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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 12:49

J'entend le vent qui glisse sur le toit et fait frémir la maison. Elle frissonne comme moi. Des oiseaux tentent de remonter ce souffle pour se diriger vers le lac et font du surplace dans les airs, battent des ailes presque avec rage. Ils ne chantent pas, trop occupés qu'ils sont à contrer ce vent froid. Le vent du nord. Tout à coup, quelques oiseaux font volte face et disparaissent à une allure folle, emporter par le noroît. Le reste suit. En quelques secondes le ciel est déserté, vide. Ne reste que la plainte des arbres qui ploient sous le vent. Le ciel est bleu tacheté de nuage gris hauts et presque immobiles. Parfois je me sens comme ces oiseaux qui cherchent à remonter ce vent.

 

On lutte, on espère, on se bat, crie, pleure, perdu dans la tourmente. On se fixe des buts, des objectifs, on rêve d'un futur qui fuit devant nous, inatteignable et improbable. Et on souffre parce que le présent est rarement à la hauteur de ce futur imaginé. Puis, un jour, on cesse de lutter, on se laisse emporter par ce vent et tout redevient calme. Calme car avec le tumultueux souffle, dans le même sens. Tout semble s'arrêter et nous filons, nous devenons le vent, faisons corps avec lui. Le combat cesse et tout s'accélère. Nous cheminons, sans laisser de traces.

 

Vendredi. Pendant la pause qui suit le teste de son (soundcheck), vers 18:00 heures, je décide de prendre une marche dans le centre ville de Montréal, à deux pas du Gésù. Un vendredi comme les autres avec ses voitures, ses marchands et boutiques d'où une musique tonitruante vous invite à venir consommer. Dépanneurs, magasins et vitrines remplies de tee-shirts et gadgets pour touristes happent les piétons dans un brouhaha indescriptible. Des musiciens gueulent et grattent leurs guitares, tapent désespérement sur leurs tambours dans ce fouilli, apparemment insensibles et indifférents à l'indifférence des passants.

 

Dans cette tempête de sons et de bruits j'entends une douce mélodie au loin, un carillon, timide, jouant de petits airs classiques. Je m'approche et cherche à savoir d'où ces sons peuvent bien provenir. La St-James United Church, coincé entre deux molosses, deux immeubles qui semblent vouloir accompagner cet église comme des policiers accompagnents un voleur après son forfait se tient debout un peu en retrait de la rue, s'excusant presque d'exister encore. Perdues et d'un autre temps. Anachronique par son architecture et sa musique, sorte de chant, de plainte presque craintive que son carillon nous donne à entendre. J'ai comme un élan de compassion et de tristesse devant cette voix que plus personne n'écoute. Cette voix, je la connais. C'est celle des exclus, des perdants, des mendiants, c'est la voix qu'on ne veut pas entendre parce qu'elle pourrait être la nôtre. On devient sourd devant le malheur de nos frères et soeurs, trop occupés à remonter ce vent qui souffle de plus en plus fort.

 

Le rouleau compresseur de la modernité fait son chemin, écrase tout sous lui, ne laissant sur son passage que de faibles plaintes agonisantes. 

 

Le vent s'est calmé, le ciel est gris et bas maintenant. Une pluie fine arrose doucement la terre. Les feuilles esquissent un pas de danses en tombant, virevoltent et viennent toucher le sol délicatement. L'hiver approche. 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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