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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 04:38

Une des questions (elles sont nombreuses) que je me pose depuis longtemps mais que la lecture du livre de Normand Baillargeon "Liliane est au lycée" a rendu plus aiguë est la suivante: De quoi avons-nous le plus besoin pour sortir de cette impasse collective dans laquelle nous sommes? Pour cela il faut bien entendu être conscient que nous sommes dans une grave impasse et que l'avenir dépend de la qualité des questions que nous nous poserons (ce qui semble être de toute première importance) et des solutions (probablement multiples) que nous apporterons à ces questions pour en sortir. S'il vous semble que les problèmes sociétaux que nous vivons ne sont que des problèmes passagers ou mineurs, vous pouvez arrêter tout de suite la lecture de ce petit texte, il ne vous concerne pas.

 

D'abord se poser la ou les bonnes questions ou celles qui semblent le plus appropriées à notre situation catastrophique. Nous sommes tous à même de constater la grande confusion qui règne dans nos sociétés d'aujourd'hui. Nous cherchons désespérément des modèles, des chefs, des idéaux auxquels se raccrocher. Notre recherche va dans tous les sens, nos opinions changent, varient (ce qui est le propre des opinions...) ou alors deviennent rigides tout en sachant qu'elles n'apportent que le réconfort bien mince de nous "définir". Est-ce que le vivant peut se contenter d'opinions "arrêtées"? Ce qui change et bouge sans cesse peut être défini et fini? Ne nous cachons-nous pas derrière ces opinions simplement par crainte, par réconfort voire paresse intellectuelle, psychologique? Les opinions peuvent changer, elles ne sont donc pas de la plus haute importance.  

 

Il semble admis par beaucoup que les changements nécessaires seront liés ou viendront de l'éducation que nous donnons aux jeunes en général. Comme il est admis que les problèmes que nous connaissons viennent des manquements à cette même éducation. Cette éducation, ne l'avons-nous pas presque complètement délégué aux institutions? Que devient le rôle des parents dans tout cela? Ne sommes-nous pas responsables, après tout, de ce que sont devenues nos écoles? Comme pour la politique, nous ne pouvons et devons laisser uniquement à des spécialistes le soin de s'occuper de l'éducation de nos enfants, petits et grands.

 

Si nous aimons vraiment nos enfants ne devons-nous pas être catastrophés par la qualité de cette éducation? Je ne parle pas uniquement de l'aspect "technique" à savoir bien écrire, compter, lire, mais aussi des valeurs que véhicule l'ensemble du système éducationnel. Une bonne éducation aujourd'hui ne devrait-elle pas produire des rebelles? Des gens qui ont la possibilité de dire non? Dit plus simplement: d'aimer?

 

Que sous-entend ce mot si galvaudé: aimer. Quel sens lui donne-t-on aujourd'hui? Que renferme-t-il? Qu'implique ce mot? Aime-t-on nos enfants quand nous les envoyons à la guerre? Aime-t-on nos enfants lorsqu'on les prépare à se fondre, à s'adapter à cette société aux valeurs plus que discutables? 

 

L'éducation aujourd'hui vise-t-elle "l'éducation" c'est-à-dire rendre les personnes libres, équilibrées, autonomes, sensibles, créatives ou la conformité? On peut se poser la question! Et poser la question ne serait-ce pas déjà y répondre?... Et les parents avec tout leur amour(?) ne sont-ils pas complices de ce fait, rendre conforme? Éduque-t-on nos enfants pour qu'ils se trouvent un bon travail, une bonne situation, qu'ils réussissent, aillent voter tous les quatre ans, se contentant d'accepter et de suivre le modèle de société qu'on leur propose? Modèle médiocre et hypocrite sous bien des angles. 

 

Les rendrons-nous sensibles du fait que les hommes politiques ne sont souvent là que pour nous faire croire que nous avons le choix? Sensibles également à la monstrueuse hypocrisie qui anime, la plupart du temps, nos relations? Sensibles à la nature, aux animaux? Sensibles à l'incroyable beauté qui nous entoure, que ce soit le brin d'herbe ou l'immensité du cosmos! Cette sensibilité qui ne passe pas par la connaissance mais par un rapport directe aux autres, aux choses et à soi. Au contraire, si nous ne sommes pas vigilants, ce savoir ne nous donnera que cette fausse assurance, cet espèce de confort qui nous donne l'impression que nous connaissons ce que nous voyons et sentons en lui plaquant des mots et des définitions toute faite sans aller au-delà.

 

Lorsque je parle de sensibilité je ne parle pas de sensiblerie. Avec la sensibilité vient la justice alors qu'avec la sensiblerie vient la charité. La sensibilité implique la clairvoyance avec toute sa souffrance et sa joie. Nous avons malheureusement tendance à penser que cette souffrance n'est que négative alors qu'elle est une porte qui ouvre sur des changements profonds. Cette souffrance est en lien directe avec le degré de passion qui nous habite. Je ne parle pas de cette passion "personnelle" qui nous anime en général mais de cette passion qui englobe tout, la passion pour la vie et tout ce qu'elle renferme. 

 

Qu'elles sont donc les questions les plus pertinentes qui devraient nous habiter? Cultivé, pas cultivé? Pour qui voter? Pour ou contre ceci ou cela? Pour ou contre... Et nous avons tous ces spécialistes qui répondent pour nous! Des millons de réponses pour des millions de questions! La vraie liberté ne se manifeste-t-elle pas quand la réponse à un fait se fait sans choix?  Autrement dit le choix face à une situation existe-t-il parce que, dans le fond, nous sommes confus, perdus?

 

En fait, si nous aimions véritablement nos enfants, la nature, les gens, nous n'aurions pas besoin de se poser toutes ces questions. Elles ne se poseraient même pas! Elles seraient d'un tout autre ordre.

 

Mais voilà, nous n'aimons pas.

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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