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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 12:23

La neige craque sous mes pas. Le froid intense l'a rendu parlante sous mon poids. Elle grince et couine comme si elle ne voulait me rappeller constamment sa présence. Elle a été lourde il y a peu, légère et poudreuse à un autre moment. Lors de la dernière tempête, elle tomba en petits flocons laissant un tapis compact et lisse sur le sol. Une autre fois c'était par gros flocons duveteux s'affolant au moindre coup de vent. Par temps plus doux j'ai pu observer, dans une même bordé, des amas de flocons tombant en ligne droite comme de grosses gouttes d'eau pendant que d'autres, plus fins, paraissaient prendre leur temps avant d'atteindre et d'épouser le sol. 

 

Écouter avec ses yeux et voir avec ses oreilles. Entendre le goût d'un bon vin et sentir sur sa peau la musique qui nous traverse. Être totalement présent requiert ce lâcher prise qui semble si difficile à atteindre. Justement. 

 

Nous sommes éduqués, poussés constament à devenir, à atteindre un but, que nous oublions parfois (trop souvent en fait) d'être. Tellement programmés à revivre le passé et imaginer un ou des futurs que le présent est perçu comme quelque chose de pauvre et d'insignifiant. Les grandes idées, les grands idéaux nobles et lointains peuplent plus souvent qu'à leur tour notre imaginaire. Nous avons vidé le moment présent pour le remplacer presque exclusivement par l'idéal et nous passons une vie à courir après cet idéal. La constante insatisfaction de ce que nous sommes, qui est toujours moins excitant que ce que nous pourrions, devrions ou voudrions être, empêche une prise directe et honnête avec nous-mêmes. Et pourtant...On ne peut changer que ce que l'on connaît bien!

 

La liberté se trouve dans la perception directe de ce que nous sommes. La liberté est un état, pas une idée. Cette perception est le vecteur même du changement.

 

Préoccupés que nous sommes à se bâtir un avenir, à vivre dans des idéaux et des futurs meilleurs, nous passons souvent à côté du substrat de la vie: le présent. Nous semblons plus proche du "ce qui devrait être" que du "ce qui est". Nous nous frottons et ployons sous des idéaux qui font que nous acceptons l'inacceptable en se réjouissant d'un futur hypothétiquement juste et valable. Or le futur est dans le présent. Pas ailleurs. 

 

Ce que nous sommes aujourd'hui détermine le futur. Si le monde est ce qu'il est aujourd'hui c'est bien à cause de ce que nous sommes maintenant. Le chaos "extérieur" reflète bien ce que nous sommes "à l'intérieur". Observer ce fait est le début de l'être raisonnable.

 

Jusqu'à présent je ne vois pas en quoi nous sommes raisonnables. Par moment, par bribes peut-être mais avouons que nous vivons dans une société pour le moins déraisonnables. Faut-il que je fasse un dessin? 

 

Globalement on peut constater sans trop se tromper ni tomber dans un pessimisme névrotique ou exacerbé que la folie est plus constante que la raison. Ce qui est particulièrement navrant c'est justement que cette folie soit devenue la normalité et que nous acceptons cette folie comme allant de soi sans trop sourciller. La folie est devenue le raisonnable.

 

Ceux qui osent se révolter, la plupart du temps ces jeunes qui dérangent cet "ordre" établi, qui ont gardé encore un peu de sensibilité et de raison (l'un ne va pas sans l'autre) seront vite écrasés par le rouleau de la bienséance, aidé en cela par notre système d'éducation (qui ressemble de plus en plus à de la "propagande éducationnelle"). Ceux qui osent élever la voix seront qualifiés (tiens donc!) de déraisonnables.

 

La raison du plus fort est toujours la meilleure? 

 

Malheureusement oui s'il faut en croire nos yeux et nos oreilles.

 


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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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