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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 17:05

L'érudition pour l'érudition. Le savoir pour le savoir. Le plaisir d'apprendre. Apprendre quoi? Que veut dire apprendre? Est-ce remplir sa mémoire d'informations comme on le ferait pour un ordinateur? Est-ce que l'accumulation de données nous a jamais donné la sagesse et l'équilibre? La tranquilité et le bonheur? La paix et la félicité? Des décisions catastrophiques pour l'humanité n'ont-elles pas été prises par des gens soit-disant cultivés et éduqués? Que manquait-il donc à ces gens pour que leur savoir ou culture reste inutile et sans effet sur leurs décisions? Que manquait-il à leur érudition? Cette passion d'apprendre pour apprendre ne serait-elle pas en quelque sorte une fuite de nous-mêmes donc notre propre négation en tant qu'individu, de ce qui fait ce que nous sommes?  

 

Il me semble plus avisé de se pencher sur le "comment" penser plutôt que sur le "quoi" penser. On se préoccupe de la technicité de la culture générale avec des listes de savoirs qui ferait de nous des êtres cultivés. Mais la culture générale n'est-elle pas le résultat d'une curiosité naturelle que l'on possède pendant l'enfance? N'est-ce pas, en quelque sorte, mettre la charrue avant les boeufs?

 

Lorsqu'un enfant veut peindre il peint. Il ne se préoccupe pas de la technique. Son geste est naturel et sans but. Il peint. Les problèmes techniques seront résolus au fur et à mesure de sa démarche. Voilà où se trouve la véritable création. Il ne vise pas de but, il n'a pas d'idéal, il peint pour peindre. Malheureusement nous perdons cette qualité en grandissant. L'éducation ne serait-elle pas responsable de ce fait?

 

Cette éducation qui fait de nous des êtres compétitifs et préoccupés des résultats, des examens à passer et des notations sur notre travail? Cette éducation ne nous remplit-elle pas de peurs et d'appréhension face à nos camarades de classe vus maintenant comme compétiteurs? On compare, on quantifie notre savoir et nos connaissances par des concours, on juge et sélectionne les plus aptes. Aptes à quoi? Aptes à poursuivre, de façon brutale comme on nous a appris à l'école, notre chemin dans la vie? À voir celle-ci comme une compétition sans fin et dénuée de sens? Voyons-nous essentiellement les enfants (et les grands...) comme des êtres à peu près vides qu'il faut "remplir" de connaissances afin qu'ils soient efficients et cultivés? Voilà une bien triste façon de voir l'être humain, dénuée d'amour et de compréhension!

 

Ainsi, au lieu de rendre libre, l'éducation enferme les étudiants dans une course vers des idéaux qui les détournent de ce qui est et de ce qu'ils sont. Cette éducation tend à rendre "conforme" et tue toute forme de pensée créatrice.

 

Dans ces conditions, l'acquisition de connaissances et de savoirs deviennent une fuite en avant avec un idéal au bout, un désir de résultats que l'on appelera culture générale. On technicise le savoir en le quantifiant, le qualifiant, lui donnant un contenu ou en suggérant des pistes de contenu qui devrait le définir, le "baliser". On en fait quelque chose de séparé de nous-mêmes. Comme nous sommes loin de l'enfant qui peint pour peindre!

 

L'idéal n'a aucune place dans l'éducation car il nous rend incapable de voir le présent. C'est une forme de paresse d'esprit qui détourne de "ce qui est" et par ce fait même nie la liberté à l'individu de se voir tel qu'il est et de (se) construire à partir de cette réalité.

  

Je terminerai ce texte par une citation tirée du livre "De l'éducation" du philosophe Jidhu Krishnamurti: "L'ignorant n'est pas celui qui manque d'érudition, mais celui qui ne se connaît pas lui-même et l'érudit est un sot lorsqu'il cherche l'entendement dans des livres, dans des connaissances, auprès d'autorités. L'entendement ne vient qu'à celui qui se connaît lui-même, c'est-à-dire qui a la perception de la totalité de son propre processus psychologique. Ainsi l'instruction, dans le vrai sens de ce mot, est la compréhension de soi, car c'est en chacun de nous que l'existence entière est ramassée."

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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