On nous parle de démocratie à longueur de discours. Comme si le simple mot suffisait à calmer le doute, à légitimer tout le reste. Mais derrière le vernis, les fissures s’ouvrent. Des mandats sans peuple, des élections qui n’accrochent plus personne, des référendums balayés quand ils dérangent. Le pouvoir se perpétue, mais la légitimité se vide.
Regardons l’Union européenne. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, n’a jamais été élue par les citoyens. Pas de campagne, pas d’urne, pas de lien direct avec le peuple. Son mandat est né d’un marchandage entre dirigeants, puis validé par un Parlement européen que presque personne ne suit. C’est une nomination maquillée en représentation. Un mandat d’en haut, parachuté.
En France, Macron est bel et bien élu. Mais avec quelle force ? Une abstention record, un second tour par défaut, des millions de bulletins déposés par rejet, pas par adhésion. La légalité est là, la légitimité vacille. Un président par bricolage, soutenu par une minorité réelle du pays.
Le Canada n’échappe pas au même travers. Un Premier ministre qui gouverne avec moins d’un tiers des voix, porté par un système électoral qui transforme une minorité en majorité absolue. La démocratie existe sur le papier, mais le contrat moral avec le peuple reste fragile, presque fictif.
Et quand les peuples d’Europe osent dire non trop fort, leur voix est effacée. Le référendum français et néerlandais de 2005, enterré puis recyclé en traité de Lisbonne. Le référendum grec de 2015, où la population rejette l’austérité, aussitôt piétiné par ceux qui gouvernent. À quoi bon voter, si le résultat n’est valide que quand il conforte le pouvoir ?
Voilà le fil qui relie tout ça : des mandats venus d’en haut, des élections bancales d’en bas, des référendums ignorés. Dans tous les cas, le peuple est tenu à distance. On continue de lui vendre la fable de la “représentation démocratique”, mais ce n’est plus qu’un décor pratiquement vide.
On peut étouffer une voix un temps, pas indéfiniment. Quand le peuple surgira, ce ne sera pas une surprise mais une conséquence. Et ceux qui se croyaient à l’abri comprendront trop tard que gouverner sans le peuple, c’est gouverner contre un volcan.