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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 17:17

Nous sommes dans l'ère du "faux" exhibitionisme. Se montrer. Mais pas n'importe quoi! Nous vivons dans l'ère du faux. La surface, le superficiel sont devenus plus importants que le fond. Cacher et dans un même temps montrer sont devenus le sport national. Cacher avec virtuosité, dans l'élégance. Éviter. Vivre de non-dits parce que dire, regarder et voir est trop douloureux. Nous nous sommes bâtis des images de nous-mêmes, belles, recevables, "politiquement correct". Il y a longtemps que le miroir a été cassé ou déformé par notre peur du vrai. 

 

En même temps, existe un exhibitionisme, un désir de montrer à quel point nous sommes "libres", avec une tolérance (mot qui cache finalement notre incapacité à réelement partager des points de vues différents: on accepte pas la différence mais on la "tolère"), une ouverture sur l'autre idéales, qui méritent l'admiration des autres etc. Dans le fond tout ceci est bien misérable et empêche l'évolution de notre société...Pas besoin, nous sommes si exemplaires...

Comme par exemple, montrer son corps, ses fesses, poser nu...la grande mode!

 

Nous sommes imbus de nous-mêmes. Voilà le fond.

 

-Miroir, dis-moi qui est la plus belle?

-Tu me poses la question en exigeant une réponse qui confirmera ta vanité! Et si je réponds que tu n'es pas la plus belle, tu me casseras...

Voilà, globalement où nous en sommes. Une société qui ferme les yeux sur elle-même ne peut évoluer. Ou qui regarde dans une direction qui n'engage qu'à peu de chose, l'épiderme des problèmes. Une personne qui ferme les yeux sur elle-même ne peut évoluer. Ou alors trouver un entourage complaisant qui, lui aussi aveugle par faiblesse, confirmera continuellement sa grande valeur. Bien sûr, les qualités sont là. Personne n'est complètement mauvais ou bon, nous avons des côtés positifs en tant que groupe et individu. 

 

Imaginez un automobiliste qui fait une crevaison, s'arrête sur le bas-côté, sort de sa voiture et au lieu de voir le problème, fait l'apologie des trois roues encore valides...On le prendrait pour un imbécile! On se gausserait de son incapacité à voir la réalité! Le résultat est évident: tant qu'il ne regardera et corrigera son problème, il fera du surplace. Il n'avancera pas.

 

Cettte pauvreté de vision, ce désir maladif de ne voir que ce qui nous arrange, cette propension à ne pas vouloir réellement communiquer (c'est-à-dire mettre en commun), aboutissent à former une société basée sur l'hypocrisie.

 

Combien de fois nous avons dû "subir" ces sourires faux, ces discussions qui cachent un abîme, qui évitent la réalité, tournant autour du pot, sinueuses à rendre malade. Si par malheur vous rentrez dans le vif du sujet, on vous traite de personne dure voire violente, on exhibe et se cache derrière ces épouvantails, montrant à quel point on est tolérant et pacifique...

 

Ou alors on vous fait un "beau" sourire et vous ignore...

 

Ce que j'écris, je le fait parce que je vois mes filles qui, déjà à 10 ans, utilisent parfois ces stratagèmes. Je vois toute la pression et le poids des mauvaises habitudes qu'une société, nos familles et gens proches peuvent faire peser sur nos enfants. Je pèserai de toutes mes forces, mettrai mon poids et ma conviction à leurs (mes filles...et les autres) faire voir et comprendre que cette façon de faire n'a pas d'avenir.

 

La cécité volontaire et organisée.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 14:01

Levé avec le soleil ce matin. Un jour qui commence avec toute sa fraîcheur. Tout est nouveau à chaque matin, comme si la nuit avait lavé, nettoyé le jour d'avant. Le monde commence tous les matins. C'est le premier jour et le dernier, le seul. Il passe et jamais plus ne reviendra. Il y a une grande beauté dans tout ceci.

 

Les corbeaux se réunissent par centaines au bord du lac depuis quelques temps, à tous les soirs. Le matin, ils repartent dans la forêt pas très loin d'ici. J'entends leurs craillements qui enveloppent la douceur matinale. Pour être bruyants, ces sons ne sont pas ceux que les machines émettent, ils font corps avec la nature, ils sont la nature. J'aimerais pouvoir faire une musique qui fasse partie de cette nature, comme j'en suis loin.

 

Le jazz, musique urbaine. Musique qui parfois, se veut revendicatrice, c'est son origine, elle est née pour cette raison. Sa mère c'est la misère, l'étouffement, la castration d'une race sur une autre et le désir de crier cette injustice, c'est la voix de l'homme qui ne peut être contenu. Voilà les origines de cette musique. Un cri. Un appel. Ce n'est pas un style, c'est le réflexe de l'humain devant la chape qu'on lui impose, quelle qu'elle soit. C'est l'animal qui se cogne aux barreaux de sa cage jusqu'à se blesser. Vivre libre ou mourir. Le jazz, c'était ça. La douleur mis en musique. La liberté mis en musique.

 

Bien sûr, aujourd'hui le jazz se consomme (qu'elle mot affreux lorsque appliqué à la musique...ou à la culture en général!) assis confortablement ou avec un hot-dog dans les mains. La plupart des musiciens de jazz sont devenus des entrepreneurs qui s'occupent de leur propre propagande, de leur publicité, techniciens habiles se frottant aux donneurs de subventions, aux programmateurs, diplomates, souriants...Tellement cools! Spécialistes et insignifiants, plein de savoir-faire et virtuoses du je-ne-veux-pas-le-savoir-si-c'est-pas-bon-pour-ma-carrière. Un bon toutou qui aime sa laisse, qui mange ce qu'on lui donne sans jamais se plaindre. Le bon jazzman est celui qui ne revendique pas. Comme les temps changent.

 

Le jazz s'est embourgeoisé. Attention! De magnifiques réalisations sont encore possibles et il s'en fait! Quand je parle de revendiquer, je ne parle pas forcément de sortir dans la rue avec pancartes ou vociférer inutilement, je parle de résistance. Résister c'est être debout, faire savoir qu'on peut jouer le jeu mais que ce n'est qu'un jeu et que ce jeu est pris pour ce qu'il est:un jeu! Brassens, ce doux anarchiste, racontait qu'il traversait la rue aux endroits où la loi le permettait pour ne pas avoir à faire avec la police...Voyez ce que je veux dire?...Affirmer doucement, comme l'eau contourne la pierre et la sculpte au fil du temps. La force de l'apparente faiblesse, c'est le temps.

 

Le vent sculpte les montagnes.

Le chêne et le roseau, vous souvenez-vous?

 

Les corbeaux croassent et passent par groupes au-dessus du village.    

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 15:47

Le grand danger, lorsqu'on écrit, c'est de se noyer dans les mots. On peut facilement se regarder écrire comme on peut s'écouter parler. Le lyrisme en écriture, comme en musique, doit s'appuyer sur une véritable émotion. Vient la discipline qui est inhérente à cette sensibilité, qui n'est pas affectation. Manquer de sincérité dans ces domaines (écriture, musique) donne des musiciens verbeux ou des écrivains "prolifiques" mais inutiles. Cet amour du vrai doit être la base de tout art et de toute vie. Ce que je nomme passion. Nous pouvons passer une vie à paufiner notre technique d'écriture, oratoire ou musicale sans jamais toucher ou s'approcher de l'essentiel. On peut passer une vie à détourner le regard sur nous-même.

 

J'ai déjà écrit que les mots peuvent être des pièges, certes, mais ils sont aussi des indicateurs, des fenêtres ouvertes sur le réel. Avec les mots, il est possible de s'approcher très près des choses mais jamais ils ne sont "la chose". La poésie est peut-être la façon la plus adéquate pour faire sentir certaines émotions, encore faut-il être assez sensible, donc intelligent, pour lire entre les lignes comme on écoute entre ou derrière les notes en musique. Le poète, comme le musicien, doit faire sentir sa bonne foi, sa sincérité avant tout. C'est quelque chose de simple et c'est justement là la difficulté.

 

Combien de musiciens se perdent dans leur technique, préoccupés par le savoir-faire, le comment-dire au lieu de se demander si ils ont quelque chose à dire. Jouer pour ne rien dire est aussi inutile que parler pour ne rien dire. Tout aussi bruyant, et je ne parle pas de décibels! Il est facile de tromper l'auditeur car lui aussi ne sait pas trop de quoi il en retourne...Cela donne des aveugles qui parlent à des sourds ou vice-versa ou les deux...

 

Voguer dans l'à-peu-près, le peut-être, le oui-mais, ce fameux "flou artistique" sert trop souvent de masque à notre manque de courage. Connaître soi-même. Combien de faux-fuyants, de chemins détournés, de raisons "bidons" ne prend-on pas pour s'éviter. Ne s'appuyer sur personne, ni ami, philosophe, penseur, musicien, poète. Ce chemin, il n'y a que nous pour le prendre et c'est ce qui en fait toute sa beauté. Se casser la gueule honnêtement vaut bien des pages lues qui resteront de la "théorie", un passe-temps agréable et une vision des choses de seconde mains. On pourra accumuler ainsi quantité de savoir et cette accumulation ne fera qu'épaissir notre carapace, enflera notre égo, cette barrière qui nous sert de défense et derrière laquelle on se réfugie pour justifier notre ignorance et ne pas se comprendre soi-même est l'essence de l'ignorance.

 

Oui, la musique, les mots peuvent être des fenêtres qui ouvrent sur autre chose. Les mots pour les mots, la musique pour la musique ne font que participer au chaos. 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 15:16

Cette année passée en France a été l'occasion pour moi de passer par des émotions et expériences diverses, autant positives que négatives, une espèce de brisure dans la vie d'un adolescent d'une petite ville industrielle du Québec. Cassure salutaire, formatrice, difficile, riche sous plein d'aspects, décourageante parfois.

 

À 12 ans, je finissais ma 7ième année avec des résultats scolaire plutôt bons. Le système scolaire, déjà à cette époque, demandait peu d'effort, ménageait les étudiants que nous étions, était peu exigeant voire laxiste. Je le regrette encore aujourd'hui par mon anglais aproximatif, ma mémoire peu efficace...J'ai lutté et lutte encore contre des habitudes prises dans cette période où le cerveau emmagasine tellement rapidement et facilement!

 

Un exemple? J'avais 4 ans d'anglais derrière moi lorsque mes parents m'ont inscrit au Lycée. Mes camarades de classes français avaient quant à eux 2 ans d'études de cette langue. Tout le monde fut très surpris de voir que je ne pouvait suivre ce cours car trop avancé pour moi. De plus, mes camarades étaient persuadés que, venant du Canada, je savais parler courament ces deux langues vu mes origines "américaines"...Il a fallu qu'on me mette dans une classe en-dessous et pas uniquement dans cette matière! Honte sur moi! J'étais donc le plus vieux de ma classe...et encore le plus faible! On appelle cela une claque dans la figure...J'ai mis du temps et pas mal de travail pour rattraper le temps que l'on m'avait fait perdre au Québec.

 

Quand je vois l'attitude, le manque de sérieux dans le contenu des cours et le travail demandé à mes filles aujourd'hui, je dois dire que je suis estomaqué par la faiblesse et le peu d'exigence que l'école, en général, demande. Il faut dire que les professeurs sont mis dans des situations où, eux aussi, sont victimes de tout ce système qui fabrique des ignorants tout juste bon à fonctionner dans notre société. C'est peut-être, après tout ce que l'on souhaite: des citoyens assez ignorants pour se satisfaire de la société dans laquelle ils vivent, sans trop demander ni exiger!

 

La famille est première responsable de ce fait. J'ai eu l'immense chance d'avoir des parents qui lisaient, écoutaient de la musique, faisaient du théâtre, voyageaient. Ma mère peignait (et peint encore), mon père, avec l'aide de ma mère, passionnés de bateaux (à voile), rêvaient d'aventure et, soutenu par la passion et l'énergie que sa conjointe portait également en elle, se sont construit deux bateaux (11 et 12 mètres) et ont navigué avec ceux-ci.

 

L'enfant sensible que j'étais s'est imprégné de leurs passions, observant de loin toutes leurs activités. C'est le plus bel héritage qu'un enfant puisse avoir, la passion pour la vie, quels que soient les actions qui découlent de cette passion. Faire, bouger, être curieux, aller voir, ne pas se satisfaire.

 

Combien de fois j'ai vu (surtout entendu...) mon père se mettre en colère, se mettre en boule comme il disait, vociférant contre ces crétins qui nous gouvernent! Les nouvelles, mon père était un grand consommateurs de radio (surtout Radio-Canada), était l'occasion de tempêtes de la part du paternel...Comme je le comprends maintenant. Heureusement aujourd'hui nous avons internet qui diversifie et multiplie les sources de renseignements sur notre monde. Plus nécessaire de voir ou écouter ces nouvelles qui sont, finalement, une forme de propagande qui nous formate et nous montre notre société sous un jour, un angle souvent scandaleusement hypocrite. Je généralise mais ne suis pas loin de la vérité. En ce qui me concerne, j'écoute la radio pour comparer et voir à quel point certaines informations sont trafiquées, manipulées, choisies. On nous montre et raconte une parti seulement de ce que tout citoyen devrait savoir. On ne ment pas (quoique parfois...) mais on dit presque toujours des demi-vérités, ce qui revient au même...

 

 

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 02:06

Ma première année de saxophone s'est déroulé en France, à Rennes, capitale (chef-lieu dirait-on en France) de la Bretagne. Ville de province traversée par la Vilaine, rivière qui porte bien mal son nom puisque calme, elle suit son petit bonhomme de chemin dans la campagne Rennaise, s'arrêtant ça et là pour mieux goûter le paysage champêtre, abritant poissons et plantes de toutes sortes.

 

Nous habitions un appartement dans le centre de la ville, juste à côté du Palais de jusitice, batiment datant du 17ième siècle flanqué d'un petit parc où j'allais me promener parfois avec mes parents. En fait, on ne se promenait pas dans ce parc, on ne pouvait que le traverser en ce sens que si vous décidiez d'emprunter un chemin, quel qu'il soit, il vous emmenait systématiquement de l'autre côté, ne vous laissant l'unique choix que de faire demi-tour. Il n'était pas question d'aventures dans ce parc, c'était un parc pour les personnes sages, les pigeons et quelquefois les dineurs qui engouffraient à la hâte un sandwich le midi, avant de retourner travailler. C'était un parc de Palais de justice.

 

L'appartement était, lui aussi, petit, et donnait sur une cours où l'on pouvait apercevoir nos voisins où que notre regard se portait. J'éxagère à peine en vous disant qu'il était presque aussi haut que large car les plafonds semblaient se perdre et avoir été conçus par et pour des géants. Mon frère et moi partagions l'unique chambre, mes parents se contentant de l'autre pièce qui jouxtait la cuisine. La vie se passait dans la salle à diner, finalement la pièce la plus convivial et "spacieuse". C'était un vieil appartement construit et pensé, comme le parc, pour "passer" et non pour y vivre. En effet, les activités se déroulaient à l'extérieur.

 

J'avais découvert, tout en haut de l'immeuble, un grenier, fourre-tout où les locataires, apparemment depuis des siècles, avaient laissé tout un bric-à-brac et où les vieux meubles couverts de poussière cotoyaient les lampes, lustres, malles, boîtes de toutes les formes et formats. Que de trésors, aventures et mystères ce grenier recelait! J'y avait découvert une série de vieilles bande-dessinées et, régulièrement, j'allait me régaler de ces lectures qui dataient, dans mon imagination, d'un temps lointains, laissées là par des enfants qui avaient depuis longtemps disparues. Je communiquais avec eux par le biais de ces livres. Je touchais quelque chose que des mains avant moi avaient touché, mains d'une autre époque qui avaient connu les guerres, l'occupation...Peut-être même avant!...Les chevaux, les débuts de l'aviation, les longues robes à crlnoline, les chapeaux à plumes...J'imaginais ces enfants me regardant tels des fantômes, je baignais dans une sorte de rêves et n'aurais pas été surpris de voir sortir d'une de ces malles une jeune fille aux cheveux bouclés m'invitant à jouer au cerceau ou à la poupée...

 

Le lycée Anne de Bretagne était l'école du quartier. J'avais 13 ans et j'étais dans une classe (à ce moment) expérimentale où la journée était, le matin, consacrée aux cours réguliers (mathématiques, français, histoire, anglais etc.) et l'après-midi, Ô joie!, à la musique. Ces cours se passaient au conservatoire situé à deux pas du lycée et donnés par les professeurs réguliers de cet établissement. C'est ainsi que je me suis retrouvé, moi, débutant le saxophone, avec Roland Audefroy, saxophoniste ténor dans le prestigieux Quatuor National de France! Personnage haut en couleur, pilote et passionné de musique et de saxophone, il fut pout moi le personnage central, avec quelques autres, de cette année (1973) qui confirma mon désir d'apprendre la musique. À ce moment, je ne le savais pas encore...

 

(À suivre...) 

 

 

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 05:05

Les premiers voiliers de Bernaches du Canada vus la semaine passé. L'automne...Comme le temps file! Tout autour de moi s'accélère et moi...je ralentis, ou j'ai l'impression de ralentir. Tout me dépasse sur ce chemin, un peu comme sur cette route où je serais cet automobiliste qui se fait doubler mais qui profiterais du paysage du fait de sa lenteur.

 

-Alors, ça roule?

-Non...Ça marche! Je m'enfonce, je prends racine.

-Tu ne crains pas de faire du surplace?

-Je suis la vache qui regarde les automobilistes passer, je rumine des pensées, je prépare mon lait.

-Mais la vie...faut pas rater le train en marche!

-Ce train va trop vite et on ne sait pas dans quelle direction il va.

-Moi, je m'en fout! Je ne veux pas manquer une occasion de voyager!

-Voyager...Tu veux dire t'évader...

-Non! Voir du pays, changer de décors...J'en ai assez de voir toujours les mêmes têtes! Faut que ça bouge!

-T'as peut-être raison...Est-ce si différent ailleurs? Vois-tu ton coin de pays avec les yeux d'un étranger? Le changement ne serait-il pas de regarder les choses avec un oeil neuf?

-Tu m'emmerdes avec ta philosophie, je veux vivre de nouvelles expériences, j'ai pas envie d'écouter des phrases, je veux de l'action!

-Engage-toi dans l'armée! C'est leur marotte!...L'action, bouger, de nouvelles expériences, voir du pays...

-Ne sois pas cynique, tu sais bien que je suis contre la guerre...Je fais parti des artistes pour la paix, je donne aux pauvres à chaque année lors de la Guignolé...

-Mais ta vie ressemble à une guerre! Tu te bats finalement contre toi-même et les autres.

-Je ne suis pas ici pour me faire insulter! Tu exagères! J'ai même donné des sous pour...

-...soulager ta conscience?

-...   

-Je ne veux pas t'insulter, je constate, c'est tout! Tu ne veux pas rater le train. Mais de quoi est fait ce train que, finalement, peu de gens ne veulent rater? Tu ne sais pas où il t'emmène mais tu veux quand même le prendre! Qui conduit et que veut ce conducteur? Tu ne veux pas savoir où il va, comme un aveugle... Tu cours avec les autres aveugles...Alors, forcément vous allez vous frapper les uns les autres! Tu n'as aucune emprise sur ta vie, parce que tu laisses les autres conduire, tu te laisses emporter par le mouvement sans réfléchir...Dans le fond tu as peur...

-Et toi? Avec tes grandes phrases qui ne servent à rien, tes discours , tes belles paroles...Tu n'es pas mieux que les autres!

-Moi...je rumine, je fulmine...et prépare mon lait...

 

Un voilier passe au-dessus de moi, à quelques centaines de mètres. Le soleil couchant illumine les poitrines de chaque outarde, qui scintillent presque sur fond de ciel bleu marine. Un voilier d'étoiles passe au-dessus de moi et je suis heureux.

 

Le train, au loin, s'éloigne en sifflant un air connu.

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 18:08

La discipline. Qu'est-ce qu'être discipliné? Est-ce une chose que l'on doit s'imposer? Ou est-ce un état qui vient de l'amour que l'on porte en soi pour les choses ou les autres? Les militaires sont disciplinés. Parle-t-on de la même chose que cette discipline qui découlerait de la passion? Et cette passion a-t-elle un objet ou est-ce encore une fois une façon d'être, un état qui n'a pas d'objet, de but?

 

Si, de cette passion, on attend des résultats, si, de cette discipline, on attend des résultats, il faut donner un autre nom à ces deux activités. Pratiquer une discipline ou être discipliné pour assouvir une passion "sélective" et ainsi acquérir un savoir faire, tend à nous rendre insensible à tout ce qui ne touche pas cette passion. Cette discipline, ce focus sur un nombre limité de buts, nous coupe de nous-mêmes et fait de nous des spécialistes remplis d'idéaux.

 

Nous sommes à la poursuite d'une idée, d'un idéal que l'on s'est construit et après quoi l'on coure toute notre vie. En se faisant une image de nous-mêmes dans le futur, nous échappons au présent et à sa richesse. Cette façon d'aborder les choses est source de malheur, d'anxiété, et l'insatisfaction nous guette. Insatisfait parce que nous ne sommes jamais à la hauteur de cet idéal construit par notre pensée. Jamais dans le présent parce que toujours à la traîne de cet idéal.

 

Nous ne pouvons travailler que sur ce que nous sommes dans le présent, il n'y a rien d'autre. C'est un fait. Courir derrière une image, si belle soit-elle, est un leurre. Se voir à travers nos relations, nos communications et échanges avec les autres au moment où celles-ci se produisent, voir notre état dans l'instant présent où nous sommes confrontés et observer sans jugement, sans condamnation ou idée sur cet état est la discipline. Être discipliné c'est être dans un état d'attention aigue à tout moment. C'est lorsque cesse cette poursuite d'une image idéalisée de nous-mêmes que le mot apprendre prend tout son sens. Et que l'action véritable entre en jeux.

 

Se conformer, plaquer ou se soumettre à une discipline extérieur d'après un modèle ou à la poursuite de ce modèle que nous nous sommes bâti ou que d'autres nous imposent, appliquée sur soi, dans le but d'un résultat ultérieur est usant, fatiguant et demeure une action violente et inutile. En utilisant cette façon de faire nous sommes constamment dans le futur ambitionné et jamais dans l'instant.

 

L'oiseau qui chante, chante. Point. Il ne veut pas devenir le "meilleur oiseau chanteur de sa catégorie" ou autre stupidité puérile. Il ne se compare pas aux autres oiseaux, ne reprend pas le chant des autres oiseaux. Il chante.

 

Comprendre la structure de la discipline est une discipline en soi.

Apprendre à connaître est la discipline.

 

 

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 13:58

Les mots ne sont que le reflet de choses. Nous nous contentons tellement de mots qui ne sont, pour moi, que la surface d'une réalité beaucoup plus large et profonde. J'aime les mots pour ce qu'ils sont, sans me faire d'illusions à leur propos.

 

Une fraise. Vous avez l'image de ce fruit en tête. On pourrait vous décrire ce fruit pendant des heures, en faire une dissertation, une thèse, un poème, une description détaillée, un rapport complet. Vous ne saurez jamais ce qu'est véritablement une fraise si vous ne la goûtez pas. Les mots sont l'ombre de la réalité. On peut s'en approcher, en avoir une idée, voir sa fugitive trace. Les mots sont parfois des pièges.

 

Ils sont pièges si nous nous contentons de ceux-ci pour voir et appréhender le monde et nous-mêmes. Certes, il peuvent servir de liens, indiquer une voie. Mais le mot n'est pas la voie. Il n'est que la flèche qui indique. Il n'est qu'introduction à l'action. 

 

Il est une trappe s'il ne sert qu'à nous conforter dans les idées. Le mot doit déboucher sur l'action ou alors il n'est que le matelas sur lequel on se couche et s'endort. Il peut être le somnifère, la béquille sur lequel on s'appuie pour justifier notre manque de passion véritable, l'eau qui éteint le feu qui devrait nous brûler et faire de nous des lumières pour les autres.

 

Ce manque de passion évident de notre part fait que nous sommes dans une société médiocre qui se contente de la charité au lieu de la justice, qui fait de nos écoles des lieux où l'on prépare nos enfants à se conformer, à obéir, à se plier et accepter l'innaceptable, à déléguer notre pouvoir à des politiciens qui profitent de notre défection pour construire une société selon leurs valeurs personnelles. Société morose, sans vitalité et allergique aux idées qui sortent de la norme. Bien penser c'est penser comme des moutons, ne pas regarder les choses en face, clairement, lucidement. La clarté fait mal au yeux. Les fermer n'est pas la solution. Le prix à payer pour cette cécité volontaire est un engourdissement inéluctable, une mort annoncée dans toutes les sphères de notre société. Arts, politique, sciences etc.

 

Les quelques "feux" qui résistent à cette pauvreté généralisée sont vite mis de côté, oubliés, ou alors catalogués d'excités, vu comme des trouble-fêtes, pris souvent de haut, des êtres bizarres qu'on accepte, parce qu'après tout nous sommes si "tolérants" et "magnanimes". Nous portons des lunettes qui permettent de voir ces lumières avec des filtres, sans qu'elles nous dérangent. Ces lunettes s'apellent justement tolérance, compréhension de surface, faux débats, "chacun son point de vue", "tout le monde à droit à ses opinions", "chacun sa définition de la beauté" etc. Tous ces subterfuges pour masquer notre indolence et notre vide intérieur. Ces filtres qui nous font confondre passion avec colère, gentillesse et mollesse, charité et justice, création et élucubrations.

 

La question n'est pas de savoir s'il y a une vie après la mort mais qu'est-ce que la vie. En s'occupant de la vie, la réponse sur ce qu'est que la mort viendra d'elle-même. Mourir à nous-mêmes chaque jour en étant complètement dans le présent fera de la mort une question sans pertinence. Le soucis de la mort vient de ce que l'on est pas véritablement vivant!

 

Encore des mots. Oui, des mots qui ne remplaceront jamais l'action. Des flèches qui devraient aller droit au coeur pour abattre ces murs qui nous entourent et que l'on nous a appris à construire dès le plus jeune âge. Cette prison, toute confortable qu'elle soit, reste une prison. Ces murs qui empêchent la lumière d'entrer, cette lumière qui nettoie, lave, brûle, fait mal, dérange, rend authentique les choses et les êtres. Lumière crue qui ne laisse rien dans l'ombre, qui balaie nos convictions et nos opinions, nos certitudes basées sur le marasme idéologique.

 

(À suivre)

 

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 18:17

Lire. Un passe-temps? Une autre disctraction? Une fuite? Accumulation d'expériences, de pensées, de conclusions, de réflexions vécus par autrui? Lire pour voyager, s'informer, confirmer ou infirmer nos valeurs? Pour se confronter à d'autres façons de vivre; de voir le phénomène "humain" par d'autres yeux que les nôtres? Se perdre dans la pensée des autres, penser selon "x" ou "y". Quelle est la valeur, la profondeur et la qualité de cette pensée qui passe par les autres pour se connaître? Nous appartient-elle réellement? Ou ne faisons-nous que répéter ce que d'autres pensent? Où est notre véritable développement, cheminement, si nous pensons selon tel ou tel auteur? Sommes-nous des drapeaux qui changent d'avis au moindre coup de vent ou qui se laissent emporter par la moindre brise?

 

J'ai lu et je lis. Je n'accepte rien d'emblé. Je doute de mes lectures tant que je n'ai pas expérimenté par moi-même ce que l'auteur avance, tant que je n'ai pas soupesé et "vu" par moi-même. Je parle évidemment du voyage intérieur.

 

Je refuse de vivre et penser par procuration.

 

Je ne ferai jamais partie d'école de pensée, n'accepterai jamais de me faire embrigader dans quelques écoles de pensée que ce soit. Le seul voyage intérieur valable est celui que je mène. Tous les penseurs, philosophes, gourous, ne pourront m'aider dans cette tâche qui consiste à me connaître. Je suis le seul qualifié et responsable de cette mission.

 

Nous sommes libres dans la mesure où nous ne déléguons pas cette liberté à d'autres. La force de l'autre vient de notre propre faiblesse.

 

J'ai toujours, depuis que j'ai l'âge de raison comme on dit, trouvé étrange le silence concernant notre cerveau et son fonctionnement. À l'école. On nous apprend à lire, à compter, mais jamais on nous parle de cet outil qui nous sert à faire tout cela (et bien d'autres choses). Comme si c'était une évidence, un sujet superflu qui ne vaut pas la peine de s'y arrêter.

 

Pourtant, les possibilités de cet outil qu'est notre cerveau sont inimaginables! Et combien fragile! Il est si facile de prendre de mauvaises habitudes, de la nourir mal, de le blesser par des façons de faire non appropriées, de le corrompre.

 

Se connaître passe par la connaissance de l'outil qui sert...à nous connaître! Savoir la place de la pensée, son fonctionnement, sa valeur et ses limites. L'importance du silence et la propension du cerveau à vouloir remplir ces silences avec des pensées. Comment calmer cet outil lorsqu'il le faut et comment le faire travailler aux moments opportuns. La différence entre la pensée et l'esprit. De quoi est faite notre personnalité, sa structure, son "vouloir", notre "moi" si détestable parfois.

 

Silence total. À nous de nous démerder! 

 

Je ne suis pas un lecteur de roman. Je sais pourtant la grande richesse que peut contenir ces livres. On ne peut tout lire et ce n'est pas souhaitable pour les raisons que j'évoque plus haut. Une heure de réflexion personnelle vaut des milliers de pages écrites par d'autres. Même si elles sont géniales. Ce génie n'est pas le nôtre, même s'il est agréable de se frotter à ces idées, elles ne nous appartiennent pas. Ce ne sont pas nos propres conclusions ou découvertes. Les partager et y croire ne font que nous laisser à la surface des choses. 

 

Les livres qui parlent ou évoquent la spiritualité, la philosophie, la religion, le religieux, qui nous invitent à vivre ou penser de tel ou tel manière, qui suggèrent, parfois fortement, de mener notre chemin dans une direction définie sont des autoroutes que trop de gens prennent ou ont pris. 

 

Je préfère mon petit sentier. Surtout, ne me croyez pas...

 

(À suivre)

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 08:12

On parle beaucoup de révolte ces temps-ci. Pour ma part, je ne crois pas que ces révoltes changeront l'essentiel de ce qu'il y aurait à changer, c'est-à-dire nous-mêmes. On se braque contre les institutions sociales comme le mariage, certaines traditions, l'autorité des aînés, les usages, coutumes ou habitudes. Tout cela n'est que le reflet de notre pensée, mais cette pensée en tant que telle n'est jamais remise en question. On s'occupe des branches alors que c'est la racine qui pose problème. Nous sommes prisonnier de nous-mêmes. Nous sommes notre propre cage. La vrai liberté, qui n'est pas de vivre sans loi, en suivant nos penchants et nos faiblesses qui peuvent être nocifs voire criminels, existera seulement si l'on remet en question et comprenons nos constructions mentales, la structure de notre "moi".

L'erreur principale est d'accepter au lieu de comprendre. Suivre est beaucoup plus facile que de remettre en question, adorer et croire empêche la véritable liberté. La révolte qui changera vraiment les choses n'est pas celle qui veut détruire mais celle qui cherchera à élucider de quoi nous sommes faits.

À la maison, on écoutait pas mal de chanteurs Français.

Brel est sans aucun doute celui qui a le plus influencé mon cheminement, en musique et dans presque tous les domaines. Peu de chanteurs ont parlé de l'amour comme lui. Peu de chanteurs se sont donné comme il s'est donné. Brel pour moi, c'était la passion, la fraternité. C'était le grand frère qui me regarde dans les yeux et me dit de suivre mon chemin, de tracer ma route quelles que soient les embûches, les jaloux, les étroits d'esprit, tous ces bigots qui rient de nous voir tomber et verdissent devant nos réussites. Brel m'a donné du souffle, une envie de dépasser ce qu'on me proposait comme sentier tout fait, une envie de dépasser mes peurs et mes doutes. Mille fois je suis tombé et mille fois me relevai. Mille fois je tomberai et mille fois je me relèverai, jusqu'à l'ultime chute. Brel c'est aussi l'aventurier, le pilote, le navigateur, le cinéaste, celui qui se cassait la gueule avec bonne foi! C'est aussi le solitaire, à la fin de sa vie, sur son île, loin du monde.

Brassens, l'anarchiste goguenard, bienveillant, effacé, d'un autre temps mais toujours actuel. Son vocabulaire moyenâgeux, truculent, précis et poétique me faisait basculer dans un âge qui sentait le crottin, l'herbe, la campagne, dans un monde où l'on détroussait les filles pour leur plus grande joie, avec santé et bonheur partagé! En écoutant Brassens je pouvais sentir l'odeur de bon tabac, la chaleur d'un coin de feu. Brassens me rassurait. C'est un grand-père jeune de coeur, l'anarchiste qui suivait la loi pour ne pas se faire emmerder...Un révolté qui ne voulait pas déranger.

Tout le contraire avec Ferré. L'angoisse qui suintait à travers ses chansons, le sexe violent et rédempteur, l'assouvissement de la bête, le crachat dans la gueule. Ferré m'aura fait pleurer. Brel aussi, mais pour d'autres raisons. Quelle voix et quelle intensité! Son chant était un appel à l'insurrection, à la révolte. On casse tout. Ferré casse tout. Il change de trottoir s'il aperçoit un couple. Ferré c'est le cuir, le bouffeur de curé. Ferré c'est aussi le désespoir, une carapace qui cache mal son immense tendresse, un verbo-moteur qui trafique dans les ordinateurs, qui farfouille et revient bredouille. Léo c'est aussi le musicien. Ces arrangements simples mais toujours efficaces, ses cordes larmoyantes, probablement celui qui aura le mieux compris le rapport entre la musique et les mots. C'est l'homme qui aura compris et magnifiquement mis en musique Verlaine, Rimbaud, Aragon et beaucoup d'autres. Poète maudit. Maudit poète!

Ferrat. Le révolté à la voix faite pour chanter l'amour. Chaude, enveloppante, douce, suave, grave. C'est le violoncelle qui se veut trompette. Le politicien musicien. C'est papa qui semonce doucement et qu'on écoute d'une oreille distraite. À mon goût, le moins convaincant des quatres. Pourtant je l'aimais bien car il me berçait, me calmait, me réconfortait. Ferrat, c'est la douillette, la bouillotte qui fait du bien. Avec des arrangements souvent trop chargés, trop sophistiqués comme un plat trop cuisiné, c'est le seul que je n'écoute plus aujourd'hui. Peut-être à tort.

Stravinsky, les Platters, Black Sabbath, Pierre Henry (musique concrète), Led Zeppelin, Iron Butterfly, Felix Leclerc, Yvon Deschamps (l'argent ou le bonheur), Myriam Makeba et j'en oublie! Toutes ces musiques ont fait partie de mon enfance et de mon adolescence. J'en suis gré à mes parents de m'avoir donné un échantillon si large de ce qui pouvait se faire dans le domaine musical. 

(À suivre)

 

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