Le 1er septembre 2025, le général Fabien Mandon, tout juste nommé chef d’état-major des armées françaises, adresse son premier « ordre du jour » à la troupe. On peut le lire en entier ici : Texte intégral, ministère des Armées (PDF).
Ton martial, gravité calculée, formules solennelles : la guerre « gronde », l’armée française doit être prête à « vaincre », il faut « être craints pour être respectés ». Un texte qui, derrière les drapeaux et les hommages, trace une ligne claire : la France s’engage dans la préparation active d’un affrontement de grande ampleur, et l’Europe doit se penser comme un bloc militaire prêt au combat.
Encore un général qui se penche sur ses drapeaux pour mieux préparer les corps à tomber dessous. Le nouveau chef d’état-major chante la gloire de « l’armée la plus efficace d’Europe », comme un camelot vendrait sa marchandise. Derrière cette fanfare : la préparation d’une guerre de masse. Pas des embuscades lointaines contre des terroristes, mais l’affrontement frontal avec des États. Traduction : la France se tient au garde-à-vous devant la perspective d’un bain de sang continental.
On appelle ça « initiative » et « prise de risque ». En vérité, l’initiative est politique et le risque pèse sur ceux qu’on enverra dans la boue. Pas question de douter : « l’immobilisme ne sera pas accepté ». On ferme la bouche, on serre les rangs, on marche. Le relativisme ? C’est le nom élégant donné au fait de penser autrement que le chef.
La musique est connue : glorifier les morts pour préparer les prochains. L’hommage aux sacrifices d’hier sert d’alibi pour les charniers de demain. Le cynisme est total : on déclare leur souvenir sacré, pour mieux sanctifier les futurs cadavres.
Et voilà la doctrine : « être craints pour être respectés ». Le respect par la terreur, version militaire. On croirait entendre la voix d’une mafia, pas celle d’une démocratie. Pas un mot sur la paix, pas une syllabe sur la diplomatie. Le monde se complexifie ? Réponse : plus de blindés, plus de canons, plus de morts.
La France de Macron déroule son vieux fantasme de grandeur militaire, repeint aux couleurs de l’Europe. Une fuite en avant belliqueuse, vendue comme nécessité. Et si tu refuses, c’est que tu trahis la mémoire des soldats tombés. Voilà comment on fabrique l’unanimité guerrière.
Mais la vérité demeure, nue : la guerre n’est pas honneur, pas grandeur, pas avenir. Elle est la plus vieille et la plus horrible des folies. Et nous voilà sommés de l’embrasser à nouveau, au nom de la souveraineté. Folie maquillée en vertu, crime repeint en devoir.
/image%2F1412498%2F20250905%2Fob_dea811_img-2763.jpeg)