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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 13:28

Vivre constamment dans le déni. Le refus de se voir tel que l'on est. Ce mécanisme de défense qui consiste à nier une perception traumatisante, de toute nature, est devenu pour la plupart une façon de vivre. Le déni de soi-même, de ce que l'on est dans l'instant.

 

Nous fixons une image idéalisée de nous-même et tout ce qui ne cadre pas avec cette image est refoulé, nié, mis de côté, dénié. 

 

Se regarder sans détour ni construction mentale, image ou idée sur soi-même. Être face à la réalité, présent à soi-même, sans jugements ni commentaires, sans qualificatifs (ceci est bien ou mal) et ce à chaque seconde, donne le véritable sens au mot liberté.

 

Parler de liberté n'a de sens que dans la mesure où nous sommes véritablement libre à l'intérieur de nous-mêmes. Cette liberté n'est jamais acquise mais  plutôt un processus qui n'a pas de fin. Nos prisons sont ces images auxquels nous tentons désespérément de coller, de nous identifier. Luttes sans fin et impossibles car des l'instant où nous parvenons à rejoindre cette image, une autre se forme et ainsi de suite!

 

C'est ce que je nomme une vie horizontale. Et courbe. Et si la verticalité des choses était une autre façon de voir? Je veux dire que, finalement, dans la vie on n'avance jamais. On reste sur place et on s'enfonce dans le sens? À ce moment, on arrête d'être ce chien qui coure après sa queue dans une folle course sans fin et dénuée de sens!

 

L'infini ne serait que du présent sans chemin tracé à l'avance et sans empreintes laissées derrière nous. La liberté. À ce moment, cette liberté n'est plus un choix mais quelque chose qui découle de cette vision, cette qualité d'être au monde. Elle est cette vision et devient ainsi opérante et non pas séparée de nous. 

 

La liberté vu sous cet angle ne peut donc être quelque chose que l'on demande, que l'on attend ou quémande des autres. Elle n'est pas le résultat d'une volonté, ni de son opposé. Elle éclot quand, justement, le désir de devenir prend fin.

 

Elle est présente, ou pas. 

 

Ceci m'amène à faire un parrallèle avec l'improvisation en musique. 

 

Est-ce que improviser c'est faire des choix ou alors répondre dans l'instant, sans utiliser la pensée qui, elle, ne sait faire que des choix. Je penche pour la "réaction" sur le vif, où tout notre être devient musique et baigne dans le moment présent. C'est la musique qui répond à la musique, c'est la note qui est jouée qui amène la seconde et ainsi de suite. Sans choix mais comme une parole qui se déroule, les mots amenant les mots, les sons amenant les sons. C'est ainsi qu'elle se présente à moi par moment. Moments privilégiés où "je" disparaît sans laisser de traces. Devenir perception.

 

Évidemment, l'analogie avec la parole est boiteuse car lorsque l'on parle, on veut exprimer une idée. Pas en musique. Elle va au-delà des idées, nous présente un monde qui est en-dehors du monde des idées et du sens comme on l'entend avec la parole.

 

C'est peut-être pour cela qu'on a l'impression qu'elle nous dépasse par moment.

 

En fait, elle dépasse (pas toujours...) simplement le monde dans lequel nous baignons constamment, qui est celui de la pensée. 

 


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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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Michel 28/11/2011 16:39

À mon avis, vivre sans déni, en pure transparence à soi, authentiquement présent à l'instant qui nous porte, voilà quelque chose qui n'arrive que peu souvent dans la vie d'un homme. Comme la
liberté, se présente comme un vecteur, un idéal vers lequel on cherche à tendre pour sortir de la mélasse quotidienne.

La musique échappe t-elle au langage, à la logique ou à la lourdeur relative du symbole? Un peu, je l'espère. Mais quand on lit certains contemporains comme Cyrulnik, on en doute tant tout est
connecté et dynamiquement relié: l'impression, la mémoire, le langage, l'émotion, le sens esthétique. Une hyper mécanique impliquée dans chaque moment, apparemment magique, où l'on éprouve la note,
le rythme, le son, qui passe par un dédale façonné par toute notre histoire biologique et sociale. Carpe diem, comme disaient les Latins!