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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 03:01

Il est 6 heures du matin lorsque j'écris ces lignes. En Chine, décalage horaire aidant, je me réveille toujours très tôt. Les idées sont souvent très claires à cette heure, le cerveau étant nettoyé par le sommeil des tracas et bruits de la veille. Les idées fusent et mon crayon peine à suivre le flot.

 

Nous avons donné un concert à Qingdao, ville magnifique située au bord de la mer. Après notre spectacle je me suis baigné dans une mer chaude (il était 23H30 environ) et comme un gamin, je me suis amusé avec les vagues qui venaient mourir sur le rivage. Que de plaisir à retrouver les jeux simples que l'on pratiquaient en étant enfant! Guetter, surveiller le rythme des vagues, y plonger, se faire surprendre par une vagues plus grosses que les autres, entendre le rire des jeunes filles et garçons qui, comme moi, goûtent cet instant magique. Un feu d'artifice (les Chinois en sont friands) vient éclairer la mer par moment et complète ce tableau de touches multicolores. Le vent chaud (il fait 28 degrés) rend la sortie de l'eau agréable également. Pas de frissons ou de course vers une serviette protectrice et salvatrice. Le typhon d'une exceptionnelle violence est tout proche, ce qui explique les vagues énormes.

 

L'annulation tant redoutée ne s'est pas produite. Nous prenons notre avion juste à temps pour quitter la région. Quelques heures plus tard tous les vols seront annulés. Le vent se lève, la pluie commence à tomber, le ciel s'obscurcit. Nous voilà partis pour Wenzhou.

 

Tout comme Qingdao, Wenzhou est une ville côtière mais située au sud de Shanghaï (Qingdao est au nord). Nous donnons notre concert encore une fois dans une salle à l'acoustique parfaite. Le directeur du théâtre veut connaître mes impressions de cette salle qu'il a fait légèrement modifier. L'architecte (Canadien) n'avait pas prévu de portes assez grandes pour y faire entrer ou sortir un...piano! Rien n'est parfait! Homme modeste et affable, curieux et plein d'humour, c'est une discussion (trop courte) qui se déroule sur la scène mais combien intéressante.

 

 Après un spectacle je suis fatigué (euphémisme) mais heureux. La musique se déploie sur environ 1H30-1H45, ce qui demande pas mal d'énergie. Les gens (même les jeunes de 7 ou 8 ans) sont attentifs jusqu'au bout et en redemandent! Décidement ce pays n'arrête pas de m'étonner! 

 

Je n'ai pas encore parlé des pianos mis à notre disposition pour les concerts. Pour le plus grand plaisir de Geoff, notre pianiste, le ou les pianos (il est arrivé qu'il ait à choisir entre deux Steinways et un Bosendorfer...) proposés sont toujours de grande qualité. Hier Geoff a eu le plaisir de jouer sur un Fazioli. Nous pouvons apprécier les qualités respectives de ces pianos et c'est un grand bonheur de voir Geoff plonger dans le(s) son(s) et s'y noyer avec délice!! Tout ceci à quelque chose d'orgiaque!

 

Parlant de pianos et d'acoustique, je suis curieux d'entendre les qualités sonores de la nouvelle salle de L'OSM. J'espère que ce bijou que les Québécois offrent (oui, c'est entre autres avec vos sous que la construction en a été rendu possible!) à l'orchestre ne servira pas qu'à une certaine élite de notre société. J'ai vu les chiffres concernant la fréquentation des concerts de L'OSM et je crois qu'un meilleur travail de démocratisation est nécessaire. Bien que déjà entamé, l'accessibilité devra être sérieusement pensé pour toutes les couches de la société. Si non, comment justifier la somme de + ou - 250 millions de dollars pour une salle alors que des enfants arrivent encore à l'école le ventre vide! Pourquoi, par exemple, ne pas "synchroniser"  des concerts avec les différentes options en musique des écoles privées et publiques. Visites, cours de maîtres (même pour débutants-il est si important de voir des "pros" à l'oeuvre) et bien sûr concerts. Plein de choses possibles et exaltantes!! On a tendance dans cette musique-je sais, j'ai étudié au conservatoire- à rester dans sa tour d'ivoire... il me semble, pour un avenir meilleur, que cette richesse doit être partagée, pas juste du bout des lèvres.

 

On voudrait tellement nous cantonner dans le rôle de consommateurs...de spectateurs! Le Québec nous appartient, il n'est pas la propriété des compagnies, ni aux gens qui nous dirigent. Leur force vient de notre apathie, de notre manque de passion. Rien de plus choquant et aberrant que de qualifier le peuple de "consommateur". On nous voudrait tel, abruti par la publicité d'une bêtise crasse, qui nous vend des rêves bêtes et des cochonneries sans nom!

 

Il faut sortir de ce moule qu'on voudrait nous voir accepter. Une prison avec des barreaux dorés restera toujours une prison. La médiocrité et la liberté sont incompatibles et ne peuvent faire bon ménage ni mariage, ou alors il n'y a pas de véritable liberté mais seulement sa caricature, son ombre. Les petites oppositions ou pseudo-révolutions insignifiantes qui passent par le port de vêtements voyants, les divers "percing" et autres fadaises doivent faire place à une réelle pensée neuve, créatrice et porteuse. 

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 16:50

Je viens tout juste de terminer un concert dans une salle d'environ 800 places au Henan Art Center dans la ville de Zhengzhou (province de Henan). Magnifique acoustique, nous jouons donc sans retours (monitor), sans micros, à l'ancienne pourrait-on dire. Le fait de ne pas utiliser toute cette technique nous donne un sentiment (réel) de liberté et de contrôle sur le son. L'utilisation d'un micro m'enlève toujours une partie de mon aisance sur scène. Le simple fait de devoir rester physiquement proche de celui-ci me dérange et j'ai l'impression qu'il me reste toujours une attache avec ce monde-ci. C'est probablement une des raisons qui font que les concerts en salle n'atteignent que rarement l'intensité des concerts en club, moins formels. Par contre la qualité et le confort d'écoute sont certainement de meilleurs qualité. 

 

Cette série de concerts en Chine comporte une initiation à cette musique, brève introduction des instruments, historique brossé à grands traits et mise en contexte des morceaux joués. La réaction du public chinois est déconcertante, chaleureuse et enthousiaste. Il arrive fréquemment que cet enthousiasme se traduise par des applaudissement à des moments où l'on s'y attend le moins: au milieu d'un thème, pendant les échanges entre la batterie et le piano ou le saxophone,ou alors en plein solo de basse etc. Moins formel qu'en classique, où l'on ne doit pas, par exemple, applaudir entre les mouvements d'une suite, encore moins pendant l'exécution d'une oeuvre quelle qu'elle soit. Ces conventions ont tendance à rigidifier, codifier les émotions et les rendre un peu mécaniques. J'aime sentir le public réagir et le laisse volontier décider du moment où il peut le faire. Cela n'enlève rien à la musique et notre concentration ne s'en trouve pas pour autant dérangée. Cette communication impromptue est charmante et je suis certain que cela participe à un rapprochement entre des cultures que l'on pense incompatibles et éloignées...et qui le sont par certains côtés. Je crois sincèrement que cela vaut certainement les délégations officielles...et à moindre prix!  La musique réunit parce qu'elle parle directement au coeur.

 

Demain nous nous dirigeons vers Qingdao, ville située au bord de la mer, en face de la Corée du Sud. Réputée pour (entre autres) sa bière, cette ancienne colonie allemande (fin 19ième siècle) possède une achitecture européenne qu'il me tarde de découvrir. Là-dessus je vous laisse, j'ai un avion à prendre tôt demain matin.           

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 03:16

"...Notre tâche réelle au cours de la période qui vient est de mettre sur pied un modèle de relations qui nous permettra de maintenir une position de déséquilibre(...) Pour ce faire, nous devrons nous dispenser de toute forme de sentimentalité et cesser de rêver les yeux ouverts; notre attention devra se concentrer partout sur nos objectifs nationaux immédiats(...) Nous devrions cesser de parler d'objectifs vagues et(...) irréalistes tels que les droits de la personne, l'élévation du niveau de vie et la démocratisation. Le jour n'est pas très loin où nous serons obligés d'agir directement en termes de rapports de force. Par conséquent, moins nous nous embarrasserons de slogans idéalistes, mieux cela vaudra."

 

Pourriez-vous deviner de quel pays une telle politique provient? Russie? Chine? Iran? Corée du Nord ou autres pays supposés dangereux ou anti-démocratiques?

 

Cet extrait provient en fait de la Policy Planning Study (PPS 23) rédigé par George F. Kennan pour l'équipe de planification de secrétariat d'état en 1948. Avec cet extrait et un rapide coup d'oeil sur la politique étrangère des États-Unies depuis son application, on peut très bien voir que ce texte a été suivi presque à la lettre. Bien sûr, on claironne des "slogans idéalistes" pour apaiser le peuple (droits de l'homme, démocratie) mais l'objectif des États-Unies est limpide et...horrible! Ils considèrent le monde comme une épicerie et sont prêts à tout pour garder leur suprématie. Ne me parlez plus de ce pays comme exemple de liberté...s'il vous plaît...Ouvrons les yeux et rendons les médias plus responsables et honnêtes, plus proche de la réalité ou alors cessons de les consulter pour ces sujets si importants. Allons à la source ou dirigeons nous vers des gens qui se sont sérieusement penchés sur ces problèmes. C'est notre devoir de citoyen. J'aime les moutons mais pas quand ils ont forme humaine...

 

Je suis bien conscient que je ne fais qu'effleurer ces sujets de la plus haute importance car ils concernent notre avenir. Nous vivons dans une société que l'on dit ouverte, profitons-en!  

 

Lire en tournée est une de mes activités préférée. Beaucoup de voyages, d'attentes, de temps libre rendent possible la lecture. Le choix de livres apportés est d'une grande importance. Pour ma part, qui ne suis pas un grand lecteur de roman, je privilégie les sujets comme la philosophie (cette fois j'ai dans ma valise un livre de John Stuart Mill: L'utilitarisme) ou divers sujets de société (analyse des médias, histoire, politique etc.). J'aime voyager léger, les livres doivent donc être de proportions raisonnables. Pas question ici d'apporter des "briques" qu'il faudra transporter en sacrant sur l'auteur parce qu'il manque de sobriété, de simplicité, ce qui n'est pas toujours possible, évidemment...J'aime aussi les livres que je pourrai approfondir, donc éventuellement relire pour en extirper tout le sens et comprendre son auteur jusque dans les moindres recoins de sa pensée. Je complète souvent mes lectures par des recherches sur internet, vu les sujets abordés. En plus de Mill j'ai apporté deux livres de Noam Chomsky: Propagande, médias et démocratie et Les dessous de la politique de l'Oncle Sam. L'extrait présenté au début de mon article provient de ce dernier livre.

 

Se profile une cancélation de concert à Wenzhou dû à un typhon mais rien de certain pour l'instant. Tout le monde suit la météo de près!    

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 23:12

J'aimerais revenir sur un point concernant l'ambiance générale que l'on peut sentir en Chine, leur façon d'être, de communiquer et de faire les choses. Je ne peux que faire des comparaisons avec notre propre culture, celle-ci étant ma référence et ce sur quoi j'appuis mon raisonnement. J'essaie toujours de garder une distance avec ma culture que je qualifierais globalement d'occidentale, quoique l'on peut faire quelques nuances d'un pays occidental à l'autre. Ces nuances peuvent être subtiles et ne sont donc pas forcément fondamentales.

 

Beaucoup de gens voyage sans voyager, faute de temps (par exemple voir la Chine en trois semaines...) mais surtout faute de réelle curiosité. Voyager en surface, se contenter de visiter musées, panoramas et sites pitoresques sans rencontrer les humains qui forment ces sociétés n'est pas ce que l'on peut appeler voyager. Se déplacer physiquement est une chose et on peut le faire en gardant ses préjugés, ses valeurs (qui nous paraissent souvent les meilleures) voire sa xénophobie patente et/ou culturelle. Les gens trop préoccupés par eux-mêmes ou alors faussement "poètes" (dans "leur" monde!...) peuvent facilement passés à côté de toute une culture sans que cela les fassent réfléchir. On voyage pour aller vers l'autre. Si l'on veut "se" rencontrer (ce qui peut-être noble) on peut le faire chez soi...À moins d'avoir cette espèce de snobisme qui fait que nous ne pouvons nous remettre en question qu'au fin fond de la Chine ou autres contrés exotiques...

 

Dans le texte précédent je vous ai parlé du manque d'expérience (en général) des ingénieurs de son chinois pour la musique de jazz. Nous jouons dans de grands théâtres avec une acoustique prévue pour la musique classique. En principe ces salles possèdent des qualités indéniables et même parfois surprenantes. Le premier concert de la tournée a été notre baptême (nous aussi avons peu d'expérience de ces salles) et les techniciens ont apporté sur scène une forêt (ni plus ni moins) de micros, pensant que cette musique était proche du rock, peut-être à cause de la batterie, et voulait nous "amplifier" comme on le voit (et entend...) souvent dans cette musique.

 

Pour ma part, la musique de jazz se rapproche de la musique classique en ce qui concerne la prise de son c'est à dire le moins de micros possible pour garder la nature du son la plus proche de l'acoustique naturelle d'une salle donnée et des instruments joués. Comme en classique, les musiciens de jazz passent des heures à paufiner leur son et souhaitent donc une "vérité", une transparence dans l'approche que doit avoir le "soundman". J'irai plus loin en appliquant ce principe à l'éclairage que je souhaite toujours simple et sans effets comme on retrouve encore une fois dans la musique classique. 

 

Combien de fois je me suis retrouvé devant des ingénieurs du son remplis de prétention, sûrs d'eux-mêmes et de leur technique alors qu'ils étaient complètement incultes en ce qui concerne la musique de jazz! De véritables murs! Pour eux (allons, disons les 3/4) la prise de son rapprochée, qui consiste à placer des micros sur chaque instrument et chaque morceaux de batterie est la seule valable. Impossible de dialoguer ou alors il faut prendre mille chemins, utiliser toute sa diplomatie et son savoir faire pour amener le technicien à comprendre notre point de vue et sa validité. Tout ceci quelques heures avant un concert...On peut probablement sans se tromper parler de manque de modestie dans l'approche globale et la vision générale d'une personne de ce genre.

 

C'est tout l'inverse que je retrouve ici. Pas de prétention, de sûreté sans raisons, d'arrogance dû à la position hiérarchique (le soundman contrôle le son, toute l'ambiance d'un concert et est donc très important).  Ouverts aux suggestions, essayant de comprendre le comment et le pourquoi, analysant, travaillant avec le groupe pour une performance optimale, à aucun moment je n'ai senti une frustration quelconque, à aucun moment je n'ai senti ce mur sur lequel je me cogne trop souvent.

 

Je vais aller plus loin maintenant. Cette prétention et ce manque d'ouverture, je le rencontre pas seulement chez les ingénieurs de sons mais aussi dans toutes les sphères de la société québécoise. Peut-être que notre individualisme forcené nous amène à défendre becs et ongles nos positions et notre vision des choses. Au lieu de travailler ensemble pour bâtir nous travaillons trop souvent les uns contre les autres, c'est notre choix de société. Regardez la politique. Combien de temps, de talent et d'argent les partis sont prêts à gaspiller pour nous faire croire qu'ils sont les mieux placés pour nous diriger. Nous trouvons tout naturel ce gaspillage et cette façon de présenter les choses!

 

Cette façon de communiquer, le "chacun chez soi", quand il se retrouve dans une même famille est encore plus désolant et déroutant. C'est probablement pourquoi, lors de séparation on voit l'autre parent comme un compétiteur, un ou une adversaire avec lequel il faut se battre.

 

Pour moi, une société semblable ne peut qu'avoir un avenir médiocre et ses enfants devenir autant de peitis murs qu'il faudra escalader pour pouvoir réellement communiquer avec eux et donc les "toucher" comme on peut être touché par un magnifique coucher de soleil.  

 

 

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 09:50

Beaucoup de route, transport en avion et en train, chaleur tropicale et...rhume en bout de course grâce à l'air climatisée...Ce que je redoutais...Les théâtres sont magnifiques (voir mon site web yannickrieu.com) et bien fournis en équipement. Par contre peu d'expérience au niveau de la prise de son pour un groupe de jazz. Je m'improvise technicien de son quelquefois. Les salles acceuillent de 800 à 1800 spectateurs et elles sont la plupart du temps pleines. Des jeunes et des moins jeunes, c'est vraiment des concerts pour 7 à 77 ans! L'acceuil est incroyable et il arrive que les gens participent en claquant des mains, surtout les morceaux qu'ils connaissent. Nous jouons quelques morceaux populaires chinois pour le plus grand plaisir des auditeurs.

 

Les restaurants sont toujours bons et c'est à chaque fois une fête! Beaucoup de découvertes culinaires sont possible pour un esprit et un palais curieux. Les déjeuners sont d'une incroyable variété...Ça change des deux oeufs bacons si monotones et sans surprise! J'y vois là une relation avec l'esprit, le caractère d'un pays. Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es! 5000 ans d'histoire et 56 différentes ethnies y sont peut-être pour quelque chose. Il y a encore des gens pour lever le nez sur cette culture...Parfois l'âme humaine est si difficile à cerner! De petits détails touchant comme ce restaurant qui fait déposer une fleur à notre table pour indiquer que le service est terminé ou bien l'exquise douceur des femmes qui travaillent...aux postes de péages! Malgré la barrière qui se lève pour nous ouvrir le chemin une fois le montant dû payé, elles esquissent un mouvement de la main toujours gracieux pour nous dire que la voie est libre. Beaucoup de ces petits détails rendent ce pays agréable et humain.

 

Que de leçons nous pourrions tirer si nous n'étions pas si convaincu que nous vivons dans "le plus meilleur pays du monde"! À chaque fois que je reviens au Québec je suis confronté à une dureté et un égoïsme qui semblent naturels à la majorité des gens. Les visages rencontrés dans la rue sont souvent fermés et sourire à une femme est souvent perçu comme déplacé (je l'ai trop souvent expérimenté!) et rarement rendu.

 

Il faut que je me prépare pour le concert de ce soir et que je guérisse ce rhume... 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 06:43

Nous sommes arrivé à Shenzhen dans le sud de la Chine, à une demie heure de train de Hong Kong, après plus de trente heures de voyages incluant les attentes. Il est 1 heure du matin et il fait 30 degrés.

 

En quittant l'aéroport pour se diriger vers notre hôtel, nous sommes passés par un chantier où une équipe de travailleurs était à l'oeuvre, construisant une passerelle pour piéton. Une autre équipe prendra le relais au petit matin pour continuer le travail. À ce rythme,ce chantier sera terminé dans quelques jours. Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec la façon de faire au Québec. Combien de chantier désertés j'ai vu les fins de semaine ou alors en fin de journée. À ce rythme, il n'est pas étonnant que les choses se fassent si lentement et coûtent finalement si chers! De plus, la qualité n'est pas toujours au rendez-vous. En ce qui concerne les travaux routiers, le gaspillage de temps,  d'essence, la pollution occasionnée par les bouchons devraient être pris en compte. Me semble qu'avec tout le chômage qu'on connaît on pourrait engager plus...Mais l'efficacité est peut-être quelque chose de peu rentable pour certaines gens!



Parlons un peu musique...



J'ai lu, il y a quelques années, un livre écrit par un pianiste de jazz du nom de Kenny Werner "Effortless Mastering" ou quelque chose se rapprochant. Quelques bons conseils mais c'est surtout l'idée de base de ce livre qui m'a laissé perplexe. Ce livre nous "apprend" à devenir des maîtres, nous indique des chemins pour parvenir à une maîtrise du phénomène musique, à adopter une certaine attitude pour parvenir à ses fins.

 

Première chose: vouloir devenir un maître en quoi que ce soit nous éloigne de ce qu'on veut maîtriser. L'idée générale de ce livre, jamais clairement formulée, est de gagner du pouvoir, par une maîtrise de soi-même et de ses pensées. Il me semble infiniment plus intéressant d'observer le moment présent, d'être totalement présent à la musique sans recourir à des formules qui me font penser à ces livres de pseudo-psychologie qui nous instruisent sur comment réussir dans la vie, gagner plus d'argent, accroître la confiance en nous etc. On trouve dans le livre de Kenny Werner des formules à répéter du genre  "I am a master", comme si le fait de répéter ce genre de sornette pouvait aboutir à quelque chose! Le seul résultat que je peux entrevoir à propos d'exercices semblables est un engourdissement du cerveau qui peut ressembler à une forme de sagesse mais qui est en fait une insensibilisation de tout notre être ou alors une prétention que l'on nourrie régulièrement sans raison. Faites l'expérience de répéter le mot "fourchette" pendant un moment et voyez le résultat!  

   

La communication en musique, que certains qualifient pourraient qualifier de "télépathie", où cette sensation d'être en relation directe avec les autres musiciens nous donne l'impression de faire "un" n'a pas grand chose à voir avec le temps. Cette communication est plutôt une disposition d'esprit, une capacité à s'oublier pour faire place entièrement à la musique, une qualité de présence au moment présent. C'est pourquoi ce phénomène, se sentir en union complète avec les autres, peut se produire avec des musiciens que l'on rencontre pour la première fois. J'irais plus loin en soulignant qu'il faut une vigilance accrue si l'on joue avec les mêmes musiciens sur une longue période de temps. Des habitudes peuvent se créer, des réflexes qui n'ont pas grands chose à voir avec la qualité de présence nécessaire pour une musique de haute qualité. Certes, ces réflexes peuvent être sécurisant pour le musicien et impressionnant pour l'auditeur (wow! ce band est "tight") mais ils nous éloignent de ce qui fait une musique vivante. Un acrobate doit répéter des milliers de fois le même geste pour parvenir à une forme de perfection et ce geste deviendra mécanique, ce qui n'a pas une chose souhaitable en musique. 

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 11:15

Bon, obligés de se lever à une heure où d'habitude un jazzman se couche, nous voilà sur la route pour l'aéroport. Le soleil se lève et comme toujours est magnifique! Comme disait Yvon Deschamps le soleil ne regarde pas avant de frapper, ce qui devrait le rendre antipathique...mais non...On l'aime quand même...

 

Va falloir que vous soyez curieux et aller de temps en temps sur mon blogue par vous même, car de la Chine Facebook est impossible à rejoindre, je vous expliquerai la raison plus tard. Il y a un parrallèlle avec ce qui se passe dans les pays arabes. Je suis impatient d'être en Chine et de sentir cette énergie incroyable! Je crois que ce sentiment se rapproche de celui qu'on pouvait sentir dans les années 50 aux États-Unies...Tout est possible, tout peut marcher, suffit d'y croire!...et de bosser dur...

 

Faut vraiment y aller, j'ai un avion à prendre! Dans 16 heures je suis à l'autre bout de la planète...Quel monde étrange que le nôtre!

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 14:33

Les raisons qui me portent à écrire sont multiples. Je me souviens qu'à l'adolescence j'écrivais des poèmes. Cette période de la vie est certainement une des plus intéressante en ce sens que l'on sent toute cette énergie qui bouillonne en nous, on commence aussi à percevoir les mensonges qu'on nous passent, la vision que l'on tente de nous imposer pour faire croire que nous vivons dans un pays libre (oui à un certain niveau, j'y reviendrai) alors que notre esprit est formaté, entre autres, par l'école. On y apprend à obéir, à se plier et se conformer à des horaires fixes, à ne pas trop poser de questions ou alors elle doivent être insignifiantes, c'est à dire sans trop de "portée" ni conséquence. Ou alors ce sont les réponses qui fermaient un débat jugé trop audacieux. Je me souviens très bien d'avoir eu des remontrances de mon professeur car je voulais discuter de la religion et de l'inutilité d'avoir la foi. Pour moi, déjà à cette époque, croire en quoi que ce soit était inutile, regarder et voir ce qui "est" me paraissait et me parait l'attitude la plus juste pour comprendre notre monde. Tous les vendeurs de rêves, d'espoir et de foi (la publicité, les prêtres etc.) m'ont toujours semblés suspects. La maîtresse m'a bien fait comprendre que j'étais un danger pour les autres. Elle avait peur que mes camarades perdent la foi! J'avais11 ans. C'est le genre de chose dont on se souvient. C'est là que j'ai commencé à avoir des doutes sur l'infaillibilité des personnes qui avaient du pouvoir. Combien on est naïf à ces âges... Ce qui a confirmé mes doutes s'est passé lors d'une remise d'examen (j'étais à ce moment en 6ième année) et où le directeur, devant toute la classe, s'est moqué de la façon dont j'avais écrit le mot "automne". Monsieur le directeur pensant que ce mot s'écrivait sans "m" et pensant également faire une bonne blague prononça le "m" alors que ce "m" est muet, bien sûr...Je ne pipai mot...et allai vérifier dans le dictionnaire. J'avais raison! Le directeur de mon école avait tort. Depuis ce temps je me méfie de toute personne en position de pouvoir.

 

Cette période adolescente est crainte et redoutée parce que les ados remettent en cause, en principe, les valeurs des adultes, de la société en question.  Dangereux! Pas sérieux! Ce n'est qu'un mauvais moment à passer! Il va reprendre le droit chemin! Notre ado est "bizarre" et combien d'autres reflexions j'aurai entendu pour justifier cette peur du non-conformisme!

 

J'ai eu la chance d'avoir des parents qui m'ont foutu la paix et m'ont laissé tracer mon chemin. Eux-mêmes, à une certaine époque, étaient assez critique du monde dans lequel ils vivaient, surtout mon père. Ses idées ne dépassaient le cadre familial que très rarement. Je me souviens de quelques lettres écrites de sa main (il avait une belle plume) se plaignant de l'odieux des publicités imposées toutes les dix minutes à la télévision, coupant de façon brutale, violente toutes émissions ou films. Ça le mettait hors de lui. Je me souviens aussi et surtout de son abandon, sa résignation. Il va sans dire que les réponses qu'il recevait était du genre "merci pour votre mot, continuer de regarder notre chaîne et bla bla bla". Oui, nous sommes libres de dire tant que nos paroles ou écrits restent sans aucun poids, sans danger. Si par malheur votre voix commence à porter, toute une série d'actions (ou de non-actions) seront prises pour vider la substance de votre discours, pour vous faire taire...toujours dans la liberté! 

 

C'est probablement la deuxième raison pourquoi j'écris. Le silence de mon père. Cette souffrance présente en lui déboucha finalement sur son silence face à une société injuste, dévoreuse d'enthousiasme, éteignoir d'espoir. J'ai vu mes frères et soeur devenir ternes, mornes, perdre la fantastique énergie qui les habitaient enfants. Je les ai vus courber le dos devant la vie, citoyens obéissants, silencieux dans la société, acceptant l'innaceptable, le défendant même parfois, votant une fois tous les 4 ans, pensant par ce fait vivre dans un pays vraiment libre... De bons citoyens je vous dis!

 

J'écris depuis la mort de mon père. J'écris pour faire mon devoir de démocrate. J'écris parce que le silence est incompatible avec une véritable démocratie. J'écris pour faire mon devoir de citoyen. J'écris parce que je vois et sens clairement le carcan qu'on nous impose de façon insidieuse. J'écris parce qu'on nous ment délibérément sur les véritables enjeux de notre société. J'écris parce que j'étouffe. J'écris parce que l'on nous voudrait silencieux. J'écris parce que ce silence est un silence de mauvaise qualité. Ce n'est pas le silence qui provient de la sagesse, c'est le silence des gens qui souffrent, dans leur coin, rendus impuissants par la peur de perdre leur emploie, leurs privilèges, la peur d'être pris pour des "chialeux", la peur du regard de l'autre, peur de déranger, d'exister...

 

J'écris aussi car je me rend compte que les pros de la communication font, dans l'ensemble, un travail médiocre. Je n'ai certe pas la prétention de faire leur travail. D'ailleurs quelques un(e)s le font très bien, je pense par exemple à Chantale Hébert, Josée Legault. Les journalistes aussi ont des comptes à rendre, eux aussi voudraient dire, dénoncer. Ils ne sont pas libres de le faire pour plein de raisons dont celle de garder leur job! Un journaliste sans protection, rendu vulnérable par des conditions de travail précaires ne prendra pas le risque de déplaire à son patron. Libre mais à l'intérieur de cadres très précis.

 

 Nous sommes, vous l'aurez compris, une société médiocre, riche et injuste. J'écris parce que les injustices sont des choix politiques et non une fatalité.  J'écris pour aller vers l'autre. J'écris pour comprendre ma propre médiocrité et éventuellement y remédier.

 

J'écris afin de pouvoir me regarder dans une glace et ne pas avoir honte.

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 16:20

Nous sommes à deux jours de notre départ pour la Chine. Les heures précédant une tournée sont toujours un peu échevelées. Les derniers détails, mises au points concernant le répertoire, la location de batterie, synchroniser les transports intérieurs (avions, trains, voitures), liste d'invités pour chaque théâtre et j'en passe!

 

Parlant transport, un accident de train s'est produit il y a quelques jours avec son lot de blessés et de morts. Le phénomène de corruption y est pour quelque chose, des mesures ont déjà été prises par le limogeage du ministre des rails et une enquête est déjà en cours. Des actions concrètes, rapides et sans appels. Je me permets un parrallèlle avec la corruption existante ici, au Québec, assez bien ciblée et connue, quantifiée sur le coût, le gaspillage que cela entraîne pour notre société. Une très large partie de la population (80%) réclame à juste titre une commission d'enquête mais le gouvernement fait la sourde oreille...Pourquoi? Ce gouvernement a été élu par le peuple et pour le peuple (définition de la démocratie). On voit clairement le dérapage et les véritables intérêts de ce gouvernement. Pour en revenir à la Chine, une très courte analyse sur cet incident à l'émission C'est bien meilleur le matin (salut Robert!) fait état de blogueurs mécontents et inquiets pour leur sécurité. Je me demande simplement qui a lu ces blogues et qui en a fait la traduction, combien de blogues ont été répertoriés etc. L'animateur avance (comme une évidence bien sûr...) que le gouvernement chinois fermera ces blogues et étouffera toute tentative de communication sur ce sujet. Ici on suppose, on sous-entend que les dirigeants chinois sont malveillants et sourds à toutes revendications. Les faits nous montrent tout le contraire!  Mais notre dressage a été si bien fait que nous n'avons pas besoin de fouet pour faire nos cabrioles pseudo-démocratiques! Il existe un site en chinois très complet  où l'on peut voir et lire une grande quantité de blogues, de messages de toutes sortes critiquants sans embages les politiques du gouvernement. On peut y lire également une analyse de l'accident avec  tableaux, dessins explicatifs, une liste des blessés avec leur nom, l'hopital où ils sont soignés, l'état de blessés et leur évolution etc. Je sais, peu d'entre nous parle le chinois et le lit encore moins, mais allez y faire un tour juste pour voir...

 

Bon, laissons là les apôtres de l'indignation à géométrie variable.

 

Dernier droit donc avant le départ. Un problème que l'on rencontre lorsque l'on organise une tournée en Chine...Le décalage horaire! 12 heures séparent la Chine du Québec. Lorsqu'il est midi ici il est minuit en Chine. Je vous laisse imaginer les horaires auxquels il faut se soumettre pour rejoindre nos partenaires chinois. Presque tout doit être fait la nuit, ce qui n'est pas idéal vous en conviendrez! Nos nuits deviennent des journées et on ne peut se payer le luxe d'être actif que la nuit parce que beaucoup de choses doivent être réglées ici aussi! 

   

J'ai toujours des "papillons dans l'estomac" avant chaque départ. Mélange de fébrilité, d'un peu d'anxiété (tout est vraiment ok?...), d'excitation, d'appréhension de la réception de la musique (bon choix de morceaux, bon déroulement du concert?) mais aussi réflexions sur la résidence construite pour les Productions Yari: emplacement à déterminer précisement, genre d'utilisation dans l'avenir, pour qui (musique, danse, peinture) et comment (de quoi auront besoin les artistes invités) etc. De quelles façons nous pourrons moduler le projet, les négociations avec nos partenaires, tout doit être clair avant de plonger! 

 

Après mon passage au Centre d'Arts Orford plusieurs idées me sont venues. Cet endroit est particulièrement bien pensée (c'est leur soixantième anniversaire!), agréable, convivial et soutenu par une équipe dynamique et ouverte sur l'avenir! Beaucoup de choses à retenir pour le projet en Chine!  Pour moi, rencontrer des gens passionnés par ce qu'ils font reste un vent frais dans la morosité généralisée mais aussi une source d'inspiration et d'espoir! 

 

Voici le lien pour le site chinois. http://news.sina.com.cn/z/hzdccg2011/index.shtml

 

 

  

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 18:09

Je suis présentement au Centre d'Arts Orford où je vais interpréter avec mon trio (Adrian Vedady-John Fraboni) et François Bourassa la suite de John Coltrane "A love Supreme".

 

À cette suite en quatre mouvements (Acknowledgement, Resolution, Pursuance et Psalm) se greffe un poème, chose assez rare en jazz. Coltrane avait déjà écrit des textes pour d'autres compositions comme entre autres Crescent, Wise One mais sans jamais les avoir édités.



Il existe seulement deux versions de cette suite, l'une enregistrée le 9 décembre 1964 en studio, la plus connue, et une autre en 1965 au Festival de Jazz d'Antibes (France). Les deux versions diffèrent légèrement. Dans la version studio Coltrane utilise des timbales, chante ou plutôt psalmodie une phrase et la répète un peu à la manière d'un mantra à la fin du premier mouvement. La dernière partie est ni plus ni moins le poème (que l'on retrouve sur la pochette) joué en musique. On peut suivre le texte avec la musique et voir que Coltrane reste très proche du rythme du poème, de son déploiement dans le temps, sa ponctuation. Le projet de restituer cette musique bien qu'intéressant, soulève chez moi quelques réflexions.



Une bonne part de l'intérêt de la musique de jazz vient du fait que celle-ci est construite à partir de préoccupations personnels, que ce soit au niveau strictement musicales (approche harmonique particulière, rythme, son etc.) ou extra-musicales (spiritualité, politique, sociologique) le tout débouchant sur une musique unique, originale, porteuse de sens. C'est pourquoi, à mon avis, on ne peut jouer la musique de Coltrane ,dans le cas qui nous intéresse, comme en classique on jouerait du Mozart, sans perdre ce qui fait sens dans cette musique. Cette façon de présenter le jazz, de plus en plus fréquente, provient de l'institutionnalisation de cette musique. pour enseigner une musique il faut que celle-ci soit un tant soit peu "figée", cadrée, de sorte que l'on puisse contrôler ce qui est enseigné.

 

Peut-on enseigner le jazz? Oui et non. Oui pour ce qui est du côté technique (apprentissage de l'instrument-même la façon peu orthodoxe d'aborder l'instrument de certains jazzmen fait partie de leur signature-formules rythmiques, harmonie etc.) mais là ne reside pas l'essentiel de cette musique. Ce qui fait cette musique si riche et vivante vient de l'originalité même de ceux qui la font. Or, on ne peut enseigner l'originalité dans aucune école. Je dirais même que l'institution à tendance à étouffer l'original, à produire des techniciens habiles mais ternes et, à la limite, interchangeables.

 

Perdre les racines de cette musique, sa raison d'être, son pourquoi, la fera peut-être devenir plus à même d'être enseigner (un bon exemple de ce que je raconte est illustré par le Lincoln Center où l'on définie et enseigne le jazz avec des limites très claires et qu'il est préférable de ne pas dépasser) et ainsi institutionnalisée, lui donnant pignon sur rue et respectabilité, vendable parce que bien définie et délimitée comme n'importe quel produit. Certains pourront en tirer bénéfice mais l'ensemble de l'humanité y perd en diversité.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture