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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 06:06

Un journal imaginaire, un portrait imaginaire. Il vous fera (j'espère!) rire et parfois (j'espère!) grincer des dents. Tiré de situations réelles. La vérité, ya qu'ça de drôle.

Je me nomme Pierre-Alexandre David Simard Côté Lévesque Godin. Mes amis (les filles aussi) m'appellent PA (prononcez à l'anglaise PI-É). C'est plus court. Mes parents et grands-parents ont toujours été pour l'égalité. C'est lourd mais ce n'est que justice. L'égalité est parfois ridicule vous me direz! Chacun ses opinions.

"Que la culture universelle de l'école vise à l'apprentissage de la liberté, non la soumission: être libre, voilà la vraie voie" M. Stirner

Pas moyen de me concentrer sur mon texte de maîtrise. Les mots de Jean me reviennent constamment à l'esprit. Comme les chevaux d'un carrousel, ils passent et repassent, tournent et retournent, réapparaissent continuellement avec le même éclairage, blafard celui-là: "Il n'y a plus d'artistes"

Me semble, au contraire, qu'il n'y en a jamais eu tant! Ça chante, ça joue, ça souffle, ça frotte, ça filme, peint, sculpte, danse! On a jamais eu autant de produits culturels à consommer!

Des émissions comme "Le Gosier" ou encore "Larynx en Folie" nous ont fait découvrir de nouveaux talents! Elles fortifient notre nation, démontrent notre savoir faire, donnent la chance de se faire une place dans l'industrie culturelle!

"il n'y a plus d'artistes"...Mon pauvre Jean débloquait encore une fois!

Je ne vous l'ai pas encore présenté. Tout un personnage! On se connait depuis qu'on sait marcher. Lui, il a quitté l'école assez tôt. "J'ai commencé mes vraies études quand j'ai arrêté leur éducation" se plaît-il à dire.

Je me souviens, on était en quatrième secondaire (il a quitté avant la fin de son cinquième secondaire) et, déjà, il me semble que plus d'une fois il mit le prof dans l'embarras avec ses questions. Un exemple? Tiens! Dans un cours d'histoire portant sur la deuxième guerre mondiale, levant la main, nonchalamment:

-Monsieur, qu'est-ce qui a gagné en 45?

-Le prof: "Mais se sont les alliés! Les Anglais, les Américains, les Fran.."

-Non! Pas qui mais quoi! La démocratie? L'argent?

L'enseignant, bien sûr, répondait: "la démocratie!"

Jean arborait alors un petit sourire narquois indiquant que le prof était tombé dans son piège.

-Vous êtes certain?

Jean n'était pas tellement apprécié des autres élèves. Ils le trouvaient arrogants, trop sûr de lui. La plupart gardaient leurs distances, ce qui ne lui déplaisait pas forcément. Jean faisait peur. Pour moi son "arrogance" semblait naturelle, je veux dire qu'il occupait l'espace qui semblait lui revenir et il en menait large! Jean prenait de la place. Il n'était pas fait pour l'école. Il posait trop de questions. Il était brillant, je ne parle pas de cette brillance toute académique mais de celle qui dérange, déconcerte, surprend. Bref, Jean était ce qu'on appelle un atypique.

Je bûchais toujours sur mon texte. Ça le faisait rigoler le sujet de ma maîtrise: "Stratégie de communication inter-culturelle dans la dynamique contemporaine" C'est ronflant, je l'admets. Ya pire!

Ils t'ont bien bourré le crâne les salauds! arrivait-il à articuler entre deux fous-rire.

-Tu veux quoi? Devenir diplomate? Psychologue industriel tant qu'à faire! Un nouveau Freud pour calmer les angoisses des employés de Wall-Mart! Pardon! Les associés! Tiens!...sûrement une stratégie de communication ça...intra-culturelle en attendant l'inter!

Plus d'artiste, plus d'artistes...Je n'y tiens plus, je lui téléphone.

-C'est PA! Ça va?

-Mmmm...

-J'ai repensé à notre discussion...

-Le futur diplomate sèche sur son travail?

-Ça va Jean..

-Alors! Qu'est-ce que je peux...

-Sur les artistes...

-C'est fini...enfin presque.

-Ah! Quand même! Il en reste quelques-uns qui ont grâce à tes yeux!

-Ils sont rares...la plupart prêtent serment d'allégeance au politique et aux fonctionnaires! T'as vu récemment? 303 artistes, sans qu'on leur demande rien (à ma connaissance) appuient, enfin reconnaissent, ce qui est une forme d'appuie, l'apport d'un député à la culture. Futur chef de parti en plus! Ce sont des rebelles mais proches du pouvoir! Tu vois le genre? On se croirait dans l'Ancien Régime!

-Bon, ça y est! Tu voudrais quoi? Qu'ils lui crachent à la gueule? Tu ne trouves pas que tu dépasses les..

-...Bornes? Rien du tout! Je ne dépasse rien du tout! C'est plutôt eux qui dépassent quelque chose! Ou plutôt l'inverse! Ils abdiquent quelque chose comme...leur dignité! Alors, selon toi, qu'est-ce que ça signifie?

-Ils sont justes reconnaissants.

-Reconnassants! J'hallucine! La queue entre les jambes? À plat-ventre? À genoux?

-Mais non...

-Si les artistes vont dans le sens du pouvoir, et ils y vont, que restera-t-il du poids de leurs mots, de leur film, de leur musique...et le reste? Que reste t-il de leur liberté? Un artiste qui sent le devoir de pencher la tête vers celui qui le nourrit, celui-là est fini! Il aura l'aspect, il agira comme un créateur mais il n'en sera que l'ombre!

-Non mais...

-...et cela semble suffisant pour la plupart des gens.

-Cela n'enlève rien à leur travail...

-Au contraire! Ça enlève tout! Ça enlève tout ce qui fait qu'on peut appeler un artiste, "artiste"! Ils viennent de montrer leur vrai visage, celui de leur soumission au pouvoir!

-Tu es trop intransigeant.

-C'est le futur diplomate qui parle?

-Te fous pas de moi encore...

-Ne leur tourne jamais le dos.

Et il raccrocha.

Jean! Jean! Jean! Te comprendrai-je un jour?

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Published by Yannick Rieu - dans Culture
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