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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 08:49

Il y a quelques années, j'ai été écouter un saxophoniste, peu importe le nom, à Paris, au Duc des Lombards. Spécialiste du saxophone, beaucoup de force et d'énergie et beaucoup de...démonstration. Pas de morceau lent. Trop saxo pour moi. J'aime la musique plus que le saxophone! Je ne me vois pas asseoir ma vie sur une quelconque habileté sur cet instrument...Ce serait trop mince! Ce que beaucoup de saxophonistes n'ont pas compris avec Coltrane (je soupçonne fortement ce saxophoniste d'avoir écouter Trane plus que de raison et peut-être pour les mauvaises raisons!) c'est que son cri, sa douleur transformée en musique, cette douleur c'était pour les autres... Je veux dire qu'on entend tellement de saxophonistes "crier" comme Coltrane mais ce cri c'est pour dire "voyez, regardez MOI". Ce n'est pas le même discours! C'est probablement, entre autre, ce qui fait de Coltrane un musicien d'une telle stature.

 

La profonde générosité de cette musique, l'absence totale de complaisance et cette souplesse dans la rigueur qui me laisse à chaque fois sans voix. Coltrane, comme tous les grands artistes, a su s'effacer devant son art.  La force et la puissance mais aussi toute la tendresse de sa musique parlaient pour lui. Pas de mise en scène, pas ou peu de présentation, pas de costumes voyants, d'effets ou que sais-je. La musique parle, arrêtons de lui brouiller la parole...

 

À ce moment-là, je me suis vu dans ce saxophoniste (celui de Paris). Les choix que j'ai fait depuis m'ont évité de me retrouver dans ce cul-de-sac musical. Je sais que beaucoup de gens ne veulent pas être touchés ou émus mais bousculés, surpris, excités par certaines musiques. Il y a des solos, par exemple, qui ressemblent étrangement à des strip teases en ce sens qu'ils servent uniquement à créer une excitation dans la clientèle.

 

Musicien pornographe!

 

 

 

 

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 15:57

La recherche de sécurité est le principal but dans la vie pour un grand nombre de personnes. Est-elle souhaitable et surtout existe-t-elle? Je ne parle pas ici de sécurité matérielle. Cela va de soi que l'on a besoin d'un minimum pour vivre (toit, nourriture, vêtements). Je parle de sécurité psychologique.

 

Toutes les religions, les gurus, les Églises, les sectes, les partis politiques, les associations de toutes sortes donnent l'illusion de cette sécurité tant recherchée. J'ai l'impression que beaucoup de souffrance vient de cette recherche même. L'angoisse de ne pas savoir notre raison d'être, d'exister, le peu de sens de la vie tel que vécue maintenant, cette course éperdue pour le bonheur. Nous sommes des aveugles courants dans tous les sens et nous nous heurtons fatalement les uns les autres. Nous croyons trouver une sécurité dans le fait de se réunir en nations, pays, en corps de métier, en familles (tribus...) etc. Nous éprouvons une certaine sécurité à nous rassembler mais il me semble que c'est aussi une source d'insécurité car tôt ou tard il faudra défendre sa nation, son pays, sa tribu contre d'autres nations, d'autres pays, d'autres tribus qui ne pensent ni ne vivent de la même façon que nous et qui voudraient, eux aussi, nous imposer leur façon de vivre. Car ce qui est différent de nous est source...d'insécurité! Alors? Où se trouve la sécurité?

 

Peut-être la sécurité se trouve-t-elle dans l'observation de tout ceci? L'acte même de regarder, d'observer-observation totale qui exclut le jugement, la position, l'opinion-là se trouve peut-être la sécurité?

 

Voir et déjouer le piège que sont les institutions, les rassemblements qui ont pour seul but de donner l'illusion que nous sommes "ensemble" alors que l'on est seul avec nos peurs. Retrouver ses semblables pour se vautrer dans la complaisance...Non merci!

 

L'artiste doit proposer le doute, remettre les façons de faire et le savoir faire en question.

L'artiste doit aussi faire naître un sentiment d'urgence, un déséquilibre d'où naitra la remise en question de nos  certitudes, nos sécurités...

 

La désobéissance à l'idéologie, quelle qu'elle soit, est vitale.  

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 21:56

Vivre dans le présent. Être présent à ce qui est. Il ne doit pas avoir de "ce qui devrait être" mais seulement "ce qui est" et son observation. Imaginer "ce qui devrait être" nous éloigne du vivant, de nous-même, nous fait vivre dans un monde ou les idées sont plus importantes que les faits. Voilà certainement un drame: les idées prévalent sur le vivant, le présent. On tue, blesse, assassine pour des idées, des concepts.

 

Simplement regarder, observer ce qui est. C'est si simple...Trop simple? Nous sommes tellement conditionnés à faire autrement, à faire l'apologie de la pensée, à croire que le nec plus ultra c'est cette intelligence, que j'appelle mémoire. Parce que la pensée n'est que memoire, elle n'est jamais neuve (en surface peut-être) parce qu'inscrite dans le temps. Nous sommes mal eduqués. Eduqués à ne pas être attentif au moment présent, à toujours suivre nos idées, nos rêves...Nous voulons tellement devenir que nous oublions d'être. Vivre en fonction de ce qui "est" et non de "ce qui devrait être"!

 

Être musicien c'est jouer en fonction de ce qui est. L'improvisation véritable c'est ici et maintenant! Et pour être véritablement dans le moment présent il est impératif de s'oublier, de s'effacer. Tous les "trucs", les phrases musicales apprises, les patterns et tout automatisme doivent être oubliés, effacés. En étant dans le présent tout ceci s'efface de lui-même de toute façon! Il n'y a pas de véritable création s'il y a pensée! Je sais que je vais en choquer plusieurs, en perdre quelques uns en route mais je trouve important de le dire. Ce n'est pas dans le courant de pensée contemporain... Ce qu'on appelle création aujourd'hui n'est souvent que bavardage inutile, bruit, habileté, acrobaties, maniérisme, esthetisme, élucubrations de cerveaux malades et prêts à tout pour se faire voir et remarquer! 

 

Je constate que l'art, tel que pratiqué aujourd'hui, n'est souvent que glorification de la personnalité, fréquemment déséquilibrée et pleine de fausse humilité, excentrique et poseuse.

 

Si c'est pour divertir des personnes qui ont peur d'être réveillées, cela ne m'intéresse pas.

Si c'est un moyen de triompher sur le plan économique cela ne m'intéresse pas.

Si c'est une activité adoptée par mon ego pour s'encenser, cela ne m'intéresse pas.

Si je dois être le bouffon de ceux qui ont le pouvoir, qui empoisonnent la planète et affament des millions de gens, cela ne m'intéresse pas.

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 19:14

J'ai souvent l'impression que les gens qui se disent artistes sont ou des techniciens ou des spécialistes de la propagande ou les deux! Nous sommes dans un monde qui pousse les artistes à devenir de petits commerçants. Gérer ses affaires, sa petite personne, son image, son OSBL... C'est la course au cacheton, aux subventions, aux bourses, à l'article trop souvent insignifiant dans un journal quelconque...  L'autre souvent perçu comme un danger, un concurent qui pourrait profiter (à votre place) d'avantages, quels qu'ils soient. L'autre vu comme une menace! Accorder ses projets en fonction des argents possibles à recevoir...J'ai entendu un jour un musicien en entrevue déclarer qu'il fallait qu'il se mette à composer pour recevoir des subventions... Ça n'a aucun sens. Bien sur! C'est mettre la charrue avant les boeufs! C'est aussi profondement malhonnête.

 

Par contre, en apparence, on est "cool". On est, bien sûr, au-dessus de tout ça, on est magnanime, on se bat pour des causes (loin de préférences), on est pour la liberté, la démocratie mais sans jamais réfléchir à ce que pourrait être cette liberté, cette démocratie. On regarde les pays arabes et leur (r)évolution avec un regard presque paternaliste alors qu'on ne voit pas l'effroyable imposture que l'on subit tout les jours! On se pense affranchi, libre, alors que l'on ne fait que répéter machinalement des poncifs, des lieux communs qui sont de plus en plus loin de la réalité. Comme tout cela manque de passion, de vision, d'intelligence! 

 

Pour moi, il est clair qu'un artiste digne de ce nom doit avoir du recul avec les gens, le lieu où il vit, la société dans laquelle il évolue. Un artiste se doit d'être critique ou du moins, avoir ce détachement par rapport aux choses et lui-même. C'est pour cette raison qu'un Star Académie ne pourra que donner des artistes de surface, c'est-à-dire de bons techniciens sachant éventuellement bouger sur scène (mécaniquement), pousser la bonne note au bon moment (en faisant semblant de sentir!), sachant aussi poser les bons gestes au bon moment, utiles pour sa carrière et son expansion personnelle. On engage des spécialistes pour ça... Qui vont faire l'apologie de ce système ou alors le critiquer tout doucement pour finir par dire que c'est "pas si pire"...  Pour un Desjardins, un Brel ou un Ferre il faudra des centaines de Star Académie! ...Et encore!!!

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