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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 10:56

Un journaliste radio-canadien, il n'y a pas longtemps, parlait de la politique en Chine et résumait son système comme suit: les personnes au pouvoir changent mais pas le système. Quand est-il ici? Est-ce que le système politique change à chaque élection? Bien sûr que non! Les changements sont (très!) superficiels mais la base du fonctionnement de la politique canadienne reste la même, c'est une évidence qui a échappé à notre journaliste.

 

Pourtant des changements en profondeur seraient souhaitables voire indispensables. Personellement, je crois qu'une véritable démocratie ne peut fonctionner qu'à des niveaux humains donc régionnaux (peut-être), locaux (sûrement). Les aspirations, problèmes, besoins et préoccupations ne peuvent être qu'appréhendés et réglés dans la sphère de nos vies. Vancouver, par exemple, ne fait pas partie de mes préoccupations journalières, de mon day-to-day. C'est une abstraction, une idée bien lointaine dans mon esprit et c'est probablement la même chose pour eux vis-à-vis le Québec (sauf quand on les paye pour nous dire tout l'amour qu'ils ont pour nous...). L'humain vit au niveau...humain, c'est-à-dire plutôt localement. Cela ne nous empêche pas de "penser global" mais l'action sera toujours "local". Sortir de ce schéma amène plus de problèmes que de solutions, on ne peut que constater ce fait lorsque l'on s'intéresse un peu à la politique.

 

C'est pourquoi je crois plus au consensus qu'à une démocratie qui laisse toujours trop d'insatisfaits sur le bord de la route. Seulement un consensus n'est possible qu'avec un nombre assez restreint d'intervenants, de participants. Pour utiliser cette forme de fonctionnement il faut aussi une éducation solide, des idées claires sur notre place dans la société, une compréhension des rapports de pouvoir qui peuvent exister au sein de la communauté et surtout un désir profond et vrai de bâtir, de collaborer, de travailler ensemble pour une vie meilleure et une société plus juste. Ce n'est évidemment pas la cas de notre société où la tolérance, par exemple, est vu comme quelque chose de souhaitable.

 

Quelle affreuse chose que de "tolérer" son voisin. Cela veut dire qu'il n'y a pas de communication mais simplement une fausse acceptation de l'autre et de ses valeurs au lieu d'une véritable mise en commun. Chacun reste sur ses positions, pas de mise en commun, pas de réelle communication donc.

 

Nous vivons dans société schizophrénique qui fait l'apologie de l'individualisme, de la compétition du chacun pour soi et tous les quatre ans, on nous demande de voter pour des politiciens qui vont être soi-disant "rassembleur"! Avec des "projets de société"! Nous vivons à la surface des choses et des mots. C'est plus commode et moins fatiguant. Nous sommes le produit de notre éducation. Et cette éducation est corrompu.

 

Dès le plus jeune âge, nous sommes en compétition par le truchement des examens, des notes, de la moyenne de groupe qui sert à nous comparer les uns aux autres et voir si nous sommes "au-dessus de la moyenne" ou non. Nous assimilons, intégrons cette façon de voir les choses en nous-mêmes, et nous allons même jusqu'à railler, prendre pour idéaliste et utopique toute idée qui irait dans un sens plus juste et humain. L'autre devient un compétiteur, qu'il faut dépasser, ses réussites deviennent dangereuses parce qu'elles signifient que je suis inférieur, moins bon. L'amour, le partage, l'intérêt ou la préoccupation de l'autre sont devenu suspects (pour la plupart)! Quand je parle d'amour, je parle du véritable amour qui passe par un réel intérêt au bien-être de l'autre, à la joie de le voir grandir (dans tous les sens du terme), à une compassion véritable, au bonheur que peuvent nous donner ses succès mais aussi à cette générosité qui nous donne les moyens de mettre les choses en commun. Nous en sommes tellement loin!

 

Mais que vient faire Layton dans tout ça? Tout d'abord j'aimerais offrir toutes mes condoléances à ses proches. La mort d'un humain est toujours triste, qu'il soit proche ou loin de nous, Canadiens, Irakiens, Chinois, Québécois ou que sais-je. La perte d'une vie est toujours triste, humaine ou non. Un départ, surtout s'il est définitif, est toujours difficile. Mais c'est la vie! La mort fait partie de la vie, c'est pourquoi il faut l'apprivoiser et ne pas se morfondre, nous apitoyer sur notre sort et notre douleur...C'est encore de l'égoïsme que de ne pas comprendre ce phénomène qui nous touchera un jour ou l'autre, de loin (la mort de l'autre) et fatalement de près (la nôtre).  

 

Jack Layton était un politicien professionnel. Il a cru dans ce système, parlé de démocratie (alors qu'il savait très bien que l'on vit déjà dans une oligarchie, on s'en rapproche dangereusement à tout le moins), agit selon ses convictions, fait des compromis, négocié, menti par omission, joué le jeux des médias, travaillé et policé son image. Son parti (avec son assentiment) à proposer des candidatures bidons aux dernières élections, des gens peu aptes à faire le travail nécessaire pour améliorer notre société. Jack Layton voulait le pouvoir et était prêt à aller loin pour l'avoir, comme la majorité des politiciens. Sa mort ne change rien à tout cela. 

 

Faire de la politique comme il l'a fait n'a fait que renforcer l'idée que notre système, tel que conçu aujourd'hui, est le moins pire de tous les systèmes comme a dit Churchill, un peu hypocritement. Le problème, c'est qu'il nous est impossible d'en sortir (et pourtant il le faudrait!) et essayer autre chose parce que les gens au pouvoir et  ceux qui gravitent autour en retirent beaucoup de bénéfices!

 

"Je fais de la politique lorsque j'écris et prends le risque du jugement immédiat. Il faut parler, dire quand on sent le devoir moral de le faire, pas juste lorsqu'on pense "bien dire" ou bien écrire"

Umberto Eco

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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