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7 septembre 2025 7 07 /09 /septembre /2025 01:47

Monsieur,

 

Dans une récente entrevue disponible en ligne (YouTube, 34:00–38:00), vous êtes interrogé sur la Chine. L’échange ne porte pas uniquement sur ce pays — et c’est heureux, car vous auriez eu le loisir d’y accumuler encore plus de contre-vérités. Mais ces quelques minutes suffisent à susciter un malaise.

 

Je vous ai lu avec intérêt, parfois avec admiration — notamment votre série sur l’histoire de la philosophie et le Traité d’athéologie — mais en vous écoutant parler de la Chine, votre pensée semble se déliter. Vous oubliez la rigueur de l’histoire pour céder au raccourci commode. Par exemple, affirmer que Mao aurait sciemment organisé des famines pour faire mourir son peuple, c’est plus qu’un raccourci : c’est une énormité. Une telle phrase efface la complexité historique, nie les recherches accumulées, et rabat une tragédie sur le confort d’une accusation facile. Oui, le Grand Bond en avant fut une catastrophe qui causa des millions de morts. Oui, le régime en porte la responsabilité. Mais le présenter comme un projet d’extermination délibéré, c’est trahir l’histoire. Et pour un philosophe, céder ainsi à la bêtise du slogan, c’est inquiétant.

 

Vous poursuivez : lors de la parade militaire que vous commentiez, le président chinois portait, en effet, un vêtement… chinois*. De là à conclure qu’il serait criminel en puissance parce que Mao portait la même veste, il y a un gouffre — celui qui sépare la pensée de la superstition. C’est réduire l’analyse politique à de la chiromancie textile. Un vêtement n’est pas une preuve, c’est tout au plus un signe. Et faire d’un col de veste un acte d’accusation relève moins de la philosophie que de la caricature.

 

Puis vient cette phrase : « Si Xi décide que la France, c’est fini, alors c’est fini. » Vous la rattachez à la puissance de frappe chinoise, exhibée lors du défilé commémorant la victoire sur le fascisme. Mais réduire ce geste à une menace directe contre la France ou l’Europe, c’est ignorer l’intention réelle : affirmer une mémoire nationale, montrer une puissance retrouvée. Prêter à la Chine nos anciens penchants coloniaux, c’est projeter notre histoire sur la sienne, et voir une menace là où il y a surtout différence. Or les Chinois ne sont pas des Occidentaux en attente de conversion. Ils pensent autrement, inscrits dans une autre histoire, une autre durée. Persister à voir en Xi Jinping un nouveau Hitler, prêt à dévorer l’Europe, relève moins de l’analyse que du fantasme — celui d’une Chine réduite à nos peurs et à nos ombres.

 

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement l’erreur d’analyse, mais la dégradation d’un niveau intellectuel qu’on a connu exigeant. Votre pensée, d’ordinaire rigoureuse, semble se liquéfier dès qu’il s’agit de la Chine. Non sous l’effet d’une émotion passagère, mais sous celui d’un préjugé tenace. Et un préjugé, fût-il habillé de philosophie, reste une faiblesse de jugement. Voilà, au fond, ce qui attriste : moins vos attaques contre la Chine que l’effondrement de votre propre exigence.

 

Le costume Zhongshan, conçu par Sun Yat-sen après la révolution de 1911, symbolise la modernisation et l’indépendance de la Chine. Inspiré de modèles japonais et occidentaux mais ancré dans la tradition chinoise, il associe une esthétique sobre à une forte charge symbolique : col droit pour l’autonomie, quatre poches pour les vertus cardinales, cinq boutons pour la Constitution des Cinq Pouvoirs et trois plis pour les Trois principes du peuple. D’abord porté par les élites républicaines, puis popularisé par Mao et les dirigeants communistes, il reste aujourd’hui un marqueur identitaire et cérémoniel de la culture chinoise.

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