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21 mars 2026 6 21 /03 /mars /2026 13:08

À l’Université Laval, une conférence annoncée sur l’avenir de la nation québécoise a suscité l’appel à son annulation par certains groupes étudiants. Les panélistes ont été accusés de porter des idées jugées traditionalistes ou discriminatoires. Des militants ont même évoqué la possibilité d’aller ‘trasher’ l’événement. La scène n’est pas nouvelle : chaque camp invoque des principes nobles - protection des droits, liberté d’expression, responsabilité sociale - et le débat lui-même devient l’objet du conflit.

 

Il y a pourtant une question simple derrière ce tumulte.

Une université doit-elle être un lieu où l’on protège les étudiants de certaines idées… ou un lieu où l’on apprend à leur répondre ?

 

La réponse semble contenue dans la question.

 

L’université n’est pas née pour offrir un refuge moral. Elle est née pour mettre les idées à l’épreuve. Dans ces lieux austères où l’on dissèque les théories comme on ouvre un corps sur une table d’anatomie, aucune pensée n’est censée être sacrée. On y expose, on y contredit, on y démonte. Parfois avec élégance, parfois avec brutalité. Mais toujours avec l’idée que la vérité - ou quelque chose qui s’en approche - ne surgit qu’au contact de la contradiction.

 

Transformer l’université en zone protégée contre certaines idées revient à lui retirer sa fonction première. On remplace alors la dispute intellectuelle par une forme de police morale. L’intention peut être louable : protéger les personnes vulnérables, éviter la propagation de discours jugés dangereux. Mais l’effet secondaire est redoutable. Les idées ne disparaissent pas parce qu’on leur ferme une salle de conférence. Elles circulent ailleurs, souvent renforcées par l’aura de l’interdit.

 

Une idée fragile réclame le silence autour d’elle.

Une idée solide accepte le combat.

 

Il y a d’ailleurs une ironie dans ces campagnes d’annulation. À vouloir empêcher certaines paroles, on leur offre souvent une publicité qu’elles n’auraient jamais obtenue autrement. Ce qui aurait été une discussion parmi d’autres devient soudain un symbole, un affrontement, presque un mythe.

 

Une société libre ne se définit pas seulement par les idées qu’elle célèbre, mais par celles qu’elle tolère d’entendre sans trembler. L’université devrait être l’endroit précis où cette tolérance prend forme : un espace où l’on apprend moins à éviter les idées qu’à les affronter.

 

Car au fond, le savoir ne progresse jamais dans les chambres d’écho.

Il avance dans la friction.

Et parfois même dans le désaccord.

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