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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 03:07

Ce mot de Jean Genet vient de me sauter au visage. Il est des phrases comme ça qui vous coupe le souffle, vous amène au bord d'un précipice et vous donne le vertige. En fait elle mettent à nu ce précipice qui nous habite tous mais que l'on évite par toutes sortes de stratagèmes plus ou moins pertinents, plus ou moins porteurs.

 

Continuer à aimer dans le désespoir. Donc à faire, à agir, non pour soi mais pour affirmer ou faire éclore quelque chose comme notre humanité. Que cette vacuité, ce vide dont nous sommes fait, tout douloureux qu'il soit, reste le moteur de notre recherche de vérité, de beauté voilà certes quelque chose qui mérite qu'on s'y arrête. Prendre le temps de goûter ce parfum d'éternité.

 

La rigueur dans le désespoir. Rigoureux parce que désespérés. Un désespoir rempli de promesses et combien fertile! Un désespoir qui nous ouvre les yeux, avec des yeux qui ne craignent pas la lumière et qui voient les ombres pour ce qu'elles sont: des représentaions pâles d'un autre monde. Comme ces mots que j'utilise.

 

J'aurai toujours beaucoup de difficulté à comprendre mais aussi beaucoup de tendresse et de tristesse pour ces gens qui n'ont pas cette sensibilité à sentir l'immense gouffre qui nous entoure, qui délimite notre être et qui défini cette frontière entre le vivant et le néant. Les deux pouvant se chevaucher, s'entrecroiser, s'unir parfois dans des moments de grande lucidité. 

 

Toujours difficile pour moi de déchiffrer ces gens qui sont "plein", remplis de certitudes et en même temps je peux entrevoir que ces certitudes sont en fait une peur du vide, une peur de la vie et du changement que toute "vie vivante" appelle. La sécurité nous amène toujours un peu plus proche de la mort. Cette recherche de certitudes enterre notre désespoir et fait de nous des morts avant que d'être morts.

 

Combien devait être profond le désespoir des Kant, Beethoven, Nietzsche, Coltrane, Foucault pour ne nommer que ceux-là. Combien de douleur pour une symphonie ou une pensée. Combien d'amour pour transformer ce désespoir en richesse et beauté! 

 

Amour et rigueur. Voilà deux mots qui vont si bien ensemble.

 

Nous vivons sur une ligne et à tout moment nous pouvons basculer dans la médiocrité de nos certitudes.  

 

Vivre en mourant à chaque instant. Vivre sur une ligne verticale.

 

Vivre enfin, ni à gauche, ni à droite, sans futur ni passé.

 

Vivre finalement sur un point profond et vertigineux à la fois, les pieds sous la terre et la tête au-dessus des étoiles.

 

"À l'âge d'homme j'ai vu s'élever et grandir, sur le mur mitoyen de la vie et de la mort une échelle de plus en plus nue, investie d'un pouvoir d'évulsion (d'arrachement, de déracinement) unique: le rêve...Voici que l'obscurité s'écarte et que VIVRE devient (...) la conquête des pouvoirs extraordinaires dont nous nous sentons profusément traversés mais que nous n'exprimons qu'incomplètement faute de loyauté, de discernement cruel et de persévérance."

René Char

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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