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30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 17:29

Mark Carney octroie 2,5 milliards de plus pour la guerre en Ukraine.

 

On nous demande d’être calmes. Raisonnables. Responsables. De parler bas pendant que les décisions hurlent. De rester polis pendant que la bêtise s’institutionnalise. Or, il y a un moment où cette bienséance devient une complicité. 

 

On parle d’ordre pendant que le monde se fracture. On parle de règles avec des mains pleines de sang. On parle de paix en versant des milliards (un milliard — en lettres, c’est long, ça donne une meilleure idée de la folie — c’est mille millions ; ici, deux mille cinq cents millions, déplacés d’un geste). Les mots sont impeccables. Trop. Ils ne décrivent plus rien. Ils servent à anesthésier. Et nous le sommes.

 

La force n’a jamais été dissuadée. Elle a été blanchie. Quand elle est exercée par les puissants légitimes, elle devient intervention. Quand elle vient des autres, elle devient barbarie. Le même geste, deux noms. Ce n’est pas une contradiction morale. C’est une mécanique. Et cette mécanique est abjecte.

 

L’histoire récente n’est pas une suite d’erreurs. C’est une série de choix répétés, assumés, puis recouverts de discours. On détruit, on explique. C’est de la folie pure et simple, mais institutionnalisée. Une schizophrénie assumée. On abandonne, on rationalise. Et ceux qui rappellent les faits sont sommés d’être mesurés, de nuancer, de rester convenables — comme si le réel, lui, faisait dans la délicatesse.

 

Pendant ce temps, ici, on répète qu’il n’y a pas d’argent. Pas pour les hôpitaux qui craquent. Pas pour les écoles qui s’épuisent. Pas pour les corps fatigués, les existences précaires, la société qui s’effiloche. Ce refrain est un mensonge commode. L’argent apparaît toujours quand la décision politique est nette.

 

Car ils choisissent. Ils ne subissent pas. Ils choisissent.

 

Un milliard n’est pas une abstraction. C’est une masse de temps, de soins, de salaires, de bâtiments, de respiration sociale. Mais l’argent n’est pas le cœur du problème. Il procède d’une mentalité. Les mêmes profils passent de la guerre à la santé, de l’éducation à la finance, avec le même logiciel. Une pensée de contrôle, fascinée par l’action visible, incapable de comprendre le lent, le fragile, le vivant.

 

La guerre leur convient. Elle simplifie. Elle fournit un ennemi, une morale clé en main, une urgence qui excuse tout. À l’inverse, soigner, enseigner, réparer exigent exactement ce que cette culture méprise : de l’attention, du temps, de l’humilité.

 

Alors non, il n’y a pas de dilemme tragique entre ici et ailleurs. Il y a une cohérence froide. Une même bêtise élevée au rang de gouvernance. Une même incapacité à sortir d’un imaginaire de force, même quand il détruit ce qu’il prétend protéger.

 

On peut rester polis. On peut rester calmes.

Mais refuser de l’être, parfois, n’est pas un débordement.

C’est la condition minimale pour ne pas mentir avec ceux qui détruisent.

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