Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 04:48

La vie est communication. Si on observe la nature et son mode de fonctionnement on s'aperçoit rapidement que la communication reste la base de toute vie et que sans elle la vie perd de son sens. Rien de plus tragique que le refus de partager, de voir l'autre comme séparé de soi, de croire que nous sommes des îles, que notre personne est ou peut être "autonome" et en compétition constante avec les autres. Voir les choses de cette manière amène, produit des dysfonctionnement du cerveau et rend malade. Elle déshumanise.

 

Cette "maladie" peut être acceptée dans certaines sociétés et même vue comme le fonctionnement normal des humains qui la forme. La compétition, la passivité, la sacro-sainte vertu de l'avidité et du gain personnel, le manque d'intérêt pour autrui et même la crainte de celui-ci ne sont pas des formes acceptables de fonctionnement pour une société dite évoluée. Tout ceci ne fait que former des handicapés sociaux, riches ou moins riches, avec plus ou moins de succès, décorés, médaillés ou non, ou simplement anonymes. Une personne sur six, au Québec, souffre de problèmes mentaux, d'après les chiffres officiels. Je crois qu'avec ma définition de l'handicapé social, ce chiffre est très conservateur. Je connais et rencontre beaucoup de gens qui, en apparence, mènent une vie normale mais qui, dans le fond, ne sont que des ombres de ce que l'humain pourrait et devrait être.  

 

Si cette communication est sélective, que nous communiquons uniquement lorsque cela fait notre affaire, que certains sujets doivent être éviter parce que jugés trop sensibles, nous sommes dans l'illusion d'être ouverts. Cette forme de communication forme les clans, les nations, les familles ou tribus et participent à cette forme de mort, d'isolement et d'apathie sur lesquels les dirigeants comptent pour mieux nous exploiter. Une personne seule n'a pas de poids et peut même croire que ses pensées sont uniques voire folles. Alors qu'il n'en est rien. La souffrance de se croire isolé (et de l'être parfois) peut créer la violence, violence pouvant se retourner contre nous et que l'on nomme "suicide". Il n'est pas normal et acceptable de compter sur des spécialistes pour communiquer, même si ceux-ci, il faut le dire, font un travail souvent remarquable. Je pense ici à tous les organismes qui se spécialisent dans l'écoute et autres formes d'aides. Une société qui en est venu là, doit se poser des questions sur les valeurs qu'elle transmet et qui la structurent.  

 

Pourquoi en être arrivé à cette monstrueuse indifférence? Est-elle voulu ou le résultat de notre nature?

 

La nature, dans son essence, est faite de communication. Tout est en relation avec tout. Ne dit-on pas que le simple battement d'ailes d'un papillon peut avoir des répercussions sur une galaxie au fin fond de l'univers? Cette image, toute poétique qu'elle soit, devrait nous faire réfléchir.

 

Peut-être sommes-nous juste trop préoccupés par notre petite personne, nos petites réussites personnelles pour daigner jeter un regard sur autre chose que soi-même.

 

Mais à qui profite cet isolement?

 

 

Partager cet article

Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 16:08

Nous sommes de retour à kunming. Notre passage dans la ville de Dali et Xizhou (la ville où le projet de résidence sera établi) a été une expérience tout simplement fabuleuse et ce, à plusieurs point de vues.

 

Xizhou est un village situé à 25 kilomètres de Dali, ville plutôt touristique mais quand même agréable et jolie. Cette région est reconnue pour la grande variété de fleurs et ses champignons sauvages. Bordée de montagne, Dali a une longue et passionante histoire, remplie d'épopées et plusieurs faits d'armes sont encore dans la mémoire de ses habitants. Par exemple, un de leur héros a été, au moment des faits, leur ennemi, mais son courage et la justice qui animaient ses actions lui ont valu un grand respect qui se perdure encore aujourd'hui. Pendant une grande partie de la soirée passée dans une résidence privée, la "chef" du village (c'est comme ça qu'on me la présente) nous a entretenu sur l'histoire de son village et de la région. À l'occasion de cette soirée, un ensemble de musique traditionnelle nous a offert un concert (que j'ai enregistré) comportant différentes musiques bouddhistes de la région de Dali. Un homme agé de 80 ans improvisa une histoire avec fond de musique. J'aurais aimé que vous voyiez ses yeux! Brillants, vivants, allumés, rieurs... Bien entendu, ce concert fut suivi d'un repas plantureux où un alcool "maison" fait à base de  noix du pays coulait à flot! Un délice à 42 degrés...Après moultes toasts j'ai les joues en feu mais la tête toujours claires!

 

 Je suis surpris par l'érudition de cette femme mais aussi des gens qui nous accompagnent. On parle littérature, musique, histoire, géographie, politique sans prétention et toujours avec humour.  Le matin de notre départ elle fait porter à la réception de notre l'hôtel une série de livres sur l'histoire de la région. Raffinée et attentionnée, discrète et généreuse, ce n'est que du bonheur à grande dose! Évidemment, ma compagne traduit toutes ces conversations sans quoi je passerais à côté d'une grande partie de cette humanité. Quand je pense aux crétins qui lèvent le nez sur toute cette culture, j'aurais envie de leur claquer doucement le museau...juste pour les réveiller un peu!

 

Vous allez probablement penser que j'exagère, que je m'emporte parce tout est nouveau et que mon enthousiasme est quelque peu complaisant ou que le fait que ma compagne soit chinoise y est pour quelque chose. Pas du tout, au contraire, je suis extrêmement attentif à tout ce qui m'entoure et je vais de surprise en surprise et dans 95% des cas, ces surprises sont positives. J'ai trouvé en Chine une "famille" sur qui l'on peut compter, avec qui l'on peut discuter (parfois avec véhémence et passion) mais sans jamais remettre en cause l'unité, la base qui fait que nous sommes humains. Le partage, l'espoir, l'amitié reste le terreau de ces échanges. Les liens de sang qui nous unissent à notre famille étant enfant doivent se changer en cette forme de partage sous peine de perte de ces liens. Chine, plus je te connais et plus je t'aime! Peut-être y a-t-il quelque chose d'atavique dans tout cela. En effet, mon grand-père était le chauffeur officiel de l'Opéra de Shanghaï lorsque celui-ci passait à Paris. On parle ici de l'entre deux guerre. 

 

Revenons à Xizhou. C'est le matin, les montagnes vertes viennent s'échouer sur le bord du lac également vert mais d'un vert émeraude. Les nuages qui lèchent la cime des montagnes sont d'un gris délicats et presque transparents, la lumière passant au travers leurs donnent différents tons de gris. Un orage au loin (le lac est vraiment immense) et la pluie, comme un rideau qui se déploie, rajoute un côté féerique à cette scène. Le chemin que l'on emprunte est bordé de fleurs d'un violet, rouge et jaune intenses. Les champs de maïs et de riz sont de différents tons de verts, d'un autre vert que ceux de la montagne et la terre est d'un rouge-orange qui rappele la côte nord du Québec. Que de beauté!

C'est dans ce pays inspirant que les résidences seront construites. Il me tarde vraiment de revenir pour y étudier leur musique.

 

Je continue mon jogging tous les matins et j'ai le souffle un peu court...nous sommes à 2000 mètres d'altitude! Il faut dire que les cigarettes que l'on ne manque pas de me faire goûter lors des différents repas y sont peut-être pour quelque chose... C'est au cours d'un de ces repas que j'ai entendu deux petites histoires concernant une région proche du Tibet. Un ami qui a pas mal voyagé dans cette province, me raconte qu'il est passé par un village de 1000 habitants où pas moins de 4 différentes religions (catholique, musulmane, protestante et bouddhiste) cohabitent sans problèmes depuis longtemps. C'est donc possible! L'autre histoire concerne un autre village qui n'utilise aucune écriture mais où les gens se nomment Marie et Joseph en grande majorité...Ça sent le missionnaire à plein nez! 

 

Pour finir, parlant de missionnaire, je reviens sur la déclaration du Dalaï Lama qui dit, dans une entrevue récente,  avoir été inspiré par Georges Bush. Je pensais à cette déclaration et m'imaginais un Jésus (la comparaison est un peu boîteuse, j'en conviens) déclarant que César ou Ponce Pilate avait été son inspiration. De quoi rire pour ne pas pleurer... 

Partager cet article

Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 08:43

Nos enfants ne nous appartiennent pas. Nous en sommes responsables comme nous sommes responsables de notre planète sans en être les propriétaires. Tous, nous sommes de passage sur cette terre. Notre héritage parlera pour nous: enfants, comme planète.

 

Avec une femme (c'est le minimum requis!), avec laquelle je ne suis plus, nous avons donné la vie à 2 filles, des jumelles, qui fêteront leur 10ième anniversaire de naissance dans quelques heures. Elles commencent plus sérieusement et profondement à comprendre elles-mêmes, leur environnement, le monde, à faire des liens, se faire des ami(e)s.

 

Nous sommes donc responsable. Mais que veut dire au juste "être responsable"?

 

D'abord, est-ce que moi-même je connais vraiment le monde dans lequel j'évolue? Ou ne suis-je qu'un ixième "consommateur", ignorant des luttes qui se déroulent autour de moi, dans la famille proche, dans notre société et plus loin dans le monde? Est-ce être responsable que de perpétuer mon ignorance à travers mes enfants? 

 

Sommes-nous tous vraiment aptes à faire des enfants et les éduquer, même si pour la plupart d'entre nous, nous pensons que c'est un droit (et donc la question ne se pose même pas)? Avons-nous assez d'amour en nous-mêmes pour les observer suffisament attentivement pour comprendre leurs motivations, leur caractère, leur personnalité?  

 

Pour moi, être un parent responsable, digne de ce nom, c'est s'intéresser au monde dans lequel nous vivons, le remettre en cause lorsque nécessaire et agir sur lui. Ce n'est certe pas assouvir ses ambitions personnelles à travers eux, encore moins satisfaire son désir de se voir en eux. Notre fierté (si vraiment être fier est important) doit plutôt venir de la liberté qu'ils prendront au fil des années par rapport à nous-mêmes et le développement de leur vision du monde ainsi que leur capacité à penser d'une façon réellement autonome. Tant mieux si cette vision concorde avec la nôtre, sinon certains correctifs devront être apporter de leur côté et/ou du nôtre. Tout le monde ne peut avoir raison...

 

Être parent responsable c'est dire la vérité (ce qu'ils sont aptes à comprendre), être franc et sincère, sur tous les sujets même les plus difficile. Les manipuler comme de vulgaires outils pour parvenir à nos buts, quels qu'ils soient, honorables ou non comme, pour donner quelques exemples: être tranquille, faire passer nos conceptions, nos visions souvent  étroites et corrompues de ce que devrait être la vie. Tout ceci, me semble-t-il, démontre le peu de respect que l'on a pour nos enfants. 

 

L'amour que l'on pense porter à nos enfants est un concept sur lequel on ne réfléchit pas assez et que l'on emploie à tort et à travers. Il s'est, en grande partie, vidé de son sens. Il sert souvent à cacher notre ambition à vouloir exercer du pouvoir sur nos enfants et ce, de façons subtiles ou moins subtiles.

 

Être responsable c'est proposer et non pas diriger, influencer; c'est amener à comprendre le monde qui les entoure et dans lequel ils baignent. 

 

Mon père disait de son vivant que faire des enfants ne valait la peine que s'ils devenaient rebelles. Vu la société dans laquelle nous vivons, ses mots prennent tout leur sens aujourd'hui,  plus que jamais.

 

Bon anniversaire les enfants!

Je vous souhaite une vie remplie de vérité, de clarté, de partage...donc de bonheur!

 

Partager cet article

Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 05:09

Nous sommes arrivés à Dali hier soir après 3 heures d'avion de Beijing à Kunming suivi de 4 heures de route de Kunming à Dali. Fatigué de tant de voyages depuis le début de la tournée (on totalise peut-être 15 ou 20 milles kms) nous n'aspirons qu'à nous reposer un peu. Dali est une magnifique ville, peu importante en nombre d'habitants (300.000 à vu de nez) située sur le bord d'un immense lac. C'est le pays des fleurs et beaucoup de plats sont préparés avec diverses fleurs aux arômes et fragrances diverses. Beaucoup de champignons sauvages et même des plats à base d'écorces d'arbres. Un délice, encore une fois!

 

Notre périple en voiture de Kunming à Dali m'a permis de voir un peu le pays. Semblable au parc des Laurentides pour le paysage mais avec une architecture différente pour ce qui est des maisons, la nature est omniprésente et plutôt sauvage. Sur chaque batiments on retrouve des dessins en couleurs qui représentent différents sujets (oiseaux, mammifères, plantes, fleurs et bien sûr dragons) mais aussi des dessins géométriques abstraits et très colorés. Tout ceci donne une touche naïve aux villages traversés et illustent bien la mentalité générale de cette région.  En se rapprochant de Dali la montagne devient plus découpée et les sommets sont plus hauts. Le temps est plus frais (25 le jour et 15-16 la nuit) et l'air est enfin respirable.

 

Ce matin il pleut mais j'ai quand même fais mon footing (jogging) pour  la première fois depuis le début de la tournée. Impossible de courir dans les villes polluées et avec une température dépassant les 30 degrés. Les hôtels proposent  la plupart du temps un espace "fitness" mais je dois dire que j'ai horreur de cela. Malgré le bon équipement proposé je préfère toujours pratiquer mes activités physiques à l'extérieur. Cela me semble plus naturel et logique, mon corps a besoin de lumière et de bon air frais pour se sentir à l'aise.  C'est comme le yoga ou le taï chi. Ici, en Chine, ces activités font partie de la vie et sont intégrées aux activités courantes. Il existe bien sûr des associations pour ces sports mais ils sont pratiqués majoritairement à l'extérieur. Il n'est pas rare de rencontrer ces associations, des que le temps le permet, dans les parcs ou autres endroits propices à leur activité. De plus, jamais je n'ai senti cet espèce de snobisme que l'on peut voir chez nous chez ceux qui pratique ces sports. Faire du yoga, pour le chinois, n'est pas plus particulier que se brosser les dents...

 

Les choses vont se préciser ce soir concernant la résidence pour artistes que les Productions Yari, que Haiying Song et moi dirigeons, mettent sur pieds avec des partenaires chinois. Cette résidence qui n'est qu'une parti d'un projet plus important, offrira une occasion aux artistes désireux de travailler dans un endroit entouré de nature, de préparer et se concentrer sur leur projet personnel. Ces projets devront bien entendu  créer des liens entre la culture canadienne ou québécoise et la culture chinoise. Les locaux ne sont pas encore construits et la réunion de ce soir nous donnera l'occasion de présenter et aussi  préciser notre pensée à nos partenaires et de voir qu'est-ce qui sera possible d'offrir aux artistes. Cette résidence s'adressera dans un premier temps aux musiciens mais d'autres résidences seront offertes pour d'autres disciplines.

Partager cet article

Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 23:09

Il est 5 heures du matin, déjà réveillé. On doit se lever à 6 heures pour prendre notre avion pour Kunming. J'ai donné ma classe de maître hier (c'était de 19H30 à 21H00) devant une salle plus que comble, des gens étaient assis sur des chaises rajoutées dans les côtés. L'endroit est sympathique, c'est une bibliothèque/phonothèque uniquement composée de livres sur la musique et des partitions de musique classique. Ma loge est magnifique avec un sofa ultra-confortable, type "Louis quelque chose qui n'a jamais existé", qui se trouve en face d'un système de son de très haute qualité flanqué d'un écran sur-dimensionné pour visionner des DVDs. La collection de DVDs qui fait tout le mur est consacré uniquement aux opéras du monde entier et  des livres en allemand, français, anglais et chinois sur les principaux compositeurs occidentaux ornent la bibliothèque. Une collection de patitions avec le CD correspondant pour écouter et suivre la musique, des sculptures de diverses dynasties complètent la pièce. Ça sent le bois (la bibliothèque est faite d'un bois rouge de toute beauté) et le livre neuf. Je passerais bien quelques semaines ici... 

 

Le Centre National des Arts de Chine est une construction récente et l'intérieur est à couper le souffle. Structure auto-portante (pas de piliers à l'intérieur) qui ressemble un peu à une soucoupe volante, entourée d'eau, sa couleur aluminium rappele justement la couleur de l'eau. C'est donc une impression de légèreté qui se dégage de l'ensemble malgré cette immense et imposante architecture. Pour y entrer on doit en quelque sorte passer sous l'eau que l'on peut voir car le plafond à cet endroit est transparent. C'est tout une myriade d'effets auxquelles on assiste lorsque le soleil passe au travers du liquide.

 

La classe de maître débute par morceau joué en solo (les musiciens du quartet sont repartis au Québec) suivit d'un bref historique de la musique de jazz. Je parle de la disposition d'esprit que l'on doit avoir pour aborder cette musique. Je fais la comparaison avec l'apprentissage de notre langue maternelle, que l'on apprend en copiant la sonorité et répétant ce que l'on entend. Ce n'est que plus tard que l'on ouvrira les livres pour en apprendre les lois qui la compose (grammaire, conjugaison, syntaxe etc.) La musique (classique ou jazz ou que sais-je...) devrait, à mon avis, suivre le même chemin. Malheureusement on nous gave de théorie beaucoup trop tôt. C'est le résultat des institutions qui doivent contrôler le savoir, quitte à nous en écoeurer. Tout ça pour finir avec des examens que je qualifierais de "baptême bureaucratique du savoir".

 

Quelques jeunes saxophonistes ont apporté leur instrument. Je leur montre une chanson (sans partition...) tirée du répertoire traditionnel chinois. Mélodie simple avec quelques variations plutôt subtiles. On travaille 15 ou 20 minutes et le résultat est étonnant. On joue le morceau ensemble quelquefois et les élèves se surprennent eux-mêmes par la rapidité avec laquelle ils ont fait "corps" avec cette chanson. Le jazz est, à l'origine, une tradition orale. En outre, le fait d'apprendre ensemble crée des liens qui seraient absents si l'on avait simplement lu une partition. C'est aussi cela le jazz. Une communauté qui s'épaule, chacun profitant ou faisant profiter du savoir de l'autre. Ça devrait être cela...

 

Je réserve une période de question pour la fin et mis à part les questions (peu nombreuse finalement) classiques du genre quel sorte de saxo je joue ou quelle sorte d'anche j'utilise (je fais court dans mes réponses dans ces cas-là) d'autres questions plus intéressantes fusent. Elles portent souvent sur des questions pratiques et sur le comment improviser, par quoi commencer. Je dois préciser ma pensée et donner ou proposer des chemins qui seront clairs, les Chinois sont pragmatiques. Je les sens timide devant cette musique et fais tout pour leur donner du courage.

 

La beauté de cette musique c'est qu'elle n'appartient pas (plus) à un groupe particulier ou une race quelconque. Tout le monde peut faire sienne cette musique si l'on s'en donne la peine.  Le mythe du noir qui a le rythme dans la peau est une stupidité que l'on n'entend plus guère. Heureusement que ce racisme "à l'envers" n'a plus cours...Je l'espère!...

Partager cet article

Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 06:34

C'est dans une des salles les plus imposantes (1500 places) que le quartet a terminé sa tournée. J'avais, encore une fois, quelques appréhensions au niveau du son...Éh bien non! L'acoustique nous a permis de jouer sans amplification et être clairement entendu par tous les spectateurs (la salle était pleine à 90%). L'accueil frisait le délire et j'ai pu remarquer dans la première rangée un petit garçon qui a passé la soirée à taper des mains et à danser! Après les spectacles nous ne pouvons nous soustraire aux séances de photos et signatures. Pourquoi le ferait-on d'ailleurs? Voir l'enthousiasme et le bonheur sur le visage des gens est une joie pour moi et donne un sens supplémentaire et complémentaire à mon travail commencé il y a plus de trente ans. Depuis mes débuts j'ai connu le respect de mes pairs ainsi qu'une certaine notoriété au niveau des critiques spécialisés, mais jamais de succès populaire. C'est nouveau pour moi et je dois dire que cela me rassure un peu. Je ne fais pas de musique et ne veux pas faire de musique pour une petite élite et après une si longue période de travail sans une appréciation populaire je me posais des questions (peut-être dans des moments de faiblesse...) sur la réelle validité de mon travail et son utilité au sein de la société. Je vous rassure tout de suite que ce succès populaire n'a jamais été et ne sera jamais le but à atteindre. Je ne suis certainement pas prêt à faire le clown sur scène pour intéresser les gens à ma musique ni à être complaisant avec qui que ce soit et quoi que ce soit qui concerne la musique. Maintenant que je sais que ma musique peut toucher différentes couches de la société, différentes personnes de différentes cultures, je suis un peu plus serein! Cela me donne également une confiance accrue et une énergie nouvelle. 

 

Hier soir j'ai donné un concert avec une section rythmique chinoise (en fait le batteur est Japonais mais demeure en Chine depuis des lustres). J'avais déjà joué avec le bassiste (Zhang Ke) trois ans auparavant. Quels progrès depuis ce temps! Pourtant la scène du jazz à Beijing est assez pauvre, hormis ce club dont je vous ai déjà parlé, le East Shore. Il y joue 3 ou 4 fois par semaine et fait des "gigs" alimentaires pour boucler ses fins de mois. Le pianiste (Xia Jia) à un niveau comparable avec n'importe quel pianiste au Québec. Son touché est délicat et ferme à la fois, sa science de l'harmonie très personnelle et son sens du rythme vraiment intéressant. Il prend des risques et s'en sort haut la main! Nous allons certainement collaborer dans le futur. Le batteur (Izumi Koga) est peut-être le plus faible des trois mais possède des qualités qui font qu'il est possible de construire des choses avec lui. Il a une bonne écoute mais son jeu est un peu plat, sans beaucoup de saveur. Il lui manque également cette énergie que je recherche chez un batteur et qui pousse à se dépasser. Belle soirée de toute façon sous le signe de l'amitié et des sourires complices.

 

Je donne une classe de maître ce soir au Centre national des Arts de Chine situé à deux pas de notre hôtel. Je vais certainement parler de la musique en tant que language. Je n'ai jamais de plan précis lors de ces rencontres. Tout dépend de l'auditoire. On m'a dit qu'il y aurait pas mal d'enfants, je glisserai donc assez rapidement sur la technique (instrumentale, harmonique etc.) pour me concentrer sur le phénomène "musique" proprement dit. Sa place dans nos sociétés, son rôle, son impact sur nos vies. J'aime également poser des questions à l'auditoire et ses réponses sont souvent le prétexte à des réflexions que je développe sur le moment. Passionnantes et risquées, le fait d'improviser ces classes de maître m'amène souvent sur des chemins nouveaux et inattendus. De plus, cette réflexion "sur le champs" reste toujours vivante et proche des préoccupations et besoins de l'auditoire. Il est arrivé que j'aborde à peine la musique de jazz en tant que telle mais, par exemple, les raisons qui font que je pratique cet art. Se remettre en question à tous les niveaux fait partie de ce fabuleux métier, que je pratique en artisan, c'est à dire avec simplicité et sans prétention. 

 

Demain je me dirige avec ma compagne vers la province de Yunan où l'on va peaufiner notre projet de résidence pour artistes. Je vous en reparle plus tard.

Partager cet article

Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 05:29

Je rajoute ce deuxième mail concernant nos engagements pour la paix, la façon de les faire et leurs impacts sur le monde. Cette fois-ci envoyé directement à Mariane Pearl, je précise un peu ma pensée, la rend, je l'espère, plus claire. Je me permet de partager avec vous cet échange qui n'a rien de personnel et qui concerne finalement tout le monde. Je publierai se réponse si elle me le permet. 

 

Bonjour Mariane,

j'ai reçu, il y a quelques jours, une invitation de votre organisme à participer à votre évènement du mois d'octobre. Je suis présentement en Chine où je termine une tournée (c'est la dixième) qui m'a amené au quatre coins de ce pays. Ma compagne est chinoise et nous avons de nombreux projets pour l'avenir, notamment une résidence pour artistes dans la province de Yunan (sud-ouest).

 

Avant de poursuivre, j'aimerais vous exprimer toute ma sympathie à vous et votre famille. Cet acte barbare dont Daniel a été victime n'est malheureusement pas le seul perpétré et n'est qu'une goutte (qui pour vous est océan, je le comprend parfaitement) dans la mer d'injustice qui noie les siècles.

 

Cette injustice, promue comme culture par les pays dominant, ne pourra être endiguée que si nous nous réveillons et usons de cette liberté qui nous est accordée pour changer nos dirigeants. Je suis certain que vous connaissez les liens qui unissaient Ben Laden avec le gouvernement américain, la mise sur pieds et le soutien de ce pays aux fanatiques islamistes (qui ont assassiné Daniel) pour contrer les Russes pendant la guerre en Afghanistan et d'autres horreurs du même type. Cela, il faut que les gens (d'abord les Américains) le sachent. Connaître vraiment qui nous sommes et ce que nous représentons au yeux du monde nous permettra d'être plus efficace dans notre lutte pour la paix.

 

Il faut, me semble-t-il, que les gens sachent que vous êtes au courant de ces politiques basées sur le cynisme, l'arrogance, le non-respect des peuples, qui veulent une véritable démocratie, lorsque cela n'est pas bon pour le "business" . Savez qu'aux yeux de la justice internationale, tous les présidents américains, depuis la seconde guerre mondiale, pourraient être jugés et declarés coupables de crimes de guerre? Comment voulez-vous que nous ne suscitions pas tant de haine de part le monde?? Ici je dois parler de ma grande sympathie pour la culture américaine (je ne suis certe pas un "anti-américain primaire"). J'étudie et pratique la musique de jazz depuis longtemps (je suis saxophoniste) et j'ai beaucoup d'ami(e)s dans ce magnifique pays!

 

Je n'en voit pas la trace (de votre connaissance de ces faits), nulle part dans vos textes et présentations. Nos actions doivent coller à la réalité et ne pas simplement être des voeux pieux. Cela me rappelle trop, pour donner deux exemples, l'église catholique ou alors le Dalaï Lama qui ont un discours de paix mais qui, dans les faits, sont pratiquement à la solde des gens au pouvoir. Vous sachant bouddhiste, je me permet simplement de souligner que le Dalaï Lama, dans une entrevue donner il y a peu, donnait le président Bush (fils) comme son principal inspirateur. On pourrait douter de la sincérité de sa démarche spirituelle à moins! J'arrête là mes observations mais j'en aurais encore beaucoup à dire!

 

Il est clair pour moi que votre démarche et vos actions sont une force positive pour l'avancement de la compréhension entre les peuples. Il est clair également que votre (notre) action sera tolérée tant qu'elle n'aura pas trop de poids et/ou d'échos dans le monde. Si, par malheur (pour certains) ou bonheur (pour d'autres) cette action donne de réels espoirs et changements dans la vie des gens, nous serons invités à disparaître soit par une propagande efficace ou tout simplement par la force. Rappelons-nous l'archevêque du Salvador qui donnaient les moyens aux paysans de se prendre en main (et cela fonctionnait!) et la réaction des États-Unies qui ont entraîné et soutenu un commando pour assassiner cet homme. Les guerres et dictatures ont toujours été une grande source de richesse pour les états dominants.

 

Je m'excuse de ce long mail, vous avez sûrement mille choses à faire! Merci de prendre le temps de me lire.

Je vous souhaite tout le bonheur du monde et suis de tout coeur avec vous,

 

Yannick Rieu

www.yannickrieu.com

www.yannickrieu.fr (blog en français)

P.S. Vous avez peut-être reçu un autre mail (incomplet, du à une fausse manoeuvre de ma part...) qui traite sensiblement du même sujet. Veuillez SVP l'ignorer. 

P.P.S. Un homme que j'admire beaucoup (que vous connaissez peut-être déjà) et que j'étudie depuis longtemps du nom de Jiddhu Krishnamurti devrait vous intéresser. (voir adresse sur mon blog)

  

Partager cet article

Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 17:37

Je vous fais part d'un mail que j'ai envoyé hier concernant le pacifisme et les bons sentiments qui animent certaines organisations. Ce mail est une réponse à un mail que j'ai reçu d'une organisation qui porte le nom d'un journaliste, Daniel Pearl, exécuté il y a quelques années par Omar Cheik, terroriste appartenant à Al Qaïda. Cet exécution, horrible, insoutenable  qui n'a certainement pas sa place dans un monde dit civilisé peut être visionnée sur internet. Elle est la raison, le point de départ de cette organisation qui a pour but (entres autres) de dédier des concerts à la paix (dans le courant du mois d'octobre) et souligner toute l'horreur de cette exécution. Beaucoup de pays (80) ont déjà participé à cet évènement pour la paix dans le monde. Cette façon de faire, pour vénérable qu'elle soit, soulève chez moi des questions.  Voici le mail en question: (j'y ai fait quelques modifications par rapport à l'original mais son contenu reste globalement le même) 

 

Bonjour,
 

je viens de recevoir votre réponse à mon mail d'il y a quelques jours. Je pense avoir été répondu par une machine.

Ce sentiment très désagréable de, finalement, ne pas être réellement lu par un véritable être humain mettra probablement fin à notre échange. J'attendrai la prochaine réponse et aviserai.

C'est pourquoi j'écris en français, langue commune avec Marianne Pearl. Nous perdons notre humanité lorsque notre organisation compte sur des machines pour communiquer. C'est d'une grande tristesse. Il est hors de question que je m'unisse à une...machine...! (on m'a finalement répondu plus directement)

 

(...)Je ne crois pas un instant que les religions s'uniront pour faire la paix comme vous le suggérez dans votre réponse. Elle sont le fruit de la peur des hommes devant l'inconnu, devant la mort. Le bouddhisme entre dans cette catégorie vu qu'il suppose de croire en la réincarnation (ce que Bouddha lui-même récusait!) et où il est également question de transcendance. Avec un peu d'étude sur l'histoire des religions ont peu affirmer également  qu'elles ont presque toujours été du côté des opprimeurs. Elles séparent au lieu d'unir et sont responsables d'au moins 40 guerres de part le monde depuis quelques siècles. Même Jésus, pour mettre les "vendeurs" hors du temple, a usé d'une certaine violence... 

 

On ne peut pas comprendre notre monde uniquement avec de bons sentiments. Je n'aime pas les discours trop "sucrés", ils me font peur parce que coupés de la réalité. J'apprécie quand un prêtre ou autres curés met la main à la pâte, si je puis m'exprimer ainsi. L'exemple de L'archevêque Romero du Salvador dans les années 70 me vient immédiatement à l'esprit. Cet homme s'est donné corps et âme pour donner aux démunis de son pays les moyens de se prendre en main. Son assassinat, alors qu'il disait la messe, par un commando entraîné et supporté par les États-Unies devraient vous émouvoir et peut-être, si nécessaire, vous ouvrir les yeux sur la politique de votre pays. Je vous invite, si ce n'est déjà fait , à lire le petit livre de Noam Chomsky "Les dessous de la politique de l'Oncle Sam" paru aux Éditions Écosociété ou si vous préférez en anglais sous le titre "What Uncle Sam really wants" aux Éditions EPO.

 

Il faut y mettre de l'intelligence et comprendre soi-même et notre société pour comprendre les autres. Al-Qaïda est une réponse à une politique basé sur l'injustice, le cynisme et l'horreur. Je suis absolument contre la violence mais jusqu'à un certain point. Soyons clair et j'insiste, je suis contre la brutalité mais il faut absolument la comprendre pour l'enrayer sérieusement et définitivement.  Nous avons la chance, moi au Québec et vous aux États-unies ou en France de voter librement pour un gouvernement de notre choix. Nous sommes donc responsable collectivement de ces gouvernements que l'on a élu. Là est, à mon avis, le véritable combat qu'il faut mener.
 
 

Une certaine forme de liberté en France est le résultat d'une révolution qui ne fut pas pacifique. Aux États-Unies la guerre de sécession a débouché sur l'abolition de l'esclavage (je fais court...). Là encore, il a fallu lutter physiquement pour avoir un résultat. Je ne crois pas que les bons sentiments changeront le monde, car ceux qui détiennent le pouvoir savent plus que jamais comment le garder et possèdent des moyens qui incluent la violence! La liberté n'est jamais donné mais toujours chèrement acquise. La chance que nous avons de vivre dans une société ouverte est le fruit et l'héritage de beaucoup de luttes. Il ne faut jamais l'oublier.

 

Je suis pacifiste mais pas idiot.

Fin de mon mail.
 
J'attends une réponse de Marianne Pearl, la femme de Daniel Pearl. En effet, je suis pacifiste mais pas idiot. Mon désir de paix a une limite. Si on m'attaque je ne resterai pas les bras ballants attendant qu'on m'achève. Il existe une certaine hypocrisie avec cette prétendu non-violence qui est souvent plus une position théorique de gens qui n'auront jamais rien à défendre et qui font de la morale de gens riche et bien-pensant. Les terroristes d'aujourd'hui seront souvent appelés révolutionnaires demain et héros le sur-lendemain. Il existe un grand nombre d'exemples qui illustre mon propos dans l'histoire de l'humanité.
 
Qu'on me comprenne bien. Je ne fais pas l'apologie de la violence ni ne pense que la lutte physique (armée ou non) est une réponse juste. Il arrive simplement que ce soit la seule issue possible pour sauver le peu de dignité qu'un être humain possède. Lorsque des gens en arrive à cette extrémité, il faut qu'ils soient sans espoir d'être entendus et compris. Ceux qui entrevoient la violence (physique et/ou psychologique) comme moyen de soumettre l'autre sont des fous ou des imbéciles qui ne méritent pas le qualificatif d'humains. 
 
On pourrait aussi parler de la violence passive qui est une violence psychologique qui peut faire des ravages et qui est beaucoup plus difficile à cerner. Cette brutalité est plus insidieuse et permet à l'agresseur de jouer les innocents voire les victimes! Je donne un exemple pour être mieux compris.
 
Vous êtes témoin d'une situation où une personne souffre, qu'elle qu'en soit la raison. Vous la voyez se débattre mais ne bougez pas le petit doigt, peu importe le motif de cette passivité (motif peu humanitaire, on s'en doute...), sachant que vous pourriez faire partie de la solution. Voilà un exemple d'agression passive. On peut la rencontrer assez souvent dans les milieux dit "cultivés" où l'agression directe est mal vue. Ces personnes vous diront qu'elles ne sont pas responsables de la souffrance d'autrui et garderons intacte l'image (souvent haute...) qu'elles se font d'elles-mêmes et que les autres ont de cette personne. 
 
Pas besoin de vous dire le peu de respect que j'ai pour ces petites âmes...
Je reviens bientôt sur la suite de mon périple en Chine.
 
  
 
 

Partager cet article

Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 23:37

Nous quittons Hefei pour Changzhou. 4 heures de route séparent ces deux villes. Nous allons donc entreprendre ce dernier droit en autobus nolisé. Nous en sommes déjà au dernier concert...comme le temps file! Pour ma part je donne un autre concert le 12 avec des musiciens chinois qui se trouvent être les accompagnateurs d'un chanteur que l'on peut qualifié d'icône. Il est un peu le Bob Dylan (en plus rock) de la Chine et a marqué plusieurs générations par ses chansons qui parlent de liberté, d'amour, de mort...bref les principaux sujets qui ont toujours constitués le répertoire de tout chanteur digne de ce nom. Nous nous sommes rencontré à quelques reprises dans un de mes clubs de jazz préféré qui se trouve à Beijing, le East Shore. Seul club sans prix d'entrée que je connaisse en Chine, cet endroit est le rendez-vous des étudiants et fans de jazz. Il est situé sur le bord du lac Houhai et fait partie des nombreuses places qui bordent ce plan d'eau, au coeur de la capitale. Endroit romantique s'il en est, vous pouvez faire le tour de ce lac à pieds et visiter les boutiques, bars, kiosques où l'on vous prépare et vend toutes sortes de bonne choses à manger (brochettes, crêpes fourrées, gâteaux variés, biscuits, crème glacé etc.). On peut aussi louer un petit bateau munis d'un moteur électrique (pas de bruit!) et devenir capitaine pour une heure ou deux. Combien de couples j'ai vu marchant tranquillement, main dans la main, profiter du doux temps! Comme nous sommes loin de l'image d'une Chine intolérante que l'on veut nous faire avaler dans les médias!

 

La Chine est sur beaucoup de plan un pays paisible. Ses habitants n'aspirent qu'à vivre en paix après toutes ces années de vache maigre, de famine, de sécheresse et l'ignoble période que l'occident leur à fait subir (Nous les avons drogué sciemment-guerre de l'opium- nous les avons attaqué sous de fallacieux prétextes, nous avons favorisé son éclatement en soudoyant des chefs de guerre et j'en passe!). Non, notre passage ici n'est pas très glorieux et ils s'en souviennent. Ils ont une méfiance vis à vis des occidentaux qui se comprend aisément. Ceci dit et malgré cela, ils sont d'une chaleur, d'une gentillesse et d'une patience à toute épreuve! Encore hier en allant manger après le concert nous avons été reçu comme des rois. Cette gentillesse s'exprime de diverses façon qui va de dépasser les heures d'ouverture normales du restaurant spécialement pour nous, à vouloir nous faire goûter les cigarettes locales. Et n'essayez pas de leur donner un pourboire, ils refusent poliement mais fermement.

 

La conduite en chine est particulière. Ici, on utilise le klaxon non pas pour exprimer sa colère comme chez nous mais pour avertir de sa présence. C'est donc assez bruyant mais jamais agressif. Je ne sens à aucun moment de tension mais une espèce de fluidité et une souplesse au niveau des règles qui ferait attraper la jaunisse à n'importe quelle police québécoise. Tiens, en parlant police, je trouve vraiment cheap, scandaleux et hypocrite l'habitude de nos chers policiers de se cacher pour ainsi attraper des conducteurs coupables d'excès de vitesse. Qu'on ne me parle pas de sécurité! Si l'on veut faire ralentir les conducteurs il me semble plus logique d'être visible! Non, ce que l'on veut c'est du cash...ignoble cette culture...Et nous trouvons cela normal...Pour finir avec ce sujet policier, je ne rencontre pas plus de police ici qu'au Québec et beaucoup moins qu'en France. La circulation est régi par des civils qui ne sont pas toujours écouté...Les nombreux vélos, scooters et autres véhicules à deux et trois roues qui servent à transporter des marchandises naviguent dans ce flot de voitures sans heurts. C'est l'anarchie mais ça marche!

 

Pour en revenir au concert donné hier, j'ai eu des problèmes avec mon saxophone à cause de l'humidité. Les tampons qui servent à boucher les cheminées collaient (surtout la main gauche) comme de la gomme! Impossible de jouer des traits rapides sans avoir l'air d'avoir un problème d'élocution! Il faut dire que nous sommes dans la période la plus difficile niveau température, même pour les autochtones. Grosse chaleur, pluie violente de 15 minutes et retour à la chaleur. Tropicale donc.

 

Je vais donné une série de classes de maître dans les prochains jours. Il me tarde de rencontrer les étudiants et d'entamer des discussions avec eux.

 

Ah! oui! Dernière chose. La capitale de la Chine se nomme Beijing et non Pékin. Pékin est le nom donné par les colonisateurs dont je vous parlais plus haut.  Dans leur prétention sans borne, ces bonnes âmes ont rebaptisé cette ville, voulant ignorer une culture qui avait déjà nommé cet endroit! C'est un peu comme si, au Québec, on donnait de nouveaux noms à des endroits qui étaient déjà habités et nommés...mais j'y pense...c'est ce que l'on a fait...  

Partager cet article

Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 09:18

Nous sommes maintenant à Hefei. Nous venons de terminer la balance (soundcheck) et encore une fois dans une salle de 975 places nous allons jouer "acoustique", sans amplification. Cette habitude de sonoriser à outrance débouche souvent sur un son artificiel où les subtilités et variations dans le son deviennent impossible. Cet conception erronée en ce qui concerne le jazz provient peut-être de la culture "rock" qui veut que le son soit agressif, sorte de contestation de la génération qu'on disait "pépère", rigide et bien-pensante. Ce son se voulait un cri; l'important, pour moi, n'est pas tant la force du cri mais la validité et la pertinence de son contenu. Le silence peut parfois être plus fort que le cri, tout est question de qualité. De toute façon nous venons du silence et y retournerons un jour ou l'autre. Et il faut toujours de très bonnes raisons pour le briser...

 

Souvent, dans les hôtels où nous sommes logés, le déjeuner est inclus. En général d'une grande variété, ces déjeuners se composent de divers plats à base de boeufs, porcs ou poissons, de nouilles de riz ou aux oeufs, fruits frais, petits pains fourrés d'une espèce de crème anglaise (sucrée) ou alors d'un mélange de légumes et de viandes diverses. À cela s'ajoute les oeufs, plusieurs sortes de légumes et, bien sûr le thé, jus de fruits et lait de soya sucré ou non, presque toujours chaud. Les hôtels réservent toujours une place pour le déjeuner "américain" (pain blanc, gâteaux sucrés avec glaçage et une espèce de café aussi insipide que le café que l'on peut boire dans les fast food, ce que j'appelle le "jus de chaussette"). Il m'est souvent arrivé d'observer les occidentaux (il y a toujours quelques européens ou américains-gens d'affaires pour la plupart) et leur réaction devant les plats offerts. 90% (environ) d'entre eux se dirige vers le "connu" (pain blanc etc.). Ce manque de curiosité me fascine. Le choix qui leur est offert et la qualité de celui-ci n'ébranlent eu rien leurs habitudes. On donne donc une liberté de choix et ils n'en usent pas réellement. Autrement dit, cette liberté offerte de manger varié ils se l'a refusent. Mauvaise éducation? Refus du nouveau? Peur du différent? Et s'il en était de même en politique?

 

Nous avons la chance de vivre dans un pays dit ouvert, démocratique (quoique notre système ressemble de plus en plus à une oligarchie c'est-à-dire que le pouvoir est entre les mains de peu de gens mais riches et influents-et pas forcément élus...). Les choix qui s'offrent à nous, même restreints, restent des choix possibles. Est-ce à cause de notre manque d'éducation, de notre peur du changement, du nouveau, que nous choisissons des Harper, des Charest qui, visiblement, ne favorisent qu'une certaine classe de la société tout en donnant de temps en temps de miettes pour les plus démunis?

 

Et si nous profitions de la Guignolée (par exemple) pour parler de cette pauvreté systémique? Le show donné par Radio-canada à chaque année, pour être gentil et utile, n'en est pas moins écoeurant par certains côtés. J'y verrais là une bonne occasion d'inviter des spécialistes qui pourraient peut-être nous dire pourquoi cela fait des années que l'on veut soi-disant éradiquer cette pauvreté et qu'elle soit toujours présente, plus que jamais en fait; même si nous vivons dans une société plus riche que par le passé!!! Les pauvres sont une occasion de faire un bon show... Avons-nous perdu tout sens de la mesure? Et la véritable dignité dans tout ça? Celle qui refuse l'injustice et qui place la charité à sa juste place? La charité ne peut être que temporaire, la justice doit prendre le relais à un moment donné, je ne le répéterai jamais assez.  

 

Est-ce que tout cela est notre véritable culture, celle de la fadeur, de la mollesse, de la médiocrité? Est-ce que l'école vise à former des citoyens responsables ou des gens qui ne seront pas trop dérangeant pour la classe dominante? Avoir un cours sur les religions sans parler des massacres, violences, intolérances qu'elles ont générés est une approche responsable et honnête? Les cours d'histoire pratiquement inexistants et largement insuffisants nous apprennent-ils vraiment qui nous sommes, d'où nous venons et où nous risquons de nous rendre? Comment voter intelligent si nous ne nous connaissons pas???

 

Veux-t-on véritablement éduquer ou simplement former des consommateurs qui ne seront là que pour faire tourner une "machine", une société qui ne profite finalement qu'à un tout petit nombre?         

Partager cet article

Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture