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2 octobre 2025 4 02 /10 /octobre /2025 20:24

Alexandre Dumas sort le fouet et le claque sur les nationalistes québécois comme sur un cheval de parade.* C’est beau à voir : ça fait du bruit, ça laisse des marques, et ça rappelle que derrière les grands discours identitaires se cachent souvent de petites lâchetés. Son refrain — “Nationalistes, mais pas au point de…” — tombe comme une comptine cruelle. C’est efficace, ça frappe, ça démonte les pick-ups et les petits drapeaux plantés dans le gravier de la fierté.

 

Mais en visant juste, Dumas vise trop large. Il tape si fort qu’il finit par abîmer son propre manche. Dire que “les nationalistes n’aiment pas le Québec”, c’est une belle provocation, mais c’est aussi une caricature qui confond la clique de politiciens-papoteurs et tout un courant historique. On a connu au Québec un nationalisme syndical, solidaire, culturel, qui n’avait rien à voir avec les selfies de députés devant un érable en plastique. Balayer ça d’un revers, c’est donner à Martineau et Durocher le privilège d’incarner l’idée nationale. Pas sûr que ce soit le coup le plus habile.

 

Autre faiblesse : Dumas adore incendier, mais n’éteint rien. Il crache sur l’obsession des foulards, sur la fierté creuse, sur le chauvinisme de façade — et il a raison. Mais après avoir dynamité la maison, il se contente de dire : “bâtissez-moi autre chose, un vrai projet de société”. Merci du conseil. Encore aurait-il fallu tendre au lecteur une poutre, un mur, un début de plan. Sans ça, la colère tourne à l’impuissance. 

 

Enfin, le texte pêche par le miroir qu’il tend : Dumas reproche aux nationalistes de fermer les yeux sur les failles du Québec, mais il leur répond en fermant les yeux sur la diversité de ceux qui se disent nationalistes. Sa plume crache l’acide, mais l’acide ronge aussi l’argument. La généralisation radicale devient le même procédé rhétorique que celui qu’il dénonce : slogans contre slogans, œillères contre œillères.

 

Alors oui, Dumas fait œuvre utile : il pique, il secoue, il empêche la complaisance. Mais il reste coincé dans le rôle du procureur. Et un procureur sans architecte derrière lui finit toujours par se répéter. La colère a besoin d’un prolongement, sinon elle n’est qu’un spectacle.

 

L’idéologie, qu’elle soit de droite ou de gauche, reste une mauvaise habitude. Elle tourne en rond dans ses slogans, elle confond ses certitudes avec le réel, et finit toujours par oublier ce qui se passe sur le terrain. Là où vivent les gens, là où ça brûle, là où ça saigne.

 

*l’article: 

 Les nationalistes n’aiment pas le Québec. 

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