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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 06:43

Nous sommes arrivé à Shenzhen dans le sud de la Chine, à une demie heure de train de Hong Kong, après plus de trente heures de voyages incluant les attentes. Il est 1 heure du matin et il fait 30 degrés.

 

En quittant l'aéroport pour se diriger vers notre hôtel, nous sommes passés par un chantier où une équipe de travailleurs était à l'oeuvre, construisant une passerelle pour piéton. Une autre équipe prendra le relais au petit matin pour continuer le travail. À ce rythme,ce chantier sera terminé dans quelques jours. Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec la façon de faire au Québec. Combien de chantier désertés j'ai vu les fins de semaine ou alors en fin de journée. À ce rythme, il n'est pas étonnant que les choses se fassent si lentement et coûtent finalement si chers! De plus, la qualité n'est pas toujours au rendez-vous. En ce qui concerne les travaux routiers, le gaspillage de temps,  d'essence, la pollution occasionnée par les bouchons devraient être pris en compte. Me semble qu'avec tout le chômage qu'on connaît on pourrait engager plus...Mais l'efficacité est peut-être quelque chose de peu rentable pour certaines gens!



Parlons un peu musique...



J'ai lu, il y a quelques années, un livre écrit par un pianiste de jazz du nom de Kenny Werner "Effortless Mastering" ou quelque chose se rapprochant. Quelques bons conseils mais c'est surtout l'idée de base de ce livre qui m'a laissé perplexe. Ce livre nous "apprend" à devenir des maîtres, nous indique des chemins pour parvenir à une maîtrise du phénomène musique, à adopter une certaine attitude pour parvenir à ses fins.

 

Première chose: vouloir devenir un maître en quoi que ce soit nous éloigne de ce qu'on veut maîtriser. L'idée générale de ce livre, jamais clairement formulée, est de gagner du pouvoir, par une maîtrise de soi-même et de ses pensées. Il me semble infiniment plus intéressant d'observer le moment présent, d'être totalement présent à la musique sans recourir à des formules qui me font penser à ces livres de pseudo-psychologie qui nous instruisent sur comment réussir dans la vie, gagner plus d'argent, accroître la confiance en nous etc. On trouve dans le livre de Kenny Werner des formules à répéter du genre  "I am a master", comme si le fait de répéter ce genre de sornette pouvait aboutir à quelque chose! Le seul résultat que je peux entrevoir à propos d'exercices semblables est un engourdissement du cerveau qui peut ressembler à une forme de sagesse mais qui est en fait une insensibilisation de tout notre être ou alors une prétention que l'on nourrie régulièrement sans raison. Faites l'expérience de répéter le mot "fourchette" pendant un moment et voyez le résultat!  

   

La communication en musique, que certains qualifient pourraient qualifier de "télépathie", où cette sensation d'être en relation directe avec les autres musiciens nous donne l'impression de faire "un" n'a pas grand chose à voir avec le temps. Cette communication est plutôt une disposition d'esprit, une capacité à s'oublier pour faire place entièrement à la musique, une qualité de présence au moment présent. C'est pourquoi ce phénomène, se sentir en union complète avec les autres, peut se produire avec des musiciens que l'on rencontre pour la première fois. J'irais plus loin en soulignant qu'il faut une vigilance accrue si l'on joue avec les mêmes musiciens sur une longue période de temps. Des habitudes peuvent se créer, des réflexes qui n'ont pas grands chose à voir avec la qualité de présence nécessaire pour une musique de haute qualité. Certes, ces réflexes peuvent être sécurisant pour le musicien et impressionnant pour l'auditeur (wow! ce band est "tight") mais ils nous éloignent de ce qui fait une musique vivante. Un acrobate doit répéter des milliers de fois le même geste pour parvenir à une forme de perfection et ce geste deviendra mécanique, ce qui n'a pas une chose souhaitable en musique. 

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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commentaires

Marie-Soleil Belanger 30/07/2011 17:37


Allo Yannick,
contente de te lire à distance! Voilà un billet sur plusieurs sujets intéressants. Je suis d'accord avec toi pour ce qui est des travaux publics : il pourrait y avoir deux chiffres sur les
chantiers de constructions, d'autant plus qu'on n'hésite pas à faire parfois des travaux de nuit. Mais il faudrait voir avec ces conventions collectives (qui sont parfois de bonnes choses) jusqu'à
quel point cela est-il moins coûteux, en bout de ligne. Si j'étais un ouvrier avec une famille, je ne sais pas si j'aimerais travailler de nuit, même s'il fait moins chaud... à moins d'être bien
payée!
Pour ce qui est du livre de Kenny Werner que je n'ai pas lu (et que je n'ai pas envie de lire, tout compte fait) ça me fait penser à deux choses : l'une, ayant passé par l'école de la musique
classique avant d'aller en jazz, je me souviens qu'on nous enseignait à exagérer une attitude confiante, lorsqu'on jouait en solo. Ce n'était pas dit comme ça, mais les gestes d'attaques, les
nuances, les finales, tout devait être joué comme si nous étions déjà des "rois"! Des rois de 13-14 ans... j'imagine qu'on devait dégager la confiance, même si en dedans, nous tremblions de peur.
Je me sers parfois de cet enseignement lorsque j'ai à affronter un trac dû à la masse de la foule qui peut vous écraser. Ce qui est venu renforcer ma foi en cette attitude de scène est lorsque j'ai
vu Shlomo Mintz en concert à Montréal : il est entré sur scène comme un dieu, a joué divinement et est reparti de même en faisant se balancer la toque de cheveux qui lui servait d'auréole. J'ai été
autant subjuguée par son attitude que par son jeu, mais jamais je ne serais allée lui parler après le concert, tellement le pied d'estale était haut. Ces dieux doivent se sentir bien seuls
parfois.
L'autre chose, c'est que les Américains sont très sensibles à l'image. Et donc peu enclin à se demander ce qu'il y a de vrai derrière ce qu'on veut leur montrer. Ils préfèrent les produits dans de
beaux emballages, ceux qui ont gagné des prix (mais à quel prix?$?) et quand ils disent "my friend untel" que faut-il vraiment croire? Il est donc normal pour eux de projeter une attitude de
maîtrise, puisque c'est ainsi qu'on est admis au Panthéon!

J'aimerais mieux qu'on me montre l'humain-musicien, et c'est ce que je veux aussi offrir. Mais j'avoue qu'en cas de trac fou, Shlomo Mintz vient souvent à la rescousse!