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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 23:09

Il est 5 heures du matin, déjà réveillé. On doit se lever à 6 heures pour prendre notre avion pour Kunming. J'ai donné ma classe de maître hier (c'était de 19H30 à 21H00) devant une salle plus que comble, des gens étaient assis sur des chaises rajoutées dans les côtés. L'endroit est sympathique, c'est une bibliothèque/phonothèque uniquement composée de livres sur la musique et des partitions de musique classique. Ma loge est magnifique avec un sofa ultra-confortable, type "Louis quelque chose qui n'a jamais existé", qui se trouve en face d'un système de son de très haute qualité flanqué d'un écran sur-dimensionné pour visionner des DVDs. La collection de DVDs qui fait tout le mur est consacré uniquement aux opéras du monde entier et  des livres en allemand, français, anglais et chinois sur les principaux compositeurs occidentaux ornent la bibliothèque. Une collection de patitions avec le CD correspondant pour écouter et suivre la musique, des sculptures de diverses dynasties complètent la pièce. Ça sent le bois (la bibliothèque est faite d'un bois rouge de toute beauté) et le livre neuf. Je passerais bien quelques semaines ici... 

 

Le Centre National des Arts de Chine est une construction récente et l'intérieur est à couper le souffle. Structure auto-portante (pas de piliers à l'intérieur) qui ressemble un peu à une soucoupe volante, entourée d'eau, sa couleur aluminium rappele justement la couleur de l'eau. C'est donc une impression de légèreté qui se dégage de l'ensemble malgré cette immense et imposante architecture. Pour y entrer on doit en quelque sorte passer sous l'eau que l'on peut voir car le plafond à cet endroit est transparent. C'est tout une myriade d'effets auxquelles on assiste lorsque le soleil passe au travers du liquide.

 

La classe de maître débute par morceau joué en solo (les musiciens du quartet sont repartis au Québec) suivit d'un bref historique de la musique de jazz. Je parle de la disposition d'esprit que l'on doit avoir pour aborder cette musique. Je fais la comparaison avec l'apprentissage de notre langue maternelle, que l'on apprend en copiant la sonorité et répétant ce que l'on entend. Ce n'est que plus tard que l'on ouvrira les livres pour en apprendre les lois qui la compose (grammaire, conjugaison, syntaxe etc.) La musique (classique ou jazz ou que sais-je...) devrait, à mon avis, suivre le même chemin. Malheureusement on nous gave de théorie beaucoup trop tôt. C'est le résultat des institutions qui doivent contrôler le savoir, quitte à nous en écoeurer. Tout ça pour finir avec des examens que je qualifierais de "baptême bureaucratique du savoir".

 

Quelques jeunes saxophonistes ont apporté leur instrument. Je leur montre une chanson (sans partition...) tirée du répertoire traditionnel chinois. Mélodie simple avec quelques variations plutôt subtiles. On travaille 15 ou 20 minutes et le résultat est étonnant. On joue le morceau ensemble quelquefois et les élèves se surprennent eux-mêmes par la rapidité avec laquelle ils ont fait "corps" avec cette chanson. Le jazz est, à l'origine, une tradition orale. En outre, le fait d'apprendre ensemble crée des liens qui seraient absents si l'on avait simplement lu une partition. C'est aussi cela le jazz. Une communauté qui s'épaule, chacun profitant ou faisant profiter du savoir de l'autre. Ça devrait être cela...

 

Je réserve une période de question pour la fin et mis à part les questions (peu nombreuse finalement) classiques du genre quel sorte de saxo je joue ou quelle sorte d'anche j'utilise (je fais court dans mes réponses dans ces cas-là) d'autres questions plus intéressantes fusent. Elles portent souvent sur des questions pratiques et sur le comment improviser, par quoi commencer. Je dois préciser ma pensée et donner ou proposer des chemins qui seront clairs, les Chinois sont pragmatiques. Je les sens timide devant cette musique et fais tout pour leur donner du courage.

 

La beauté de cette musique c'est qu'elle n'appartient pas (plus) à un groupe particulier ou une race quelconque. Tout le monde peut faire sienne cette musique si l'on s'en donne la peine.  Le mythe du noir qui a le rythme dans la peau est une stupidité que l'on n'entend plus guère. Heureusement que ce racisme "à l'envers" n'a plus cours...Je l'espère!...

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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