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7 février 2026 6 07 /02 /février /2026 14:53

Il existe une façon d’être qui ne se mesure ni à la présence des autres ni à leur absence. Elle ne varie pas selon le nombre, ni selon le vide. Elle ne se renforce pas quand on est seul, ne s’atténue pas quand on est entouré. Elle est là avant toute comparaison.

Ce n’est pas un retrait. Ce n’est pas non plus une immersion. C’est une tenue intérieure qui ne cherche pas d’appui. Les rencontres n’y font pas irruption, elles s’y déposent. Les séparations n’y laissent pas de trou. Rien ne s’y additionne, rien ne s’y soustrait vraiment.

Cette manière d’être n’est pas douloureuse. Elle n’est pas joyeuse non plus, au sens ordinaire. Elle n’attend rien. Elle ne réclame pas d’être comblée, ni expliquée. Elle cohabite avec le lien sans lui demander de justification. On peut aimer, se lier, partager, sans que cela devienne un socle. On peut aussi se retirer, sans que cela ressemble à une perte.

Elle est souvent mal comprise, parce qu’elle ne correspond à aucun récit dominant. On la prend pour de la distance, parfois pour de la froideur. On y voit un refus, une protection, un désengagement. Alors qu’il n’y a là ni stratégie ni défense. Simplement un espace qui ne se ferme pas, et qui n’appelle pas qu’on y entre.

Ce qui la caractérise le mieux, c’est peut-être son absence de demande. Elle ne demande pas d’être reconnue. Elle ne demande pas d’être réparée. Elle ne cherche pas à durer, ni à se dissoudre. Elle se tient là, comme un fond silencieux sur lequel les choses apparaissent puis disparaissent.

On la retrouve parfois à des moments limites, proches de ce qui précède toute histoire, ou de ce qui lui succède. À la naissance, peut-être. À la mort, sans doute. Des zones où l’on est là sans rôle, sans projet, sans attente adressée au monde. Des zones où l’on n’est ni en manque ni en excès.

Dans une époque qui interprète toute absence de demande comme un symptôme, cet état dérange. Il ne se revendique pas. Il ne proteste pas. Il ne promet pas non plus une délivrance. Il ne s’oppose à rien. Il ne propose rien. Il existe.

Et peut-être est-ce précisément pour cela qu’il est si difficile à nommer. Dès qu’on tente de le saisir par un mot trop chargé, il se déforme. Il glisse. Il se tait. Il préfère rester sans étiquette, comme certaines choses essentielles qui ne se laissent approcher qu’à condition de ne pas être appelées

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