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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 14:33

Les raisons qui me portent à écrire sont multiples. Je me souviens qu'à l'adolescence j'écrivais des poèmes. Cette période de la vie est certainement une des plus intéressante en ce sens que l'on sent toute cette énergie qui bouillonne en nous, on commence aussi à percevoir les mensonges qu'on nous passent, la vision que l'on tente de nous imposer pour faire croire que nous vivons dans un pays libre (oui à un certain niveau, j'y reviendrai) alors que notre esprit est formaté, entre autres, par l'école. On y apprend à obéir, à se plier et se conformer à des horaires fixes, à ne pas trop poser de questions ou alors elle doivent être insignifiantes, c'est à dire sans trop de "portée" ni conséquence. Ou alors ce sont les réponses qui fermaient un débat jugé trop audacieux. Je me souviens très bien d'avoir eu des remontrances de mon professeur car je voulais discuter de la religion et de l'inutilité d'avoir la foi. Pour moi, déjà à cette époque, croire en quoi que ce soit était inutile, regarder et voir ce qui "est" me paraissait et me parait l'attitude la plus juste pour comprendre notre monde. Tous les vendeurs de rêves, d'espoir et de foi (la publicité, les prêtres etc.) m'ont toujours semblés suspects. La maîtresse m'a bien fait comprendre que j'étais un danger pour les autres. Elle avait peur que mes camarades perdent la foi! J'avais11 ans. C'est le genre de chose dont on se souvient. C'est là que j'ai commencé à avoir des doutes sur l'infaillibilité des personnes qui avaient du pouvoir. Combien on est naïf à ces âges... Ce qui a confirmé mes doutes s'est passé lors d'une remise d'examen (j'étais à ce moment en 6ième année) et où le directeur, devant toute la classe, s'est moqué de la façon dont j'avais écrit le mot "automne". Monsieur le directeur pensant que ce mot s'écrivait sans "m" et pensant également faire une bonne blague prononça le "m" alors que ce "m" est muet, bien sûr...Je ne pipai mot...et allai vérifier dans le dictionnaire. J'avais raison! Le directeur de mon école avait tort. Depuis ce temps je me méfie de toute personne en position de pouvoir.

 

Cette période adolescente est crainte et redoutée parce que les ados remettent en cause, en principe, les valeurs des adultes, de la société en question.  Dangereux! Pas sérieux! Ce n'est qu'un mauvais moment à passer! Il va reprendre le droit chemin! Notre ado est "bizarre" et combien d'autres reflexions j'aurai entendu pour justifier cette peur du non-conformisme!

 

J'ai eu la chance d'avoir des parents qui m'ont foutu la paix et m'ont laissé tracer mon chemin. Eux-mêmes, à une certaine époque, étaient assez critique du monde dans lequel ils vivaient, surtout mon père. Ses idées ne dépassaient le cadre familial que très rarement. Je me souviens de quelques lettres écrites de sa main (il avait une belle plume) se plaignant de l'odieux des publicités imposées toutes les dix minutes à la télévision, coupant de façon brutale, violente toutes émissions ou films. Ça le mettait hors de lui. Je me souviens aussi et surtout de son abandon, sa résignation. Il va sans dire que les réponses qu'il recevait était du genre "merci pour votre mot, continuer de regarder notre chaîne et bla bla bla". Oui, nous sommes libres de dire tant que nos paroles ou écrits restent sans aucun poids, sans danger. Si par malheur votre voix commence à porter, toute une série d'actions (ou de non-actions) seront prises pour vider la substance de votre discours, pour vous faire taire...toujours dans la liberté! 

 

C'est probablement la deuxième raison pourquoi j'écris. Le silence de mon père. Cette souffrance présente en lui déboucha finalement sur son silence face à une société injuste, dévoreuse d'enthousiasme, éteignoir d'espoir. J'ai vu mes frères et soeur devenir ternes, mornes, perdre la fantastique énergie qui les habitaient enfants. Je les ai vus courber le dos devant la vie, citoyens obéissants, silencieux dans la société, acceptant l'innaceptable, le défendant même parfois, votant une fois tous les 4 ans, pensant par ce fait vivre dans un pays vraiment libre... De bons citoyens je vous dis!

 

J'écris depuis la mort de mon père. J'écris pour faire mon devoir de démocrate. J'écris parce que le silence est incompatible avec une véritable démocratie. J'écris pour faire mon devoir de citoyen. J'écris parce que je vois et sens clairement le carcan qu'on nous impose de façon insidieuse. J'écris parce qu'on nous ment délibérément sur les véritables enjeux de notre société. J'écris parce que j'étouffe. J'écris parce que l'on nous voudrait silencieux. J'écris parce que ce silence est un silence de mauvaise qualité. Ce n'est pas le silence qui provient de la sagesse, c'est le silence des gens qui souffrent, dans leur coin, rendus impuissants par la peur de perdre leur emploie, leurs privilèges, la peur d'être pris pour des "chialeux", la peur du regard de l'autre, peur de déranger, d'exister...

 

J'écris aussi car je me rend compte que les pros de la communication font, dans l'ensemble, un travail médiocre. Je n'ai certe pas la prétention de faire leur travail. D'ailleurs quelques un(e)s le font très bien, je pense par exemple à Chantale Hébert, Josée Legault. Les journalistes aussi ont des comptes à rendre, eux aussi voudraient dire, dénoncer. Ils ne sont pas libres de le faire pour plein de raisons dont celle de garder leur job! Un journaliste sans protection, rendu vulnérable par des conditions de travail précaires ne prendra pas le risque de déplaire à son patron. Libre mais à l'intérieur de cadres très précis.

 

 Nous sommes, vous l'aurez compris, une société médiocre, riche et injuste. J'écris parce que les injustices sont des choix politiques et non une fatalité.  J'écris pour aller vers l'autre. J'écris pour comprendre ma propre médiocrité et éventuellement y remédier.

 

J'écris afin de pouvoir me regarder dans une glace et ne pas avoir honte.

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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