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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 06:34

C'est dans une des salles les plus imposantes (1500 places) que le quartet a terminé sa tournée. J'avais, encore une fois, quelques appréhensions au niveau du son...Éh bien non! L'acoustique nous a permis de jouer sans amplification et être clairement entendu par tous les spectateurs (la salle était pleine à 90%). L'accueil frisait le délire et j'ai pu remarquer dans la première rangée un petit garçon qui a passé la soirée à taper des mains et à danser! Après les spectacles nous ne pouvons nous soustraire aux séances de photos et signatures. Pourquoi le ferait-on d'ailleurs? Voir l'enthousiasme et le bonheur sur le visage des gens est une joie pour moi et donne un sens supplémentaire et complémentaire à mon travail commencé il y a plus de trente ans. Depuis mes débuts j'ai connu le respect de mes pairs ainsi qu'une certaine notoriété au niveau des critiques spécialisés, mais jamais de succès populaire. C'est nouveau pour moi et je dois dire que cela me rassure un peu. Je ne fais pas de musique et ne veux pas faire de musique pour une petite élite et après une si longue période de travail sans une appréciation populaire je me posais des questions (peut-être dans des moments de faiblesse...) sur la réelle validité de mon travail et son utilité au sein de la société. Je vous rassure tout de suite que ce succès populaire n'a jamais été et ne sera jamais le but à atteindre. Je ne suis certainement pas prêt à faire le clown sur scène pour intéresser les gens à ma musique ni à être complaisant avec qui que ce soit et quoi que ce soit qui concerne la musique. Maintenant que je sais que ma musique peut toucher différentes couches de la société, différentes personnes de différentes cultures, je suis un peu plus serein! Cela me donne également une confiance accrue et une énergie nouvelle. 

 

Hier soir j'ai donné un concert avec une section rythmique chinoise (en fait le batteur est Japonais mais demeure en Chine depuis des lustres). J'avais déjà joué avec le bassiste (Zhang Ke) trois ans auparavant. Quels progrès depuis ce temps! Pourtant la scène du jazz à Beijing est assez pauvre, hormis ce club dont je vous ai déjà parlé, le East Shore. Il y joue 3 ou 4 fois par semaine et fait des "gigs" alimentaires pour boucler ses fins de mois. Le pianiste (Xia Jia) à un niveau comparable avec n'importe quel pianiste au Québec. Son touché est délicat et ferme à la fois, sa science de l'harmonie très personnelle et son sens du rythme vraiment intéressant. Il prend des risques et s'en sort haut la main! Nous allons certainement collaborer dans le futur. Le batteur (Izumi Koga) est peut-être le plus faible des trois mais possède des qualités qui font qu'il est possible de construire des choses avec lui. Il a une bonne écoute mais son jeu est un peu plat, sans beaucoup de saveur. Il lui manque également cette énergie que je recherche chez un batteur et qui pousse à se dépasser. Belle soirée de toute façon sous le signe de l'amitié et des sourires complices.

 

Je donne une classe de maître ce soir au Centre national des Arts de Chine situé à deux pas de notre hôtel. Je vais certainement parler de la musique en tant que language. Je n'ai jamais de plan précis lors de ces rencontres. Tout dépend de l'auditoire. On m'a dit qu'il y aurait pas mal d'enfants, je glisserai donc assez rapidement sur la technique (instrumentale, harmonique etc.) pour me concentrer sur le phénomène "musique" proprement dit. Sa place dans nos sociétés, son rôle, son impact sur nos vies. J'aime également poser des questions à l'auditoire et ses réponses sont souvent le prétexte à des réflexions que je développe sur le moment. Passionnantes et risquées, le fait d'improviser ces classes de maître m'amène souvent sur des chemins nouveaux et inattendus. De plus, cette réflexion "sur le champs" reste toujours vivante et proche des préoccupations et besoins de l'auditoire. Il est arrivé que j'aborde à peine la musique de jazz en tant que telle mais, par exemple, les raisons qui font que je pratique cet art. Se remettre en question à tous les niveaux fait partie de ce fabuleux métier, que je pratique en artisan, c'est à dire avec simplicité et sans prétention. 

 

Demain je me dirige avec ma compagne vers la province de Yunan où l'on va peaufiner notre projet de résidence pour artistes. Je vous en reparle plus tard.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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