inutiles. Cet amour du vrai doit être la base de tout art et de toute vie. Ce que je nomme passion. Nous pouvons passer une vie à paufiner notre technique d'écriture, oratoire ou musicale sans jamais toucher ou s'approcher de l'essentiel. On peut passer une vie à détourner le regard sur nous-même.

 

J'ai déjà écrit que les mots peuvent être des pièges, certes, mais ils sont aussi des indicateurs, des fenêtres ouvertes sur le réel. Avec les mots, il est possible de s'approcher très près des choses mais jamais ils ne sont "la chose". La poésie est peut-être la façon la plus adéquate pour faire sentir certaines émotions, encore faut-il être assez sensible, donc intelligent, pour lire entre les lignes comme on écoute entre ou derrière les notes en musique. Le poète, comme le musicien, doit faire sentir sa bonne foi, sa sincérité avant tout. C'est quelque chose de simple et c'est justement là la difficulté.

 

Combien de musiciens se perdent dans leur technique, préoccupés par le savoir-faire, le comment-dire au lieu de se demander si ils ont quelque chose à dire. Jouer pour ne rien dire est aussi inutile que parler pour ne rien dire. Tout aussi bruyant, et je ne parle pas de décibels! Il est facile de tromper l'auditeur car lui aussi ne sait pas trop de quoi il en retourne...Cela donne des aveugles qui parlent à des sourds ou vice-versa ou les deux...

 

Voguer dans l'à-peu-près, le peut-être, le oui-mais, ce fameux "flou artistique" sert trop souvent de masque à notre manque de courage. Connaître soi-même. Combien de faux-fuyants, de chemins détournés, de raisons "bidons" ne prend-on pas pour s'éviter. Ne s'appuyer sur personne, ni ami, philosophe, penseur, musicien, poète. Ce chemin, il n'y a que nous pour le prendre et c'est ce qui en fait toute sa beauté. Se casser la gueule honnêtement vaut bien des pages lues qui resteront de la "théorie", un passe-temps agréable et une vision des choses de seconde mains. On pourra accumuler ainsi quantité de savoir et cette accumulation ne fera qu'épaissir notre carapace, enflera notre égo, cette barrière qui nous sert de défense et derrière laquelle on se réfugie pour justifier notre ignorance et ne pas se comprendre soi-même est l'essence de l'ignorance.

 

Oui, la musique, les mots peuvent être des fenêtres qui ouvrent sur autre chose. Les mots pour les mots, la musique pour la musique ne font que participer au chaos. 

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 15:16

Cette année passée en France a été l'occasion pour moi de passer par des émotions et expériences diverses, autant positives que négatives, une espèce de brisure dans la vie d'un adolescent d'une petite ville industrielle du Québec. Cassure salutaire, formatrice, difficile, riche sous plein d'aspects, décourageante parfois.

 

À 12 ans, je finissais ma 7ième année avec des résultats scolaire plutôt bons. Le système scolaire, déjà à cette époque, demandait peu d'effort, ménageait les étudiants que nous étions, était peu exigeant voire laxiste. Je le regrette encore aujourd'hui par mon anglais aproximatif, ma mémoire peu efficace...J'ai lutté et lutte encore contre des habitudes prises dans cette période où le cerveau emmagasine tellement rapidement et facilement!

 

Un exemple? J'avais 4 ans d'anglais derrière moi lorsque mes parents m'ont inscrit au Lycée. Mes camarades de classes français avaient quant à eux 2 ans d'études de cette langue. Tout le monde fut très surpris de voir que je ne pouvait suivre ce cours car trop avancé pour moi. De plus, mes camarades étaient persuadés que, venant du Canada, je savais parler courament ces deux langues vu mes origines "américaines"...Il a fallu qu'on me mette dans une classe en-dessous et pas uniquement dans cette matière! Honte sur moi! J'étais donc le plus vieux de ma classe...et encore le plus faible! On appelle cela une claque dans la figure...J'ai mis du temps et pas mal de travail pour rattraper le temps que l'on m'avait fait perdre au Québec.

 

Quand je vois l'attitude, le manque de sérieux dans le contenu des cours et le travail demandé à mes filles aujourd'hui, je dois dire que je suis estomaqué par la faiblesse et le peu d'exigence que l'école, en général, demande. Il faut dire que les professeurs sont mis dans des situations où, eux aussi, sont victimes de tout ce système qui fabrique des ignorants tout juste bon à fonctionner dans notre société. C'est peut-être, après tout ce que l'on souhaite: des citoyens assez ignorants pour se satisfaire de la société dans laquelle ils vivent, sans trop demander ni exiger!

 

La famille est première responsable de ce fait. J'ai eu l'immense chance d'avoir des parents qui lisaient, écoutaient de la musique, faisaient du théâtre, voyageaient. Ma mère peignait (et peint encore), mon père, avec l'aide de ma mère, passionnés de bateaux (à voile), rêvaient d'aventure et, soutenu par la passion et l'énergie que sa conjointe portait également en elle, se sont construit deux bateaux (11 et 12 mètres) et ont navigué avec ceux-ci.

 

L'enfant sensible que j'étais s'est imprégné de leurs passions, observant de loin toutes leurs activités. C'est le plus bel héritage qu'un enfant puisse avoir, la passion pour la vie, quels que soient les actions qui découlent de cette passion. Faire, bouger, être curieux, aller voir, ne pas se satisfaire.

 

Combien de fois j'ai vu (surtout entendu...) mon père se mettre en colère, se mettre en boule comme il disait, vociférant contre ces crétins qui nous gouvernent! Les nouvelles, mon père était un grand consommateurs de radio (surtout Radio-Canada), était l'occasion de tempêtes de la part du paternel...Comme je le comprends maintenant. Heureusement aujourd'hui nous avons internet qui diversifie et multiplie les sources de renseignements sur notre monde. Plus nécessaire de voir ou écouter ces nouvelles qui sont, finalement, une forme de propagande qui nous formate et nous montre notre société sous un jour, un angle souvent scandaleusement hypocrite. Je généralise mais ne suis pas loin de la vérité. En ce qui me concerne, j'écoute la radio pour comparer et voir à quel point certaines informations sont trafiquées, manipulées, choisies. On nous montre et raconte une parti seulement de ce que tout citoyen devrait savoir. On ne ment pas (quoique parfois...) mais on dit presque toujours des demi-vérités, ce qui revient au même...

 

 

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 02:06

Ma première année de saxophone s'est déroulé en France, à Rennes, capitale (chef-lieu dirait-on en France) de la Bretagne. Ville de province traversée par la Vilaine, rivière qui porte bien mal son nom puisque calme, elle suit son petit bonhomme de chemin dans la campagne Rennaise, s'arrêtant ça et là pour mieux goûter le paysage champêtre, abritant poissons et plantes de toutes sortes.

 

Nous habitions un appartement dans le centre de la ville, juste à côté du Palais de jusitice, batiment datant du 17ième siècle flanqué d'un petit parc où j'allais me promener parfois avec mes parents. En fait, on ne se promenait pas dans ce parc, on ne pouvait que le traverser en ce sens que si vous décidiez d'emprunter un chemin, quel qu'il soit, il vous emmenait systématiquement de l'autre côté, ne vous laissant l'unique choix que de faire demi-tour. Il n'était pas question d'aventures dans ce parc, c'était un parc pour les personnes sages, les pigeons et quelquefois les dineurs qui engouffraient à la hâte un sandwich le midi, avant de retourner travailler. C'était un parc de Palais de justice.

 

L'appartement était, lui aussi, petit, et donnait sur une cours où l'on pouvait apercevoir nos voisins où que notre regard se portait. J'éxagère à peine en vous disant qu'il était presque aussi haut que large car les plafonds semblaient se perdre et avoir été conçus par et pour des géants. Mon frère et moi partagions l'unique chambre, mes parents se contentant de l'autre pièce qui jouxtait la cuisine. La vie se passait dans la salle à diner, finalement la pièce la plus convivial et "spacieuse". C'était un vieil appartement construit et pensé, comme le parc, pour "passer" et non pour y vivre. En effet, les activités se déroulaient à l'extérieur.

 

J'avais découvert, tout en haut de l'immeuble, un grenier, fourre-tout où les locataires, apparemment depuis des siècles, avaient laissé tout un bric-à-brac et où les vieux meubles couverts de poussière cotoyaient les lampes, lustres, malles, boîtes de toutes les formes et formats. Que de trésors, aventures et mystères ce grenier recelait! J'y avait découvert une série de vieilles bande-dessinées et, régulièrement, j'allait me régaler de ces lectures qui dataient, dans mon imagination, d'un temps lointains, laissées là par des enfants qui avaient depuis longtemps disparues. Je communiquais avec eux par le biais de ces livres. Je touchais quelque chose que des mains avant moi avaient touché, mains d'une autre époque qui avaient connu les guerres, l'occupation...Peut-être même avant!...Les chevaux, les débuts de l'aviation, les longues robes à crlnoline, les chapeaux à plumes...J'imaginais ces enfants me regardant tels des fantômes, je baignais dans une sorte de rêves et n'aurais pas été surpris de voir sortir d'une de ces malles une jeune fille aux cheveux bouclés m'invitant à jouer au cerceau ou à la poupée...

 

Le lycée Anne de Bretagne était l'école du quartier. J'avais 13 ans et j'étais dans une classe (à ce moment) expérimentale où la journée était, le matin, consacrée aux cours réguliers (mathématiques, français, histoire, anglais etc.) et l'après-midi, Ô joie!, à la musique. Ces cours se passaient au conservatoire situé à deux pas du lycée et donnés par les professeurs réguliers de cet établissement. C'est ainsi que je me suis retrouvé, moi, débutant le saxophone, avec Roland Audefroy, saxophoniste ténor dans le prestigieux Quatuor National de France! Personnage haut en couleur, pilote et passionné de musique et de saxophone, il fut pout moi le personnage central, avec quelques autres, de cette année (1973) qui confirma mon désir d'apprendre la musique. À ce moment, je ne le savais pas encore...

 

(À suivre...) 

 

 

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