Je crois qu’il serait utile, pour beaucoup d’entre nous, de faire appel à la sagesse des anciens. Les stoïciens, de Sénèque à Marc Aurèle, rappelaient sans cesse une distinction décisive : il y a ce qui dépend de nous — nos jugements, nos gestes, notre maîtrise intérieure — et il y a ce qui échappe à notre pouvoir. Le reste doit être accueilli avec mesure, sans illusion.
Or qu’avons-nous vu à l’annonce de l’assassinat de Charlie Kirk ? Une avalanche de réactions : indignation, sarcasmes, joie mauvaise. Les réseaux bruissent, chacun se croit tenu d’ajouter son mot, de trancher, d’accuser, de se réjouir. Comme si l’instant exigeait de nous une opinion immédiate. Mais cette précipitation n’éclaire rien. Elle ne fait qu’ajouter du bruit au bruit.
La vérité, c’est qu’il y a eu bien peu d’interventions raisonnables, intelligentes ou simplement mesurées. Beaucoup ont crié, peu ont réfléchi. Comme si la passion suffisait à tenir lieu de pensée. Mais ce vacarme révèle surtout notre besoin d’une autre posture : non pas la rage, mais la maîtrise de soi.
La sagesse stoïcienne nous invite au contraire à distinguer : la mort de cet homme ne dépend pas de nous. Ce qui dépend de nous, c’est la manière d’y répondre. Allons-nous ajouter notre colère à celle des autres, ou bien cultiver un peu de calme intérieur ? Allons-nous nous perdre dans les insultes et les étiquettes, ou garder la main sur notre jugement ?
Marc Aurèle écrivait que « la souffrance naît moins des choses que de l’opinion que nous en avons ». C’est cette opinion qui est entre nos mains. Et c’est là que gît encore notre liberté.
Le vacarme passera, notre jugement demeure.