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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 15:08

Quand je pense à la Chine, il me revient constamment une impression diffuse mais tenace: la solidarité. Solidarité qui peut prendre plusieurs formes. Je ne sais pas si les "experts", journalistes et correspondants, ont senti la même chose, en tout cas ils n'en parlent pas ou alors très peu.

 

Ce qui caractérise un pays ce n'est pas, en premier lieu, son organisation politique mais les rapports quotidien entre les gens qui forment cette société. Un étranger qui étudierait uniquement la politique contemporaine du Québec avec ses Jean Charest et consort aurait une bien fausse idée du Québec. C'est un peu ce qui se passe avec la Chine: on parle beaucoup de politique mais peu de sa culture, des rapports entre les gens au quotidien.

 

Juste pour l'anecdote: Une série portant le (un peu...) prétentieux titre "Comprendre la Chine" nous entretenait sur...la politique du logement, les taux d'hypothèques etc. Oui, je veux bien, ce n'est pas inintéressant mais...Croyez-vous un instant qu'en entretenant un étranger de la politique concernant le logement au Québec je ferai comprendre ce qui caractérise le peuple québécois? Je ne crois pas. 

 

Est-ce ma position privilégiée, le fait que ma compagne soit chinoise et donc me permet de voir la société chinoise de l'intérieur quand je m'y rends (famille, amis(e)s, confrères et consoeurs de travail etc.)? Que je suis à même d'observer les Chinois dans leur vie quotidienne, le day-to-day comme on dit? Ou alors sont-ce les difficultés que ma compagne rencontre ici et les discussions qui s'ensuivent pour comprendre et mettre au jour les raisons de ces difficultés? Le recul nécessaire par rapport à nos cultures respectives pour comprendre l'autre?

 

Ce sentiment de fraternité est frappant d'autant plus qu'il contraste fortement avec le sentiment également diffus mais tenace de notre individualisme voire égoïsme dans notre société. Mes retours au Québec sont toujours difficiles et mon acclimatation à cet indifférence somme toute culturelle, me fait mal et me désole à chaque fois. Cette indifférence se traduit par toute une flopée de petits gestes insignifiants mais qui détonnent sur l'ambiance que je perçois en Chine. 

 

C'est étrange à dire et j'en suis surpris moi-même mais je dois presque constamment porter un masque, le masque du "tout va bien" dans mes rapports avec les gens ici. Si on veut aller au fond des choses, aborder des sujets épineux ou problématiques, des sujets qui dérangent, on se rend vite compte du mur que ces masques imposent.

 

Je parle ici des choses qui nous touchent personnellement, nos habitudes ou façons de faire propre à chacun d'entre nous. Ça, c'est écrit défense d'entrer, on ne touche pas à ça, on en parle pas, on l'ignore, c'est mon domaine etc.. On peut aisément remettre en cause notre gouvernement, la société en générale, on peut voir les langues se délier avec une surprenante liberté mais s'il s'agit de parler de ce qui nous touche au plus profond de nous-mêmes, nos agissements...Silence...Masque...Malaise...

 

Que résulte-t-il de tout ceci? En ce qui me concerne, et cela est peut-être dû à mon expérience particulière, je veux dire tout-à-fait personnelle, il en résulte que je sens un grand vent de liberté dans mes rapports avec l'autre en Chine. Cette espèce de chape qui couvre nos rapports ici, je l'ai vu seulement quand je m'en suis libéré. C'est comme un poids que je traînais depuis l'enfance qui s'est tout-à-coup volatilisé. Sentiment de légèreté. J'insiste, j'en suis encore le premier étonné.

 

Étonné parce que j'ai toujours pensé que je vivais dans un pays libre et c'est vrai dans un sens, bien entendu. Mais que je sente, malgré moi, une sorte "d'apaisement psychologique" lorsque je me rend en Chine pourra en surprendre plus d'un.

 

Après avoir abandonné nos masques et être prêt à recevoir la critique (on ne se gêne pas là-bas), après avoir abandonné, même partiellement, notre ego et voir plus loin que nos intérêts strictement personnels, je vois d'immenses possibilités de partage (de réels partages s'entend) si et seulement si on est prêt à se remettre en cause, ce qui n'est pas dans notre culture. Notre concept de la liberté est finalement assez étroit et débouche sur l'exacerbation de l'individu, le culte du moi, liens directs avec l'égoïsme.

 

Pour bien comprendre ce concept particulier de la liberté on peut prendre comme exemples la France qui, pendant qu'elle promulguait les Droits de l'Homme, développait ses colonies en restreignant les libertés d'autres nations, ou encore les États-Unies, champion de la liberté, semant la terreur dans de nombreux endroits de la planète, toujours au nom de leur liberté ou encore plus proche, notre société dite, encore une fois, libre, assise sur l'éradication et le parcage des Amérindiens. Liberté pour soi et pas pour l'autre. Vous voyez un peu ce que je veux dire? 

 

Quand on est libre, on souhaite la liberté à tout le monde. Ou alors on doit avouer que nous sommes des tyrans voulant imposer notre conception...de la liberté. Non-sens évident, ne croyez-vous pas?

  

Je ne veux ni faire l'apologie systématique de la Chine qui connaît d'immenses problèmes, ni faire une description trop négative des relations qui prévalent ici au Québec. Je dis tout simplement ce que je ressens. 

 

Je ne connais pas les raisons profondes de tout ceci. Mais ce sentiment est fort et relativement nouveau pour moi.

 

Cette sensation de liberté, je la souhaite à tout le monde. Sentiment de faire un, au-delà des races et cultures, des idéaux et des partis-pris politiques si mesquins. Sentiment de réciprocité non feinte.

 

Sentiment d'être humain.

 

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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commentaires

Michel 19/07/2012 22:36

Beau texte Yannick! Je ressens un peu la même chose lorsque je reviens de Cuba. Là aussi, il y a ce côté très collectif de faire les choses et quand on est de retour ici, on ne peut s'empêcher de
penser que nous vivons dans nos coquilles individualistes dorées. Je te sens très serein dans ce texte et m'en réjouis. Bon voyage en Chine