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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 01:19

Quoi jouer au public chinois. Cette question je me la suis posée lors de ma première tournée. Peut-être inutilement. Je veux dire que mes propositions diverses ont toujours été bien accueillies. Que ce soit avec Simon Goubert, un batteur français avec un son énorme "à la Elvin Jones" ou mon quartet avec lequel j'entreprends une deuxième tournée (nous étions en Chine à la fin de l'été dernier à l'Exposition Universelle de Shanghaï et dans le cadre des évènements culturels soulignant le 40ième anniversaire de relation diplomatique entre la Chine et le Canada) et qui, à mon oreille, sonne plutôt "classique" avec une approche axée sur la mélodie et le lyrisme. 

 

Le public chinois dans son ensemble connaît assez peu le jazz mais il se déplace pour l'écouter. L'audience réagit, il me semble, à l'instinct (ce qui n'est pas une mauvaise chose-le public "trop connaissant" se laisse parfois trop peu d'espace en lui pour laisser la place à quelque chose de neuf). Comme tous les publics, le spectateur chinois aime sentir qu'il se passe quelque chose, quelque chose de vivant qui demande à être suivi...une histoire.

 

 Les Chinois sont friands d'histoires. Il n'est pas rare de prendre un taxi avec la radio à bon régime où l'on y entend un comédien raconter des histoires, imitant la voix des protagonistes. Histoires d'amour très souvent (peuple romantique s'il en est!) mais aussi des épopées, histoires de famille(s) sur plusieurs générations, histoires se passant au cours de tel ou tel dynastie, ces émissions sont très populaires et une seule histoire peut se dérouler sur plusieurs jours! Existent aussi les radios-théâtres également très prisés. Garder un fil, une idée et dérouler, enchaîner, construire. En musique (et ailleurs!), la clarté a toujours été une préoccupation pour moi , tenir un discours musical improvisé et malgré tout lisible demeure un défi captivant, quel que soit le public.  

 

La musique qui ressort de la langue chinoise est plutôt douce, moins "hachée" que le japonais, coulante et sinueuse, très variée au niveau de l'intonation et la plupart du temps mélodieuse, sans heurts. C'est peut-être pourquoi le public chinois est si sensible aux jolies mélodies, celles du genre qui font pleurer...Je soupçonne également leurs oreilles d'être sensibles au variations très subtiles qu'un musicien peut apporter dans son son, spécialement dans les morceaux lents. J'ai déjà assisté à une sorte de retenue de souffle collective (et fugitive) lors de passages "cruciaux", dramatiques.  La langue chinoise utilise 4 intonations de bases, chacunes de celles-ci pouvant changer la signification d'un même mot. Même en me concentrant uniquement sur ces intonations, j'arrive encore très difficilement à les localiser et les entendre dans une conversation normale.   

 

Ce qui a de nouveau depuis la dernière tournée c'est l'ajout de chansons populaires ou traditionnelles chinoises à notre répertoire. Ma connaissance encore superficielle de la musique (des musiques!) chinoise ne me permet pas d'en parler avec autorité mais le (trop peu de) temps consacré jusqu'ici à la recherche et l'écoute me laisse entrevoir des possibles vraiment intéressants. 

 

Cette tournée s'inscrit dans une série offerte au grand public qui a pour nom "découverte de l'art" où le prix des billets varie de 5 à 20 dollars. Cette initiative du gouvernement chinois vise à rendre accessible à un maximum de gens de toutes conditions l'art sous toutes ses formes. La famille chinoise utilise 37% de son budget pour l'éducation (ce qui est énorme) donne ainsi à la Chine une formidable force intellectuelle. Beaucoup de postes de haute direction sont tenus par des jeunes de 24,25,26 ans! Lors de notre dernière tournée un cocktail avait lieu au Centre National des Arts de Beijing avec le gratin habituel. Nous avons tous été surpris par la jeunesse des dirigeants mais surtout par leur érudition et la grande pertinence des questions posées à propos du concert  que l'on venait de donner. Les musiciens avec qui j'étais n'en revenaient tout simplement pas! Ce qui me touche, au-delà de leur savoir, c'est leur volonté de s'ouvrir à l'autre. Quand un animateur, victime (?) de cette propagande haineuse qui vise la Chine depuis 50 ans, me parle de la fermeture sur elle-même de cette culture je ne peux que constater que la fermeture n'est pas là où on pense! Il y a eu en effet une fermeture de la Chine lors de l'établissement de la République Populaire de Chine en 1949 (1er octobre). Cette fermeture était un acte de survie pour stopper les occidentaux qui souhaitaient et s'acharnaient depuis une centaine d'années à morceler ce pays et en faire leur terrain de jeu! Ce qu'ils ont fait avec, par exemple, l'Iran en 1953 en renversant un gouvernement démocratiquement élu et en plaçant un dictateur complaisant avec les compagnies pétrolières qui volaient carrément ce pays. Même chose avec le Chili! Et beaucoup d'autres! Mao a donc decidé de bouter hors de la Chine ces rapaces. Depuis ce temps l'occident fait la gueule...Merde alors! On ne pourra plus envahir, exploiter à outrance, saccager à notre guise?? Il faut vraiment regarder le passé si on veut réellement comprendre.

 

Ne pas connaître et avoir quand même des opinions sur ce qu'on ignore porte un nom. La liberté commence dans notre tête! Si le temps me le permet, je ferai une analyse en détail de cette entrevue faite avec Robert Frosi. Les mots utilisés ne sont jamais innocents a fortiori quand on a affaire à des professionels de la communication.  

 

Notre répertoire se compose donc de "classiques" comme What a wonderful wolrd, Les feuilles mortes (les Chinois ont une assez bonne connaissance de la chanson française), Tadd's delight, Over the rainbow, 2 compositions originales et  3 morceaux tirés du répertoire chinois. Peut-être 4 car je travaille sur une magnifique chanson. A capella.

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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