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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 13:39

S'exprimer. Revendiquer le droit de dire et de partager une parole. Tant que nous restons dans les limites tracées par ceux qui nous laissent dire, par ceux qui, d'une certaine façon, contrôlent notre parole nous n'avons rien à craindre.

 

Si, d'une façon ou d'une autre, cette parole s'organise, si elle prend corps, si elle sort de son anonymat, si elle a un réelle impact, nous avons tout à craindre. 

 

Les forces qui semblent dormir lorsque notre parole est sous contrôle, lorsque celle-ci ne fait pas trop de vagues (il existe une certaine marge de manoeuvre...qu'il ne faut jamais dépasser), bien balisée, avec des frontières très précises, ces forces se réveillent et se montrent dans toute leur horreur, leur froid dessein et leur inhumanité implacable.

 

Ces forces sont odieuses et opèrent depuis de nombreuses années et à un niveau autre que celui dont nous sommes témoins avec la grève étudiante. L'injustice nous a servi dans le passé et nous sert encore maintenant. Elle nous sert à maintenir notre train de vie au dépend et au détriment d'autres sociétés. Nous ne la voyons pas, nous ne voulons pas la voir. Tant que cette injustice ne frappe que les autres, nous nous trouvons bien dans notre confort, assis voire couchés sur des tonnes de malheurs. 

 

Ces forces sont d'autant plus perverses car, d'une certaine manière, nous en sommes les complices. C'est nous qui, années après années, vote après vote, collectivement, avons installé ces forces au pouvoir. C'est le résultat de notre pratique et de notre vision de la liberté, de celui de la majorité à tout le moins. Démocratie oblige.

 

Nous exigeons ou trouvons normal, dans l'ensemble, un train de vie que la planète ne pourra supporter si cette culture s'étend à tout le genre humain. Nous en avons fait un droit alors qu'il me semble que c'est un privilège, et qu'un privilège s'exerce au dépend de l'Autre. Toujours.

 

Notre indignation s'élève lorsque nous sommes les victimes d'injustices mais cette indignation a des frontières très précises et ne dépassent que rarement notre personne ou notre groupe (j'allais écrire tribu...). 

 

Oui, les forces de la finance sont odieuses, l'injustice est insupportable.

 

Notre soif de justice, cependant, sera et restera une forme d'injustice pour beaucoup de gens. Cette soif s'étanche, s'estompe rapidement car nous sommes principalement préoccupés que par la nôtre.

 

On me marche sur le pied

Je crie mon malheur

Pendant que mon frère et ma soeur

Meurent

De ne pas manger

 

 


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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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