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1 septembre 2025 1 01 /09 /septembre /2025 19:52
La pente

Je me suis toujours demandé comment le monde avait « réussi » à faire deux guerres mondiales. Comment des sociétés entières avaient pu consentir à la destruction, l’embrasser même comme une nécessité. Longtemps, la réponse m’a échappé. Aujourd’hui, je la vois autrement : non pas dans le fracas, mais dans la pente.

 

La pente, c’est ce terrain discret où l’opinion publique se façonne peu à peu. Rien de spectaculaire. Pas d’ordres tonitruants, seulement une pluie fine de mots, de slogans, d’images. On ne nous jette pas dans l’abîme, on nous y conduit pas à pas. Le langage se simplifie, les nuances disparaissent, l’ennemi est désigné. On apprend à le craindre, à le haïr, sans même y penser. Et l’on se croit encore raisonnable.

 

L’inertie fait le reste. Beaucoup sentent que quelque chose bascule, mais peu osent le dire. Protester paraît excessif, se taire plus prudent. Alors on se tait. On laisse filer, persuadés que ce n’est pas si grave, pas encore. Chaque jour la pente s’incline davantage, et le silence devient complice.

 

Ainsi l’on glisse, non dans la stupeur mais dans l’habitude. L’inacceptable s’installe par petites doses, inoculées quotidiennement. Le scandale d’hier devient la normalité d’aujourd’hui. On se berce de l’illusion qu’il reste du temps, que le pire peut encore être évité. Puis un matin, la vitesse prend le relais : la pente est devenue chute.

 

Aujourd’hui, cette pente se dessine de nouveau sous nos pas. L’Europe parle moins de paix que de guerre. Les discours s’aiguisent, les budgets militaires gonflent, l’ogre est désigné. La Russie devient caricature (demain la Chine?), menace absolue, cible évidente. Chaque formule médiatique enfonce le clou, chaque silence public ajoute son poids. Comme hier, on prépare les esprits avant de préparer les armes. C’est ce glissement que nous connaissons déjà : celui qui transforme l’inimaginable en inévitable.

 

Voilà ce que je comprends mieux à présent : les monstruosités ne surgissent pas d’un coup, elles se préparent patiemment. Elles prospèrent dans le relâchement des consciences, dans la passivité des foules, dans ce confort qui préfère détourner les yeux. L’Histoire ne trébuche pas, elle glisse.

 

Et nous avec elle.

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Published by Yannick Rieu

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