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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 15:31

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé la fête. Quand j'étais enfant mes parents organisiaient des soirées où était invité les membres de la troupe de théâtre dont ils faisaient partie ou alors des "coopérants" (c'est le nom qu'on donnait à ce moment-là aux Français qui, au lieu de faire "bêtement" leur service militaire, s'expatriaient pour une durée déterminée afin d'étudier et voir un peu de pays) qui étaient de passage au Québec.

 

J'ai souvenir de bouffes mémorables où les bons mots fusaient accompagnés de rire, de chansons, de vins, de discussions parfois musclées sur fond de camaraderie, de rencontre et de partage. De ma chambre où il était délicieusement impossible de dormir, j'humais le mélange de tabac et de victuailles, j'écoutais avec bonheur ce joyeux tintamare et finissait par m'endormir le coeur en fête. 

 

Autre temps, autres moeurs? 

 

Chaque année dans mon village de St-Gabriel de Brandon on organise une fête, le "Beach Party". Des centaines de jeunes se réunissent à la plage pour fêter. Idée sympathique pourrait-on penser. J'y suis passé pour voir. J'ai vu.

 

Des ambulances, voitures de police, camion de pompier ou de premiers soins, une floppé de gardiens de sécurité (t-shirts noirs, facies de repris de justice, tatouages et muscles compris) font le guet près des clôtures qui ont été installées pour délimiter l'espace de fête et éloigner ou décourager ceux qui auraient l'audace de voulor participer sans avoir payer leur droit à la dite fête. 

 

Une musique qui tient plus de "régulation de coït" qu'autre chose, assourdissante, abêtissante et omniprésente. Impossible de tenir une conversation sur la plage qui fait face à la scène. On ne danse même pas. C'est le festival des pectoraux, des fesses-du cul devrais-je dire- le festival du m'as-tu vu, le culte du corps, de la cylindré et de la performance du rien. J'ai donc je suis.

 

Les dizaines de bateaux à moteurs alignés devant la plage sur lesquels on a installé (ça vient avec le bateau) un système de son, vocifèrent leur musique ajoutant de la confusion à la confusion. On a l'impression que le pauvre lac, qui ne fait que quelques kilomètres carré, ploit sous cet assault de technique. Ça pue comme dans un garage à ciel ouvert.

 

Les détritus jonchants la plage apportent des notes de couleurs et sont les témoins que l'Homme passe par là. Les montagnes au loin se font toute petites, n'existent plus en fait. La magnifique lumière du couchant n'émeut plus personne, le bleu du lac, comme ce mendiant sur la rue, ne rencontre que des regards perdus, indifférents, hallucinés.

 

Et ça tombe comme des mouches, c'est la valse des ambulances qui tranportent ces pauvres bougres qui auront dépassé leur limite d'alcool et/ou de drogue dure.

 

Je rentre le coeur gros. Je viens juste de croiser un jeune homme affalé sur le trottoir. Des amis lui portent les premiers soins. Nos regards se croisent. J'y vois toute la misère du monde, la tristesse, un profond égarement, la peur et l'angoisse. L'enfer quoi.

 

Dites, c'est normal qu'une fête donne cette impression de désespoir?

 

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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commentaires

lucie brière 08/07/2012 21:04

Ce texte est superbe