Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 19:25

Si philosopher c'est clarifier des concepts on peut se demander avec quel outil le philosophe clarifie. La réponse est assez simple: avec la pensée. Clarifier des concepts avec la pensée. Avec sa pensée. Le philosophe (sa propre pensée) est l'outil qui lui permettra d'appréhender, de scruter, d'observer le monde dans lequel il vit. Alors...

 

Quelle est la nature de la pensée? Qu'est-ce que penser? Se pencher sur la nature de l'outil qui servira à clarifier des concepts me semble raisonnable voire essentiel pour que cette clarification porte en elle une certaine légitimité, un certain sens. Quelle en sera sa valeur autrement? Pour véritablement connaître la pensée il faudra se pencher sur sa pensée. Dans ce domaine, la psychologie, toutes connaissances faites par d'autres ne sont que de peu d'utilité. On ne peut se connaître en passant par les autres, par un savoir de seconde main.

 

Y a-t-il véritablement clarification, éclaircissement si l'on ne se penche pas et tentons de comprendre tout le processus de la pensée? Sans ce préalable, cette clarification souhaitée et entreprise risque de se résumer à une espèce de continuation de réflexes mécaniques issues de l'habitude, de la tradition (philosophique), sorte de conventions sociales ou culturelles qui empêchent, après tout, de voir l'ensemble du processus de la pensée et donc rend caduque, dans une large mesure, tout véritable éclaircissement de concepts.

 

La pensée est une réaction de la mémoire. Sans savoir pas de pensée. Sans expérience pas de savoir. Notre mémoire accumule les expériences, les connaissances et notre pensée se développe à partir de cette mémoire. Le savoir est toujours limité, notre mémoire est toujours limité, notre pensée est toujours limitée. Elle est aussi mécanique. Elle est une suite de causes et d'effets et de répétitions. La pensée est issue du passé, tout comme notre savoir et notre expérience si grands soient-ils.

 

Maintenant, le "je" est-il séparé de la pensée? Est-il, lui aussi, une construction qui vient du passé? S'élabore-t-il, s'érige-t-il au fur et à mesure de cette accumulation de savoir et d'expériences? Est-il distinct de la somme du passé? "Je" ne serait que cette accumulation mécanique de toute une vie? "Je", notre "moi", notre ego, à ce moment, ne serait que ce passé! Ce "je" est une image qui s'est formée au cours du temps. Il est le résultat de nombreux conditionnements (je suis capitaliste, catholique, ouvrier, musicien etc.) et d'images superposées.

 

Je pose la question maintenant: Est-il possible de vivre sans cette image du "moi"? Que peut découvrir ou voir ce "je" qui n'est que le résultat de tous ces conditionnements?

 

Ce "moi" circonscrira ses recherches dans un territoire restreint et limité, incapable de sortir de lui-même parce qu'ignorant de lui-même. Il tournera en rond aussi longtemps qu'il ne sera pas conscient de ce qui le constitue et trace ses limites.

 

Philosopher c'est d'abord se connaître soi-même. Vieil adage mais qui, aujourd'hui, le pratique sérieusement?

 

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Yannick Rieu - dans Culture
commenter cet article

commentaires