Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 06:12

Plus que jamais notre monde a besoin de gens animés par la passion, attentif. 

 

Mais qu'est-ce que la passion? Le propos a déjà été soulevé mais j'aimerais y revenir car cela semble important.

 

Nous avons une idée romantique de la passion aidé en cela par notre culture qui fait l'apologie des passions sélectives. Or cette passion qui fait de nous des spécialistes dans un domaine donné et insensibles pour d'autres "causes", je veux dire indifférents, sans cette qualité que l'on réserve presque exclusivement à l'objet de notre passion n'est qu'une forme d'opportunisme et fait de nous des handicapés, des êtres fragmentés, sans unité. Avoir des opinions (souvent arrêtées), même si on proclame haut et fort "que chacun à droit à ses opinions", reste, il me semble, une façon détournée d'éviter de se confronter à des idées qui ne font pas toujours notre affaire, qui ne rentre pas dans le schème de notre construction mentale, notre monde organisé sur des valeurs que nous croyons fondamentales. Le problème n'est pas d'avoir des opinions, mais de s'identifier à celles-ci.

 

Nous développons ainsi cette forme de repli sur soi que l'on nomme tolérance. 

 

Cette approche fragmenté de la vie nous sépare les uns des autres et finit toujours par des conflits plus ou moins importants.   

 

Il existe un lien entre la passion et l'attention.

 

Une attention soutenue tend à faire taire notre "moi". Le "je", notre personnalité s'efface devant l'objet de notre attention. Nous devenons perception. L'espace entre nous et la chose observée disparaît. Il n'existe plus l'observateur et la chose observée mais seulement le fait de percevoir. Ceci est passionant et en même temps vérifiable par tout un chacun. L'attention soutenue requiert et produit en même temps un calme et une suspension de la pensée qui se rapproche de la méditation. 

 

Prenons un exemple.

 

Je regarde une maison. Au moment où mon regard se pose sur l'objet ma pensée se déclenche et nomme l'objet (ou réagit en faisant des considérations sur ce que je vois): maison. Une image s'est formée et me rend inattentif. L'image, le fait de mettre un nom sur la chose m'en éloigne immédiatement. Je suis dans le domaine des idées et des conclusions. Je ne vois plus la maison mais seulement l'idée que je me fais d'une maison. 

 

Que se passe-t-il si je reste simplement avec la perception de cette maison? 

 

Ainsi nous vivons la plupart du temps dans le monde des idées, des images préfabriquées. Nous vivons dans le passé, dans un monde peuplé de conclusions (l'image) qui tend à nous faire agir en robot, en machine, réagissant constamment avec de vieilles idées. Le présent est évacué pour faire place à de l'inattention. Nous évacuons le fait par de la pensée.

 

Anodine en apparence, cette approche ouvre des perspectives vraiment intéressantes. Elle permet de voir et se voir avec une accuité renouvellée. Elle met aussi en lumière nos conditionnements, ce que l'on appelle la culture.

 

Ainsi me voir comme québécois est une forme d'inatention. Me définir comme musicien idem. Et ainsi de suite! Quand on parle de "se construire" (mot à la mode!) on parle essentiellement de construire une image de nous-mêmes! Que peut-on "construire" sur quelque chose de vivant, de constamment en mouvement? Je suis ceci ou cela, non-violent, charitable, catholique, musulman, capitaliste, nitzschéen, anarchiste, freudien, canadien, chilien etc. Autant d'images et de constructions mentales qui nous éloignent du fait. Encore une fois, je ne nie pas l'utilité de la mémoire mais veut lui donner sa juste place.

 

L'école est un lieu de transmission de la connaissance. C'est ainsi que l'on conçoit l'éducation dans une large mesure. Ceci reste qu'une partie de ce que devrait être cette éducation à mon sens. 

 

L'école, si nous voulons qu'elle forme des gens vraiment libre, devrait être cet endroit où on présente notre culture et celle des autres comme, dans une certaine mesure, des formes de conditionnements. Malheureusement, le manque d'attention (qui n'est pas forcément passager) fait que nous acceptons ces conditionnements comme étant l'unique façon d'appréhender le réel. Cette approche partielle devient un sérieux problème quand nous nous identifions à nos conditionnements. 

 

Nous vivons dans la culture de l'inattention.  

Partager cet article
Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 17:36

J'ai lu et relu le livre de Normand Baillargeon "Liliane est au Lycée". Comme toujours, Normand est passionnant, articulé, logique (jusqu'à un certain point) et clair dans ses propositions. J'aime son intelligence, la conviction qui anime sa parole. Enfin quelqu'un de vivant!

 

Soyons clair dès le début. Je crois que la culture générale, sur un plan, est importante, vivifiante, source de grandes joies et vecteur d'ouverture sur d'autres mondes, de progrès et de compréhension mutuelle.  

 

Ceci dit, je me pose des questions sur les limites de cette culture générale, cette accumulation de connaissances qui ne peut avoir de fin et qui est somme toute inscrite dans une époque. La culture générale d'aujourd'hui n'est pas celle d'hier et ne sera pas celle de demain. Ne pas avoir lu Rousseau, par exemple, est considéré comme problématique pour un étudiant sortant de l'université. Peut-être. Je pourrais affirmer que ne pas connaître tel ou tel philosophe Indien ou Chinois est injustifiable! Cette vision est et reste trop sélective pour moi. Ou alors, il faut tout connaître, mais cela n'a aucun sens. Qui décidera de ce qui est important?

 

Connaître les plus importants acteurs? Michel Onfray, avec sa (passionnante!) contre-histoire de la philosophie, nous montre bien que ce qui est considéré comme "important" a peut-être été décidé il y a mille ou deux milles ans de cela, et pour des raisons politiques!!! Même le professeur le plus ouvert et honnête ne pouvait proposer, hier encore, l'étude de certains philosophes car ceux-ci étaient complètement oubliés voire censurés par la vision imposée des gens au pouvoir (religieux et/ou politiques)! Aujourd'hui, on peut remettre les choses dans une autre perspective impensable il y a peu de temps! Merci monsieur Onfray! (on peut comprendre, par exemple, pourquoi Platon tient une si grande place dans l'étude de la philosophie..mais c'est une autre histoire...) 

 

Notre liberté, cette liberté inscrite dans le temps (qui n'est pas une réelle liberté donc...), d'aujourd'hui, "résultat" d'une culture générale, sera-t-elle considérée comme une prison dans mille ans???

 

Oui on peut avoir une solide culture générale et être un parfait idiot. J'en connais. Beaucoup de choses peuvent se cacher derrière l'érudition. La première étant l'ignorance de soi-même.

 

Je sais, par expérience, qu'en général nous voyons les choses par le biais de notre spécialité. Ainsi un professeur de musique trouvera inimaginable qu'un étudiant dans cette spécialité n'ait pas écouté tel ou tel maître de musique (Bach? Beethoven? Mozart?). Encore une fois, je ne suis pas convaincu de cette position. Combien de gens connaissent ces artistes sans les connaître? Que veut dire connaître? On parle rarement de qualité mais souvent de quantité concernant cette culture générale. De l'étendu de notre connaissance. On est gêné de ne pas connaître tel théorie ou tel auteur, musicien etc. Il faut dire, voire avouer, que la connaissance, l'érudition donne du pouvoir sur ceux qui en on moins. Elle crée aussi des espèces de "sectes" ou clans fermés qui donnent à ceux qui en font partie le rôle de "prêtre" qu'il ne faut pas contredire sous peine "d'excommunication". On vous répond par un silence qui est supposé être une réponse! On ne discute pas avec un inculte ou considéré comme tel. On ne joue pas impunément dans les plates-bandes des autres...Mais bon, je m'éloigne du sujet...  

 

Il y a donc (toujours selon moi, bien sûr) la culture d'un côté et de l'autre cette capacité de sonder, comprendre notre monde avec acuité. Cette acuité n'a que peu de liens avec nos connaissances et ne découle pas d'une culture générale. Le philosophe Jidhu Krishnamurti, par exemple, a été un piètre étudiant, il n'a jamais pu entrer à l'université (constamment recalé), lisait peu (Agatha Christie était son auteur préféré!..). Peu de philosophe ont été aussi loin dans l'exploration de ce qu'est le fait de vivre. Il ne connaissait ni Platon, ni Rousseau etc. Sa réflexion donne parfois le vertige. Je vous encourage à le lire. Ceci n'est qu'un exemple pour appuyer et faire comprendre ma position. 

 

Il me semble que le problème se situe à un autre niveau qui est celui de former des gens qui seront passionnés par "la vie". Large vous me direz! Non pas large mais profond donc basique. Fondamental. Cette passion qui n'a pas, finalement, d'objet en tant que tel reste la flamme par quoi tout peut advenir. 

 

Que veut dire être passionné par la vie? Selon moi, c'est comprendre que ce que l'on fait (que ce soit la rédaction d'un livre, la composition d'une symphonie ou...faire la vaisselle) est secondaire. Jusqu'à un cetain point bien sûr...J'espère que je n'ai pas besoin de m'expliquer là-dessus...Tout devient important si nous avons l'attitude juste. Et cette attitude ne dépend pas du travail effectué mais du processus qui anime ce travail. La qualité d'être, de présence au moment où l'on fait les choses. Si cette qualité est là, l'oeuvre (symphonie ou vaisselle...) prendra un sens insoupçonnées.

 

Lire Rousseau ou écouter Bach sont le résultat d'une vision, d'une façon d'entreprendre, de vivre une vie. La curiosité, le désir d'apprendre est ce qui découle de cette passion "générale" (comme on dit culture générale). Ce ne peut être par décision prise par autrui ou par une sorte de dictat sociétal.

 

Nos propositions ne seront après tout que des propositions qui reste dans le champs de ce que l'on connaît! Je ne peut proposer que ce que j'ai lu ou écouter...Et le reste? Ce que je ne connais pas est plus vaste que ce que je connais!!! De quel droit puis-je "suggérer" mon ignorance?

 

Peut-être que la culture générale rend meilleur, mais je me demande si c'est ce meilleur dont on a besoin pour changer véritablement les choses.

 

Encore une fois...L'ignorance fondamentale est de ne pas se connaître. 

 

Et se connaître ne passe pas par les autres! Le germe de la liberté commence là.

 


Partager cet article
Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 14:43

Il existe de nombreux éceuils dans lesquels un artiste peut tomber s'il n'est pas constamment vigilant. Celui du développement en est un puissant et beaucoup sont tentés par cette expansion économique, cette industrialisation de leur métier. 

 

C'est probablement pour cela que le mot artiste est pour moi problématique. Je préfère, et de loin, celui d'artisan. Ce que je suis et resterai.

 

Au début d'une vie dévouée à un art, il y a, la plupart du temps, la contrainte qui est un puissant moteur de créativité. Comment parvenir à certains résultats avec peu de moyens. L'imagination est alors à l'oeuvre, trouve des solutions originales, particulières pour chaque problèmes rencontrés. Une énergie se mobilise pour parvenir à créer une idée, un style, les mettre en forme, les dégager, les préciser.

 

Si (par malheur?) cette idée a du succès on tentera, dans la plupart des cas, de la reproduire, parce qu'au fond, notre désir de création a peut-être été confondu avec un désir de vendre, de prendre de l'expansion, de grossir "l'entreprise", la rendre plus riche (ce qu'on croit plus riche).

 

C'est ce que j'appelle la période de stagnation, qui peut durer un certain moment et être confortable. Des restes de créativité peuvent subsister mais ce n'en sont que des échos lointains, la répétition mécanique d'une créativité passée qui n'en porte plus que le nom. Une recette donc qui peut marcher sur une période de temps donné. C'est la période où l'artiste se "copie lui-même", continue cette recette qui a "bien marché" et qui est devenu sa marque de commerce. 

 

Si pour diverse raisons il restera créatif, donc en constante évolution, changement, on prendra ces changements (en général) pour un manque de constance dans son travail. La critique et le public n'aime pas trop de diversité chez un même artiste-artisan. Comme la plupart, on aime être rassuré...par la répétition sous diverse formes de la même idée.

 

On surfe donc sur cette vague qui va bientôt mourir sur la grève...Notre capacité à inventer, à créer s'émousse. 

 

Quelles étaient nos véritables motivations au tout début? Et là, il faut être suffisament honnête pour se dire que notre désir de vendre, de prendre une expansion (quelque forme que cette expansion peut prendre) était la base de nos actions. L'ambition, ce désir de se "répandre", caché derrière de grands discours sur cette supposée créativité (souvent réelle au début) a pris finalement toute la place.

 

Ce désir d'expansion pour l'expansion, cette philosophie qui pollue aujourd'hui presque toutes nos actions, notre vision économiste et réductrice des choses, reste la motivation première et sournoise, dans bien des cas, de nos projets.

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 13:05

Je sais. Je ne suis pas original dans mes sujets. Je ne cherche pas à l'être. Ma réflexion fait suite à des plongés ou des survols de moi-même. C'est un processus que je mets en mots pour, temporairement, fixer cette réflexion ou plutôt ces observations. Rien de définitif. Ce que je trouve n'a de valeur que pour moi. Je peux certes partager ces trouvailles mais l'essentiel est et reste dans le processus même, l'action.

 

Ce que je pense, la connaissance que m'apporte cette aventure passionante seront autant (dans le domaine psychologique) de murs pour les autres. Le savoir des autres (le mien aussi donc) n'a aucune valeur dans ce domaine. Se connaître reste le point central d'une vie et cette connaissance ne peut passer par les autres, leur savoir et le savoir en général restera toujours du domaine du passé. Ce que nous sommes est éternellement du présent. Rien d'autre.

 

On peut lire sur ce qu'est la liberté selon tel ou tel auteur mais la liberté est quelque chose que l'on porte ou non en soi, que l'on découvre et observons sur le champs, dans l'instant. Ce n'est pas un concept que l'on pourra appliquer, une recette qu'on pourra suivre. Cette liberté naît avec l'observation, cette distance que l'on peut prendre avec soi-même ou mieux, la dissolution de ce moi par l'observation. C'est simple, peut-être trop simple et pas forcément "sexy". 

 

L'artiste n'existe pas (ou seulement à un certain niveau), pas plus que le plombier ou le menuisier ou n'importe quelle activité que l'Homme pratique. Définir un humain à ce qu'il fait reste extrêmement réducteur et risqué dans un sens. Ce que l'on fait n'a pas grande importance mais la façon dont on le fait, beaucoup. Ne dit-on pas que Bach aurait été bon boulanger? On se croit capitaliste, musicien, québécois, artiste, philosophe, professeur ou que sais-je si nous restons à la surface des choses. Dès que nous nous observons un tant soit peu sérieusement, on peut voir toute la fragilité de ces qualificatifs et leur insignifiance. L'aventure est là. L'inconnu est en nous.

 

Avoir un métier, le pratiquer reste, bien sûr, une façon de gagner sa vie, mais représente pour moi, un prétexte, un outil pour me confronter aux autres et à moi-même, être dans le monde. Nos talents ou facilités pour notre (nos?) métier sont secondaires et sans grande importance après tout. Les chemins que l'on emprunte pour faire ce métier sont par contre très révélateur sur nous-mêmes. 

 

Se libérer de ces images (artiste, plombier etc.) est un premier pas pour se voir, un premier pas vers cette liberté. Se dévêtir de toutes nos certitudes et positions intellectuelles, opinions et conclusions reste la seule façon de connaître la mort de son vivant.

 

Elle n'est plus cette chose abominable qui arrive à la fin d'une vie mais fait partie intégrante de cette vie.

 

Rencontrer la mort de soi-même de son vivant est une bénédiction. J'irais jusqu'à dire que c'est un devoir.

 


Partager cet article
Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 19:31

Dans notre société, un artiste qui ne vend pas est suspect. On jauge presque toujours la qualité éventuelle, la pertinence du créateur en fonction de la quantité (prix d'une toile, nombre de billets ou livres vendus, capacité à remplir une salle, nombre et prestigiosité des prix et récompenses reçus etc.). Toute cette façon de voir la culture et de la qualifier (ou la disqualifier) doit certainement avoir un impact sur sa qualité.

 

Vouloir être aprrécié du plus grand nombre c'est vouloir être apprécié par n'importe qui... Star Académie est un exemple très parlant de ce phénomène. On forme en vue d'avoir du succès. On trouve et donne des recettes pour "arriver", on systématise une démarche, on industrialise, on coupe, prend des raccourcis en faisant appel à des "spécialistes" du succès.

 

Bien sûr, on se cache derrière des discours sur la créativité, on assure et se rassure par des pirouettes sémantiques, on se convainct et tente de convaincre que cette entreprise vise à former! Le but est là pourtant, clair, limpide. Viser le succès.

 

(Ce mensonge, cette façon de faire me rappelle un peu ce pays qui fait la guerre au nom de la démocratie, de la liberté mais qui est plutôt intéressé par sa propre expansion économique. Beaucoup de beaux discours qui tentent de cacher une réalité affreuse et vomitive)! 

 

Or, si on vise uniquement le succès, c'est que nous n'aimons pas vraiment ce que nous faisons! 

 

Cette démarche nie le temps qu'il faut pour faire véritablement éclore le talent. Cette vision des choses est la même que celle qu'on utilise en agriculture. Oui, on peut faire pousser des tomates en grand nombre et rapidement avec l'aide de toutes sortes d'engrais mais on peut aisément voir et goûter le résultat! identiques, sans goût, sans saveur. Prêtes pour la consommation de masse. Ce qu'on gagne en quantité, on le perd en qualité. Ce qu'on gagne en temps, on le perd en profondeur. Les recettes miracles n'existent pas.

 

Le temps, la réflexion, le recul sur son travail et soi-même, l'erreur, les embûches de toutes espèces. Prendre le temps de paufiner, d'affiner, de réfléchir. Tomber, se relever, retomber...Avoir le courage et le temps de se tromper! Tout ceci fait partie intégrante de la formation. Sauf exception, les Brel, Brassens, Leclerc, Desjardins, Ferré, Vigneault (pour rester dans la chanson) ne se sont pas fait en un jour (ou quelques semaines...)! 

 

Être passionné, aimer profondemment ce que l'on fait, c'est être préoccupé par la démarche et non pas le résultat.

 

Le succès tout comme l'échec sont des escroqueries, des formes corrompues de voir et d'appréhender la vie.

 


Partager cet article
Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 14:48

Quel est la responsabilité d'un artiste? Peut-être qu'en répondant à cette question on saura ce qu'est supposé être un artiste? La réponse est peut-être dans ce qu'il n'est pas. Ce qui reste quand on a fait le tour de ce qu'il ne peut pas, raisonnablement, être.

 

Proposer un monde différent? Des possibles autres que ce monde finalement basé sur l'exploitation de notre prochain, quel que soit le niveau? La fin d'une servitude, le début d'une liberté qui ne consiste pas à faire n'importe quoi et/ou de constamment réclamer ses droits?

 

Et nos devoirs d'hommes et de femmes? Quand en parle-t-on? Je ne parle pas de nos devoirs de citoyens mais de nos devoirs humains. En avons-nous? Si oui, quels sont-ils? 

 

L'arbre, l'animal sont parfaits car ils remplissent leur rôle à la perfection. L'arbre est un arbre dans toute sa qualité d'arbre. De même l'animal. Ils ne cherchent qu'à être pleinement ce pour quoi ils sont destinés. Comment en sommes-nous arrivés à être si loin de nous-mêmes? Que sommes-nous? Que propose les valeurs de notre société? Ont-elles un sens? Que veut-on de nous? Que cherche-t-on à nous faire faire? Pourquoi est-il si difficile de trouver un sens à notre vie? Est-ce que la pensée est la clé à toutes ces questions ou alors fait-elle partie du problème?

 

Qu'est devenu l'artiste, la plupart du temps, dans notre société? Cet espèce de clown que l'on jauge au nombre de disques, livres ou autres supports vendus? À sa popularité? À l'impact qu'il peut avoir sur la critique? Au nombre de spectateurs qu'il peut drainer? À sa capacité à nous distraire, à remplir des salles? À nous faire oublier nos vies somme toute misérables parce que dénuées de sens? À nous aider à supporter cette vie? Sans rien changer? À proposer des idées les plus saugrenues possibles que l'on prend pour de la créativité? Est-il devenu cette pièce d'un puzzle, ce morceau qui permet aux nombreux festivals ou talk-shows de compléter et finaliser leur image?

 

L'artiste vendeur? Pornographe? Servile? Complaisant? Superficiel? Spécialiste? Naîf? Dépendant? Innocent donc coupable (pas dans le sens biblique svp...)? Futile? Insensé?

 

L'artiste: moteur ou miroir? Véhicule ou passager? Reflet de lui-même? De la société? Les deux?

 


Partager cet article
Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 13:28

Vivre constamment dans le déni. Le refus de se voir tel que l'on est. Ce mécanisme de défense qui consiste à nier une perception traumatisante, de toute nature, est devenu pour la plupart une façon de vivre. Le déni de soi-même, de ce que l'on est dans l'instant.

 

Nous fixons une image idéalisée de nous-même et tout ce qui ne cadre pas avec cette image est refoulé, nié, mis de côté, dénié. 

 

Se regarder sans détour ni construction mentale, image ou idée sur soi-même. Être face à la réalité, présent à soi-même, sans jugements ni commentaires, sans qualificatifs (ceci est bien ou mal) et ce à chaque seconde, donne le véritable sens au mot liberté.

 

Parler de liberté n'a de sens que dans la mesure où nous sommes véritablement libre à l'intérieur de nous-mêmes. Cette liberté n'est jamais acquise mais  plutôt un processus qui n'a pas de fin. Nos prisons sont ces images auxquels nous tentons désespérément de coller, de nous identifier. Luttes sans fin et impossibles car des l'instant où nous parvenons à rejoindre cette image, une autre se forme et ainsi de suite!

 

C'est ce que je nomme une vie horizontale. Et courbe. Et si la verticalité des choses était une autre façon de voir? Je veux dire que, finalement, dans la vie on n'avance jamais. On reste sur place et on s'enfonce dans le sens? À ce moment, on arrête d'être ce chien qui coure après sa queue dans une folle course sans fin et dénuée de sens!

 

L'infini ne serait que du présent sans chemin tracé à l'avance et sans empreintes laissées derrière nous. La liberté. À ce moment, cette liberté n'est plus un choix mais quelque chose qui découle de cette vision, cette qualité d'être au monde. Elle est cette vision et devient ainsi opérante et non pas séparée de nous. 

 

La liberté vu sous cet angle ne peut donc être quelque chose que l'on demande, que l'on attend ou quémande des autres. Elle n'est pas le résultat d'une volonté, ni de son opposé. Elle éclot quand, justement, le désir de devenir prend fin.

 

Elle est présente, ou pas. 

 

Ceci m'amène à faire un parrallèle avec l'improvisation en musique. 

 

Est-ce que improviser c'est faire des choix ou alors répondre dans l'instant, sans utiliser la pensée qui, elle, ne sait faire que des choix. Je penche pour la "réaction" sur le vif, où tout notre être devient musique et baigne dans le moment présent. C'est la musique qui répond à la musique, c'est la note qui est jouée qui amène la seconde et ainsi de suite. Sans choix mais comme une parole qui se déroule, les mots amenant les mots, les sons amenant les sons. C'est ainsi qu'elle se présente à moi par moment. Moments privilégiés où "je" disparaît sans laisser de traces. Devenir perception.

 

Évidemment, l'analogie avec la parole est boiteuse car lorsque l'on parle, on veut exprimer une idée. Pas en musique. Elle va au-delà des idées, nous présente un monde qui est en-dehors du monde des idées et du sens comme on l'entend avec la parole.

 

C'est peut-être pour cela qu'on a l'impression qu'elle nous dépasse par moment.

 

En fait, elle dépasse (pas toujours...) simplement le monde dans lequel nous baignons constamment, qui est celui de la pensée. 

 


Partager cet article
Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 14:09

À toutes les époques les hommes (et maintenant les femmes aussi...) ont fait la guerre pour des motifs de liberté, de défense de son territoire, de sa langue, de ses droits, de sa religion etc. Aucune guerre n'a eu pour but déclaré d'assouvir cette violence qui est en nous. Même Hitler a fait la guerre pour des raisons logiques et justifiables selon (expansion géographique de l'Allemagne, jugée trop exiguë pour un si grand peuple) les critères de l'époque. Avec le recul, on peu voir que ces idées sont fausses et bien hypocrites.

 

À toutes les époques, les religions ont toujours été en faveur de ces guerres et en ont même été l'instigatrice à plusieurs reprises. Nous avons qu'à penser à tout ce mouvement colonial qui, à partir de la fin du 16ième siècle, a permis l'expansion de l'Europe en Afrique, en Asie et dans les Amériques. Pillage systématique des ressources de ces pays conquis par la force et la ruse dans certains cas, imposition de la religion, déculturisation de ces peuples jugés barbares.

 

Avec le recul et une vision historique des choses, nous sommes donc des occupants qui avons imposé à une autre culture nos valeurs. Les patriotes qui ont défendus leur langue et territoire étaient eux-mêmes des envahiseurs aux yeux des peuples autochtones (la plupart) qui vivaient avant eux sur ces terres. Tout ceci est assez simple à comprendre.  L'Histoire de l'Homme c'est l'histoire de ses conquêtes, toujours justifiées.

 

Je ne veux pas refaire l'histoire mais notre héritage est celui-ci. Pas besoin, me semble-t-il, de rentrer dans les détails sur la façon dont nous avons conquis ces terres que nous réclamons comme étant nôtres. Le temps ne change rien à l'affaire.

 

Après avoir parqué ces "occupés", les amérindiens, sur des terres que nous croyions sans intérêts, pauvres, nous voulons maintenant, avec le "plan nord" exploiter ces terres, en extraire les minerais, pétroles et autres richesses fabuleuses. 

 

Ce que j'essaie de faire, c'est de donner une perspective autre (peut-être celle des amérindiens...), une vision un peu différente et, somme toute, assez juste de notre position.

 

Nous nous croyons victimes, et nous le sommes d'une part, mais nous sommes aussi des envahisseurs d'autre part!

 

Pourquoi les patriotes seraient ces héros qui glorifient notre passé? Pas plus que les Anglais qui, eux aussi, se sont imposés à nous et justifient leur guerre, comme nous le faisons pour nous-mêmes! Nous pensons toujours que notre cause est bonne et juste!

 

Non, je ne refais pas l'histoire, je la met dans une perspective la plus large possible. Il n'est pas question ici, l'Histoire étant ce qu'elle est, de remettre en cause notre présence ici (ce serait complètement stupide) mais avoir une vision plus haute, prendre un recul, ne plus voir en "québécois" mais en humain. 

 

L'Histoire prend un tout autre sens à ce moment-là.

 

Pour finir, vous vous rappellez sans doute de cette chanson écrite par Boris Vian, Le Déserteur? Savez-vous qu'il en a changé certaines paroles pour d'autres?

À l'origine, la chanson finit par (je paraphrase mais garde le sens):  "Et dites à vos gendarmes qui viendront me chercher que je serai armé". Cette phrase a été changé par: "et dites à vos gendarmes qui viendront me checher que je n'aurai pas d'armes" 

 

Pour moi, il y a une nette amélioration dans ce changement, non seulement au niveau de la rime, mais surtout au niveau du sens et du poids de toute la chanson.

 

L'auteur refuse la guerre, même au prix de sa vie.

 


 

 

Partager cet article
Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 15:42

Ce matin très tôt, trop tôt, j'ai été réveillé au doux son de scies mécaniques. On coupe, on rase. Faut vous dire qu'en face de chez moi on construit une nouvelle église. En effet, la Caisse Populaire (pas tant que ça...) de St-Gabriel de Brandon (lire mon texte "Mon village" sur mon blogue) à décidé d'avoir pignon sur rue et de se refaire une beauté en édifiant un nouvel édifice, le mot n'est pas trop fort, à la place de l'ancien presbytère. Les valeurs changent, le monde change? Que non! Égal à lui-même avec sa laideur envahissante et brutale, sa loghorrée mielleuse qui fait l'apologie de la charité au lieu de la justice ou du nationalisme crétin, toujours guerrier au fond. Ah! Ce ce nationalisme! On en fait même des poèmes! Je m'égare...

 

Oui, on construit une sainte banque. Son architecture rivalise en hauteur avec l'église (c'est pour vous dire! La compétition est forte...) pour soit-disant mieux s'harmoniser avec celle-ci. Le toit, qui fait 2 fois la hauteur du rez-de-chaussé est...vide! Tout comme sa voisine. L'esthétique prétentieuse du batiment en dit long sur la mentalité et les moyens que ces chers financiers. Je me demande si les pigeons qui ont élus domicile dans le clocher vont déménager... Peut-être vont-ils décorer cette Caisse avec leurs défécations, tout comme ils l'ont fait pour l'église. Ce ne serait que justice. 

 

Le presbytère, le plus vieux de la région, a été poussé au fond du terrain, acheté in extremis par une citoyenne du village (quelques jours avant sa démolition!) et reste vide. Comme nos aînés, il est caché, mis au rencart, déporté vers un mouroir où il finira ses jours à l'abris des regards. Place aux entrepreneurs! À la vie moderne! Aux affaires!

 

Pendant que j'écris ces lignes, la scie mécanique fait son travail. Sa musique se plante dans mes reins, dans mon coeur. J'ai envie de vomir. D'aileurs c'est ce que je fais avec ce texte. Je la vomit cette indignation. Parce que je n'ai pas envie de faire parti de ce québécois sur quatre atteint de maladie mentale...Faut que quelque chose sorte, même si ce n'est pas toujours beau. Je refuse ce silence. Oui, je manque de sagesse! Je sais que plus tard je relirai ce texte avec un sourire en me disant:"tu as oublié les étoiles, le ciel, les arbres, ce sourire gratuit rencontré au coin d'une rue, cette main tendue sans arrière-pensées". Je me sens mieux déjà...Mais...

 

Pseudo démocratie qu'on nous enfonce dans la gorge à coup d'élections stériles et qui ne changera jamais les choses véritablement, en profondeur. On nous berce et nous bassine avec de grands discours sur la liberté, sur la supposé grandeur de notre Québec, sur notre pacifisme médiocre et hypocrite, notre culture si riche et "exportable". Parce que la culture pour eux, ces entrepreneurs qui ne voient la culture que sous l'angle de ce qu'elle peut rapporter, et pour nous en général, n'est qu'une autre forme de business, une autre façon de s'imposer à l'autre, de se montrer, de s'exposer, de montrer ses fesses, de faire des affaires et s'enrichir. Comme pour la démocratie, beaucoup de gens s'en servent mais n'en ont rien à foutre. Pas plus démocrate (le pouvoir du peuple par le peuple?..Mon oeil, oui!) qu'amoureux de la culture je vous dis...

 

Tous ces théoriciens verbeux me font rire. Oui, ils me font rire, mais aussi, par moment, me donnent la nausée.

 

L'amitié, la mer, le vent qui souffle sur mon visage...Le vol des outardes en forme de Victoire...

 

Oui, nous avons la chance de vivre dans un pays où l'on peut exprimer sa douleur, son désarroi. Nous avons le droit d'être insignifiant, médiocre, satisfait de nous-mêmes et de la société que l'on se bâti. On peut choisir sa marque de savon, de dentifrice, sa sorte de jus préférée, sa marque de voiture... Voyez les étalages somptueux et indécents! On peut voyager, s'endetter, faire de la politique ou...rien! D'ailleurs, je me demande si après toutes nos gesticulations, notre verbiage pompeux et inutile (mea culpa), ce n'est pas ce qui reste...rien! La machine broyeuse de siècles suit son chemin, inébranlable. Les vraies choses ne se décident pas aux élections. Tout est déjà décidé, prévu, pensé, calculé. Cette phrase magnifique me reste dans la tête depuis que je l'ai lu il y a de ça maintenant 35 ans: Si le vote pouvait changer le système, il serait illégal. Je suis convaincu que finalement vous vous dites que ce n'est pas si horrible? Si ce n'était pas le cas, les choses changeraient, non? On nous achète par le confort, le douillet, le confortable. Notre liberté se résume à pouvoir choisir entre Crest ou Colgate, ou Toyota et Chrysler, Charest ou Legault...Voyez ce que je veux dire? (Oui, je sais, il y a aussi Québec Solidaire. Le jour où j'ai voulu-distraction de ma part-faire parti de ce mouvement, j'ai reçu mon inscription mentionnant que je devais dorénavant suivre la ligne du parti...). Mon panier de recylclage de papier n'en a fait qu'une bouchée. 

 

Nous pouvons tout faire à l'intérieur de balises très précises et étroites. Nous sommes devenus ces chiens de cirque bien dressés qui n'ont plus besoin du fouet pour faire nos cabrioles démocratiques. Merci Orwell.

 

Noël s'en vient à grands pas, on va nous en passer des sapins...On va nous abrutir de discours sur l'amour, la charité. On va faire de beaux shows genre la guignolée grâce à nos pauvres pauvres (oui, 2 fois) qui font tellement pitiés. Et si on parlait de la raison de cette pauvreté? Et si on profitait de ces shows pour dire que cette pauvreté n'est pas "ponctuelle" mais bien systémique? Qu'elle fait parti du système même, qu'il en a besoin? Je m'égare encore...  

 

Tiens, pour finir sur une note différente, savez-vous que Noël portait le nom de Sol Invictus?C'était une fête païenne récupérée par la religion catholique (du temps de sa splendeur) et fêtait en fait le retour de la lumière? Fin décembre, les jours les plus courts, les journées recommencent à s'allonger! Soleil, lumière invaincus, voilà le sens initial de cette fête.

 

La lumière triomphera? Aujourd'hui, il est encore novembre.

 

Sol Invictus!

 


 

    

Partager cet article
Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 16:57

Indignés. Si on regarde ou écoute un peu autour de soi, on peut voir plein de raisons d'être indigné. D'abord que veut dire exactement ce mot? Dans le dictionnaire on peut lire: qui inspire le mépris, qui n'est pas à la hauteur de sa fonction (quelle qu'elle soit).

 

Dans notre société, et cela il est important de s'en rendre compte, vous pouvez être indigné, le dire, mais tant que votre parole n'a aucun poids, qu'elle ne dérangera pas l'ordre (indigne) établi. Nous sommes libre dans la mesure où nos gestes et prises de parole ne changeront rien. Que vaut une parole qui reste du vent? Qui reste continuellement dans l'abstraction? Qui ne débouche pas sur des gestes concrets, des changements visibles et opérants?

 

Après avoir encouragé plusieurs pays arabes à faire la révolution, à se défaire de gouvernements qui expoitaient leurs peuples (ici on pourrait développer sur les nôtres de gouvernements) de toutes les façons (là aussi il ne faut pas s'en remettre uniquement à ce que les médias dominants en disent), qui incluent la force, ne voilà-t-il pas que nous nous débarrassons des indignés qui "osent" se rebeller contre l'ordre établi! Évidemment, ces gens seront présentés comme minoritaires, paresseux, mendiants de tout acabit, lâches etc. La propagande sournoise fait son petit bonhomme de chemin, remet à sa place ces "chialeux" qui ne n'ont pas la sagesse de se mettre à genoux devant notre système si exemplaire...Quelle bande d'ingrats!!!

 

"Je me marre" dixit Coluche...La révolution ou cette prise de parole si bienfaisante pour les autres est doucement (pas toujours...) évacuée et diluée ici.  

 

La propagande bien organisée et institutionnalisée à travers nos médias, nos politiques, nos animateurs bien cultivés et insipides nous expliquent à longueur de journée que nous avons la chance de pouvoir dire ce que l'on veut...Tant que ça dérange personne.

 

Cette liberté me laisse un drôle de goût dans la bouche.

 

N.B. À voir le documentaire "La fin de la pauvreté?" nominé à Cannes.

Partager cet article
Repost0
Published by Yannick Rieu - dans Culture