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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 00:01

Il faut se réconcilier avec la complexité et non pas imposer l'émotion simpliste.

La liberté d'expression n'est jamais acquise. Tout comme la démocratie elle se pratique et se défend, s'il le faut, à chaque prise de parole. Et comme la démocratie on peut dire qu'elle passe un mauvais quart d'heure par les temps qui courent!

À mon avis, elle est exercée de façons diverses, à plusieurs niveaux et degrés par les pays où elle se déploie. Une société se donnera une liberté de parole, des limites relativement précises et délimitées mais pourra, dans un même souffle, avoir une attitude différente et disons plus restrictive lorsqu'il s'agit d'appliquer cette liberté d'expression à d'autres cultures ou pays. Je m'explique.

Si on élargit la liberté d'expression de l'individu aux états et si on inclut dans cette liberté d'expression la liberté des peuples à exprimer leurs valeurs, leur culture, leur façon d'organiser leur société etc., autrement dit vivre leur différence, on devra admettre que dans bien des cas des gouvernements qui semblaient tolérer une liberté d'expression pour leurs gens le seront beaucoup moins lorsqu'il s'agit de voix différentes, extra-nationales. l'Histoire nous le montre que trop.

Les tentatives, ou simplement son évocation, de museler la parole de l'autre est toujours tentante car plus facile à court terme. Satisfaire son besoin de se croire du bon côté est toujours rassurant. Être du côté des "gentils", de ceux qui détiennent une vérité, à tort ou à raison, satisfait le désir de vivre en paix avec soi-même et parfois avec les autres. Héritage chrétien? même si nous ne sommes pas croyants? Missionnaires de notre vérité, parfois enfouis au plus profond de notre conscience?

Au Québec deux exemples récents illustrent cette tentation de taire une parole qui dérange, qui ne cadre pas avec nos valeurs: le premier exemple est celui de ces panneaux faisant la promotion du créationnisme et l'autre celui de cet Imam voulant s'installer dans des locaux (Ça se passe maintenant!) pour prôner des valeurs, c'est le moins qu'on puisse dire, ne cadrant pas avec celles globalement acceptées au Québec.

Faut-il interdire ces idées qui ne se moulent pas dans notre société québécoise? Si nous mettons un doigt dans cet engrenage où se trouvera la fin des interdictions? Où sera la limite et qui décidera? Voilà des questions qui se posent.

Je me dois de reprendre les mots de John Stuart Mill qui illustrent un peu mon propos et mes... craintes!

"Mais ce qu'il y a de particulièrement de néfaste à imposer le silence à l'expression d'une opinion, c'est que cela revient à voler l'humanité (...) Si l'opinion est juste on (se) prive de l'occasion d'échanger l'erreur pour la vérité. Si elle est fausse (c'est là que ça devient intéressant!) nous perdons un bénéfice presque aussi considérable: une perception plus claire et une impression plus vive de la vérité que produit sa confrontation avec l'erreur".

Face à des gens qui usent de la liberté d'expression pour répandre des idées ou fausses ou hors-normes (pour simplifier):

1- Confronter ces idées. Pour cela il faut laisser les gens les dire!

2- L'éducation

Pour confronter il faut un minimum de savoir et de réflexion c'est évident!

Je me demande si notre système éducatif sera assez "performant" pour faire ce travail. Dans le cas contraire nous nous dirigerons vers une société à pensée unique où toute parole qui ne cadrera pas sera interdite. La tentation est grande!

"La liberté est toujours la liberté de celui qui pense autrement" Rosa Luxembourg

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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commentaires

Pierre Chailler 31/01/2015 14:39

Pour une compréhension amusée de ma réponse, je vous suggère le film 'Les Tribulations d'un Visage Pâle'', ''Little Big Man'' avec Dustin Hoffman.

Pierre Chailler 31/01/2015 12:18

En effet, voilà une question complexe.
Toute logique de liberté d'expression, en particulier dans ce cadre d'intégration d'étrangers musulmans (ou autres) dans notre société québécoise, oppose deux forces: celle du pays hôte qui commande à l'arrivant d'épouser le charte et les droits en vigueur et celle de l'arrivant qui désire conserver ses valeurs culturelles les plus chères dans le but d'en transmettre au moins une partie à ses enfants.
En ce moment, oui, ce torchon brûle à cause de l'arrivant qui nous fait peur parce qu'il agit comme un ''intégriste'' (Islamiste) en voulant imposer ses valeurs au détriment de celles promulguées par la pays hôte. Il nous fait peut parce que ses actions peuvent mener à un attentat, à des morts crapuleuses.
Cette peur est héritée de l'homme chrétien? Peut-être, dans la mesure où la chrétienté est une ancienne culture. Je dirais plutôt que cette peur est inscrite dans les gènes de l'homme ancien. Cet homme veut la survie de son clan, de son pays, une réaction répandue chez tous les peuples (pas seulement chrétiens, mais musulmans, uighurs, mélanésiens, najavos, etc.). Le grand chef sioux ne disait-il pas que son peuple formait celui des ''hommes'' différent et plus sage que les ''autres'', un sentiment de supériorité qui légitime les comportements de protection et de violence envers l'étranger qui est une potentielle menace à la survie. Mais, il y a un espoir, car un visage pâle capturé par les sioux pouvait par ses actions devenir un ''homme'' est être accepté du clan. Il lui fallait pour cela se soumettre aux règles de vie de ses hôtes.
En effet, voilà une question complexe.
L'Imam s'immisce au sein du clan et la liberté qu'il veut exprimer représente un danger pour l'hôte.
(Parole de biologiste)

Yannick Rieu 31/01/2015 19:59

Salut Pierre!

Oui complexe cette question! Mais la complexité exige justement d'être clair. La liberté d'expression ne peut s'appliquer que là où nous sommes d'accord avec les idées qui sont avancées, elle doit s'appliquer surtout et j'insiste, surtout quand ces idées heurtent ou font...peur! C'est là que la confrontation et éventuellement un dialogue peut être instauré. Taire telle idée et pas une autre est très dangereux et cette tentation ouvre une porte que biens des sociétés ont expérimenté avec des résultats peu fameux. La loi est claire et s'appuie sur des faits. La parole, la pensée est trop flou et souple pour que l'on puisse les légiférer à leur sujet, à moins de vouloir vivre dans une société où la pensée est contrôlée ce qui, en ce qui me concerne, ne me dit rien.