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13 avril 2026 1 13 /04 /avril /2026 04:57
Pendant ce temps-là

Direction Beijing. Après les espaces ouverts du Yunnan, la ville impose une autre densité, un autre poids. Nous retrouvons le New World Hotel, mon point d’ancrage ici, situé non loin du Blue Note — une courte marche suffit pour rejoindre le club lorsque j’y joue, avec son confort sans surprise et son buffet toujours trop généreux, presque indécent dans son abondance. C’est aussi la dernière étape pour Normand et Chantal. Ils repartiront d’ici, chargés d’images, de saveurs, de conversations — une accumulation difficile à ordonner, mais déjà précieuse. Je les regarde partir presque à l’avance, en sachant que ce genre de voyage laisse des traces qui ne se dissipent pas.

 

Avant cela, la Cité interdite. Le nom résiste mal à la réalité : des milliers de visiteurs y circulent chaque jour, traversant ce qui fut autrefois fermé, réservé, inaccessible. L’architecture impressionne par sa rigueur, par l’ampleur des espaces, par cette volonté manifeste d’inscrire la puissance dans la durée. On marche longtemps, on franchit des seuils, on s’aligne sans même s’en rendre compte sur des axes pensés bien avant nous. Et au milieu de tout cela, une scène presque irréelle : des jeunes — ou moins jeunes — vêtus d’habits d’époque, recréant par le geste, par la pose, une autre temporalité. Ils se photographient, rejouent un passé qui n’est pas le leur, comme pour mieux l’approcher, ou s’y glisser un instant.

 

Pendant ce temps-là,

 

ailleurs, les décors ne sont pas faits pour être traversés, mais pour être détruits.

 

Beijing, c’est aussi le canard laqué. Impossible d’y échapper. Même Normand, fidèle à son végétarisme, accepte une entorse — légère, assumée — pour goûter à ce plat emblématique, dans un lieu réputé pour en maîtriser chaque détail. Le rituel est précis, presque cérémoniel. On découpe, on assemble, on goûte. Et pendant un instant, tout se concentre là.

 

Les hutongs nous ramènent à une autre échelle. Ruelles vivantes, entrelacs de boutiques, de petites échoppes où tout semble coexister sans hiérarchie : pâtisseries, brochettes, cafés, maisons de thé, joailliers, vêtements, et même ces endroits improbables où l’on vous nettoie les oreilles avec un sérieux désarmant. On marche, on s’arrête, on regarde, on repart. La ville se donne par fragments.

 

Je passe aussi par ce que j’appelle, sans trop plaisanter, « mon bureau » : le club de jazz East Shore, l’un des premiers à avoir ouvert ses portes ici. Monsieur Li est un ami. Il n’est pas là cette fois, mais il a veillé à ce que tout soit simple pour nous. La terrasse, le soleil qui descend lentement, un verre de vin, quelques bouchées. Rien de spectaculaire, rien de forcé — juste ce moment précis où tout s’accorde sans effort.

 

Pendant ce temps-là,

 

la musique continue ailleurs aussi — mais pas toujours dans la même tonalité.

 

Le Centre National des Arts de Chine apparaît comme un objet posé là, presque irréel, une forme ovoïde flottant sur l’eau, comme un fragment venu d’un autre monde. J’y ai déjà joué, et d’autres projets s’y dessinent. L’endroit impressionne, comme beaucoup de salles en Chine aujourd’hui : vastes, nombreuses — plus de trois mille théâtres et lieux de spectacle modernes à travers le pays, pour la plupart construits ces dernières décennies. Une volonté claire d’inscrire la culture dans le paysage, à grande échelle.

 

Le voyage se resserre. Pour Normand et Chantal, c’est la fin du parcours. Pour Haiying et moi, une autre étape commence. Nous partons vers Guangzhou, pour une résidence musicale d’un peu plus d’une semaine. Un autre rythme, un autre cadre. Et déjà, quelque chose se déplace.

 

Pendant ce temps-là,

 

le monde continue.

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