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25 décembre 2025 4 25 /12 /décembre /2025 17:45

Le dedans qui tremble

 

Dans le métro, les visages sont tendus, non par la fatigue, mais par une inquiétude qui n’a pas encore trouvé son nom. On lit les journaux lumineux sur les téléphones : catastrophes, indignations, menaces, corruption, exhortations. À chaque station, une nouvelle urgence efface la précédente. Tout bouge, mais rien n’avance. On a l’impression d’habiter un monde qui cherche son centre comme un corps cherche son souffle.

 

Depuis quelques années, quelque chose s’est fissuré. Pas un effondrement — l’Occident tient encore debout — mais ce tremblement intérieur qui précède les glissements de terrain. On sent que le sol n’est plus aussi ferme. On entend le petit craquement sous la surface. On voit qu’un récit ancien continue de s’agiter, mais sans la force qui autrefois le rendait évident.

 

Ce qu’on appelle “menace extérieure” relève souvent d’un mécanisme plus intime : la peur de ne plus tenir ensemble. Quand un monde doute de lui-même, il invente un dehors plus sombre que son propre trouble. Une silhouette ennemie, suffisamment massive pour absorber ses inquiétudes. On convoque la Chine, la Russie, le chaos migratoire, la désinformation, peu importe : l’imaginaire a besoin que quelque chose là-bas soit pire que ce qui vacille ici. C’est une vieille technique de conservation. Elle permet d’ajourner les vraies questions. Elle donne au malaise la forme rassurante d’un ennemi identifiable.

 

Pendant ce temps, le réel poursuit sa course. Le déclin n’est pas spectaculaire ; il est feutré, administratif, procédural. Des institutions s’usent. Des citoyens décrochent. Des promesses sonnent creux. L’élan d’autrefois laisse place à un maintien, à un effort pour sauver les apparences, pour tenir un récit auquel le monde adhère de moins en moins.

 

Les journaux roulent encore, les écrans scintillent, les gouvernements parlent fort. Mais dans la lumière bleue des téléphones, on voit autre chose : une civilisation qui lit sa propre fragilité en la projetant ailleurs, comme si la lucidité était devenue un risque et l’aveuglement une forme de survie.

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