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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 17:36

J'ai lu et relu le livre de Normand Baillargeon "Liliane est au Lycée". Comme toujours, Normand est passionnant, articulé, logique (jusqu'à un certain point) et clair dans ses propositions. J'aime son intelligence, la conviction qui anime sa parole. Enfin quelqu'un de vivant!

 

Soyons clair dès le début. Je crois que la culture générale, sur un plan, est importante, vivifiante, source de grandes joies et vecteur d'ouverture sur d'autres mondes, de progrès et de compréhension mutuelle.  

 

Ceci dit, je me pose des questions sur les limites de cette culture générale, cette accumulation de connaissances qui ne peut avoir de fin et qui est somme toute inscrite dans une époque. La culture générale d'aujourd'hui n'est pas celle d'hier et ne sera pas celle de demain. Ne pas avoir lu Rousseau, par exemple, est considéré comme problématique pour un étudiant sortant de l'université. Peut-être. Je pourrais affirmer que ne pas connaître tel ou tel philosophe Indien ou Chinois est injustifiable! Cette vision est et reste trop sélective pour moi. Ou alors, il faut tout connaître, mais cela n'a aucun sens. Qui décidera de ce qui est important?

 

Connaître les plus importants acteurs? Michel Onfray, avec sa (passionnante!) contre-histoire de la philosophie, nous montre bien que ce qui est considéré comme "important" a peut-être été décidé il y a mille ou deux milles ans de cela, et pour des raisons politiques!!! Même le professeur le plus ouvert et honnête ne pouvait proposer, hier encore, l'étude de certains philosophes car ceux-ci étaient complètement oubliés voire censurés par la vision imposée des gens au pouvoir (religieux et/ou politiques)! Aujourd'hui, on peut remettre les choses dans une autre perspective impensable il y a peu de temps! Merci monsieur Onfray! (on peut comprendre, par exemple, pourquoi Platon tient une si grande place dans l'étude de la philosophie..mais c'est une autre histoire...) 

 

Notre liberté, cette liberté inscrite dans le temps (qui n'est pas une réelle liberté donc...), d'aujourd'hui, "résultat" d'une culture générale, sera-t-elle considérée comme une prison dans mille ans???

 

Oui on peut avoir une solide culture générale et être un parfait idiot. J'en connais. Beaucoup de choses peuvent se cacher derrière l'érudition. La première étant l'ignorance de soi-même.

 

Je sais, par expérience, qu'en général nous voyons les choses par le biais de notre spécialité. Ainsi un professeur de musique trouvera inimaginable qu'un étudiant dans cette spécialité n'ait pas écouté tel ou tel maître de musique (Bach? Beethoven? Mozart?). Encore une fois, je ne suis pas convaincu de cette position. Combien de gens connaissent ces artistes sans les connaître? Que veut dire connaître? On parle rarement de qualité mais souvent de quantité concernant cette culture générale. De l'étendu de notre connaissance. On est gêné de ne pas connaître tel théorie ou tel auteur, musicien etc. Il faut dire, voire avouer, que la connaissance, l'érudition donne du pouvoir sur ceux qui en on moins. Elle crée aussi des espèces de "sectes" ou clans fermés qui donnent à ceux qui en font partie le rôle de "prêtre" qu'il ne faut pas contredire sous peine "d'excommunication". On vous répond par un silence qui est supposé être une réponse! On ne discute pas avec un inculte ou considéré comme tel. On ne joue pas impunément dans les plates-bandes des autres...Mais bon, je m'éloigne du sujet...  

 

Il y a donc (toujours selon moi, bien sûr) la culture d'un côté et de l'autre cette capacité de sonder, comprendre notre monde avec acuité. Cette acuité n'a que peu de liens avec nos connaissances et ne découle pas d'une culture générale. Le philosophe Jidhu Krishnamurti, par exemple, a été un piètre étudiant, il n'a jamais pu entrer à l'université (constamment recalé), lisait peu (Agatha Christie était son auteur préféré!..). Peu de philosophe ont été aussi loin dans l'exploration de ce qu'est le fait de vivre. Il ne connaissait ni Platon, ni Rousseau etc. Sa réflexion donne parfois le vertige. Je vous encourage à le lire. Ceci n'est qu'un exemple pour appuyer et faire comprendre ma position. 

 

Il me semble que le problème se situe à un autre niveau qui est celui de former des gens qui seront passionnés par "la vie". Large vous me direz! Non pas large mais profond donc basique. Fondamental. Cette passion qui n'a pas, finalement, d'objet en tant que tel reste la flamme par quoi tout peut advenir. 

 

Que veut dire être passionné par la vie? Selon moi, c'est comprendre que ce que l'on fait (que ce soit la rédaction d'un livre, la composition d'une symphonie ou...faire la vaisselle) est secondaire. Jusqu'à un cetain point bien sûr...J'espère que je n'ai pas besoin de m'expliquer là-dessus...Tout devient important si nous avons l'attitude juste. Et cette attitude ne dépend pas du travail effectué mais du processus qui anime ce travail. La qualité d'être, de présence au moment où l'on fait les choses. Si cette qualité est là, l'oeuvre (symphonie ou vaisselle...) prendra un sens insoupçonnées.

 

Lire Rousseau ou écouter Bach sont le résultat d'une vision, d'une façon d'entreprendre, de vivre une vie. La curiosité, le désir d'apprendre est ce qui découle de cette passion "générale" (comme on dit culture générale). Ce ne peut être par décision prise par autrui ou par une sorte de dictat sociétal.

 

Nos propositions ne seront après tout que des propositions qui reste dans le champs de ce que l'on connaît! Je ne peut proposer que ce que j'ai lu ou écouter...Et le reste? Ce que je ne connais pas est plus vaste que ce que je connais!!! De quel droit puis-je "suggérer" mon ignorance?

 

Peut-être que la culture générale rend meilleur, mais je me demande si c'est ce meilleur dont on a besoin pour changer véritablement les choses.

 

Encore une fois...L'ignorance fondamentale est de ne pas se connaître. 

 

Et se connaître ne passe pas par les autres! Le germe de la liberté commence là.

 


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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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